Gertrud Scholtz-Klink, née Treusch le à Adelsheim (Grand-duché de Bade) et morte le à Bebenhausen (Bade-Wurtemberg), est une femme politique allemande. Son nom de famille rassemble le nom de son premier mari (« Klink ») et celui du deuxième (« Scholtz »), bien qu'elle en ait eu un troisième (« Heissmeyer »).

Elle est membre du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (le parti nazi) et présidente du (la Ligue nationale des femmes nationales-socialistes) de 1934 à la chute du Troisième Reich, en 1945. , elle est la plus haute responsable de la branche féminine du parti nazi, même si son influence sur la politique du régime reste limitée.

Biographie Enfance, mariages et jeunesse dans la république de Weimar Le père de Gertrud Treusch est fonctionnaire ; elle suit des études secondaires, mais quitte l'école pendant la Première Guerre mondiale, afin de soutenir l'effort de guerre allemand : elle travaille ainsi dans une gare de chemin de fer, ainsi que pour une famille d'officiers. Alors âgée de , elle se marie en 1921 avec Eugen Klink, un ouvrier postal membre du NSDAP. Ils ont ensemble quatre enfants, un cinquième est mort en bas âge. Elle aide son époux dans ses actions au NSDAP, s'occupant des cuisines, de couture, ou de garderie pour les enfants des membres féminins du parti. Elle adhère elle-même au parti le et milite auprès de la gent féminine qui l'entoure pour qu'elles fassent la même chose. En 1929, elle dirige la fraction féminine du parti national-socialiste dans le Bade. Elle déclare alors qu'Adolf Hitler lui donne .

Cependant, Eugen Klink, devenu entretemps chef de district pour le parti, meurt en 1930 d'une crise cardiaque. Elle déclare à ce sujet : . Gertrud Klink accroît alors son implication au sein du NSDAP, n'hésitant pas à s'exercer à des discours. À propos de son travail, son responsable direct pour la région de Bade, le Gauleiter Robert Wagner déclare qu'elle a réalisé ; avec plusieurs femmes qu’elle doit recruter, elle assure des missions de service social pour les victimes de la crise. En 1932, elle épouse un médecin de campagne, Günther Scholtz, dont elle divorce en 1938, car celui-ci ne supporte plus l'engagement politique trop poussé de son épouse.

Présidente de la Ligue des femmes nationales-socialistes vignette|gauche|upright=1.2|Manifestation pour les Jeunesses hitlériennes, le au palais des sports de Berlin : de gauche à droite, Gertrud Scholtz-Klink, Himmler, Hess, Schirach et Axmann. Ascension et convictions Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich en 1933, à la suite des élections législatives de . Gertrud Scholtz-Klink bénéficie alors du soutien de l’administration dans son action ; . Robert Wagner présente Gertrud Scholtz-Klink en 1934 au ministère de l'Intérieur, où elle devient « rapporteur pour les associations féminines ». Elle obtient bientôt la dissolution des associations féminines concurrentes. Elle apporte son soutien au RADwJ (service du travail du Reich pour la jeunesse féminine) et devient « cheffe du service du travail féminin » ; néanmoins, ce service n'étant que volontaire, seulement 5 % des jeunes filles allemandes s'y engagent. Scholtz-Klink loue alors le travail de la ménagère et cultive une certaine éloquence.

Le , elle devient présidente de la Ligue des femmes nationales-socialistes ; elle a alors sous sa tutelle toutes les organisations féminines allemandes. Sa tâche principale est de promouvoir la supériorité masculine et l'importance de la maternité. Dans un discours, elle déclare : . Elle visite ainsi beaucoup d'associations, d'écoles, et participe aux manifestations des organisations de jeunesse, de femmes et à des dîners officiels ; après l'Anschluss, en 1938, elle effectue une tournée de conférences dans l'Autriche annexée, à la demande des nazies autrichiennes.

Elle se porte garante d'une certaine idée de la femme. L'historienne Anna Maria Sigmund note : .

Les Allemandes et le travail vignette|upright=1.2|En conversation avec Heinrich Himmler, en -. Malgré son rôle politique, elle s'évertue à condamner la participation des femmes au travail salarié et plus particulièrement dans le domaine politique, prenant notamment à partie celles qui avaient été élues députées pendant la république de Weimar à l'instar de Clara Zetkin. Elle déclare : . Ainsi, pour elle, une femme impliquée en politique cherche simplement à et par là , ce qui l'empêcherait de réaliser quoi que ce soit. Il y aurait une .

En , elle est nommée à la tête du bureau féminin du Front allemand du travail où elle est chargée de persuader les femmes de travailler pour la bonne marche du parti nazi, lorsque le régime comprend que le travail des femmes est dans une certaine mesure indispensable ; elle fait néanmoins la distinction entre un travail salarié mettant la femme dans une situation d'indépendance, et les travaux ménagers et agricoles, qui eux sont au service du Reich. En 1938, elle déclare : .

À titre exceptionnel, elle soutient la nomination d'une femme, Margarete Gussow, à une chaire universitaire d'astronomie, mais se justifie ainsi : .

Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, son discours change : l'objectif n'est plus de ramener les Allemandes au foyer, mais au contraire de les faire participer à l'effort de guerre. Elle déclare ainsi : . À propos du décret de , mobilisant les Allemandes à , elle déclare, en de la même année, lors d'une conférence : . En 1981, elle déclare pourtant s’être opposée à ce qu’il y ait des femmes soldats, et affirme avoir réussi à dissuader les autorités de pousser les femmes à prendre l'uniforme et à combattre dans l’armée. Un de ses derniers appels a lieu en 1944 : .

Mesures prises et rôle fantoche vignette|upright=1.2|Réunion de dignitaires féminines de pays de l'Axe ou proches, en 1941. De gauche à droite : Olga Bjone, présidente de la Ligue des femmes nationales-socialistes norvégiennes, la Reichsfrauenführerin Scholtz-Klink, l'épouse de Hiroshi Ōshima, ambassadeur japonais à Berlin, la présidente de la section féminine de la Phalange espagnole, Pilar Primo de Rivera, et la marquise italienne Olga Medici. Gertrud Scholtz-Klink met en œuvre diverses mesures, comme une « année ménagère », obligatoire pour les femmes qui veulent accéder à des études universitaires ; en réalité, cette année doit servir à démontrer aux jeunes filles l'absurdité de poursuivre des études et les convaincre de se consacrer à leur foyer plutôt que d'être, comme les hommes, des . Si la création de l'école des mères est un réel succès, avec plus d'un million d'inscrites entre 1934 et 1937, le Syndicat des femmes nazies ne regroupe que intégrées plus par le fait des regroupements forcés des associations féminines que par une réelle volonté.

Elle est la seule femme qui participe à des réunions au sommet de l'État et à pouvoir rencontrer régulièrement les dirigeants du Reich. Néanmoins, en vertu de la conception national-socialiste de la femme, elle est considérée comme une présidente fantoche, bien qu'ayant été présentée à l'étranger comme une « ponte » du régime. Elle n'a ainsi de fait que le rôle d'un chef de secteur et reste sous la tutelle de l'Assistance publique nazie. Elle semble en avoir eu conscience dès le départ, déclarant par exemple : . L'historienne Claudia Koonz note ainsi : .

vignette|gauche|upright=1.0|En visite au Luxembourg, en 1941. Elle entre parfois en conflit avec les responsables de domaines politiques transversaux, comme Robert Ley, le chef du Front allemand du travail, Richard Walther Darré, le ministre de l'Agriculture ou Baldur von Schirach, le chef des Jeunesses hitlériennes. Adolf Hitler déclare dans un ses monologues au Wolfsschanze : . Elle n'est jamais invitée aux grandes réceptions données par le régime (en effet, elle ne fait pas partie du premier cercle de pouvoir mais plutôt du deuxième, moins élitiste, au sens où l'entend l'historien Fabrice d'Almeida) ; Anna Maria Sigmund écrit même : . Elle possède cependant une réelle influence sur les femmes membres du parti nazi, qui représentent 40 % des effectifs, notamment grâce aux chefs de district qu'elle a sous ses ordres. À tort, elle reste toutefois convaincue de l’importance qu’elle possédait, déclarant ainsi en 1981 à l'historienne Claudia Koonz : .

En 1940, elle se marie une nouvelle fois, la troisième, avec le SS-Obergruppenführer August Heissmeyer, déjà père de six enfants, et fait des visites fréquentes dans les camps de concentration réservés aux femmes. Plus tard, elle déclare n’en avoir visité qu’un seul et à une reprise, où des femmes du Frauenschaft y exerçaient diverses aides sociales : avertie du fait que les détenues n’avaient en fait pas pour but d’être réinsérées dans la société, elle aurait alors décidé de retirer « ses femmes » de cette activité d’assistance.

Elle soutient également la politique antisémite du régime, déclarant par exemple en 1933 : . Interrogée en 1981 sur le sujet, elle se dédouane en soutenant que ces décisions ne relevaient pas de sa responsabilité et en déclarant : . Elle affirme avoir envoyé de l’argent à une Juive partie en exil afin de l’aider ; à ce propos l'historienne Claudia Koonz note que .

Après la Seconde Guerre mondiale Après la chute du Troisième Reich, Gertrud Scholtz-Klink est arrêtée à Spandau et brièvement détenue dans un camp soviétique pour prisonniers de guerre, pendant . Elle réussit à s'échapper et se cache chez son amie la princesse Pauline de Wied, dans son château de Bebenhausen, près de la ville de Tübingen, dans la zone d'occupation américaine. Elle et son troisième mari prennent les faux noms de « Maria et Heinrich Stuckebrock » et tiennent une boulangerie.

Le , le couple est dénoncé par un paysan, puis arrêté. Une cour de justice militaire française la condamne à dix-huit mois de prison, sur la base de documents à charge. En , après de fortes protestations, la sentence est révisée ; classée parmi les principaux responsables du régime, elle écope de trente mois de détention supplémentaires. Elle est en outre interdite d'activité politique, syndicale, journalistique et scolaire pendant dix ans par la commission de dénazification de l’Allemagne de l'Ouest. Elle continue néanmoins de percevoir un salaire de fonctionnaire, ce même après avoir dépassé l'âge de la retraite.

Après sa libération, en 1953, Gertrud Scholtz-Klink s'installe à Bebenhausen. Elle réaffirme son attachement au nazisme en 1974, en déclarant son hostilité aux femmes parlementaires : . Affirmation qu'elle réitère au début des années 1980, ne regrettant rien sinon .

En 1978, dans son livre La femme dans le Troisième Reich, elle défend son action en faveur de l'idéologie nationale-socialiste, agrémentant ses textes de nombreux anciens discours : .

Son époux meurt en 1979, et elle vingt ans plus tard dans son village de Bebenhausen.

Publication .

Notes et références Notes

Références

Annexes

Bibliographie

. .

Articles connexes NS-Frauenschaft Condition des femmes sous le Troisième Reich

Liens externes

Exemple de discours de Gertrud Scholtz-Klink, traduit en anglais.

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