Le pardon de Rumengol est un des pèlerinages ou pardons les plus connus de Bretagne, du diocèse de Quimper dans le bourg de Rumengol à à l’est du Faou, commune dont Rumengol fait partie depuis 1970. Pardon très ancien, il ne fut que brièvement interrompu par la Révolution françaiseLes pèlerinages se déroulaient cependant de manière privée, sous la Terreur, pour implorer la Vierge Marie. On jeûnait et on faisait la route à pied en priant.. thumb|Le clocher de l'église Notre-Dame de Rumengol

Description du sanctuaire dans son état actuel

L'église Notre-Dame de Rumengol est un monument historique classé qui date du (les deux porches, les portes et fenêtres, les murs du transept) par les Quelennec, vicomtes du Faou et fut largement reconstruite au entre 1731 et 1754 (chœur, ajout des bras du double transept).

La statue de Notre-Dame-de-Rumengol est en bois de chêne et date du . À l'origine elle portait une couronne ducale et était peinte et dorée. Elle est désormais revêtue d'un riche costume..

La chapelle extérieure, dite "chapelle du couronnement", date de 1880. C'est une chapelle néogothique au plancher surélevé et aux fenêtres largement ouvertes pour que les cérémonies puissent être vues par la nombreuse assistance massée dans l'enclos paroissial de Rumengol lors des pardons.

La fontaine de dévotion dite fontaine Notre-Dame date de 1792 et est située à une cinquantaine de mètres de l'église et est traditionnellement considérée comme miraculeuse. Entourée d'une enceinte quadrangulaire, elle abrite deux statuettes de saint Fiacre et saint Guénolé et un bas-relief de l'Annonciation en kersanton. On y descend par deux escaliers.

Histoire de sanctuaire et du pardon

Les origines

Rumengol aurait été un centre religieux des Osismes; sous les ombrages de la forêt du Cranou, on y aurait pratiqué, lors du solstice d'été, des cérémonies druidiques. Un cantique populaire y fait allusion, rappelant les vers du poète latin Lucain« Vous apaisez par des flots de sang humain Toutatis, l'impitoyable : druides, reprenez vos rites barbares, vos sanglants sacrifices. Les bois profonds sont vos asiles. » (Lucain) :

War ar men ruz e skuilhe gwad, (Sur la pierre rouge, le sang était répandu,) Hag er C'hrannou e-kreiz ar c'hoat, (Et au Cranou au milieu du bois) A zindan derven Teutatès, (Sous le chêne de Toutatis) Tud veze lazet heb truez. (Les gens étaient tués sans pitié)

Les missionnaires chrétiens n'auraient donc fait que christianiser des rites préexistants en élevant sur un lieu de superstitions païennes une église consacrée à la Trinité et à la Vierge Marie.

La légende apporte une grande vraisemblance à cette hypothèse : Saint Guénolé passant au Faou en compagnie du roi Gradlon vers l’abbaye de Landévennec, après la destruction de la ville d’YsSituée en face de Rumengol, on y accédait par un bac., aurait aperçu un feu sur une montagne voisine de Rumengol et nommée le Ménez-Hom. Saint Guénolé demanda ce que signifiait ces flammes. « Ce sont, répondit le roi Gradlon, les feux allumés par les druides. Ils ont là leur autel et y sacrifient leurs victimes. Saint Guénolé, indigné, voulut immédiatement courir à eux ; le roi Gradlon l'y accompagna. Tous deux convertirent les druides »Bertrand de Mun, "Le pardon de Rumengol en 1887", Le Carnet historique et littéraire, septembre 1802, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55151916/f36.pagination.r=Rumengol.langFR. À Rumengol, Gradlon décida alors de remplacer la pierre druidique qui se trouvait là par un sanctuaire chrétien. Le nom même de Rumengol pourrait signifier qu'une pierre druidique se trouvait en effet là, Ru-mein-gol ou « pierre rouge de la lumière »<ref>En effet, goulou signifie « lumière » et goulou-deiz « point du jour », « aurore ». Cette pierre druidique serait un monument solaire car Rumengol est situé à l’est du Faou. - Plus de détails : Antiquités de la Bretagne : Finistère, Christophe-Paulin de La Poix Fréminville (chevalier de )</ref> mais selon une autre étymologie, ce nom viendrait de Remed-oll, Notre-Dame-de-Tous-les-Remèdes ( en latin)Le Finistère en 1836 Émile Souvestre. Les actes primitifs anciens portent le nom de Notre-Dame-de-Remedoll.

La chapelle actuelleSource ensemble paroissial Le Cranou, à l’origine faite en bois, devint célèbre au Moyen Âge, détruite pendant une invasion, elle fut reconstruite en pierre, la façade en granit, le porche avec les statues des douze apôtres en granit polychrome, et à l’intérieur richement ornée, avec deux retables du , œuvres des sculpteurs de la Marine à Brest - Article sur le retable des quatre Evangélistes de Rumengol, dont un représente le roi Gradlon : cette chapelle date de 1536 comme l'indique une inscription sur la façade en lettres gothiques : « L'an mil ciq cens trente VI, le XIHI jour de may fust fundé. Guenolé go. H. Inisan Fabrique. »II faut la lire ainsi : . Les vitraux datent pour la plupart des et on distingue sur la maîtresse-vitre les armes des Quélennec écartelées du Faou et celles des Rosmadec écartelées de Pont-Croix.

Les transformations survenues

En 1669, l'évêque de Quimper autorisa la construction de fonts baptismaux dans l'église et la sacristie fut achevée vers 1700. Le chœur actuel fut construit dans les années 1731-1733, puis, en 1740, on édifia enfin la nef de la chapelleSource: Notice de la Mairie du Faou.

L'ancien cimetière se trouvait autour de l'église, dans l'enclos paroissial de Rumengol. Un grand if qui s'y trouvait fut abattu en 1913Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 11913, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207710t/f41.pagination.

En 1899, Marc Sangnier, fondateur du Sillon, préside à Rumengol un rassemblement de 1200 jeunes provenant des divers patronages catholiques du FinistèrePremier congrès national des cercles d'Études de France, tenu à Paris le dimanche 23 février 1902, dans les salles du "Sillon", 1902, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529974z/f42.image.pagination.r=Rumengol.langFR.

Notre-Dame-de-Rumengol au avait un barde : Jean Pierre Marie Le Scour dont des articles et des poèmes en langue bretonne et française à la gloire de Notre-Dame-de-Rumengol ou encore du pape Pie IX ont été conservéspar exemple dans "Revue de Bretagne et de Vendée", 1869, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411403p/f149.r=Rumengol.langFR et https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411403p/f425.pagination.r=Rumengol.langFR.

Les fêtes du couronnement de la Vierge de Rumengol en 1858

L'église de Rumengol reçoit plusieurs distinctions au milieu du en raison de l'importance de son pèlerinage : le pape Pie IX fait en 1855 don de reliques de saint Sylvain placées dans un reliquaire en bois d'acajou « présentant la forme d'une chapelle gothique surmontée d'un clocher »Revue des provinces de l'Ouest, 1854, A. Guéraud, Nantes, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k208805z/f590.r=Rumengol.langFR réalisé par deux sculpteurs de Morlaix; le cardinal-archevêque de Tours préside le pardon du dimanche de la Trinité en 1856. Un drapeau pris lors du siège de Sébastopol est offertJournal L'Ami de la religion et du Roi, avril 1856, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31670n/f179.pagination.r=Rumengol.langFR.

Le , dimanche de la Trinité, ont lieu les fêtes du Couronnement de Notre-Dame de Rumengol qui venait d'être autorisé par un bref du pape Pie IXL'Ami de la religion et du Roi, n° du 29 mai 1858, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5812091n/f14.pagination.r=Rumengol.langFR et qui sont présidées par . Le journal L'Ami de la religion et du Roi en fait la description suivante :

Le pardon Le pardon à Notre-Dame de tout remède existe depuis des siècles, mais se développa surtout à partir de la fin du sous l'influence des Jésuites de BrestHenri Belbéoch et René Le Bihan, "100 peintres en Bretagne", éditions Palantines, Quimper, 1995.

Le rayonnement du pardon de Rumengol thumb|Le pardon de la Trinité en 1903 On y venait de loin. Claudius-Maria Mayet présente comme banal l'exemple suivant, datant de 1849 ou 1850, dans sa biographie du capitaine de frégate Auguste Marceau, qui vivait alors à Brest : « Une année, il se mit en route à sept heures du soir avec un officier de marine. Les deux jeunes pèlerins marchèrent toute la nuit et firent sept ou huit lieues pour arriver le matin à Notre-Dame de Rumengol et recueillir les saintes bénédictions de l'Assomption »Claudius-Maria Mayet, "Auguste Marceau, capitaine de frégate, commandant de l'"Arche d'alliance", mort le , par un de ses amis", Briday, Lyon, 1859, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5625201n/f121.image.pagination.r=Rumengol.langFR.

Bertrand de Mun en fait la description suivante en 1887 :

On venait même parfois de fort loin. Anatole Le Braz raconte dans Au pays des pardonsAnatole Le Braz, "Rumengol, le pardon des chanteurs" dans "Au pays des pardons", H. Caillère, Rennes, 1894, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102818k/f128.image.pagination.hl.r=Clo%C3%AEtre-Plourin.langFR publié en 1894 qu'alors qu'il se trouvait au Cloître-Plourin (actuellement Le Cloître-Saint-Thégonnec), il rencontre une vieille femme :

Dame Marie la douce en son lit reposait Quand il lui vint un rêve ; Son fils passait et repassait Devant elle, et la contemplait (etc.)

thumb|left|La pardon de Rumengol vers 1930

On y vient nombreux. Selon Édouard Vallin dans un texte écrit en 1859, « quatre fois par anLes pardons avaient alors lieu le 25 mars, à la Trinité, le 23 septembre et le 22 décembre douze ou quinze mille pèlerins vont implorer la Vierge miraculeuse, sous la protection de laquelle est placée une fontaine dont les eaux merveilleuses guérissent les impuretés de l'âme et du corps. »Édouard Vallin, "Voyage en Bretagne, Finistère : précédé d'une notice sur la Bretagne au siècle", Comptoir de la Librairie de Province, Paris, 1859, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5652145c/f220.image.pagination.r=Rumengol.langFR. En 1901, la foule est estimée lors du grand pardon de la Trinité à pèlerins et 400 prêtres. En 1934 également, la foule est estimée à personnes lors du grand pardonJournal La Croix du 29 mai 1934, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4139914.r=Rumengol.langFR. Attention toutefois : ces estimations proviennent des sources catholiques de l'époque et peuvent être quelque peu surestimées.

Les foules sont toutefois si nombreuses que l'on déplace, en 1880, le calvaire du vers le cimetière et que l'on dégage un vaste espace gazonné, à l'ouest de l'église (visible sur le tableau de Pascal Dagnan-Bouveret). « Au pardon, on accomplit des rites précis autour de l'église, à la fontaine miraculeuse, au creux des ifs centenaires et l'on accroche des cerfs-volants vombissants à la chambre des cloches »

À la fin du et au début du , le chemin de fer facilite la venue des pèlerins. Rumengol ne disposait pas de gare, les pèlerins venus par le train s'arrêtaient à la gare de Quimerc'h (« Quimerch ! Les voyageurs pour Rumengol descendent ! » écrit Anatole Le Braz dans Au pays des pardonsAnatole Le Braz, "Rumengol, le pardon des chanteurs" dans "Au pays des pardons", H. Caillère, Rennes, 1894, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102818k/f136.image.r=Quimerc'h.langFR) ; mais, certains jours de pardon, les trains s'arrêtaient au passage à niveau de la forêt du Cranou comme en témoigne cet exemple en 1904 :

La fête religieuse thumb|180px|Pascal Dagnan-Bouveret, Les Bretonnes au Pardon, 1887. ., (49.3 in × 55.6 in), Museu Calouste Gulbenkian, Lisbonne