Les chasseurs à cheval de la Garde impériale sont une unité de cavalerie légère de la Garde impériale, en service dans l'armée française de 1804 à 1815. Elle prend pendant les Cent-Jours la dénomination de de chasseurs à cheval de la Garde impériale.
Le régiment appartient à la Vieille Garde et est formé sous le Consulat sous le nom de guides de la Garde des consuls. Il fournit ordinairement l'escadron de service auprès de l'Empereur, assurant son escorte lors des déplacements et sur le champ de bataille. Les chasseurs de la Garde ont l'occasion de sauver l'Empereur lors d'attaques (ainsi à la veille d'Austerlitz). Ils sont parmi les préférés de NapoléonA. JOUINEAU, Jean-Marie MONGIN : « C'est pour toutes ces raisons, […], que Napoléon les aime, les choie et les préfères à tous les autres » et sont l'un des régiments les plus prestigieux de la GardeUnité aimée de Napoléon, elle en assure généralement la sécurité et le sauve à plusieurs reprises. Cela et les charges décisives assurées pendant plusieurs batailles font qu'ils sont souvent représentés sur les illustrations et tableaux de cette époque.. À cheval, l'Empereur porte souvent l'uniforme vert de colonel de ce régiment (souvent caché par sa célèbre redingote grise), le porte pendant sa captivité à Sainte-Hélène et est mis en bière dans cet uniformeAlbert Benhamou L'Habit de Napoléon à Sainte-Hélène.
Le régiment est aussi une unité de combat. Tout au long de son existence, il se distingue à plusieurs reprises sur le champ de bataille, notamment à Austerlitz, Eylau, Wagram, pendant la campagne de France de 1814 ou encore à Waterloo.
Chefs de corps vignette|Eugène de Beauharnais en petit uniforme de colonel des chasseurs à cheval de la Garde consulaire (par François Gérard).
La fonction de colonel commandant du régiment est surtout honorifique et la réalité du commandement en campagne revient au colonel commandant en second (). Les soldats de la Garde ont un rang supérieur à celui de la ligne, c'est pourquoi cette fonction est souvent remplie par un officier général. 1804 : Eugène de Beauharnais - général de division, colonel du régiment 1804 : François-Louis de Morlan - colonel, colonel en second du régiment 1805 : Nicolas Dahlmann - colonel puis général de brigade, colonel en second du régiment 1807 : Claude Étienne Guyot* - colonel, colonel en second du régiment 1809 : Jean Dieudonné Lion - colonel*, colonel en second du régiment 1812 : Claude Étienne Guyot - général de division, colonel en second du régiment 1813 : Charles-Claude Meuziau - général de brigade, colonel en second du régiment 1813 : Charles Lefebvre-Desnouettes - général de division, colonel du régiment 1815 : Francois-Antoine Lallemand - général de brigade, colonel en second du régiment
(*) Officier qui devint par la suite général de brigade. (**) Officier qui devint par la suite général de division.
Entre 1804 et 1815, deux colonels périssent à la tête du régiment : François-Louis de Morland, tué le à Austerlitz, et Nicolas Dahlmann, mortellement blessé le à Eylau. Durant la même période, 70 officiers des chasseurs sont tués au combat, 8 succombent à leurs blessures et 130 sont blessés.
Origines et organisation Création du corps des guides Les origines du corps des chasseurs remontent à la Révolution française, avec la création en 1792 des guides d'état-major attachés au service des généraux commandant les armées. Ces unités ne sont pas employées au combat proprement dit et remplissent davantage un rôle administratif. Les choses évoluent néanmoins lorsque le général Napoléon Bonaparte prend le commandement de l'armée d'Italie en . Dès le , celui-ci ordonne en effet la mise sur pied d'un détachement de 30 cavaliers chargés d'assurer sa protection et celle du quartier-général.
vignette|Guides du Premier consul en 1801, par Alfred de Marbot.
À la fin du mois de mai, l'effectif est porté à 50 hommes et complété par deux bataillons de guides à pied, sous la direction d'ensemble du colonel Jean Lannes. La compagnie montée est placée, dès le , sous les ordres du capitaine Jean-Baptiste Bessières, du régiment de chasseurs à cheval. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Napoléon affirme que la création des guides lui aurait été inspirée par un incident survenu au lendemain de la bataille de Borghetto, au cours duquel lui et son entourage échappent de justesse à une patrouille autrichienne, mais l'historien Ronald Pawly considère que, « comme beaucoup d'autres éléments des mémoires de Bonaparte, cette anecdote pittoresque est fausse, au moins dans ses conséquences supposées ».
Cette filiation ancienne explique l'attachement et le dévouement de ces vétérans à la personne de Napoléon. En 1798, les guides sont intégrés à l'armée d'Orient en partance pour l'Égypte, où ils s'illustrent dans divers combats tels que la bataille du Mont-Thabor, où quatre de leurs compagnies sèment la confusion dans les rangs turcs. Deux ans plus tard, le , les chasseurs à cheval sont intégrés à la Garde des consuls sous la forme d'une compagnie de 117 hommes, qui devient un escadron le suivant. Pour l'historien Oleg Sokolov, .
L'unité sert entre-temps à la bataille de Marengo le , et y essuie de lourdes pertes. En 1801, les chasseurs se voient adjoindre, le de la même année, un deuxième escadron, ce qui porte l'effectif à hommes. Ils sont officiellement convertis en régiment le suivant et passent à quatre escadrons le , pour un total de 56 officiers et 959 hommes. Le corps est augmenté le d'un élément étranger : les mamelouks, recrutés parmi les réfugiés en provenance d'Égypte.
Organisation sous le Premier Empire Avec la proclamation de l'Empire le , les chasseurs prennent rang au sein de la Garde impériale. Le décret du de la même année, qui règle les modalités d'organisation, prescrit une taille minimale d' pour intégrer le corps des chasseurs. Le , un escadron de vélites est adjoint au régiment, puis un second le . À cette date, l'unité est forte de 70 officiers et chasseurs. Les vélites disparaissent toutefois définitivement au profit d'un cinquième escadron le .
Par décret du , le régiment est porté de cinq à neuf escadrons, les , , , et conservant seuls la dénomination de Vieille Garde. Les , , et forment les chasseurs à cheval de la Jeune Garde (ou « seconds chasseurs »). Après la première abdication de Napoléon en 1814, les chasseurs sont rebaptisés « Corps royal des chasseurs à cheval de France » le à la faveur de la Première Restauration ; dotés de quatre escadrons à deux compagnies chacun, ils comptent 55 officiers et 774 soldats. L'unité est envoyée en garnison à Saumur, en Maine-et-Loire. À l'issue d'une inspection en , le maréchal Ney rapporte que l'esprit du corps est et que . Ce constat est relativisé par Henry Lachouque qui note que nombreux sont les cavaliers à refuser de crier lors des revues. Le régiment est finalement transféré à Cambrai le .
Les chasseurs reprennent leur ancienne identité durant les Cent-Jours, en même temps qu'un régiment de chasseurs à cheval de la Garde impériale (rattaché à la Jeune Garde) est mis sur pied. Sous la Seconde Restauration, les chasseurs de Vieille Garde sont définitivement dissous entre le et le à Périgueux. Le commandant Bucquoy note que , ce que confirme Ronald Pawly qui indique que seuls deux officiers et six hommes du rang ont accepté de servir le régime de Louis XVIII.
Une unité de protection vignette|Chasseur à cheval de la Garde impériale du piquet d'escorte en tenue de service (1805). Illustration de Louis-Ferdinand Malespina.
La Garde est d'abord un corps d'élite de réserve regroupant les meilleurs éléments issus de la ligne. Les chasseurs à cheval et les grenadiers à pied de la Garde impériale partagent l'honneur d'être les véritables gardes du corps de l'empereur, en temps de paix comme en temps de guerre. Les chasseurs à cheval assurent l'escorte de Napoléon lors de ses déplacements à cheval ou en voiture. Cela peut s'avérer utile, comme au soir du , à la veille de la bataille d'Austerlitz, lorsque Napoléon s'avance en reconnaissance vers les lignes ennemies et tombe sur un groupe de cosaques. Les chasseurs à cheval de l'escorte dégagent leur maître qui peut regagner les lignes françaises.
À ce titre, un escadron du régiment est généralement de service auprès de l'Empereur. Un détachement assure l'escorte rapprochée du souverain, l'accompagnant notamment lors de ses reconnaissances des champs de bataille : un lieutenant, un maréchal des logis, deux brigadiers, 22 chasseurs et un trompette. Les chasseurs portent le mousqueton en main. Généralement, lorsque l'Empereur est à l'arrêt, un chasseur est posté en vedette à chaque point cardinal, formant ainsi un « carré d'honneur » contre les balles ou les boulets. Lorsque les chasseurs sont à pied, ils équipent leur mousqueton d'une baïonnette et entourent l'empereur. Du fait de leur rôle de protecteurs, on les surnomme les « chevaliers servants ». Ils sont très estimés et aimés par Napoléon qui les couvre d'honneurs, et le commandement du peloton d'escorte est une place très recherchée et chargée d'honneurs, permettant de côtoyer le souverain toute la journée.
Les chasseurs à cheval de la Garde se forgent par ailleurs une excellente réputation au combat. Philip Haynthornthwaite les décrit ainsi comme « les meilleurs cavaliers légers qui soient »., tandis que le colonel américain John Elting affirme qu'ils sont « le modèle de la cavalerie légère française ».. Quant à l'historien de la Garde impériale Henry Lachouque, il porte à leur égard le jugement suivant :
Historique des garnisons, combats et batailles Les chasseurs à cheval eurent à combattre aux côtés des autres unités de cavalerie à plusieurs reprises.
2 décembre 1805 : la grande charge d'Austerlitz
L'armée russe a porté son effort sur la droite française en sous-nombre commandée par Davout, et a ainsi dégarni le plateau de Pratzen. Le corps de Soult attaque alors et prend le plateau de Pratzen, d'où il canonne les colonnes russes qui reviennent prendre le plateau. C'est alors que la cavalerie de la Garde impériale russe tente de stopper l'attaque française après l'échec d'une attaque d'infanterie. La cavalerie russe met en déroute deux régiments d'infanterie français tandis que les autres régiments se forment en carré.
vignette|gauche|Lithographie russe représentant l'affrontement entre les chevaliers-gardes russes et la cavalerie française de la Garde impériale à Austerlitz.
Napoléon donne l'ordre au maréchal Bessières de faire donner la cavalerie de la Garde pour colmater la brèche et soulager l'infanterie. Bessières dispose de quatre escadrons de chasseurs à cheval (375 cavaliers sous le commandement du colonel Morland), de la compagnie des mamelouks (48 cavaliers commandés par le capitaine Delaitre) et de quatre escadrons de grenadiers à cheval (706 cavaliers menés par le général Ordener).
La première charge est menée par les et escadrons de chasseurs sous Morland ainsi que par les mamelouks que conduit en personne le général Rapp, aide de camp de l'Empereur. Le reste du régiment et les grenadiers à cheval s'avancent en soutien. Les gardes à cheval et les hussards de la Garde russe du général Kologrivov, demeurés immobiles à l'approche des Français, sont culbutés. Chasseurs et mamelouks se jettent ensuite sur les fantassins des régiments Préobrajensky et Semionovsky, qui tiennent cependant leur position avec l'appui d'une batterie russe de six pièces. Oleg Sokolov précise ainsi que la première attaque de la cavalerie de la Garde est repoussée, contraignant les chasseurs à se regrouper derrière l'infanterie de Drouet d'Erlon déployée à proximité.. Au cours de l'action, le colonel Morland est mortellement blessé par une décharge de mitraille.