thumb|La synagogue de Besançon, construite en 1869 dans le quartier de Battant.
Les débuts de l'histoire des Juifs à Besançon remontent au Moyen Âge, période durant laquelle les Juifs s'installent dans la ville attirés par son activité de place commerciale. La communauté est fondée à la fin du et, en raison de son statut de cité impériale, Besançon reste l'un des seuls territoires de la France actuelle à tolérer les Juifs après leur expulsion du royaume de France en 1394. La communauté est néanmoins expulsée à son tour de Besançon au milieu du . Les Juifs font un timide retour dans la ville au mais ce n'est qu'après la Révolution française, qui les émancipe, que leur situation dans la capitale comtoise se stabilise. Même si la communauté juive ne dépasse jamais les sauf à la veille de la Seconde Guerre mondiale, elle connaît une grande réussite économique durant la révolution industrielle à la fin du , quand les Lipmann fondent Lip, marque de l'horlogerie qui devient ensuite l'un des moteurs économiques de la région et reste associée au nom de la ville.
L'importance de la communauté est reconnue en 1881 par la signature d'un décret autorisant la création d'un consistoire siégeant à Besançon. Durant la Seconde Guerre mondiale, la communauté bisontine comme le reste des Juifs de France est touchée de plein fouet par la politique antisémite nazie. À partir des années 1950, l'arrivée des Juifs d'Afrique du Nord apporte de la vitalité à la communauté et lui donne un nouveau visage. La synagogue de Besançon, le cimetière juif et le château de la Juive sont autant de témoignages de la contribution de cette communauté à l'histoire bisontine.
Histoire
Moyen Âge Avant le Moyen Âge, rien n'atteste d'une présence juive dans la région, bien qu'elle ne soit pas à exclure : à l'apogée de l'Empire romain, 10 % de la population générale était juive et, en Gaule, la présence de Juifs est attestée particulièrement dans la vallée du Rhône dès le La vie religieuse à Besançon, du à 2010, pages 98 à 102.. Ainsi il est possible qu'il y ait eu des Juifs romains à Vesuntio bien que rien ne le prouve formellement.
C'est donc au et que l'histoire de la population juive à Besançon peut être retracée avec certitude.. Au , la ville de Besançon étant une place commerciale privilégiée en raison de sa proximité avec l'Allemagne et l'Italie, de nombreux commerçants juifs passent régulièrement au sein de la capitale comtoise. Une lettre du pape Innocent IV envoyée en 1245 à l'archevêque de Besançon lui demandant de faire respecter le port de la rouelle par les Juifs confirme leur présence dans la région dès cette époque.
Au , le gouvernement communal de Besançon décide d'accorder aux Juifs des autorisations de séjour sur le territoire, moyennant un droit « d’entrage » ainsi qu'un « cens annuel ». En 1393, des documents attestent que douze familles juives sont installées dans la ville, et que celles-ci « entretiennent Joseph de Trèves pour maistre de leur escole ». L'année qui suit, un citoyen bisontin est condamné à 60 sous d'amende pour avoir battu l'un des Juifs qui étaient « en la garde de la ville »Magazine Tribune juive, numéro 91, page 22.. Il semble que certains Juifs de France se réfugient à Besançon au milieu du pour échapper à l'amende ordonnée contre les Juifs pour participation au complot des lépreux, une théorie du complot juif voulant qu'ils se soient alliés avec les lépreux et le royaume de Grenade musulman pour empoisonner les puits. En 1394, le roi de France Charles VI expulse les Juifs de ses États, et le duc Philippe le Hardi en fait de même dans le duché de Bourgogne.
Mais la ville de Besançon est une cité impériale, et n’est donc pas touchée par ces mesures restrictives. Elle devient alors un refuge pour les Juifs expulsés des États voisins, ce qui alimente la croissance démographique de la communauté bisontine. Les Juifs de la ville sont bouchers, banquiers, orfèvres et occupent une place de plus en plus importante au sein de la ville. Peu à peu, ils deviennent la catégorie d'habitants la plus riche de la région, à tel point que certains d'entre eux avancent à plusieurs reprises de l’argent à la Cité. Au Moyen Âge, la population juive est installée principalement dans les quartiers situés à l'extérieur de La Boucle, dans l'actuel quartier de Battant.. Des documents attestent également de la présence d'une synagogue dans l'actuel quartier de Battant, rue du Grand Charmont. Le premier cimetière juif de la ville, nommé cimetière de Calmoutier, est établi au nord de la cité, dans l'actuel quartier de Montrapon-Fontaine-Écu.
Au Moyen Âge tardif (), le statut des Juifs se détériore et, au-delà des polémiques doctrinales, ils sont accusés des principaux troubles et calamités ravageant le pays, notamment de la peste noire, et sont alors exclusL'histoire des Juifs de Besançon sur Migrations-Besançon.fr (page 1). Consulté le .. La vente du cimetière par la municipalité en 1465 marque la fin de la communauté pour plus de trois siècles.
Histoire moderne vignette|Horloge de la synagogue de Besançon avec l'inscription ישראל ירושלים (« Israel Jérusalem » en hébreu) en guise de chiffres Besançon devient, comme le reste de la Franche-Comté, française, avec le traité de Nimègue de 1678. Les registres de délibérations municipales indiquent en 1693 qu’il est interdit aux marchands juifs de fréquenter la cité sans s’être déclarés au préalableArchives municipales de Besançon, édition de Robert Genevoy, d'après le grand recensement des Juifs de la ville en 1809, 1985.. Ils ne peuvent alors séjourner plus de trois jours consécutifs et ont interdiction de faire du commerce sans l’assistance de l’un des syndics municipaux. Cependant, cette restriction connaît quelques exceptions, notamment en où deux Juifs de Metz sont autorisés à faire commerce pendant huit jours par anSous la direction de Bernhard Blumenkranz, Histoire des Juifs en France, page 113, Édouard Privat éditeur, Toulouse, 1972.. En 1754, une tolérance de quelques mois de séjour est accordée aux Juifs Vidal, qui sont d'importants marchands de soieries, ou encore en 1768, quand le Juif Salomon Sax se voit autorisé à exercer la gravure de pierres fines à Besançon, mais à condition de ne pas faire commerce de son œuvre.
Au début de la Révolution française, il est toujours interdit aux Juifs de séjourner plus de trois jours consécutifs dans la capitale comtoise et ils doivent aussi se cantonner à certains métiers. C'est ainsi qu'en , Antoine Melchior Nodier, le père de Charles Nodier, alors maire de Besançon, fait expulser par des huissiers avec l'approbation de la municipalité, les Juifs Wolf et Caïn, pour avoir commercé plus longtemps que la loi ne le leur permet.
Le , la citoyenneté française est octroyée aux Juifs, sous condition de prestation du serment civique. Des pogroms éclatent à la suite de la reconnaissance de la citoyenneté française des Juifs en Alsace et plus particulièrement dans le Sundgau, et quelques Juifs alsaciens sont pendus aux crocs des boucheries. Les survivants fuient vers le sud de la France et quelques familles s’installent à Besançon. En 1792, la communauté adresse à la municipalité bisontine une pétition en vue d’obtenir une synagogue. Les Juifs de la ville obtiennent peu après l’autorisation de se réunir dans l’ancien couvent des Cordeliers (actuel lycée Pasteur).
Ces nouvelles familles font rapidement l'objet d'attaques de la part du journal jacobin La Vedette. Ce journal reproche aux Juifs leur fidélité au judaïsme et leur repos le jour du Chabbat. En 1793, ils sont contraints de fermer leur lieu de prière, tout comme les catholiques. Cette situation s'apaise peu à peu les années suivantes, après la fin de la Terreur. En 1796, les Juifs (environ en 1808) de la ville acquièrent un nouveau cimetière dans l'actuelle rue Anne Frank, existant toujours aujourd'hui. Il est agrandi en 1839 et accueille de nos jours environ un millier de tombes..
Le est celui de la croissance pour la communauté juive bisontine. En effet, par deux fois, des Juifs alsaciens viennent s'établir à Besançon : la première fois après les émeutes antijuives d'Alsace ; la seconde après l'annexion de cette province par l'Allemagne en 1871. Les institutions communautaires embryonnaires au début du siècle se développent considérablement et les membres de la communauté s'illustrent dans l'économie et la politique locale, malgré certains sentiments antijuifs qui ressurgissent ponctuellement au sein de la population.
Démographie thumb|Le cimetière juif de Besançon, situé rue Anne Frank il fut acquis en 1796.
Le , Bigot de Préameneu, alors ministre des Cultes, demande au préfet du Doubs Jean Antoine Debry de recenser les Juifs dans le département. Le maire de Besançon, le baron Antoine Louis Daclin, dresse en conséquence une liste recensant tous les Juifs de la ville. Le résultat obtenu en 1809 conclut que la ville compte 28 chefs de famille juifs pour un total de . L'enquête indique aussi qu'une grande partie des Juifs de la ville est originaire de Haute-Alsace, et que les plus anciens d'entre eux se sont installés dans la capitale comtoise à partir de 1787R. Genevoy, De Besançon à Paris avec les familles Allegri et Lippman sur la revue "Archives juives", 1983, numéro 3 et 4..
La population juive continue à augmenter dans les années 1830, et on compte alors dans la ville, soit Centenaire du Consistoire Israélite de Besançon, publié le 9 mai 1982, par J.Berda (rubrique population Juive de Besançon, recensement de 1809)..
Dans les années 1850 et 1860, la communauté forte alors d'environ , occupe de nouveaux espaces urbains ; deux pôles semblent se dégager, le quartier populaire et fréquenté de Battant et La Boucle, centre historique de Besançon, notamment dans la Grande rue et la rue des Granges.
À la fin du après l'occupation de l'Alsace par les Allemands et la guerre franco-prussienne de 1871, de nouveaux Juifs s'installent dans le quartier dit des Arènes, un secteur regroupant à l'époque un grand nombre de commerçants et de marchands ambulants. La vie de la communauté se recentre autour de la synagogue, dans le quartier de Battant.. En 1872, un consistoire indépendant est créé à Besançon. À la fin du siècle, plusieurs Juifs bisontins affichent une grande réussite sociale et économique et sont présents dans les secteurs de l'industrie (60 % de l'industrie horlogère appartient à Lippman) et de la banque (famille Veil-Picard).. En 1897, le Consistoire central recense 763 Juifs à Besançon, ce qui est probablement sous-évalué, puisque certaines familles juives ne s'affilient pas à cette organisationBlumenkranz, page 348..
Organisation communautaire thumb|Décret de la Direction Générale des Cultes, daté du et autorisant la création d'un consistoire juif à Besançon.
La communauté bisontine envoie un délégué à l'Assemblée des notables juifs et au Sanhédrin convoqués par Napoléon. En 1804, après la période troublée de la Révolution, un rapport au préfet du Doubs mentionne la présence de Juifs qui résident dans la ville : Le seul lieu de culte juif à Besançon est dans les années 1830 une petite synagogue qu’une centaine de Juifs parmi les plus fortunés font aménager par l’architecte municipal Pierre Marnotte. L'édifice est situé au numéro 19, de la rue de la Madeleine et est reconnaissable par sa façade percée de fenêtres ogivales, mais le bâtiment s'avère trop vétuste pour continuer à servir de lieu de prière à la communauté qui grossit. L'actuelle synagogue de la ville est construite en 1869 quai Napoléon.