L'alphabet cyrillique est un alphabet permettant l'écriture de nombreuses langues d'Europe de l'Est et d'Asie centrale, principalement dans l'ex-URSS. Il est créé vers la fin du dans l'Empire bulgare, dans l'actuelle Bulgarie ou dans l'actuelle Macédoine du NordL'attribution de la paternité de l'alphabet cyrillique à la Bulgarie ou à la Macédoine du Nord est une question empreinte de nationalisme., par des disciples du frère Cyrille ou peut-être Clément d'Ohrid (premier évêque de l'Église orthodoxe bulgare), à partir de l'alphabet grec dans sa graphie onciale et de l'alphabet glagolitique.

La valeur phonétique des lettres empruntées correspond, , à celle qu’elles avaient dans le grec de l’époque. Par exemple, le Β bêta (prononcé [b] en grec classique, mais [v] en grec médiéval et moderne) est devenu le В (v) cyrillique ; il a donc fallu créer une lettre de façon à obtenir un graphème pour le phonème [b], en l’occurrence une modification du ve, soit Б.

Depuis l’entrée de la Bulgarie dans l’Union européenne le , le cyrillique en est devenu le troisième alphabet officiel après le latin et le grec.

Usages de l'alphabet cyrillique thumb|right|350px|Distribution de l'alphabet cyrillique :

L’alphabet cyrillique est utilisé pour l’écriture de nombreuses langues, principalement slaves, mais aussi non slaves. Il est historiquement associé aux peuples de tradition orthodoxe, tandis que les peuples slaves de tradition catholique (comme les Polonais, Tchèques, Slovaques, Slovènes, Croates) utilisent majoritairement l'alphabet latin. Au Moyen Âge, les alphabets glagolitique et cyrillique se diffusent dans les Balkans à la suite de la christianisation des Slaves. L’alphabet cyrillique connaît ensuite une large expansion dans l’espace slave oriental et méridional, où il est utilisé pour des usages religieux, administratifs et littéraires. Dans certaines régions, des variantes locales se développent, comme la bosančica en Bosnie médiévale.

Durant la période moderne, l’alphabet cyrillique est consolidé et standardisé dans plusieurs États slaves. Dans les Balkans, il coexiste avec l’alphabet latin et, dans certains contextes, avec d’autres systèmes d’écriture. L’usage des alphabets dans cette région a également été influencé par des facteurs religieux, culturels et politiques.

Au , dans le royaume puis la Yougoslavie socialiste, les alphabets cyrillique et latin sont utilisés de manière parallèle pour écrire le serbo-croate, constituant deux systèmes officiels équivalents. Après la dislocation de la Yougoslavie, leur usage se différencie selon les États : le cyrillique devient dominant en Serbie, tandis que l’alphabet latin est majoritaire en Croatie. En Bosnie-Herzégovine, les deux alphabets restent en usage.

Parmi les principales langues utilisant actuellement l’alphabet cyrillique figurent : biélorusse bulgare macédonien (voir Alphabet macédonien) ; russe (voir Alphabet russe) ; serbe (voir Alphabet cyrillique serbe ; le serbe s’écrit aussi en alphabet latin) ; ukrainien (voir Alphabet ukrainien). ruthène (langue ancienne éteinte et langue rusyne contemporaine).

L’alphabet cyrillique est également utilisé en Bosnie-Herzégovine, où il possède une tradition historique remontant au Moyen Âge.

Il a également servi à l’écriture de langues anciennes ou liturgiques : vieux russe (langue éteinte) ; vieux-slave (langue liturgique).

Il sert également à écrire de nombreuses langues non slaves ou non indo-européennes parlées sur le territoire de la Russie, comme l'oudmourte, le khanty, le nénètse ou l'ossète, ainsi que le mongol ou même le doungane, un dialecte du mandarin. Pour ces langues, il est souvent complété par des signes diacritiques ou des caractères spéciaux, destinés à noter des phonèmes qui n'existent pas en russeVoir Diacritiques de l'alphabet cyrillique.. L'alphabet cyrillique est également utilisé pour écrire des langues turcophones d'anciens pays de l'URSS, comme le kazakh au Kazakhstan ou l'ouzbek en Ouzbékistan.

Jusqu'en 1857, une variété d'alphabet cyrilliqueА а, Ъ ъ (= ӑ), Б б, Β β, Ґ γ, Δ δ, Є є, ζ ʝ, С с, І ι, К к, Λ λ, М м, Ν н, О о, П п, Р р, Т m, Υ υ, Ф ф, Х х, Џ џ (= ҭ), Ч ч, Ш ш, Щ щ (= şt), Ђ ђ (= î, â), Ξ ξ (= x), Ζ z : Denis Deletant, , Ed. Enciclopedică, Bucharest 1991. a également servi à transcrire le roumain ; son emploi a perduré ponctuellement jusqu'en 1918 en Bessarabie. En outre, de 1940 à 1989 (et jusqu'à nos jours en Transnistrie) les pouvoirs soviétique et post-soviétique ont imposé, pour le roumain parlé en URSS (sous le nom de « moldave »), l'usage de l'alphabet cyrillique russe moderne (légèrement adapté), translittéré en lettres latines en Moldavie.

Dans cet article, ne seront traités que les aspects de l'alphabet cyrillique servant à écrire le russe. En effet, dans les autres langues l'utilisant, les lettres peuvent avoir une tout autre valeur. Par exemple, en bulgare ъ (dit ер голям (èr goliam)) se prononce comme le ă roumain et le щ se prononce cht.

Origine

300px|thumb|Bible présentée dans l'église du village de Koumanovo (Bulgarie).|alt=

Constantin Cyrille, dit le Philosophe, a créé l'alphabet et les premières traductions en vieux-slave, d'où son nom. C'est un fait incontestable, mais une des questions est restée sans réponse univoque encore actuellement, et porte sur la création au cours d'une période relativement brève de deux alphabets slaves, à savoir l'alphabet cyrillique et l'alphabet glagolitique. Les avis ne s'accordent pas tous pour affirmer lequel des deux a été créé par Constantin Cyrille.

Selon l'hypothèse la plus répandue sur la création des deux alphabets, le cyrillique ferait son apparition, chronologiquement, après le glagolitique. D'un point de vue acoustique et graphique, le cyrillique est issu de l'onciale grecque. Ce serait Clément d'Ohrid, un des disciples de Constantin (Cyrille), qui l'aurait créé, lui donnant le nom de son professeur. La plupart des scientifiques attribuent l'alphabet glagolitique à Constantin (Cyrille). Il correspond à la composition phonétique de l'ancien slave et possède une graphie originale ; certains chercheurs indiquent que le dessin des lettres suit les règles de la section dorée (les rapports du petit et du grand côté à l'ensemble sont identiques). Si, entre l'alphabet glagolitique et l'alphabet cyrillique, il existe une certaine continuité, ils n'en comportent pas moins des différences significatives. L'alphabet cyrillique remplace rapidement l'alphabet glagolitique, d'abord en Bulgarie orientale, notamment dans la capitale de l'époque, Preslav. À l’école d'Ohrid, l'alphabet glagolitique est plus largement répandu et employé plus longtemps. Dans quelques monastères au bord de la mer Adriatique, en Croatie, le glagolitique a été utilisé en cryptographie jusqu'au .

Selon la seconde hypothèse, Constantin (Cyrille) serait l'auteur des deux alphabets, ce qui signifierait qu'il aurait traduit les principaux livres liturgiques deux fois. En 855, il aurait créé l'alphabet cyrillique dérivé de l'écriture grecque en l'adaptant au langage slave, pour traduire ensuite les livres liturgiques pour les besoins des slaves de la région du fleuve de Brégalnica (Macédoine du nord-ouest). Plus tard, en 862-863, il aurait créé l'alphabet glagolitique, recopiant les livres déjà traduits afin de donner à sa mission en Grande-Moravie une expression chrétienne universelle.

De nos jours, l'alphabet cyrillique est employé non seulement par les Bulgares, mais également par les Serbes, les Monténégrins, les Macédoniens, les Russes, les Ukrainiens, les Biélorusses aussi bien que par beaucoup d'autres peuples non-slaves de l'ex-URSS, ainsi que par les Mongols : environ deux cents millions de personnes en tout.

L'œuvre de Cyrille et de son frère Méthode a été continuée par leurs disciples Clément, Naum, Angelar, Gorazd et Sava qui, à leur arrivée en Bulgarie, ont reçu le soutien du roi de Bulgarie Boris . Chacun des cinq étudiants a sa propre fête religieuse. Le on célèbre les deux saints, Cyrille et Méthode. Saints Cyrille et Méthode ont été proclamés copatrons de l'Europe en par saint Jean-Paul II.

Les ecclésiastiques vivant surtout dans la région de l'Adriatique du nord ont continué à utiliser l'écriture glagolitique jusqu'à la fin du , après quoi elle n'a été maintenue que dans la liturgie ; le dernier document en glagolitique date de la fin du .

L'alphabet cyrillique doit, plus ou moins directement, plusieurs de ses caractéristiques innovantes par rapport au modèle grec, voire certaines de ses lettres, au glagolitique.

Dans la religion orthodoxe, le , jour de l’alphabet slave et des Saints-Frères Cyrille et Méthode, est une fête qui n'a que peu d'analogues : jour de l'écriture, de l'éducation et de la culture. C'est la fête de l'éveil spirituel, de l'aspiration au perfectionnement à travers la science et la culture. Les lettres créées par Cyrille et Méthode, leurs traductions des livres liturgiques en vieux-slave, la défense du droit de chaque peuple à glorifier Dieu dans sa propre langue, ont une importance historique pour tous les peuples slaves. Leur œuvre est humanitaire et démocratique, commune à tous les Slaves et au service de la grande idée humaine d'égalité de tous dans le domaine spirituel.

Lettres Alphabet originel Ce tableau présente : les éventuelles variantes d'une lettre indiquées entre parenthèses sont utilisés dans les cas où l'informatique ne permet pas un rendu fidèle les valeurs numériques des lettres cyrilliques diffèrent de celles de leurs équivalents glagolitiques la prononciation est donnée selon l'alphabet phonétique international ; les valeurs entre parenthèses sont des notations utilisées par les slavistes le nom est indiqué en transcription latine, puis entre parenthèses en vieux slave et en slavon d'église.