Le Pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) est une espèce de rapaces diurne qui vit en Amérique du Nord.
Malgré son nom anglais de (« aigle chauve ») ou sa dénomination populaire d'« aigle à tête blanche », il ne s'agit pas d'un aigle du genre Aquila mais d'un pygargue du genre Haliaeetus : il s'en distingue par son régime alimentaire, essentiellement composé de poissons, mais aussi par son bec massif et par le fait que ses pattes ne sont pas recouvertes de plumes jusqu'aux serres, l'un des caractères propres aux vrais aiglesVoir à ce sujet l'article consacré à la sous-famille des Aquilinae, que les anglophones appellent, du fait de leurs pattes entièrement emplumées : la famille des Booted eagles (« Aigles bottés »), à ne pas confondre avec l'espèce dont le nom vernaculaire est aussi en français « Aigle botté » (et qui d'ailleurs fait partie des Aquilinae).. Alors que l'aigle vit dans les massifs forestiers et les montagnes, le pygargue préfère les lacs, les rivières et les zones côtières, où il peut trouver sa nourriture. À ce titre, il est parfois nommé « aigle de mer » ou « aigle pêcheur » américain.
Subdivisé en deux sous-espèces, il se rencontre sur presque toute la superficie de l'Amérique du Nord, de l'Alaska au nord jusqu'au Mexique au sud tant sur la côte Atlantique que Pacifique.
Emblème national des États-Unis, l'espèce a été un temps menacée dans ce pays au .
Description thumb|Pygargue à tête blanche en vol. Taille et poids Parfois appelé à tort « Aigle royal » (dénomination se rapportant exclusivement à l'espèce Aquila chrysaetos), le Pygargue à tête blanche présente un dimorphisme sexuel car les femelles sont 25 % plus grandes que les mâlesdel Hoyo, J., Elliott, A., & Sargatal, J., Handbook of the Birds of the World, 1994, Vol. 2, Lynx Edicions, Barcelona .. Aussi l'envergure maximale de l'oiseau varie de pour le mâle à 243 pour la femelle. De même, cette dernière pèse environ et le mâle 4,1D.M. Bird, The Bird Almanac: A Guide to Essential Facts and Figures of the World's Birds, Firefly Books, Ontario, 2004, ..
La taille varie également en fonction des régions : les plus petits spécimens vivent en Floride, au sud-est des États-Unis, où l'adulte mâle dépasse rarement les pour une envergure de . Les pygargues à tête blanche les plus imposants se trouvent en Alaska, où les plus grands pèsent plus de pour une envergure de plus de ..
Plumage On reconnaît facilement l'individu adulte à son plumage brun, sa tête et sa queue blanches. Mâle et femelle ne présentent aucune différence de plumage. Les jeunes sont complètement bruns sauf pour les pattes.
Les yeux et les pattes du Pygargue à tête blanche sont d'un jaune vif, tout comme son bec, crochu et massif. La queue de l'animal est moyennement longue et légèrement en forme de coin. Les pattes sont dépourvues de plumes. Les orteils sont courts et munis de puissantes serres qui permettent de saisir et d'immobiliser les proies, celle qui se trouve à l'arrière du talon étant utilisée pour les transpercer..
Le plumage du jeune est brun avec des taches blanches jusqu'à ce que l'individu atteigne sa maturité sexuelle, vers l'âge de quatre ou cinq ans. Bien qu'ils soient tous deux globalement bruns, l'immature de Pygargue à tête blanche se distingue de l'Aigle royal (également présent en Amérique du Nord) par ses parties inférieures plus largement blanches et aux motifs moins bien définis, son bec plus large, sa tête proéminente, ses pattes dépourvues de plumes et ses ailes larges tenues à plat en volD. Sibley, The Sibley Guide to Birds, National Audubon Society, 2000, ..
Taxonomie thumb|Un pygargue à tête blanche en captivité en Allemagne. En anglais, le pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) porte le nom de Bald Eagle qui provient du mot piebald désignant un animal bicolore ou pie. Le nom scientifique vient du grec haliaetos repris par le latin () qui signifie « aigle de mer ». signifie « tête blanche » et vient du grec , « blanc » et , « tête »).Henry George Liddell, Robert Scott, A Greek-English Lexicon, (Abridged Edition), Oxford University Press, 1980, ..
Le pygargue à tête blanche a été décrit par le naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778), dans son ouvrage Systema Naturae, sous le nom de Falco leucocephalusCarolus Linnaeus, Systema naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Tomus I. Editio decima, reformata, Holmiae, (Laurentii Salvii), 1766, , ..
D'après la classification de référence (version 14.1, 2024) de l'Union internationale des ornithologues, le Pygargue à tête blanche possède 2 sous-espèces (ordre phylogénique) :
Haliaeetus leucocephalus washingtoniensis (Audubon, 1827), synonyme de H. l. alascanus Townsend, 1897, est la sous-espèce vivant au nord des États-Unis, au Canada et en Alaska.. Elle est présente au sud du nord sur le littoral atlantique des États-Unis, par exemple dans la région du cap Hatteras.. Cette sous-espèce est plus grande que la forme nominale ; Haliaeetus leucocephalus leucocephalus (Linnaeus, 1766) se différencie du H. l. washingtoniensis au sud du nord, soit à peu près à la latitude de la ville de San Francisco en Californie. Il se rencontre dans le sud des États-Unis et en Basse-Californie (Mexique).
Répartition vignette|gauche|upright=1.2| thumb|droite|Pygargue à tête blanche dans un parc animalier, North Devon, Angleterre.
thumb|droite|Un jeune pygargue à tête blanche en Alaska. Des études ont montré qu'il préfère les étendues d'eau d'une circonférence supérieure à ..
Ce rapace a besoin de grands arbres (conifères ou feuillus) pour se percher et faire son nid. Il choisit des forêts dont la canopée couvre de 20 à 60 % et se trouvant près d'un point d'eau.
Le pygargue à tête blanche est sensible aux activités humaines et recherche les zones les plus sauvages. Au milieu des années 1980, une étude concluait ainsi qu'il préférait nicher à plus de des secteurs faiblement peuplés par l'Homme et à plus de des secteurs urbanisés ou moyennement occupés. Cependant, dès le début des années 1990, plusieurs études montrent que grâce à l'abandon du DDT et aux efforts de conservation, l'espèce est dorénavant capable de s'adapter à des environnements périurbains ou urbains relativement peuplés, de l'Alaska au sud de la Californie en passant par l'État de Washington, à Seattle ainsi qu'en Colombie-Britannique, à Vancouver.
L'aire de répartition naturelle du pygargue à tête blanche couvre la plus grande partie de l'Amérique du Nord, du Mexique au sud, au Canada et à l'Alaska au nord, en passant par les États-Unis. C'est la seule espèce de pygargue présente sur le continent nord-américain. L'oiseau peut vivre dans des milieux naturels très divers, des bayous de Louisiane au désert de Sonora, jusqu'aux forêts du Québec et de la Nouvelle-Angleterre. Ceux qui occupent le nord du continent américain migrent, alors que les autres restent toute l'année sur leur territoire de chasse.
Les pygargues à tête blanche se rassemblent dans certains secteurs en hiver. Ainsi, de novembre à février, à oiseaux hivernent à Squamish, à mi-chemin entre Vancouver et Whistler. Ils se nourrissent de saumons dans les rivières Squamish et Cheakamus..
Éthologie En vol, le pygargue à tête blanche utilise les courants ascendants pour se déplacer. Il peut atteindre facilement les vitesses de en vol plané à 70 en vol battu. Il peut voler à environ pour attraper un poisson. Dans les régions septentrionales, l'oiseau migre vers les côtes ou vers le Sud au début de l'hiver, lorsque les lacs et les cours d'eau commencent à geler. Il choisit ses routes de migration en fonction des courants, des ascendances et des ressources en nourriture. Il se déplace alors pendant le jour pour profiter des courants produits par la chaleur du soleil.
Le pygargue à tête blanche émet un cri strident ponctué de sortes de grognements. Mais il ne produit pas le cri que l'on peut entendre dans les films, qui utilisent généralement celui de la Buse à queue rousse, pour renforcer l'effet dramatique.
Régime alimentaire left|thumb|upright|Pygargue à tête blanche sur le cadavre d'une baleine. thumb|upright|Alimentation. Sur le littoral nord-ouest du Pacifique, les truites et les saumons composent l'essentiel de son alimentation.. Localement, son régime peut toutefois s'écarter substantiellement du schéma général. Ainsi, en Colombie-Britannique, les poissons n'entrent que pour 10 % dans son alimentation, alors que les invertébrés marins en représentent 45 % et les oiseaux 41 % Vermeer, K. & Morgan, K.H. (1989). Nesting populations, nest sites, and prey remains of bald eagles in Barkley Sound, British Columbia. Northwestern Naturalist, 70 : 21-26. résumé en ligne.. Dans certaines situations, notamment en hiver, il peut se nourrir de charognes d'ongulés, de baleines ou de poissons. Il lui arrive de prendre sa nourriture dans les campings, sur les aires de pique-nique et dans les décharges. Quand il pêche, il n'entre pas dans l'eau comme le balbuzard pêcheur, mais recherche les poissons morts ou mourants ou des poissons de surface. En plein vol, il tend son cou en avant, puis le rejette en arrière jusqu’à toucher son dos. Il capture poissons volants et anguilles en les retenant à l’aide de ses puissantes serres. Le pygargue à tête blanche peut nager s'il est menacé et il arrive qu'il se noie ou qu'il meure d'hypothermie.
Il peut aussi se nourrir d'oiseaux comme les grèbes, les pingouins, les mouettes, les canards, les foulques, les aigrettes et les oies ; il peut parfois s'attaquer à des proies plus importantes comme le Grand Héron ou le cygne, mais aussi à des mammifères comme les lapins, les lièvres, les renards, les ratons laveurs, les rats musqués, les loutres de mer et les faons. Sur Protection Island, une très importante colonie d’oiseaux marins de l’État de Washington, les placentas et les cadavres de veaux marins nouveau-nés constituent une ressource alimentaire majeure pour les pygargues Haywarda, J.L., Galushab, J.G. & Henson, S.M., 2010. Foraging-Related Activity of Bald Eagles at a Washington Seabird Colony and Seal Rookery. Journal of Raptor Research, 44 (1) : 19-29. Résumé en ligne.. Les reptiles, amphibiens et crustacés (en particulier les crabes) complètent le régime alimentaire du pygargue à tête blanche. Dans les colonies d'oiseaux de mer, il peut exercer sa prédation sur les adultes et les poussins, mais aussi sur les œufs WHite, A.J., Heath, J.P. & Gisborne, B. (2006). Seasonal timing of bald eagle attendance and influence on activity budgets of glaucous-winged gulls in Barkley Sound, British Columbia. Waterbids 29 (4) : 497-500. résumé en ligne..
Il utilise ses pattes aux serres acérées pour saisir et transporter ses proies. Lorsque la nourriture est insuffisante, le pygargue peut prendre la nourriture à d'autres prédateurs, comme le balbuzard pêcheur D.G. Jord, G. Lingle, Kleptoparasitism « by Bald Eagles wintering in South-Central Nebraska », dans Journal of Field Ornithology, volume 59, 1998, , . ou bien attaquer des animaux comme le coyote, le renard, le vautour ou la corneille. Il peut lui-même être attaqué par l'aigle royal. En principe solitaires, les individus se rassemblent en groupes en hiver là où la nourriture est abondante. C’est notamment le cas pendant la migration des saumons.
Reproduction thumb|right|Nid d'un pygargue à tête blanche. thumb|right|Un pygargue à tête blanche en train de se poser sur son nid. Le pygargue à tête blanche peut se reproduire dès l'âge de quatre ans (quelques cas avec succès à trois ans) mais le plus souvent à partir de cinq ans : il retourne alors souvent à l'endroit où il est né (phénomène de philopatrie).
La saison de reproduction s'étend d'octobre à avril dans le sud de l'aire de répartition de l'espèce et d'avril à août dans le nord.