La tortue apparaît aussi bien dans l'art que dans la culture populaire et revêt des symboliques différentes selon la culture de chaque région. Symbole de lenteur en Europe, elle symbolise la fertilité en Afrique et tient un rôle cosmogonique en Amérique précolombienne et en Asie, où elle est, en outre, symbole de longévité.

Cultes, traditions et symbolisme

Afrique En Afrique, la tortue représente la femme par opposition au serpent, ces deux reptiles symbolisant respectivement la fertilité et la virilité. Chez les Bafia (ethnie au Cameroun), la tortue est aussi le symbole de la justice, de la paix et du bonheur. Ce totem est sacré : on ne le consomme pas, on le respecte, on le craint. Le totem est présenté comme le fondement des institutions, un modèle de comportement, une exigence d'organisation.

Amérique La tortue est très présente dans l'ensemble des cultures des Amériques. L'"île de la Tortue" est le nom utilisé par de nombreux peuples de langues algonquiennes situés au Nord-ouest de l'Amérique du Nord pour désigner le continent américain.

Dans différentes histoires des peuples autochtones, la tortue fait référence aux origines de la vie : les légendes racontent en effet qu'elle soutiendrait le monde. La tortue revêt plusieurs significations selon les cultures. Pour certaines, elle symbolise la vie en elle-même. L'île de la Tortue est rattachée à plusieurs croyances spirituelles sur la création du monde. Pour d'autres, la Tortue incarne l'identité, la culture, l'autonomie et un profond respect pour l'environnement.

Sur le continent américain, la Tortue est associée au féminin et au lunaire : elle symbolise l'eau, la Lune, la création, la fertilité, l'immortalité et la lenteur, mais également la connaissance, la concentration, et la sagesse - principalement parce qu'elle se replie dans sa coquille, s'isolant du monde et revenant ainsi à son état primitif.

Pour certains peuples autochtones, elle représente la Terre-Mère, symbolisant la paix, le calme, la longue vie et la bonne santé.

Les Amérindiens d'Amérique du Nord voyaient dans la tortue la représentation du monde au-dessus et en-dessous de nous. Ils l'érigeaient en une sorte de totem de la création de la Terre.

Les Mayas considéraient la tortue comme un symbole de la création du Monde, sa carapace étant la représentation de la voûte céleste.

Dans la communauté des Inuits au nord du Canada, la tortue est associée à la Terre-Mère procréatrice de la lignée de tous les Hommes.

En Martinique, la tortue fait partie intégrante de l’environnement patrimonial et culturel.

La Tortue est très présente aux Antilles. Une île en Haïti porte le nom d'"Ile de la Tortue"

En Guyane, les tortues sont bel et bien présentes dans l'art et dans la culture populaire. Elles imprègnent la culture des Kali'na au travers de l'alimentation, de la tradition orale, de l'artisanat, de la musique, des légendes ou encore des contes populaires. Leurs œufs sont consommés au même titre que leur viande. Dans certaines familles ou villages, la consommation de la viande des tortues est toutefois complètement prohibée. Dans l'artisanat, les femmes utilisent la représentation de cet animal dans leurs décorations ou leurs tatouages. Chez les hommes, certains petits sièges en bois zoomorphes représentent parfois une tortue terrestre : il n'est pas rare d'observer une stylisation des plaques de leurs carapaces. Cette stylisation est également utilisée en vannerie.

Contes Les Hurons-Wendats et la Grande Tortue

conte créole sur la tortue : La tortue et l'araignée

Asie Chine vignette|À Guilin, dans la grotte de la Flûte de roseau, les membres d'une famille chinoise touchent la carapace d'une tortue pluricentenaire, considérée comme un symbole de longévité. En Chine, la tortue possède une symbolique particulièrement forte et importante, car elle est l'allégorie du monde. Du point de vue géométrique le plastron de la tortue forme un carré inscrit dans le cercle formé par la dossière de la carapace, figurant ainsi la conception schématisée du monde chinois : le carré au centre du monde représente la Chine, les parties entre la dossière et le plastron représentent le reste du monde, et le monde céleste s'étend au-delà du cercle. La tortue est donc connue en Chine comme détenant les secrets du ciel et de la terre. Dans le culte des ancêtres, les Chinois pratiquaient la nécromancie par le biais des tortues : c'est le principe de la scapulomancie. Ainsi, ils inscrivaient sur un morceau de carapace de tortue une question qu'ils désiraient poser aux ancêtres, après quoi ils exposaient ce morceau dans les flammes. Le craquèlement du morceau de carapace sous l'effet de la chaleur devait signifier la réponse des ancêtres. Le morceau était alors confié à un collège divinatoire qui interprétait les craquelures. Un exemple de cette pratique, datant de la période Shang, est notamment visible au musée Guimet à ParisDanielle Elisseeff, La Chine, du Néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère), Manuels de l'École du Louvre, p.151.

Japon Au Japon, la tortue est symbole de chance et de longévité. La tortue est considérée comme un animal de bon augure censé apporter de bonheur. Dans le folklore japonais, le kappa est un monstre maléfique au corps de tortue qui vit dans les rivières, y attirant les enfants pour les noyer.

Monde indien thumb|Kurma au temple de Saptashrungi. gauche|vignette|Représentation d'une tortue monde soutenant quatre éléphants qui soutiennent l'hémisphère terrestre.

En Inde, la tortue a une grande importance dans les mythes et légendes. La tortue Kurma est le second avatar, la seconde incarnation de Vishnu sur terre (descendu pour montrer la voie aux hommes, pour sauver l'humanité).

La tortue est aussi le support du monde, qu'elle porte sur sa carapace : Une telle légende a pu être étayée par l'existence, en Inde, de carapaces fossilisées de Testudo atlas, tortue terrestre de 2,5 mètres de long et dont le poids est estimé à près d'une tonne.

Europe En Grèce antique, une divinité, Chélone, fut changée en tortue pour avoir refusé de se rendre aux noces d'Héra et Zeus.

Océanie thumb|Peinture rupestre de tortue dans le parc national de Kakadu en Australie En Polynésie, la tortue est associée à la longévité et à la fertilité.

Caractère emblématique

Héraldique thumb|100px|Armoiries des îles Caïmans.

Billets et timbres

L’héraldique est le terme générique qui désigne la science des blasons et des armoiries dont quelques explications seront données au fur et à mesure du développement du sujet. L’étude chéloniophile ci-après réalisée par Boussac, Facy et Riera concerne les pays et les villes connusPour de plus amples renseignements consulter le site http://cheloniens.free.fr/index.html.

Il n’est pas indispensable d’être de la noblesse titrée pour avoir un blason. Il suffit parfois que nos ancêtres aient été au service d’un seigneur lors d’un conflit, même comme simple écuyer, pour avoir aussi un blason décliné de celui de son maître ; l’écu étant le signe de reconnaissance particulier évitant de s’entretuer et de se regrouper sans risque d’erreur lors des batailles.

thumb|100px|Détail nouvelles armoiries Salomon.

En héraldique, la tortue fait partie des ‘Figures’ ou ‘Meubles’. Elle est majoritairement représentée vue ‘de dos, la tête vers le chef’, le chef étant la partie supérieure du blason. Lorsqu’elle est représentée dans sa coloration réelle, elle est dite ‘au naturel’. Elle symbolise un ‘juge intègre’. Dans d’autres couleurs sa signification varie. De ‘sable’ (noir), elle symbolise la prudence et la modestie, ‘d’or en champ d’azur’ (dorée sur fond bleu), un prudent retard et en ‘champ d’azur’ (noire sur fond bleu), la pauvreté contente.

Les îles Caïmans, les îles Salomon, et les Seychelles ont des tortues dans leurs armoiries. La tortue est également représentée dans une moindre mesure aux îles British Indian Océan Territory (B.I.O.T.), en français, Territoires Britanniques de l’Océan Indien dont il ne subsiste que l’archipel des Chagos où se trouve la base militaire anglo-américaine de Diego Garcia.

thumb|100px|Entier Seychelles (1895).

Les îles Caïmans ont représenté une tortue de couleur sinople (vert) positionnée ‘en timbre’ au-dessus du blason. Le vert de la tortue était de rigueur, c’est une Chelonia mydas. On trouve les armoiries sur les timbres postaux et les billets de banque.

Quelques timbres des îles Salomon illustrés de leurs armoiries comportent une ou deux tortues, depuis l’indépendance en . Avant l’indépendance, les valeurs fiduciaires (timbres ou monnaies) comportaient obligatoirement soit l’effigie de la Reine d’Angleterre, soit le lion britannique ‘tiercé en fasce’ (dans le tiers supérieur du blason) ou les deux. Après l’indépendance, le , la Reine et le lion disparaissent. Ils sont remplacés par deux mouettes et un faucon.

thumb|100px|Détail armoiries Seychelles.

Comme pour les Iles Caïmans, les Seychelles ont eu deux types de blason. Le premier comportait une Dipsochelys elephantina (tortue géante) abritée sous un palmier. Ce blason illustrait les premières ‘enveloppes entiers’ entre 1885 et 1910, puis a été repris sur les timbres jusqu’à l’indépendance, le .

Les timbres postaux des Seychelles sont presque toujours armoriés plein champ ou quelquefois, de manière très restreinte, dans un angle.

Après l’indépendance, nouvelle présentation, le palmier disparaît au profit d’un cocotier et un voilier navigue en arrière-plan symbolisant le caractère maritime des Seychelles.

Avant l’indépendance, comme pour les Iles Salomon, les billets de banque comportaient des effigies des différents monarques anglais. Après l’indépendance, les motifs deviennent plus locaux, faune, flore, monuments, etc. Les armoiries apparaissent sur le papier-monnaie qu’à partir des émissions de 1998 dans l’angle supérieur gauche.

British Indian Ocean Territory - B.I.O.T.- Territoire Britannique de l’Océan Indien

thumb|100px|Armoiries de B.I.O.T.

Les trois vagues blanches sur fond azur représentent l’Océan Indien. Le palmier symbolise la force de la flore tropicale. La couronne est celle de Saint Edouard et le drapeau en haut du blason est ‘l’Union Jack’, celui du Royaume-Uni.

Les deux tortues, à ‘dextre’ une Eretmochelys imbricata (tortue à écaille), à ‘senestre’ une Chelonia mydas (tortue à soupe) sont placées ‘en tenant’ ou comme ce sont des animaux, on devrait dire ‘en support’.

En héraldique, dextre signifie ‘droite’, senestre ‘gauche’. C’est simple, il s’agit des mots latins. Où ça se complique, c’est que l’écu était fait pour être vu des amis ou des adversaires venant ‘de face’. Le chevalier le tenait à son bras, le côté que l’on voit à notre gauche correspondait bien à la droite du porteur. Les côtés sont donc inversés !

La devise latine des B.I.O.T. inscrite sous le blason, ‘In Tutela nostra Limuria’ signifie ‘Limuria est de notre charge’. Limuria est le nom du continent légendaire de l’Océan Indien comme l’Atlantide est celui de l’Océan Atlantique. Les îles Chagos sont les sommets restant des montagnes de ces terres mythiques.

En France

thumb|100px|Armoiries Pau.

On trouve des tortues dans les armoiries des villes de Pau dans les Pyrénées Atlantiques et de Wettolsheim, petite ville viticole du Haut-Rhin.

La description des armoiries de Pau est la suivante : d’azur à la barrière de trois pals aux pieds fichés d’argent, sommée d’un paon rouant d’or accompagnée en pointe et intérieurement de deux vaches affrontées et couronne royale fermée d’azur rehaussé d’or, accompagnée à dextre de la H capitale et senestre du chiffre IV romain aussi d’azur.

thumb|100px|Blason ville de Wettholsheim.

En béarnais, pau signifie palissade, les trois pals rappellent le Comte de Foix, le paon se dit Paou et les vaches sont celles des armes des Seigneurs du Béarn.