Henry Fielding, né le à Sharpham Park près de Glastonbury, dans le Somerset (Angleterre), et mort le à Lisbonne, est un dramaturge, poète, essayiste et romancier anglais.
Fielding fréquente le Collège d'Eton puis l'université de Leyde aux Pays-Bas comme étudiant en lettres. Pendant de longues années, il se consacre au théâtre et ses pièces font bientôt de lui l'un des dramaturges les plus célèbres de la capitale britannique. C'est seulement en 1741 qu'il entre en fiction avec Shamela, parodie du très populaire Paméla ou la Vertu récompensée (1740-1741) de Richardson, puis avec Joseph Andrews.
L'ironie est souveraine chez Fielding, en harmonie avec l'époque, l'âge d'or du genre. Ce style bien particulier, parfois appelé « oblique », vise autant l'auteur que son narrateur, ses lecteurs et ses personnages. Tous les procédés techniques sont utilisés selon une savante rhétorique qu'appuie une solide érudition classique, encore que des erreurs de citations soient parfois commises, mais à dessein, pour mieux taquiner le lecteur inattentif quelques chapitres plus loin.
Il existe de multiples facettes à la personnalité de Fielding, à sa carrière, à son œuvre. Personnage important dans le Londres de la première moitié du , tant par ses activités de magistrat que par ses publications, il n'a vécu que quarante-sept ans, a connu la misère et la gloire, le bonheur et le deuil, la calomnie et le panégyrique. Il a été attaqué, vilipendé, censuré et encensé, mais il a vécu avec la certitude qu'il serait reconnu par la postérité en tant qu'écrivain, comme cela a été effectivement le cas : Walter Scott l'a appelé () et son meilleur livre, Tom Jones, figure parmi les chefs-d'œuvre de la littérature britannique.
Vie de Henry Fielding
Son père, Edmund Fielding, est lieutenant-colonel dans l'armée de la reine Anne et a servi avec honneur pendant les guerres contre la France.. Sa mère, Sarah, est la fille de Sir Henry Gould, l'un des meilleurs juristes de son temps. C'est au manoir de Sir Henry, Sharpham Park dans le Somerset, qu'est né Fielding le . Henry est suivi de Catherine, Ursula, Anne (décédée à trois ans), Sarah, Beatrice et Edmund. Peu avant sa mort en 1710, Sir Henry Gould achète une importante ferme dans le village de East Stour, comté de Dorset, où les enfants Fielding vivent leur première enfance.
Adolescence et jeune maturité En 1718, juste avant le onzième anniversaire de Fielding, sa mère meurt et à peine un an plus tard, Edmund Fielding se remarie. La rumeur, qui veut que les enfants soient maltraités, incite Lady Gould à en réclamer la garde., ce qui lui est accordé au bout de deux années d'une âpre procédure.
Henry, garçon fougueux désormais en tête à tête avec deux vieilles femmes, Lady Gould et sa sœur qui ont déménagé à Salisbury, ne semble pas avoir contesté la décision du tribunal. Il est élève à Eton College, ce qui lui convient à en juger par ses essais de traduction d'Aristophane et de Lucien, et aussi par la solidité des amitiés qu'il y lie avec George Lyttelton, Charles Hanbury Williams et William Pitt l'Ancien.. Les vacances se passent à Salisbury, petite ville de . La locale a plusieurs enfants du même âge que les jeunes Fielding et des rencontres se font avec James Harris, futur auteur d'un traité grammatical, et Arthur Collier avec lequel Fielding a plus tard quelques déboires financiers. L'été de 1725 voit l'adolescent errer d'une ville à l'autre, à Lyme Regis en particulier, où Fielding crée un scandale en tentant d'enlever une de ses cousines éloignées aussi riche que belle, Sarah Andrews (peut-être modèle partiel de Sophia Western dans Tom Jones), puis Londres en 1726, où il est accusé d'avoir violenté une domestique de son père.
vignette|upright=1.3|Vue de Londres depuis l'Est en 1751, par T. Bowles.|alt=panorama couleur : Tamise rectiligne, pont au milieu, quartiers géométriquement des deux cotés, nombre d'embarcations. Il lui faut choisir une profession, car les Gould ne vivent pas dans l'opulence et Edmund, qui a assuré les frais de scolarité et verse toujours une petite rente, perd beaucoup au jeu. De plus, sa deuxième épouse, décédée depuis peu, lui a donné six autres fils..
Désormais fixé à Londres en 1727, Fielding opte pour l'écriture.. Sa première publication est un pamphlet avec deux poèmes, intitulé Le Couronnement, Poème et Ode à l'anniversaire ()Henry Fielding, Miscellanies, , , Londres, 1743.. Puis, il fait une entrée réussie au théâtre avec Robert Hume, Fielding and the London Theater, Oxford, Clarendon Press, 1988, .. Bientôt cependant, regrettant de n'avoir pas terminé ses études, il s'inscrit à l'université hollandaise de Leyde (Leiden) où il reste dix-huit mois., puis s'en revient à la scène londonienne.
Il a trouvé une petite salle où donner sa deuxième pièce en 1731. La troisième, , est jouée au théâtre du petit Haymarket sous la signature de Scriblerus Secundus, ce qui aligne l'auteur sur les satiristes Swift, Pope et Gay, qui ont fondé cette association. Fielding séduit le public avec des adaptations de Molière et des pièces satirico-comiques comme Tom Pouce et La Tragédie des tragédies qui sont jouées dans la rue pour les foires ou les fêtes.
Fielding collabore avec des acteurs célèbres comme James Quinn ou Kitty Clive, mais aussi l'écrivain James Ralph et surtout le peintre William Hogarth auquel il voue une grande admirationHenry Fielding, Amelia, livre I, chapitre vi.. Sa personnalité s'impose parmi les cercles intellectuels. James Harris écrit en 1750 dans une biographie inédite : Son premier biographe officiel, Arthur Murphy, tout en insistant sur le physique imposant et robuste de cet homme qui mesure plus de six piedsC'est-à-dire près de ., et louant son esprit, sa gaieté et sa bonne humeur, son tempérament ., regrette qu'il se soit .. — dissipation, précise-t-il, qui comprend vraisemblablement des escapades sexuelles..
De fait, Fielding aime trop le tabac, l'alcool et la bonne chère Gilly Lehmann, « L'Art de la table en Angleterre au », ouvrage collectif, The Artist's Progress, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, Paris, Les Belles Lettres, 1977, ..
La vie conjugale et la reconversion Depuis la fin des années 1720, Fielding écrit des poèmes d'amour à une certaine Celia de Salisbury, sans doute Charlotte Craddock qu'il épouse clandestinement en 1734 près de Bath... Plus tard, il écrit qu'elle est Henry Fielding, Miscellanies, , 1743, ...
vignette|upright=0.8|Sophia Western, vue par J. C. Stadler et Piercy Roberts, d'après Adam Buck en 1880.|alt=Jeune femme élancée en robe blanche, jouant comme sur les flots avec une corde à sauter sur fond vaporeux. L'héroïne de Tom Jones, Sophia Western, doit, de son propre aveu, beaucoup à Charlotte Craddock : ., et son portrait donne l'impression, écrit Gerould, que Charlotte a posé pour son mari..
Charlotte a apporté une dot très importante pour l'époque., encore arrondie par l'héritage de sa mère décédée en 1735. Fielding lui-même gagne beaucoup d'argent avec ses pièces auxquelles il ne travaille pas beaucoup.. Qu'il ait été dépensier est évident, tant est rapidement gaspillée la petite fortune de son épouse, alors que les naissances se succèdent et que la pauvreté guette la famille.
En 1737, le Stage Licensing Act, qui soumet chaque pièce à la censure du lord-chambellan, met fin à sa carrière de dramaturge. Cette réaction politique est considérée comme une manœuvre , les principales cibles étant John Gay et Henry Fielding, dont les pièces comiques, par exemple la série de divertissements Pasquin, visent en priorité le premier ministre Robert WalpoleEliza Haywood, The History of Mrs Betsy Thoughtless, Londres, 1751, , ..
Les comptes de Fielding se trouvent vite à sec et il est contraint de prendre une décision draconienne : à trente ans, il redevient étudiant et se tourne vers le droit. James Harris rapporte que Fielding travaille () pour assimiler le corpus des lois et de la jurisprudence. En 1740, il reçoit son diplôme de magistrat et est aussitôt chargé, en qualité de barrister, du « circuit-ouest », s'étendant de Salisbury à Bath (où il rencontre son ami Ralph Allen), mais ses émoluments restent maigres et c'est grâce à ses activités de journaliste politique, surtout pour son magazine , fondé en 1739, qu'il réussit à ne pas sombrer dans la pauvreté. Walpole reste la cible de choix, sape poursuivie dans des pamphlets pour la plupart anonymes.. Fielding traduit aussi une biographie du roi de Suède Charles XII et revient brièvement à la scène avec Miss Lucy à la ville. en collaboration avec David Garrick.
Première fiction et décès de Charlotte Vers 1740, il s'essaie à la fiction en prose, encouragé par l'immense succès de Pamela de Richardson, qu'il parodie aussitôt avec Shamela (1741). Cet ouvrage est bientôt suivi par Joseph Andrews (1742), récit « à la manière de Cervantès », lui aussi parodique mais œuvre autonome en soi. Puis vient Jonathan Wild le Grand publié avec un recueil de poèmes, des pièces et des essais publiés dans trois volumes de Miscellanies en 1743Peter Ackroyd, « A walk on the Wild side », The Guardian, , d'abord publié comme préface à une édition du roman par Hesperus Press le .. Dans la préface aux Miscellanies, Fielding fait quelques confidences concernant sa vie privée : corps perclus de goutte, perte d'un enfant, maladie de son épouse, difficultés d'argentHenry Fielding, préface. Miscellanies, 1743..
vignette|upright=0.7|gauche|Page-titre du roman de Sarah Fielding.|alt=noir et blanc, avec détails de l'édition, petite correction manuscrite.
Charlotte meurt en , et le chagrin de Fielding est tel que ses amis craignent qu'il n'en perde la raison. Il se rapproche de sa troisième sœur, Sarah Fielding, auteur en 1744 des Aventures de David Simple auquel il a prêté la main., comme il le fera pour le deuxième opus, (1747).. Pendant toute cette douloureuse période, James Harris, son ami grammairien, se tient très près de Fielding qui poursuit sa carrière judiciaire et de journaliste politique. L'époque est trouble : Charles Edward, alias Bonnie Prince Charlie, a débarqué en Écosse en 1745 pour renverser le régime en faveur de son père avec l'aide des Français, et sa marche vers le sud le conduit jusqu'au cœur des Midlands où il est arrêté à la bataille de Culloden. Fielding publie nombre d'articles en faveur du régime dans The True PatriotHenry Fielding, The True Patriot: And the History of Our Own Times, University of Alabama Press, 1964, 263 p. . et The Jacobite's Journal.. Robert Walpole, avec qui Fielding a fait la paix après son pamphlet Gertrude M. Godden, Henry Fielding: A Memoir, Library of Alexandria, 325 p. ., est mort en 1745 après s'être enfin retiré, et nombre d'amis de Fielding sont aux commandes de l'État.
En , Fielding épouse Mary Daniel, la domestique de Charlotte, déjà enceinte de six mois, qui lui donne cinq enfants pendant les six années de leur union. Il l'évoque plus tard avec affection., mais le mariage fait scandale. Horace Walpole, le plus jeune fils de l'ancien premier ministre, par exemple, commet un méchant petit épigramme à peine voiléW. A. Coley, « Fielding and the Two Walpoles », Philological Quarterly, , 1966, .. Pour augmenter ses revenus, Fielding s'occupe d'un spectacle de marionnettes, mais vers 1748, Lyttleton lui vient en aide et il est nommé juge de paix pour Westminster, puis le Middlesex. En 1749 paraît Histoire de Tom Jones, enfant trouvé commencé au milieu des années 1740 et dédicacé à son vieil ami..
Le juge de paix vignette|upright=1.2|alt=Gravure extraite d'un ouvrage de 1904.|Le tribunal du 4 Bow Street (Rowlandson et Pugin, 1808).