Martine Aubry, née Delors le à Paris, est une haute fonctionnaire et femme politique française.
Fille de l’homme politique Jacques Delors, elle devient administratrice civile après des études à l’ENA. Elle adhère au Parti socialiste (PS) en 1974 et travaille dans plusieurs cabinets ministériels après l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981.
Elle est ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle de 1991 à 1993, puis ministre de l'Emploi et de la Solidarité de 1997 à 2000. À ce titre, dans le gouvernement Jospin, elle met en œuvre la réforme des , instaure la couverture maladie universelle (CMU) et lance les emplois-jeunes.
Implantée dans le Nord, elle est première adjointe au maire de Lille à partir de 1995, maire de cette ville à partir de 2001 et présidente de sa communauté urbaine de 2008 à 2014. Elle est élue députée de la du Nord en 1997, mais démissionne pour siéger au gouvernement ; elle échoue à redevenir députée en 2002.
Lors du congrès de Reims de 2008, elle est élue de justesse première secrétaire du Parti socialiste face à Ségolène Royal, devenant la première femme à exercer cette fonction. En vue de l’élection présidentielle de 2012, elle se présente à la primaire citoyenne de 2011, qu'elle perd au second tour face à François Hollande. À la suite de l’accession de celui-ci à la présidence de la République, elle quitte la tête du PS.
Souhaitant laisser la place à une nouvelle génération, elle démissionne de son mandat de maire de Lille en 2025, après vingt-quatre années en fonction. Elle choisit Arnaud Deslandes pour lui succéder.
Situation personnelle Origines Née le dans le de Paris, Martine Louise Marie Delors est la fille de Jacques Delors (1925-2023), dont les parents sont originaires de la Corrèze et du Cantal et qui est notamment ministre des Finances de 1981 à 1985 et président de la Commission européenne de 1985 à 1995., et de Marie Lephaille (1923-2020)., dont la famille est originaire de la Soule (Pays basque)...
Martine Aubry a un frère cadet, Jean-Paul Delors (1953-1982), journaliste, mort d'une leucémie à l'âge de .
Formation Scolarisée dans l'enseignement privé catholique, puis public au lycée Notre-Dame-des-OiseauxElle y croise la future chanteuse et comédienne Chantal Goya qui fréquente une classe supérieure (cf. biographie de Philippe Alexandre). et au lycée Paul-Valéry de ParisPaul Valery - Histoires et mémoire d'une communauté scolaire 1957- 2001, Livre du jubilé., elle envisage d'abord de passer le concours de secrétaire de la Banque de France avant d'obtenir une licence de sciences économiques à l'université Paris II Panthéon-AssasDétail du parcours académique sur le site de L'Expansion. et un diplôme de l'Institut des sciences sociales du travail.. Elle sort également diplômée de Sciences Po Paris en 1972.
Elle est élève à l'École nationale d'administration de 1973 à 1975 et fait donc partie de la promotion Léon Blum.
Carrière professionnelle De l’ENA, elle sort administratrice civile au ministère du Travail. Comme son père, elle milite au syndicat Confédération française démocratique du travail (CFDT) et enseigne à l'ENA en 1978. Elle est détachée au Conseil d'État entre 1980 et 1981.
À la suite de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981, elle occupe divers postes aux ministères du Travail et des Affaires sociales. Directrice adjointe du cabinet de Jean Auroux, elle participe à la rédaction des lois Auroux, qui régissent les relations dans le monde du travail et qui lui permettent dès lors de bénéficier d'une réputation de femme compétente. Par la suite chargée de mission auprès du ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale, Pierre Bérégovoy, puis directrice des relations du travail au ministère du Travail« Décret du 13 avril 1984 Aubry Martine est nommée directeur des relations du travail, en remplacement de m. Chazal Jean au ministère des affaires sociales et de la solidarité nationale », Légifrance., de l'Emploi et de la Formation professionnelle, elle conserve ses fonctions après la victoire de la droite aux élections législatives de 1986 : Philippe Séguin la maintenant à son poste pendant un an et demi malgré les réticences du RPR. Elle est ensuite nommée maître des requêtes au tour extérieur au Conseil d'État.
Entre 1989 et 1991, elle travaille au sein du groupe industriel métallurgique Pechiney, et devient la directrice adjointe de l'industriel Jean Gandois, futur président du CNPF, avec qui elle se lie d'amitiéJean-Michel Aphatie et Corinne Lhaik, « Une femme ambitieuse », L'Express, 28 août 1997.. Se voyant confier le secteur nucléaire« Une spécialiste du social à la tête du nucléaire de Pechiney », Le Parisien, 12 janvier 1989., elle participe à l'ouverture d'une usine à Dunkerque et à la fermeture de l'usine d'aluminium de Noguères (Pyrénées-Atlantiques).
Vie privée et familiale Le , Martine Delors épouse Xavier Aubry, expert-comptable et commissaire aux comptes rencontré à Sciences Po Paris en 1970., devenu président du tribunal de commerce de Versailles et qui deviendra l'un des dirigeants de PricewaterhouseCoopers. Ils ont ensemble une fille, Clémentine, née en 1978 (administratrice de l'auditorium du musée du Louvre puis du théâtre des Bouffes-du-Nord). Celle-ci est mariée à Édouard Fouré Caul-Futy, musicologue., avec qui elle a deux enfants..
Le , elle épouse l'avocat lillois Jean-Louis Brochen« Fiche biographique de : Madame Martine Aubry », Les Échos, 2008.« Le mari de Martine Aubry : l'homme invisible », Paris Match, 8 septembre 2010.., bâtonnier au barreau de Lille et maire-adjoint à la Culture de la ville. Elle continue d'user, professionnellement, du nom de son premier mari.
Parcours politique Membre des gouvernements Cresson, Bérégovoy et Jospin Ministre du Travail (1991-1993) vignette|gauche|upright|Martine Aubry en 1993. Le , alors inconnue du grand public, elle est nommée ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle par Édith Cresson. Reconduite à ce poste dans le gouvernement Bérégovoy, qui prend fin le , Martine Aubry ne parvient pas à enrayer la hausse du chômage« Les sept vies de Martine Aubry », Le Point, 11 mars 2010..
À la suite de la victoire de la droite aux élections législatives de 1993, elle crée la Fondation Agir contre l'exclusion (Face), qui vise à faciliter l'insertion par l'emploi. Elle fait alors jouer ses relations avec les grands patrons et parvient à lever de francs en dix jours, ce qui permet le lancement de sa fondation le . Cette proximité avec le patronat lui attire des critiques. Elle quitte la présidence de la Face en 1997, après la réalisation de 800 réinsertions, selon les chiffres de la fondation.
Ministre de l'Emploi et de la Solidarité (1997-2000) Aux élections législatives de 1997, qui voient la victoire de la gauche plurielle, elle est élue députée dans la cinquième circonscription du Nord. Le nouveau Premier ministre, Lionel Jospin, la nomme trois jours plus tard ministre de l'Emploi et de la Solidarité, « numéro deux » du gouvernement dans l’ordre protocolaire.. Sa cote de popularité s’élève alors à quelque 60 %, talonnant celle du chef du gouvernement..
Martine Aubry lance les emplois-jeunes dès 1997« Loi no 97-940 du 16 octobre 1997 relative au développement d'activités pour l'emploi des jeunes », Légifrance.. Pour lutter contre le chômage, elle contribue à la mise en place des (payées 39). Cette mesure, décriée par l'opposition et par une grande partie du patronat, est très débattue. Une première loi, votée le , en pose les principes et repose sur le volontariat des partenaires sociaux. Une seconde loi, votée en , en fixe les règles d'application. Martine Aubry acquiert alors le surnom de , bien qu'étant initialement réticente à cette mesure, préconisée par Dominique Strauss-Kahn« Le PS et les , un héritage contesté », Le Monde, 4 janvier 2011.. Elle déclarait ainsi, en 1991, ne pas croire . Aujourd'hui, elle déclare . Leur adoption entraîne la démission de Jean Gandois, critiqué pour sa gestion de la négociation avec le gouvernement, de la tête du CNPF. À partir de cette date, les relations entre Martine Aubry et le patronat sont tendues.
Elle instaure aussi la loi de lutte contre les exclusions en 1998Loi -657 du 29 juillet 1998 d'orientation relative à la lutte contre les exclusions, legifrance.gouv.fr. et la couverture maladie universelle (CMU) en 2000. Cette même année, elle jette les bases de l'Allocation personnalisée d'autonomie (APA) pour les personnes âgées dépendantes. Par ailleurs, elle parvient à combler le déficit de la Sécurité sociale.
Ayant de bonnes relations avec le Parti communiste français et Les Verts« Jospin et la bande des quatre », L'Express, 4 avril 2002., elle s'entend cependant assez mal avec la secrétaire générale de la CFDT, Nicole Notat« Portrait d'une femme libre », Le Point, 22 janvier 2007.. Décrite comme dure et exigeante, elle explique et être . Elle crée également les « déjeuners de femmes de l’équipe Jospin », avec les autres femmes ministres du gouvernementMariana Grépinet, « À la table de Martine Aubry », Paris Match, semaine du 24 au 30 août 2017, ..
Première adjointe puis maire de Lille Implantation aux côtés de Pierre Mauroy (1995-2001) Alors qu'elle n’a exercé que des responsabilités ministérielles et qu’elle a refusé de se présenter aux élections législatives de 1993 et aux élections européennes de 1994, l’ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy, soucieux d'élargir son électorat aux voix centristes, lui propose de devenir sa première adjointe à la mairie de Lille à la suite des élections municipales de 1995, puis de prendre sa succession six ans plus tard. Elle accepte cette proposition. Considérée comme une , son implantation à Lille est difficile.
Des débuts de maire compliqués (2001-2008) Le , elle démissionne de ses fonctions ministérielles pour se consacrer à la campagne des élections municipales de 2001 à Lille.. Ses attributions ministérielles reviennent à Élisabeth Guigou« Suite au départ annoncé de Martine Aubry, Lionel Jospin a renouvelé son équipe », L'Humanité, 19 octobre 2000.. Ce départ du gouvernement surprend, puisque les ne sont pas entrées en application, entre autres, dans les hôpitaux. La presse souligne qu’elle part alors qu’elle reste très populaire dans l’opinion et lui prête des ambitions nationales. Martine Aubry justifie sa décision de la façon suivante : ..
vignette|redresse|alt=|L’ancien Premier ministre Pierre Mauroy, à qui Martine Aubry succède à la mairie de Lille .
Lors du scrutin, qui est marqué par une abstention très importante (53 %), la liste qu’elle conduit réunit 34,5 % au premier tour, puis 49,6 % au second à la faveur d’une triangulaire opposant sa liste à celles menées par Christian Decocq (RPR, 37,5 %) et Philippe Bernard (FN, 12,9 %)Quid 2004, Éditions Robert Laffont, 796.. Ce résultat est jugé décevant au vu du dynamisme de sa campagne, des sondages et de l’ancrage à gauche de Lille.. Elle est élue maire par le conseil municipal de Lille le , devenant la première femme élue à la tête de la ville.. De nombreux socialistes ont perdu leur mandat après qu’elle a concédé dix sièges de conseillers municipaux aux Verts dans le cadre d’un accord de fusion en vue du second tour, ainsi que quatre postes d’adjoints à ceux-ci. En outre, Pierre Mauroy conserve la présidence de la très influente communauté urbaine, pourtant convoitée par l’ancienne ministre : cette structure possède en effet un budget cinq fois supérieur à celui de la mairie de Lille et a bénéficié d’un transfert de compétences de celle-ci juste avant les élections...