Pierre Louis Auguste Bourgoin, parfois appelé Pierre-Louis Bourgoin, né le à Cherchell (Algérie) et mort le à Paris, est un officier de l'Armée française de la Libération durant la Seconde Guerre mondiale et homme politique français. Il est compagnon de la Libération et grand-croix de la Légion d'honneur.

Biographie

Pierre Bourgoin est né à Cherchell, en Algérie. en 1907. Il est instituteur en Afrique-Occidentale française (AOF) à partir de 1925. Il est également passionné par la chasse au fauve.

Il effectue son service militaire en 1928 au de tirailleurs algériens, où il est nommé sous-lieutenant de réserve en 1929.

La Seconde Guerre mondiale

Promu lieutenant de réserve en 1939 avec effet rétroactif au , Pierre Bourgoin rejoint dès les Forces françaises libres (FFL) et prend part, en août de la même année, au ralliement à la France libre de l'Oubangui-Chari, pays où il exerçait comme instituteur.

Les campagnes d'Afrique

thumb|left|Les commandos de l'air britanniques en Afrique du Nord.

Incorporé en au Bataillon de marche , dans lequel il commande le groupe franc, il participe à la campagne de Syrie en juin 1941 et y est blessé au pied droit par un éclat d'obus en juillet. Il est condamné à mort par contumace pour faits de résistance en 1941. Capitaine en , il est affecté au groupe de bombardement Lorraine et effectue dans cette unité la campagne de Libye en tant que commandant de l'échelon à terre (Groupement nord-africain).

En , il est blessé par balle une deuxième fois, à la face postérieure du genou. En , il est encore blessé lors d'un accident d'avion et souffre de fractures multiples des côtes.

Après avoir effectué un stage de commando parachutiste, il est affecté aux services secrets britanniques de l'Intelligence Service Landing Departement. Il y est chargé du renseignement lors de missions spéciales. Il effectue également à la tête d'un commando des coups de main en Tunisie.

En , il reçoit, ainsi que le capitaine Augustin Jordan, la mission de désorganiser les arrières lointains de l'ennemi. Il atteint la frontière tunisienne avant que la ne soit arrivée à Tripoli.

En , un groupe attaque continuellement les convois entre Tripoli et Sousse, tandis que l'autre détruit des ouvrages d'art à Kairouan, à Mateur et fait exploser un train sur un pont dans la région de Gabès. Jordan est fait prisonnier.

Le , avec son groupe, il traverse les territoires occupés par deux divisions ennemies, situe l'emplacement exact d'un grand nombre de pièces d'artillerie adverses, détruit un pont d'une importance primordiale pour l'ennemi et ramène son groupe au complet.

Alors qu'il se rend en Algérie le , au retour d'une reconnaissance des infrastructures allemandes en Tunisie, son véhicule est attaqué par un avion allemand et son conducteur en perd le contrôle. Bourgoin porte 37 traces de blessures et est amputé du bras droit ; quant à son bras gauche, il porte une fracture du radius et du cubitus et une fracture complète du poignet, ainsi que des blessures multiples par éclats d'obus à la cuisse gauche. Il échappe aux recherches allemandes, se cache en s'enterrant dans le sable et est recueilli au bout de six heures par une patrouille anglaise. Il est soigné à l'hôpital de Philippeville. Après sa convalescence à l'hôpital d'Alger, il part pour l'Angleterre à sa guérison, le , après sept mois d'hospitalisation.

Les SAS

Désormais surnommé « le Manchot », il est promu commandant. En , il prend, à la suite de Pierre Fourcaud, le commandement du du Special Air Service, le Bataillon d'Infanterie de l'Air, une unité française de l'Armée de l'air, de cinq cents hommes, qui devient en 1944 le de chasseurs parachutistes. Il entraîne son régiment en Angleterre, puis en Écosse en vue du débarquement en Europe. En , il rencontre le maréchal britannique Bernard Montgomery qui passe en revue les deux régiments SAS français : le , commandé par le capitaine Chateau-Jobert et le .

À partir de la nuit du 5 au , son régiment est envoyé en Bretagne lors des opérations de la bataille de Normandie afin d'y fixer les troupes allemandes présentes : ce sont les opérations SAS en Bretagne. Il est parachuté, malgré son handicap, avec un parachute bleu-blanc-rouge, cadeau des Anglais, dans la nuit du 10 au , sur Dingson dans le Morbihan, à côté de Saint-Marcel, avec son état-major et une compagnie. Il y rejoint ses hommes qui aident déjà les résistants.

Afin de bloquer sur place les qui se trouvent dans la région, il rassemble et 200 SAS dans le maquis de Saint-Marcel (Morbihan). La base Samwest située à Duault (Côtes-du-Nord) est dispersée le par une attaque allemande. C'est ensuite au tour de Dingson d'être attaquée : c'est le combat de Saint-Marcel le . Le rassemblement est dispersé après la bataille et les hommes de Bourgoin se disséminent dans toute la région. Les 18 Cooney-parties (58 hommes) étaient entrées en action le . Après le , le reste du régiment est rejoint peu à peu en renfort par des parachutages ponctuels de « sticks ». L'action de Bourgoin paralyse les Allemands qui recherchent désespérément tout manchot suspect. Il échappe de peu à la capture près de l'écluse de Guillac le . Il devient l'homme le plus recherché dans toute la Bretagne, jusqu'à la libération de la région en août. Rommel met une seconde fois sa tête à prix, après l'avoir déjà fait lors de la campagne d'Afrique ; il sait qu'il a affaire à la même personne.

Les Américains atteignent la Bretagne le et la jonction se fait avec les SAS qui se regroupent et reforment le SAS. Fin , Bourgoin reçoit la mission de couvrir avec son régiment le flanc droit de l'armée alliée sur la rive droite de la Loire : c'est l'opération Spencer. En septembre, ses troupes attaquent une colonne allemande de qui remontait du sud-ouest. À Saint-Pierre-le-Moûtier, ses « sticks » capturent le et s'emparent d'un matériel considérable.

Fin de la guerre et de la vie militaire

Le , le lieutenant-colonel Bourgoin, coiffé pour la première fois du béret rouge, ouvre le défilé militaire en descendant les Champs-Élysées à Paris à la tête du de chasseurs parachutistes, dont le drapeau vient de recevoir la Légion d'honneur des mains du général Charles de Gaulle devant l'Arc de Triomphe. Le régiment défile devant le Premier ministre britannique Winston Churchill et le général de Gaulle. La guerre s'arrête pour Bourgoin, l'ancien SAS poursuivant les opérations, notamment en Hollande avec l'opération Amherst.

En , Bourgoin est nommé inspecteur des parachutistes ; son régiment est remis entre les mains de son adjoint Pierre Puech-Samson. Bourgoin est démobilisé en . Il revient à Saint-Marcel en 1947, en présence du général de Gaulle, puis en 1951 lors de l'inauguration du monument du maquis.

En 1949, il est nommé inspecteur général des chasses pour la France et l'Outre-Mer et est promu colonel de réserve en 1950.

Il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur le .

Vie politique

En 1958, il est élu député UNR de la de Paris, avec, au premier tour, sur , devant le député sortant André Le Troquer, président de l'Assemblée nationale et lui aussi ancien résistant, qui recueille et se désiste au second tour.

Représentant de la France à l’Assemblée du Conseil de l’Europe à partir de 1959, il est également membre de l’Assemblée de l'Union de l'Europe occidentale. Il se prononce en faveur de l'autodétermination des Algériens malgré son souhait que l'Algérie reste française. En 1967, il se présente pour la troisième fois dans sa circonscription sous l'étiquette de l'Union démocratique pour la République. Lors des élections législatives de 1968, à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale, il fait campagne pour l'Union pour la défense de la République et est réélu une quatrième fois consécutive.

Durant ses mandats, il siège par deux fois à la commission de la défense nationale et des forces armées, puis deux fois également à la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Par trois fois, entre 1962 et 1970, il dépose un projet de loi visant à simplifier l'obtention des droits pour les anciens combattants et victimes de guerre.

Grand mutilé de guerre, il donne sa démission de député de Paris pour des raisons de santé le . Il meurt le à Paris. Ses obsèques ont lieu aux Invalides, à titre exceptionnel. Il est inhumé à Plumelec dans le Morbihan, où le premier mort SAS du débarquement, Émile Bouétard, est tombé lors des opérations d'invasion de la France ; c'est également près de là que furent exécutés par la Milice française dix-huit parachutistes et résistants, dont le capitaine Pierre Marienne et le lieutenant François Martin, deux des adjoints de Bourgoin. C'est à Plumelec encore qu'il se réfugia après la bataille de Saint-Marcel et qu'il réorganisa son bataillon en vue des actions ultérieures avec l'aide de la Résistance.

Autres activités

Président d’honneur de la Fédération nationale des parachutistes de France, Vice-président de l’association nationale des mutilés de guerre, Vice-président de l'Union nationale des mutilés et réformés (UNMR), Président d’honneur de l’association des parachutistes SAS, Vice-président de l'association de soutien au général de Gaulle, poste auquel il est réélu en , et .

Décorations +106px106px106px106px106px106px106px106px

Grand-croix de la Légion d'honneur - décret du Compagnon de la Libération - décret du Croix de guerre 1939-1945 (9 palmes et 2 étoiles d'argent) Médaille de la Résistance française le , avec rosette le Médaille coloniale avec agrafes Distinguished Service Order Bronze Star Medal Croix de guerre belge Commandeur de l’ordre de Léopold en Officier de l'ordre d'Orange-Nassau

Ouvrages Les principaux animaux de chasse de l'Afrique noire continentale française, Lorient 1949. Animaux de chasse d'Afrique, Paris, 1955. thumb|Plaque commémorative sur le domicile parisien de Pierre Bourgoin au n° 78 de l'avenue Mozart

Hommages

La place du Colonel-Bourgoin, à Paris dans le , lui est dédiée.

Le personnage du colonel Bouvier dans le roman Le Bataillon du ciel de Joseph Kessel est inspiré de son parcours.

Deux acteurs ont joué des personnages inspirés de sa carrière militaire, au cinéma et à la télévision : Henri Nassiet : colonel Bouvier dans le film Bataillon du ciel (1947) d'Alexandre Esway, Maurice Barrier : lieutenant-colonel Bourgin dans le téléfilm Un jour avant l'aube (1994) de Jacques Ertaud.

Un timbre à l'effigie du Colonel Bourgoin et du commandant Philippe Kieffer a été émis le .

Il est le parrain de la promotion 2025-2026 de l’École militaire des aspirants de Coëtquidan.

Notes et références

Annexes Articles connexes Special Air Service Activité du Special Air Service durant la Seconde Guerre mondiale Bataillon de marche

Liens externes

Notice biographique sur le site de l'Ordre de la Libération Les parachutistes SAS de la France Libre

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