Le palais des Papes d'Avignon est la plus grande des constructions gothiques du Moyen Âge.

À la fois forteresse et palais, la résidence pontificale fut pendant le le siège de la chrétienté d'OccidentSept papes et deux anti-papes s'y succédèrent. Les premiers restèrent à Avignon de 1309 à 1376. Les seconds s'y installèrent de 1378 à 1413.. Six conclaves se sont tenus dans le palais d'Avignon qui aboutirent à l'élection de Benoît XII, en 1335 ; de Clément VI, en 1342 ; d'Innocent VI, en 1352 ; d'Urbain V, en 1362 ; de Grégoire XI, en 1370, et de Benoît XIII, en 1394.

Le palais, qui est l'imbrication de deux bâtiments, le palais vieux de Benoît XII, véritable forteresse assise sur le rocher des Doms, et le palais neuf de Clément VI, le plus fastueux des pontifes avignonnais, est non seulement le plus grand édifice gothique mais aussi celui où s'est exprimé dans toute sa plénitude le style du gothique international. Il est le fruit, pour sa construction et son ornementation, du travail conjoint des meilleurs architectes français de l'époque, Pierre Poisson et Jean de Louvres, et des plus grands fresquistes de l'école siennoise, Simone Martini et Matteo Giovanetti.

De plus la bibliothèque pontificale d'Avignon, la plus grande d'Europe à l'époque avec volumes, cristallisa autour d'elle un groupe de clercs passionnés de belles-lettres dont allait être issu Pétrarque, le fondateur de l'humanisme. Tandis que la chapelle clémentine, dite Grande Chapelle, attira à elle compositeurs, chantres et musiciens.. Ce fut là que Clément VI apprécia la Messe de Notre-Dame de Guillaume de Machault, que Philippe de Vitry, à son invité, put donner la pleine mesure de son Ars Nova et que vint étudier Johannes Ciconia.

Le palais fut aussi le lieu qui, par son ampleur, permit « une transformation générale du mode de vie et d'organisation de l'Église ». Il facilita la centralisation des services et l'adaptation de leur fonctionnement aux besoins pontificaux en permettant de créer une véritable administration.. Les effectifs de la Curie, de 200, à la fin du , étaient passés à 300 au début du , pour atteindre en 1316. À cela s'ajoutèrent plus d'un millier de fonctionnaires laïcs qui purent œuvrer à l'intérieur du palais, estiment qu'avec leurs familles le chiffre atteignait ..

Pourtant celui-ci qui, par sa structure et son fonctionnement, avait permis à l'Église de s'adapter « pour qu'elle puisse continuer à remplir efficacement sa mission » devint caduc quand les pontifes avignonnais jugèrent nécessaire de revenir à Rome. L'espoir d'une réconciliation entre les christianismes latin et orthodoxe, joint à l'achèvement de la pacification des États pontificaux en Italie, avaient donné des bases réelles à ce retourPour plus de détails, voir les articles : Urbain V, Gil Álvarez Carrillo de Albornoz et Bataille de Montichiari..

À cela se joignit la conviction, pour Urbain V et Grégoire XI, que le siège de la papauté ne pouvait être que là où se trouvait le tombeau de Pierre, le premier pontife. Malgré les difficultés matérielles, l'opposition de la Cour de France et les fortes réticences du Collège des cardinaux, tous deux se donnèrent les moyens de rejoindre Rome. Le premier quitta Avignon le , le second le et cette fois l'installation fut définitive.

En dépit du retour de deux antipapes, lors du grand schisme d'Occident, de la présence constante du au de cardinaux-légats puis de vice-légats, le palais perdit toute sa splendeur d'antan mais conserva, en dehors de « l'œuvre de destruction » cet aspect que rapporte Montalembert.

Le palais des Papes est classé monument historique sur la première liste des monuments historiques en 1840. et depuis 1995, il fut également classé avec le centre historique d'Avignon, sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, avec les critères culturels i, ii et ivunesco.org Classement par l'UNESCO..

Par ailleurs, le palais des Papes est l’un des monuments les plus visités de France, en 2023, ont franchi ses portes pour le parcourir, un record absolu depuis son ouverture au public en 1907...

Localisation thumb|Maquette du palais des Papes au . Le palais des Papes est situé sur la partie nord du quartier Avignon Centre« Intramuros » signifie « à l'intérieur des murs », c'est-à-dire qualifie la partie de la ville située à l'intérieur des remparts.. Il a été construit sur une protubérance rocheuse au nord de la ville, le Rocher des Doms, surplombant la rive gauche du Rhône.

Sa taille imposante et son adossement contre le rocher lui permettent à la fois de dominer la ville et d'être vu de très loin. L'un des meilleurs points de vue, et ce n'est pas un hasard, se trouve sur l'autre rive du Rhône, du mont Andaon, promontoire sur lequel est construit le fort Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon. Il est aussi visible depuis le sommet des Alpilles, soit un peu moins d'une vingtaine de kilomètres au sud.

Histoire vignette|redresse|Le futur pape Adrien IV s'installa à l'abbaye Saint-Ruf d'Avignon au . Au , avant l'arrivée des papes en Avignon, le rocher sur lequel allait être construit le palais, tel que nous le connaissons aujourd'hui, était en partie réservé aux moulins à vent, en partie construit d'habitations dominées par le palais du PodestatLe podestat (en italien podestà) était le premier magistrat de la ville., non loin duquel se trouvait celui de l'évêque ainsi que l'église Notre-Dame-des-Doms, seuls rescapés des constructions antérieures à l'arrivée des pontifesEugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du , publié par Banc, 1864, , et 25..

Toujours avant la construction du palais vers le , on vit ironiquement le futur pape anglais Adrien IV, rejoindre les chanoines de l'abbaye de Saint-Ruf à Avignon.

Études sur le palais des Papes Le palais des Papes est l'une des constructions médiévales sur lesquelles les chercheurs disposent d'une des plus riches documentations, mais les premières études historiques, à partir des archives pontificales italiennes, ne datent que de 1890, année au cours de laquelle furent accessibles les Archives secrètes du Vatican. Alors qu'en France, depuis 1693, Étienne Baluze, avait publié sa gigantesque Vitae paparum Avenionensium, sive collectio actorum veterum, sur la base des archives avignonnaisesÉ. Baluze, Vitae paparum Avenionensium, sive collectio actorum veterum, vol. I et II, Paris, 1693..

Le savant corrézien y regroupa un grand nombre de textes, actes et autres brefs et bulles, ayant trait à la construction et à la vie du palais pontifical d'Avignon. Mais il fallut attendre plus d'un siècle et demi pour qu'un érudit s'attache à étudier le palais lui-même. Ce fut J.M.A. Chaix qui, en 1849, entreprit une première étude des fresquesJ.M.A. Chaix, Les anciennes peintures du palais des papes d'Avignon, Imp. Bonnel, Avignon, 1849.. Quant à l'étude historique et archéologique, elle fut faite, en 1855, par Jules CourtetJ. Courtet, Notice historique et archéologique sur Avignon accompagné d'un plan inédit du palais des papes, in Revue archéologique, année, Éd. Leleux, Paris, 1855.. Il revint ensuite à Eugène Viollet-le-Duc de publier, au début des années 1870, la première étude architecturale sur le palais et les remparts d'AvignonE. Viollet-le-Duc, Le palais des papes et les remparts d'Avignon, in Archives de la Commission des Monuments historiques (1855-1872), Vol. III, Éd. Gide et Baudry, Paris..

La décennie suivante, en 1882, se tint, à Avignon, le Congrès archéologique de France. Ce fut l'occasion pour l'archiviste départemental, Louis Duhamel, de faire part aux congressistes de deux communications au sujet du palais pontificalL. Duhamel, Les origines du palais des papes d'Avignon, É. Paul Bousrez, Paris, 1882, et Les architectes du palais des papes in Bulletin historique et archéologique du Vaucluse, Avignon, 1882, à 405.. Une nouvelle approche de l'étude du plus grand monument d'Avignon se dessinait et allait permettre d'appréhender différemment son histoire.

Noël Coulet, professeur émérite à l'université de Provence, a constaté que .

Après la publication par Fr. Ehrle, en 1890, de son Historia Bibliotheca romanorum Pontificum tum Bonifatianæ tum AvinionensisFr. Ehrle, Historia Bibliotheca romanorum Pontificum tum Bonifatianæ tum Avinionensis, Imp. du Vatican, Rome, 1890., c'est cette méthode que suivirent K. H. Shäfer et Robert André-Michel. Le premier édita, entre 1911 et 1937, les comptes de la Réverende Chambre apostolique d'AvignonK. H. Shäfer, Die Ausgaben der apostolichen Kammer unter Johann XXII, Paderborn, 1911, Die Ausgaben der apostolichen Kammer unter Benedict XII, Klemens VI und Innocent VI, Paderborn, 1914, et Die Ausgaben der apostolichen Kammer unter Urban V und Gregor XI, Paderborn, 1937. - le ministère des finances pontificales - dans lesquels la construction du palais tient une place importante, tandis que le second publia, en 1917 et 1918, toute une série de documents inédits sur le palais des papesRobert André-Michel, Le palais des papes d'Avignon. Documents inédits, in Annales d'Avignon et du Comtat Venaissin, 5, 1917, pp. I -XVI et I -124 (partie I), et Le palais des papes d'Avignon. Documents inédits, in Annales d'Avignon et du Comtat Venaissin, 6, 1918, à 24 (partie II)..

Ce fut dans cette même voie que se dirigea le docteur Gabriel Colombe qui, de 1909 à 1945, publia essentiellement dans les Mémoires de l'Académie de Vaucluse, sous le titre général de Recherches et critiques archéologiques, plus de soixante études sur le palais. À la même époque, un autre avignonnais, Joseph Girard, fit de même entre 1909 et 1958. Durant ce demi-siècle, il fit éditer onze études et ouvrages sur ce thème. Leur successeur fut Sylvain Gagnière, conservateur du palais, qui étaya son érudition par d'importantes fouilles archéologiques in situ et publia le résultat de ses recherches en vingt-sept ouvrages de 1962 à 1991.

Origine et implantation : le choix d'Avignon Après son élection à Pérouse, le et son couronnement à Lyon, le , le pape Clément V, qui refusait de rejoindre Rome où se déchaînait la lutte entre Guelfes et Gibelins, entreprit une longue errance dans le royaume de France et notamment en Guyenne. L'ancien archevêque de Bordeaux avait été élu grâce au soutien du roi de France, dont il était le sujet mais non le vassal, en échange duquel soutien il lui devenait redevableDictionnaire raisonné de l'architecture française du , Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, publié par Banc, 1864, p. 26..

Le concile de Vienne, qu'il avait convoqué pour juger l'ordre du Temple, nécessitait qu'il se rapprochât de cette ville. Il rejoignit donc le Comtat Venaissin, terre pontificaleLe Comtat Venaissin, ensemble de châteaux, de bourgades et de fiefs, ancienne possession du comte de Toulouse avait été attribué à l'Église en 1229. Mais la papauté n'en avait pris possession que depuis 1274. .. Si son choix se porta aussi sur la ville d'Avignon, possession du comte de Provence, c'était que sa situation sur la rive gauche du fleuve la mettait en relation avec le nord de l'Europe, par l'axe Rhône/SaôneEn Europe occidentale, le sillon rhodanien est la seule percée naturelle qui fasse communiquer le Nord et le Sud. . et dans cette vallée du Rhône, frontière commune entre la France et le Saint-Empire romain germanique, seules des villes desservies par un pont pouvaient postuler à un rôle de capitales internationales.. C'était le cas d'Avignon avec le pont Saint-Bénézet, le lieu de passage obligé entre l'Espagne et le Languedoc, la Provence et l'Italie..