L'affaire Suzanne Viguier est celle de la disparition, le , de Suzanne Blanch, épouse de Jacques Viguier. À la suite des déclarations d'Olivier Durandet, qui s'est présenté comme l'amant de Suzanne, des soupçons ont conduit la police à mettre en cause son mari Jacques Viguier.

Un premier procès, en , a abouti à l'acquittement de Jacques Viguier, confirmé en appel en .

Historique

Suzanne Blanch, née le à Aurillac, et Jacques Viguier, né le à Toulouse, se sont mariés le .. Jacques est professeur de droit à l'université Toulouse-I-Capitole. Suzanne, après avoir été son élève, devient professeur de danse. Elle règle des chorégraphies et monte des spectacles dans un cabaret transformiste de Toulouse« Le prof, l'amant et la femme disparue » Article publié le 24 mai 2007 dans Le Point. Vivant dans un pavillon toulousain, dans le quartier de l’Ormeau, ils ont trois enfants, Clémence, à l'époque des faits, et ses frères jumeaux, Guillaume et Nicolas, « L'universitaire Jacques Viguier comparaît en appel pour le meurtre de son épouse » Article de Yves Bordenave publié le 11 mars 2010 dans Le Monde. Le couple fait chambre à part depuis 1995 lorsque Suzanne découvre que son mari commet de nombreuses infidélités avec ses étudiantes. Bien qu'elle soit supposée avoir été victime de violences conjugales, Suzanne ne divorce pas afin de conserver une cellule familiale pour ses enfants.

En , elle fait la connaissance d'Olivier Durandet, , vendeur de matériaux de construction. Selon les déclarations de ce commercial, ils deviennent amants. Fin , Suzanne décide de divorcer.. Jacques Viguier affirme n'avoir découvert que « le , en garde à vue » la nature de la relation entre Suzanne et Olivier« L'agonie du couple Viguier sous la loupe des assises » Article de Stéphane Durand-Souffland publié le 2 mars 2010 dans Le Figaro, ce que confirme Olivier : « Il sait que je suis le confident de Suzy, pas que je suis son amant. »« Les confidences de l'amant » Article de Jean Cohadon publié le 19 mai 2005 dans La Dépêche du Midi

Jacques Viguier précise : « Olivier était avenant, il faisait des plaisanteries, essayait d'être ami avec toute la famille », il lui aurait même confié à quelques occasions la garde de ses enfantsDossier : l'affaire Suzanne Viguier, de Pascal Michel, sur affairescriminelles.com.

Le père de Jacques Viguier dresse de celui qui se revendique amant de Suzanne un portrait de profiteur, de parasite et de pique-assiette, il utilise pour lui le qualificatif d'« écornifleur » et observe que « sous ses airs patelins de bon gros Raminagrobis, il a influencé les témoins et les policiers »« Le père de Jacques Viguier met en doute les enquêteurs » Article de Stéphane Durand-Souffland publié le 11 mars 2010 dans Le Figaro.

Dimanche : Olivier Durandet déclare avoir vu pour la dernière fois Suzanne ce jour-là, à du matin, de retour d'un concours de tarot. Matinée avant : Jacques aurait vu son épouse étendue sur le clic-clac de la chambre d'ami, sans vérifier si c'était elle ou leur fille« Affaire Viguier : la disparition du matelas du clic-clac embarrasse la défense » Article de Pascale Robert-Diard publié le 12 mars 2010 dans Le Monde. : le père de Jacques Viguier vient chercher les trois enfants, la famille Viguier devant déjeuner chez les grands-parents. : Jacques appelle ses parents pour annoncer un éventuel retard. Il s'agit d'un point particulièrement important puisque ce repère chronologique compte dans cette affaire, au cœur des débats. Jacques les rejoint comme prévu et reste avec eux toute la journéeL'affaire Viguier. Une disparition importante, site 13e rue. : c'est l'heure à laquelle le réveil de Suzanne est calé pour sonner. Olivier affirme que c'est l'heure à laquelle Suzanne devait l'appeler, c'est pourquoi elle aurait mis le réveil. Le dimanche soir, Jacques rentre chez lui avec ses enfants et déclarera avoir trouvé la porte fermée à clé. Il ne s'inquiète pas de l'absence de sa femme. Lundi , Olivier Durandet et Jacques Viguier font une inspection de la maison, ils constatent que les lunettes de Suzanne sont là avec son collyre pour les lentilles. Les lentilles sont absentes. La robe et les bijoux qu'elle portait pour jouer au tarot sont . L'alarme du réveil est calée sur . Mardi : tandis que Jacques Viguier est parti rejoindre ses enfants en vacances, Séverine Lacoste, une baby-sitter, se rend au domicile des Viguier. Olivier Durandet en profite pour s'introduire dans la maison« L'emploi du temps de Viguier et de Durandet dans le détail » Article de Stéphane Durand-Souffland publié le 17 mars 2010 dans Le Figaro. Cette information est alors cachée, elle est révélée lors du procès en appel (voir plus loin section subornation de témoin), la baby-sitter n'ayant pas mentionné cet épisode auparavant. : Jacques Viguier signale la disparition de Suzanne au commissariat de l’Ormeau de Toulouse, quelques heures avant qu'Olivier Durandet ne fasse de même. : Jacques Viguier dépose plainte contre X au commissariat central de Toulouse pour « enlèvement et séquestration ». , Jacques Viguier rentre chez lui ; il aurait dû partir au Viêt Nam pour raisons professionnelles, il se retrouve seul. Il lave les draps et jette le matelas de type clic-clac, sur lequel son épouse dormait habituellement, à la décharge du quartier. Plus tard, il donne plusieurs versions sur sa motivation pour jeter le matelas. Lorsque la police ira chercher le matelas à la déchèterie, il reconnaîtra un matelas qui ne sera pas le bon. Le matelas concerné a brûlé dans un incendie. Pour l'accusation, le matelas est « essentiel dans le tournant du procès »le matelas, un objet « essentiel dans le tournant du procès ». : Jacques Viguier est convoqué au SRPJ de Toulouse, les enquêteurs le soupçonnent. Il accepte que des policiers se rendent à son domicile. Les policiers de la police scientifique font les premières constatations. Des traces de sang de quelques millimètres sont relevées au rez-de-chaussée, dans les escaliers et dans la salle de bain. Dans la chambre qu'occupait Suzanne est constatée l'absence du matelas du clic-clac sur lequel elle dormait. Jacques Viguier est à ce moment-là très agité. Le commissaire appelle la juge d'instruction et demande le placement de Jacques Viguier en garde à vue. Ainsi commence une perquisition officielle. Le sac à main de Suzanne est retrouvé dans un placard alors que son mari avait indiqué qu'elle l’avait emporté ; il contient le trousseau de clés de Suzanne, sans son portefeuille, qui reste introuvable. Des documents personnels (formalités pour engager un divorce) sont trouvés dans le véhicule de Suzanne, sous la roue de secours. Les enquêteurs constatent qu'elle avait rendez-vous chez un avocat le lendemain de sa disparition. Jacques Viguier déclare plus tard qu'il aurait appris lors de sa garde à vue qu'Olivier Durandet se disait l'amant de Suzanne« Viguier : la disparition du matelas au cœur des débats » Article publié le 12 mars 2010 dans Le Parisien. au matin : deux policiers déposent aux objets trouvés de Toulouse le portefeuille de Suzanne qu'ils déclarent avoir trouvé sur la voie publique. Aucun rapprochement n'est fait avec la disparition. , vers midi : un chauffeur de taxi déclare qu'il a pris une jeune femme avec une valise au 21 de la rue où habite la famille Viguier (qui vit au numéro 19), pour la déposer à la gare. Il reviendra plus tard sur sa déclaration en disant que la jeune femme ne correspond pas au signalement de Suzanne Viguier. , le juge décide d'une mesure de détention provisoire. : Jacques Viguier est remis en liberté, après neuf mois d'incarcération.

Parties civiles

Face à la défense, les parties civiles sont divisées : Claude Petit, la mère de Suzanne Blanch, est représentée par Laurent de Caunes. Elle est convaincue que son gendre est innocent. Clémence, Nicolas et Guillaume, les trois enfants du couple, assistés par Bérengère Froger, soutiennent de manière indéfectible leur père. Hélène Blanch, la sœur cadette, et Carole, la demi-sœur de Suzanne Blanch, représentées par Francis Szpiner et Guy Debuisson« 15 à 20 ans requis contre Jacques Viguier » Article publié le 21 mars 2010 dans Le Nouvel observateur, sont convaincues de la culpabilité de leur beau-frère.

Accusateurs

Olivier Durandet, qui revendique le terme de « compagnon » de Suzy, bien qu'il n'ait pas vécu avec Suzanne Viguier« Jacques Viguier acquitté du meurtre de sa femme » Article publié le 30 avril 2009 dans Le Point« Procès Viguier : Olivier Durandet, l'amant, résiste et accuse encore le mari » Article de Jean Cohadon publié le 16 mars 2010 dans La Dépêche du Midi. Robert Saby, commissaire de police chargé de l'enquête« Affaire Viguier : le commissaire défend son enquête » Article publié le 17 mars 2010 dans Le Parisien.

Premier procès

La date du premier procès fait l'objet d'une polémique. Une ordonnance de renvoi des audiences est rendue le par Jean-Louis Cousté, président de la cour d'assises de la Haute-Garonne. La demande a été présentée par la défense, en raison de l'état émotionnel de l'accusé. Le président a estimé que les aspects d'organisation suffisaient à justifier le report« Assises de Toulouse: le procès Viguier repoussé à septembre 2009 » Article de Jean Cohadon publié le 4 décembre 2008 dans La Dépêche du Midi.

Jacques Viguier est représenté par les avocats Henri Leclerc et Georges Catala. Francis Szpiner est l'avocat d'une des parties civilesAvocats de Jacques Viguier lors du premier procès« L'amant de Suzy pleure et accuse Jacques Viguier » Article publié le 28 avril 2009 dans La Dépêche du Midi.

Verdict Le , après dix jours de débats, Jacques Viguier est acquitté..

Le , le procureur général de la cour d'appel de Toulouse interjette appel du verdict de la cour d'assises de la Haute-Garonnehistorique des articles traitant de l'affaire Viguier publiés dans Le Monde.

Procès en appel Le , le procès en appel de Jacques Viguier s'ouvre aux assises du Tarn, à Albi, sous la présidence de Jacques Richiardi, « remarquablement organisé sur le plan matériel par le procureur de la République d'Albi, Jean-Christophe Muller »« Acquitté, Jacques Viguier va demander réparation » Article de Stéphane Durand-Souffland publié le 20 mars 2010 dans Le Figaro.

Le procès est très médiatisé. Largement couvert par la presse, il a attiré de plus en plus de curieux et de professionnels du droit et du théâtre : « Serge Regourd, professeur de droit à l'université des sciences sociales de Toulouse, ami de Jacques Viguier, attend, anxieux. Pour le dernier jour d'un procès exceptionnel, des avocats parisiens et toulousains sont venus soutenir leurs confrères : Simon Cohen, Thierry Herzog, Sylvie Topaloff. L'écrivaine Yasmina Reza a fait le déplacement. »« Acquitté pour la seconde fois, Viguier " a retrouvé sa dignité " » Article de Sabine Bernède et Jean Cohadon publié le 21 mars 2010 dans La Dépêche du Midi

L'avocat général, Marc Gaubert, qui avait déjà requis lors du premier procès, déclare : « Je maintiens mes réquisitions de quinze à vingt années, je n'ai pas d'éléments pour les coups et blessures involontaires ayant provoqué la mort sans intention de la donner. » Ces réquisitions interviennent dans une affaire où « il n'y a ni corps, ni preuves, ni aveux dans [le] dossier, où l'existence d'un crime n'est pas même avérée. »« Quinze à vingt ans de prison requis contre Jacques Viguier » Article publié le 19 mars 2010 dans Le Monde. Selon Stéphane Durand-Souffland (par ailleurs biographe d'Éric Dupond-Moretti) dans Le Figaro, « le réquisitoire, vendredi, est apparu comme décousu et trivial, ce qui n'est pas le pire des péchés. Mais, en refusant de trancher nettement entre le meurtre et les coups mortels, en réclamant la même peine qu'en première instance sur le fondement d'une démonstration inexistante, l'avocat général a donné l'impression de se décharger de toute responsabilité sur les jurés ».