La Folie des grandeurs est un film franco-hispano-italo-ouest-allemand réalisé par Gérard Oury, sorti en 1971.

Très librement adapté de Ruy Blas de Victor Hugo, le film raconte, dans l'Espagne du , les mésaventures de l'ignoble Don Salluste, cupide et hypocrite ministre des Finances du roi d'Espagne, déchu et chassé de la cour par la reine. Ivre de vengeance, et prêt à tout pour retrouver ses fonctions et sa richesse, il manipule son ancien valet Blaze, transi d'amour pour la souveraine, afin de compromettre cette dernière.

L'idée d'adapter ce drame romantique en film comique vient à Gérard Oury en 1960, lorsqu'il joue la pièce de théâtre à la Comédie-Française. Le grand succès de ses films Le Corniaud en 1965 et La Grande Vadrouille en 1966 permet à son idée de voir le jour. Bourvil et Louis de Funès, têtes d'affiche des deux films, sont prévus dans les rôles de Blaze et de don Salluste. Après la mort de Bourvil d'un cancer en , et sur suggestion de Simone Signoret, Oury distribue le rôle de Blaze à Yves Montand.

Bénéficiant d'un important budget de de francs, cette européenne est tournée en Espagne et en France, notamment dans le somptueux palais de l'Alhambra de Grenade. La musique du film est composée par le chanteur pop Michel Polnareff. Conçus par Georges Wakhévitch et Jacques Fonteray, les décors et costumes s'inspirent de l'œuvre du peintre Diego Vélasquez.

Sorti en , La Folie des grandeurs attire plus de , un résultat très honorable mais bien inférieur à ceux du Corniaud et de La Grande Vadrouille, décevant pour les producteurs. Il se classe ainsi à la du box-office français de l'année, loin derrière Les Aristochats.

Bénéficiant avec les années de nombreuses diffusions à la télévision, le film est devenu culte en France. La Folie des grandeurs demeure ainsi célèbre pour ses répliques, avec des scènes comme le réveil de don Salluste par Blaze (et les rimes en « or ») ou le striptease d'Alice Sapritch.

Synopsis vignette|Le carrosse du film, exposé aux abords du circuit de Charade, lors de l'édition 1972 du Grand Prix automobile de France de Formule 1. vignette|La robe de la reine d'Espagne, créée par Jacques Fonteray, lors de l'exposition sur Louis de Funès à la Cinémathèque, en 2020. vignette|La « machine infernale » destinée à l'assassinat du roi, lors de l'exposition sur Louis de Funès à la Cinémathèque, en 2020. Espagne, , Siglo de Oro. Don Salluste de Bazan est ministre du roi d’Espagne . Être fourbe, hypocrite et cupide, il collecte lui-même les impôts qu'il détourne en grande partie à son profit et songe à épouser la fille (ou la nièce) du roi — une enfant de dix ans qui le méprise — afin de pouvoir ceindre la couronne (quitte à faire assassiner les membres de la famille royale, héritiers potentiels du trône). Le peuple le hait et la noblesse le jalouse.

Don Salluste a pour valet, Blaze, véritable personnage de comédie, qui se joue parfois de son maître au profit du peuple, et secrètement amoureux de la reine Marie-Anne de Neubourg.

Or Don Salluste est accusé par la souveraine d'avoir fait un enfant illégitime à une de ses dames d'honneur. Il est en conséquence déchu de ses fonctions et condamné à rendre tous ses biens et à se retirer dans un monastère. Décidé à se venger de la reine, Salluste cherche un homme qui pourrait compromettre cette dernière en devenant son amant. Il prend donc contact avec son neveu César, qui s'est éloigné de la cour pour devenir brigand de grand chemin. Mais ce dernier refusant d'entrer dans sa machination, Salluste le fait capturer par ses sbires et l'envoie comme esclave aux Barbaresques. Il décide alors d'employer son valet Blaze, dont il a découvert les sentiments pour la reine et qu'il a récemment congédié : il le fera passer pour César et l'aidera à séduire la reine.

Le jour même de sa présentation à la cour, César (en fait Blaze) déjoue un attentat ourdi contre le roi par les grands d'Espagne. Il s'attire ainsi les faveurs du couple royal, devenant rapidement ministre et ami du roi. La reine, jolie Bavaroise, chapeautée par Doña Juana, une duègne d'âge mûr scrupuleuse quant au respect de l'étiquette, s'ennuie en Espagne auprès d'un mari qui la néglige. Malgré leur différence d'âge, elle n'est pas indifférente au charme et à la mâle présence de César, ignorant qu'il n'est en fait qu'un valet.

Fidèle à ses valeurs, Blaze convainc le roi de ne plus exempter les nobles de l’impôt. Outrés, les grands décident de se venger du nouveau ministre. Suivant de loin l'évolution de la situation, Salluste découvre le complot et redoute que ses propres intérêts soient compromis. En effet, si Blaze meurt, sa machination capote.

Dans les jardins du palais royal, au cours d’une partie de colin-maillard avec la reine et ses suivantes, Blaze, caché par une haie, s'apprête à déclarer sa flamme à la reine. Cependant, cette dernière est remplacée par la duègne qu’elle a fui pour éviter ses réprimandes. C’est ainsi qu'à son insu, Blaze fait la cour à Doña Juana, qui reçoit avec enthousiasme cette marque d’intérêt. À son tour, celle-ci révèle son amour ardent, mais Blaze, poursuivi par le devoir, a dû s’éclipser. C'est ainsi que la duègne exprime ses sentiments à un mastiff du roi qui a entre-temps remplacé Blaze (lequel n’a donc rien entendu) et qui la mord.

De justesse, Salluste sauve Blaze d’un complot ourdi par les grands, visant à l'empoisonner avec un gâteau d’anniversaire confectionné à son intention. Prenant son sauvetage pour une simple faveur de son ancien maître, Blaze est fait prisonnier par Salluste, sans comprendre qu'il sera utilisé dans une machination bien plus ambitieuse.

Salluste veut en effet organiser dans une auberge un rendez-vous amoureux pour la reine au nom de César (Blaze) et les faire surprendre tous deux par le roi, endormis dans un lit. Sous les fenêtres du palais, il envoie un cacatoès chargé de répéter un message conçu à cet effet. Mais l'oiseau se dirige malencontreusement vers les appartements de Doña Juana et c’est la duègne qui reçoit le message concocté par Salluste. Trahi par le volatile, il ne reste plus à Salluste qu'à se faire passer pour le cacatoès auprès de la reine. Le piège fonctionne. Ayant prétexté un retour nécessaire et urgent en Bavière auprès de son père malade, la jeune souveraine se rend secrètement à l’auberge, toute seule. À peine a-t-elle franchi la porte que les sbires de Salluste lui administrent une dose de chloroforme puis la couchent à côté de Blaze lui aussi « chloroformé ». Entretemps, Salluste a envoyé une lettre anonyme au roi dénonçant le soi-disant adultère de la reine avec le ministre.

La situation dégénère pour Salluste avec le retour du vrai César, échappé des Barbaresques, qui délivre Blaze et emporte la reine endormie, puis l'arrivée de Doña Juana dans l'auberge qui, totalement désinhibée, se livre à un strip-tease torride à l'attention de Blaze. Ce dernier, indisposé par ces avances, endort la duègne grâce au somnifère que Salluste lui destinait. C’est alors que le roi arrive, alerté par la lettre de Salluste. Grâce à l’aide de César, pour sauver la reine et sa propre vie, Blaze fait croire au roi, sous les yeux d’un Salluste désemparé, qu’il est le soupirant de Doña Juana, laquelle confirme que la reine est en voyage. En réalité, la reine est assoupie sur le toit d’un carrosse en compagnie de César. Tandis que la reine endormie demande en allemand à un César qui n'est pas germanophone de l'embrasser, Blaze les regarde partir, ému, voyant un autre profiter de son amour.

Finalement, le roi envoie Salluste et Blaze aux Barbaresques : le premier, à cause de sa lettre calomnieuse, le second, à cause de son refus d'épouser Doña Juana. Tandis que Salluste échafaude des plans de plus en plus délirants pour retrouver le pouvoir, Doña Juana est prête à tout pour suivre Blaze jusqu’au bout du monde …

Fiche technique

Titre original français : La Folie des grandeurs Titres de travail : Les Sombres Héros ou Les Grands d'Espagne ou La Folie des grandeurs Titre italien : La mania di grandezza Titre espagnol : Delirios de grandeza Titre allemand : Die dummen Streiche der Reichen (Les farces stupides des riches) Réalisation : Gérard Oury Scénario, adaptation et dialogues : Gérard Oury, Danièle Thompson, Marcel Jullian, d'après la pièce de théâtre Ruy Blas de Victor Hugo Assistants réalisateur : Roberto Bodegas, Jacques Bourdon, Jean-Claude Sussfeld Décors : Georges Wakhévitch Costumes : Création des costumes : Jacques Fonteray, Pierre Nourry et Jeanne Renucci Réalisation des costumes : robes de Maria Gromtseff et chapeaux de Jean Barthet (à Paris) Les autres costumes sont loués aux maisons Monty Berman (à Londres) et (à Madrid) Photographie : Henri Decaë Seconde équipe : Jacques Besnard (réalisateur), Miguel Ángel Rivas (assistant-réalisateur), Vladimir Ivanov (photographie) Son : Antoine Bonfanti, assisté de André Louis Montage : Albert Jurgenson, assisté de Jean-Pierre Besnard, Martine Fleury, Catherine Kelber, Dominique Landmann Mixage : Jacques Maumont Musique : Michel Polnareff ; arrangements d'Hervé Roy Coordinateur des combats et des cascades : Claude Carliez et son équipe Production : Alain Poiré Sociétés de production : Gaumont (France), Coral Films (Espagne), Mars Films (Italie) et Paramount-Orion Filmproduktion (Allemagne) Sociétés de distribution : Gaumont International Budget : 18 à de francs. (soit environ à en ) Pays de production : / / / Langues de tournage : français, espagnol, italien et allemand Studios : Franstudio (Studios de Saint-Maurice) Format : couleur (Eastmancolor) — — 1,66:1 — son mono Genre : comédie historique Durée : gaumont.fr () sur le site du CNC Visa d'exploitation : Dates de sortie : France : Italie : Allemagne de l'Ouest : Espagne : Date de sortie en DVD : France :

Distribution Louis de Funès : don Salluste, marquis de Montalegre, baron del Pisco Yves Montand : Blaze Alice Sapritch : doña Juana, la duègne Karin Schubert : Marie-Anne de Neubourg, reine d'Espagne Alberto de Mendoza : , roi d'Espagne Les Grands d'Espagne comploteurs Jaime de Mora y Aragón : le marquis de Priego Eduardo Fajardo : Cortega Antonio Pica : le duc de Los Montès Joaquín SolísJoaquín Solís est crédité au générique. : le duc de Sandoval Venantino Venantini : le marquis del Basto Gabriele Tinti : don Cesar Paul Préboist : le muet, subalterne de Salluste Salvatore Borgese : le borgne, subalterne et second de Salluste Astrid Frank : La dame d'honneur de la reine qui prétend avoir été abandonnée, elle et son enfant, par Salluste Robert Le Béal : le chambellan Clément Michu : le valet bègue de Salluste : la danseuse à l'anniversaire de Blaze Leopoldo Trieste : Giuseppe, le fabricant d'explosifs

vignette|Liste des membres de la distribution du film, sur le planning de tournage. Non crédités Frédéric Norbert : le page Ángel Álvarez : un notable du village pauvre Lita Recio : voix du cacatoès de Salluste Ricardo Palacios : le cuisinier à l'anniversaire de Blaze, empoisonné par Salluste Roberto : un des nains de cour de la reine : le colosse Sophia Palladium (Sofia Balma) : doña Juana (doublure strip-tease) Frank Braña Xan das Bolas : le cheikh des barbaresques : le vieux baron désirant s'entretenir avec « don Cesar » au sujet des impôts Antonio Iranzo : l'aubergiste de la Cabeza Negra Roger Carel et Pierre Tornade : voix des dromadaires hilares inconnue : l'Infante

Genèse Gérard Oury dans Ruy Blas à la Comédie-Française