500px|Carte du monde montrant par un code couleur les alliances au début des années 1970
La détente désigne plusieurs phases de la guerre froide, au cours desquelles les relations Est-Ouest deviennent plus apaisées.
L'usage du mot « détente » est devenu courant à partir du début des années 1960, en français mais aussi en anglais, souvent en combinaison avec sa définition usuelle de période de relâchement des tensions ().
Les périodes de rapprochement entre l'Est et l'Ouest sont également qualifiées du nom de dégel. La notion de détente se substitue très largement à celle de coexistence pacifique, laquelle continue d'être utilisée principalement par les Soviétiques qui l'avaient formulée.
Période désignée Dans un article titré "La détente", d'André Fontaine, dans Le Monde du , la détente est clairement défini comme débutant en 1953. « La première détente avait suivi la mort de Staline » au début de 1953 et « n'a pas résisté au soulèvement hongrois et à l'équipée de Suez » en 1956. Une seconde détente de « neuf mois seulement » fut « beaucoup plus brève », allant de la visite de Nikita Khrouchtchev au président américain Dwight Eisenhower le , un voyage de treize jours, qui fait suite à un autre, également de deux semaines, du vice-président américain Richard Nixon en URSS"Le voyage de Khrouchtchev aux États-Unis", par Christophe Gracieux pour l'Institut national de l’audiovisuel jusqu'au "sommet" manqué à Paris, le , moment du second voyage de Khrouchtchev à Paris, dans un contexte soudain tendu par l'incident de l'avion espion U2 abattu quelques jours auparavant par les Soviétiques. Il s'interrompt le en raison de la polémique déclenchée par cet incident et de l'impossibilité qui en découle d'aborder les sujets prévus Site Site.
La troisième détente, qui débute en 1963, semble au moment même très incertaine à ses acteurs, avec des divergences, par exemple entre le duo constitué par général de Gaulle et le chancelier allemand Konrad Adenauer, et le chef d'Etat socialiste belge Paul-Henri Spaak. Au cours de la « première détente », qui a marqué un « certain réchauffement sous l'impulsion plus particulière de Nikita Khrouchtchev », les Soviétiques ont « cherché, délibérément, à apaiser les Occidentaux », le Kremlin étant « prêt en 1953 à acheter la détente », avec à la clé « des résultats tangibles : les armistices coréens et indo-chinois, le traité autrichien », car ils étaient devenus « inquiets du tour que la folie sénile du dictateur disparu », Staline, « avait fait prendre au conflit Est-Ouest », souhaitant de plus « régler en paix les terribles problèmes posés par sa succession »"La 3ème détente", par André Fontaine, dans Le Monde le 11 octobre 1963 . Selon André Fontaine, Nikita Khrouchtchev, après avoir beaucoup hésité, s'est décidé à intervenir à Budapest en 1956 et l'a fait principalement « pour donner un coup d'arrêt à un courant de déstalinisation qu'il avait lancé lui-même mais qui était en train de se retourner contre lui ».
La « détente » est parfois aussi évoquée comme commençant au début de 1963, après la crise des missiles de Cuba, et s'achevant en 1979-1980 avec l'invasion soviétique en Afghanistan et l'arrivée de Ronald Reagan à la présidence des États-Unis. L'Acte final d'Helsinki de 1975 en serait le point culminant, après lequel les relations se tendent à nouveau progressivement en raison de la persistance de la course aux armements et de nouvelles tensions Est-Ouest, en particulier dans le tiers-monde"Détente", dans Claude Quétel (dir.), Dictionnaire de la Guerre froide, Paris, Larousse, 2008, ..
Entre les deux blocs, il y eut plusieurs cycles de montée puis de relâchement des tensions. Les années 1953-1958, avec la disparition de Staline et l'émergence de KhrouchtchevDe nombreux articles du "Monde Diplomatique" des années 1954-1958 parlent de la détente entre l'Est et l'Ouest. Par exemple, l'article d'André Fontaine Les gestes de conciliation de Moscou imposent un effort d’imagination aux puissances occidentales paru dans Le Monde diplomatique de juin 1955, parle longuement de la détente tout en s'interrogeant sur son caractère réel et durable ou bien sur la dimension illusoire qu'elle pourrait revêtir., puis les années 1985-1989 avec l'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev constituent ainsi d'autres phases de détente entre l'Est et l'Ouest.
La « détente » des années 1963-1979 correspond au relâchement des tensions qui s'est instauré progressivement à partir de 1963, caractérisé par : La tenue de fréquentes rencontres au sommet, partie visible du développement à grande échelle d'un dialogue diplomatique qui ne se limite pas aux États-Unis et à l'Union soviétique, mais implique fortement les États d'Europe de l'Ouest et de l'Est ainsi que la Chine, la négociation prenant le pas sur les face-à-face tendus des années précédentes, La signature d'accords et de traités d'importance entre pays de l'Ouest et de l'Est, en matière de relations internationales et de limitation des armements, Le développement des relations de toutes natures, économiques en premier lieu, mais aussi scientifiques, sportives, et culturelles.
La détente trouve son origine dans la volonté partagée par les États-Unis, l'Union soviétique et leurs alliés respectifs de réduire les risques de guerre nucléaire, qui ont culminé avec la crise de Berlin et la crise des missiles de Cuba. John Fitzgerald Kennedy et Khrouchtchev ont conscience de ce que l'utilisation ne serait-ce que d'une fraction des armes nucléaires en leur possession signifierait une apocalypse sans précédent pouvant conduire à l'extinction de l'humanité. Ils tirent rapidement les leçons de ces crises dont l'épilogue montre que le dialogue entre les deux Grands est à la fois possible et nécessaire. Leurs successeurs vont en reprendre l'idée et lui donner un contenu davantage tangible en termes de vision du monde, de reconnaissance politique du statu quo issu de la Seconde Guerre mondiale, de modération de la course aux armements et d'échanges de toutes natures entre l'Est et l'Ouest.
La « détente » n'est pas la paix Mais la « détente » n'est pas la paix, car les motivations des dirigeants varient en fonction de leurs propres intérêts et peuvent donc être très différentes d'un camp à l'autre : Les dirigeants occidentaux sont, pour leur part, persuadés que le modèle économique soviétique recèle des faiblesses structurelles qui contribueront à terme à l'effondrement du communisme et à l'ouverture de ces immenses espaces à l'économie de marché. Leur vision stratégique à long terme, portée plus particulièrement par les dirigeants allemands et français partisans de la « détente », est que le rapprochement des responsables politiques, des économies et des hommes soit porteur à terme d'une convergence des systèmes politiques et sociaux ou du moins d'un effacement des luttes idéologiques au profit d'une paix véritable. Dès lors, la « détente » est un moyen d'accélérer cette évolution. Au-delà de ce souhait, les dirigeants occidentaux, notamment les Présidents américains et français, sont convaincus que les Soviétiques n'envisagent ni guerre nucléaire ni invasion de l'Europe de l'Ouest dans un avenir prévisible, mais estiment néanmoins nécessaire d'entretenir un haut niveau de capacités militaires pour démontrer leur cohésion et leur puissance économique et technologique Site. Du côté soviétique et aux yeux des analystes communistes, la volonté de convergence des systèmes et d'effacement des luttes idéologiques des occidentaux revient à souhaiter que les capitalistes parviennent à faire cesser la lutte des classesPascal Cauchy, « Les scénarios imaginés pour la fin de l'URSS », La Nouvelle Revue d'histoire, de septembre - octobre 2015, et à stopper l'évolution historique de la société vers le socialisme et le communismeLouis Chauvel et Franz Schultheis, Le sens d’une dénégation : l’oubli des classes sociales en Allemagne et en France, in: Mouvements, 2003/2 Immanuel Ness, The International Encyclopedia of Revolution and Protest: 1500 to the Present, ed. Wiley & Sons, Malden, Massachusetts 2009 . Pour autant, la guerre frontale avec l'Ouest n'est pas envisageable, mais les dirigeants soviétiques veulent à tout prix atteindre puis conserver la parité stratégique avec les États-Unis et maintiennent donc un haut niveau de dépenses militaires. Si les Soviétiques jouent le jeu de la « détente », c'est pour des raisons qui leur sont bien spécifiques, liées à la crise de leurs relations avec la Chine et à leur retard technologique et économique, lui-même lié à leur praxis politiqueArchie Brown, The Rise and Fall of communism, Vintage Books, 2009, page 105. Celle-ci, à travers le pouvoir discrétionnaire de la police politique et du parti unique officiellement « organe dirigeant de l’État », et à travers une stricte planification de l'économie qui ne touchait pas seulement les orientations macro-économiques et le commerce international, mais aussi tous les aspects de la production, de la distribution et de la consommation, étouffait toute initiative, sanctionnait toute erreur (considérée comme un sabotage délibéré), considérait toute critique comme une opposition au socialisme et donnait la priorité à l'industrie lourde sur les besoins de la population (ce qui encourageait le développement d’une économie informelle, mais spéculative)Jean-François Soulet, Histoire comparée des États communistes de 1945 à nos jours, Armand Colin, coll. « U », 1996, pages 11-42Alexandre Zinoviev, Le Communisme comme réalité, Julliard, 1981, pages 58 et suivantes.… Dans ces conditions, les trois secteurs primaire, secondaire et tertiaire éprouvaient ce que l'humour populaire nommait les « difficultés passagères permanentes »Amandine Regamey, Prolétaires de tous pays, excusez-moi !, Buchet-Chastel, 2007 Antoine et Philippe Meyer, Le communisme est-il soluble dans l'alcool ?, Seuil 1979 qui, certaines années, rend nécessaire l'importation de céréales des États-UnisPour cela aussi l'humour populaire avait son opinion : « Que fera le Sahara après un plan quinquennal à la soviétique ? Il importera du sable ! » Amandine Regamey, Prolétaires de tous pays, excusez-moi !, Buchet-Chastel, 2007 ; Antoine et Philippe Meyer, Le communisme est-il soluble dans l'alcool ?, Seuil 1979 , et impose de trouver en Allemagne de l'Ouest ou en France des technologies ou des produits industriels que les pays communistes ne maîtrisent pas ou ne parviennent pas à produire.
Ainsi, la « détente » ne signifie pas que chaque camp renonce à l'emporter sur l'autre et n'exclut pas nombre d'ambiguïtés et d'arrière-pensées qui finiront par la miner. Dans les deux camps, les dirigeants doivent aussi composer avec les opposants à la détente, qui ne croient pas à la sincérité du camp adverse, estiment que la « détente » ne serait qu'un écran de fumée et soulignent le risque d'être distancé dans la course aux armements ou dans la compétition pour le tiers monde.
Déroulement chronologique de la « détente » Les phases de la « détente » : De 1963 à 1968, la détente s'impose progressivement comme une nécessité ; Kennedy et de Gaulle en sont les précurseurs. De 1969 à 1975, la détente se concrétise par une série d'accords, portés par quelques hommes : Nixon, Kissinger, Brejnev, Brandt. De 1976 à 1979, la détente est mise à mal par de nouvelles tensions.
La détente s'impose lentement (1963-1968) Le dialogue Est-Ouest se noue après Cuba Au lendemain de la crise de Cuba, les dirigeants occidentaux s'interrogent sur la possibilité et le champ d'application d'une politique de détente avec l'Union soviétique : peut-on faire confiance aux soviétiques, faut-il rouvrir les négociations relatives à Berlin, ou faut-il axer les négociations sur les questions nucléaires, en profitant de la peur du déclenchement d'une guerre nucléaire incontrôlée encore très présente dans tous les esprits ?