Rosetta Loy, nom marital de Rosetta Provera., née le à Rome (Italie) et morte le . dans la même ville, est une romancière italienne qui appartient à la génération des années trente, avec d'autres grands noms de la littérature italienne. Biographie Rosetta Loy est une écrivaine italienne, née à Rome en 1931, benjamine d'une famille de quatre enfants, un garçon et trois filles. Son père était un ingénieur piémontais et sa mère originaire de Rome travaillait avec lui. Elle a commencé à écrire à l'âge de neuf ans, mais sa véritable envie d'écrire s'est manifestée aux alentours de ses 25 ans. Après ses débuts avec le roman La bicyclette 1974, qui lui valut le prix Viareggio Opera Prima, elle a écrit de nombreux romans parmi lesquels Le strade di polvere, publié pour la première fois par Einaudi en 1987 et republié en 2007. Grâce à ce livre, elle a remporté de nombreux prix littéraires, comme le prix Campiello l'année de la première publication, le prix Supercampiello, le prix Viareggio, le prix Città di Catanzaro et le prix Rapello l'année suivante, et enfin le prix Montalcino deux ans après. Le roman raconte l'histoire d'une famille du Montferrat (Italie) à la fin de l'ère napoléonienne, dans les premières années de l'Unité italienne.

Parmi ses autres œuvres on notera La porte de l'eau 1976 (2001), Un chocolat chez Hanselmann 1995 (1996), Noir est l'arbre des souvenirs, bleu l'air 2004 (2007), qui historiquement situés entre 1941 et les années soixante, traitent d'histoires liées à la guerre et au bouleversement qu'elle induit.

Issue d'une riche famille d'obédience catholique, elle fait partie d'une certaine bourgeoisie italienne qui, tout en ne soutenant pas ouvertement le fascisme, ne s'est pas battue aux côtés des résistants contre les lois raciales, peut-être encore inconsciente de la tragédie qui prenait forme. Cette question est au centre de la trame de La parola ebreo 1997 (Madame Della Seta aussi est juive, 1998) qui a remporté le prix Fregene et le prix Rapallo-Carige.

On compte parmi ses œuvres récentes Ay Paloma, 2009, et des traductions (pour la collection «Scrittori tradotti da scrittori» (écrivains traduits par des écrivains) chez Einaudi) de Dominique de Eugène Fromentin et de la Princesse de Clèves de Madame de La Fayette.

Elle a aussi publié dans d'autres maisons d'édition, L'estate di Letuqué (Rizzoli 1982), All'insaputa della notte (Garzanti 1984/ Alinéa, 1991), Sogni d'inverno (Mondadori 1992/le Promeneur, 1994) Elle a choisi que son roman de mémoire La première main soit d'abord publié en France. Elle est traduite dans beaucoup d'autres langues. Elle obtient en le Prix Campiello.

Rosetta Loy meurt le à Rome et elle est inhumée dans le cimetière de Mirabello Monferrato.

Famille Rosetta Loy rencontre à l'âge de dix-sept ans Beppe Loy, frère de l'acteur et réalisateur Nanni Loy. Ils se marient en 1955, et le couple donne naissance à quatre enfants. Après la mort de son époux en 1981, elle a une longue relation avec l'écrivain et critique littéraire Cesare Garboli, relation qui ne prend fin qu'avec le décès de ce dernier en 2004.

Style Le style de Rosetta Loy est « rapide, dépouillé, essentiel, mais profondément concret », selon Cesare Garboli qui la compare à certains écrivains du , « puisque comme certains écrivains du , - continue Garboli - elle brille sur des thèmes sur lesquels on finit toujours par mesurer, par habitude, le talent des romanciers : l'amour, la guerre, les enfants, la mort« rapido, scarno, essenziale, ma decisamente concreto, poiché come certi scrittori dell'Ottocento, si esalta in quegli argomenti sui quali finiamo sempre col misurare, per abitudine, il talento dei romanzieri: l'amore, la guerra, i bambini, la morte. » (IV di copertina de Le strade di polvere, Torino, Einaudi, 1987.) ». Ce sont en effet certains éléments caractéristiques de l'écriture de Rosetta Loy. Son écriture est limpide, unique et en même temps élégante, elle naît d'une grande passion pour l'écriture, une passion dont elle ne peut se passer et qu'elle-même définit comme un vice ou une maladie, mais qui lui donne en même temps la possibilité de se dédoubler, de se multiplier ; une passion qui lui permet de vivre une multitude de vies différentes comme elle-même l'affirme. Il est surtout fondamental que l'écriture se révèle un moyen qui permette d'accéder facilement au passé, à ce qui semble irrémédiablement perdu, et en particulier à l'histoire, sous tous ses aspects, toutes ses facettes. C'est l'écriture qui lui permet aussi de faire revivre ce qui est difficile, ce qui dérange, dans certains cas, la mémoire ; peut-être parce que trop honteux, et que, de nos jours, il semblerait que l'on soit trop facilement tenté d'oublier. Son engagement à ne pas oublier les horreurs qui se sont déroulées dans les Camps de concentration nazis en est un exemple. Garboli aimait la décrire comme un écrivain de l'après-midi, un peu comme Italo Calvino, parce que le matin elle a besoin de sortir, d'aller s'aérer, et qu'elle se consacre à son activité d'écrivain seulement l'après-midi, chose que confirme Rosetta Loy. Un écrivain qui cherche dans la littérature une échappatoire à la réalité, au jour du calendrier, avec ses échéances, ses monotonies mais qui, de sa principale passion, prétend aussi redécouvrir le sens de la joie et de la douleur, en tentant de le scruter toujours avec des yeux nouveaux.

Œuvres contre l'Holocauste Rosette Loy fait partie de ces auteurs qui peuvent être définis comme des écrivains « de la mémoire », dans un sens qui renvoie à Marcel Proust, mais pas seulement. L'importance de ses souvenirs personnels et familiaux, la beauté de l’évocation de ses joies et douleurs d'enfance, d'adolescence, et des évènements de sa vie, se trouvent presque toujours superposés aux souvenirs d'un passé historique collectif, bien plus vaste et complexe. C'est un enchevêtrement, un mélange continu pour fondre ensemble, jusqu'à les confondre, la mémoire individuelle, qui revit incessamment dans ses œuvres, avec la mémoire bien plus de composite et articulée de l'histoire, du passé commun. Sa mémoire est aussi donc une histoire sociale et morale, c'est une éthique qui enseigne et met en garde, mais surtout c'est une prise de responsabilité, comme l'affirme l'auteur romaine, que chacun devrait accomplir. Elle fait preuve d'un profond engagement pour garder vivant le souvenir de l'holocauste, engagement concrétisé d'abord dans son livre La parola ebreo ("Madame Della Seta aussi est juive"), roman centré sur le thème des lois raciales en Italie, et ensuite dans un second roman, La cioccolata da Hanselmann ("Un chocolat chez Hanselmann"). Renforçant encore son engagement à dénoncer l'oubli de l'histoire, elle a aussi rédigé une lettre d'accusation, publiée sur le quotidien la Repubblica., dans laquelle elle condamne âprement les oublis actuels des horreurs des persécutions juives pendant la période du ventennio fascista (les deux décennies fascistes), considérant l'oubli comme un crime, un acte trop facile et stupide. « On oublie par paresse et parce c'est confortable », affirme Rosetta Loy, réaffirmant plus loin dans l'interview l'importance de la connaissance de ce qui s'est déroulé dans le passé, puisque la mémoire, assure-t-elle, continue d'être « l'unique moyen que nous avons pour distinguer le lieu où l'on vit, c'est une boussole qui nous permet de nous orienter. Oublier l'horreur des persécutions antisémites de ce siècle et son épouvantable fin peut être très dangereux. C'est comme être myope et jeter ses lunettes. »

Formation littéraire Héritière d'une culture fortement catholique, Rosette Loy a trouvé comme points de référence dans l'histoire de la littérature mondiale des auteurs comme Marcel Proust, Fiodor Dostoïevski et Virginia Woolf, ainsi que des classiques comme Guerre et Paix de Léon Tolstoï. Parmi les auteurs italiens, Rosetta Loy s'inspire de Elsa Morante, dont elle apprécie particulièrement deux œuvres : L'histoire et le Mensonge et le sortilège. La production de Natalia Ginzburg fut certainement une autre source d'inspiration, appréciée surtout pour la simplicité et pour le langage qu'elle utilise. Ce fut justement Natalia Ginzburg qui accompagna d'une note personnelle la publication du premier roman du Rosetta Loy, la bicyclette (1974), dans laquelle elle décrivit élogieusement le travail de l'auteure romaine naissante. En ce qui concerne le thème de l'holocauste, Rosetta Loy a défini I sommersi e i salvati de Primo Levi, comme un des livres plus importants, qui ont su traiter de la manière la plus délicate possible, tout en se révélant dans le même temps extrêmement efficace, la tragédie vécue par les juifs. Selon l'auteure, Primo Levi a su analyser avec une extrême clarté quelques thèmes considérablement fragiles et épineux de l'holocauste, en plaçant la loupe de la littérature, après diverses réflexions de l'auteur, sur le point sensible, la question ultime : pourquoi certains ont-ils été sauvés et d'autres non ?la sonda della letteratura, dopo varie riflessioni dello stesso autore, a toccare il punto dolente, la domanda estrema: perché qualcuno si è salvato e altri no?, et en révélant un des aspects les plus atroces et en même temps, des plus suggestifs du génocide juif. Parmi les autres livres fondamentaux, sur le génocide juif, l'auteure cite La tregua, toujours de Primo Levi, et du Le journal d'Anne Frank.

Œuvres La bicyclette Le livre, publié par Einaudi en 1974 et republié ensuite dans une seconde édition en 2007, est le premier roman de Rosetta Loy. Il raconte l'histoire d'une famille de la haute bourgeoisie italienne pendant et après la Seconde Guerre mondiale ; le thème principal du récit est l'adolescence et le temps qui passe. C'est l'œuvre qui l'a consacrée en tant qu'écrivain et qui lui a permis la victoire du prix Viareggio Première œuvre, de manière unanime de la part de la critique et du public. L'écrivain Natalia Ginzburg, qui avait accompagné la première publication du livre de sa note personnelle, l'avait défini : « doux murmure choral. Un livre dont il reste vite imprimé la voix, capable d'éclairer la vie même dans ses plis et trames plus minuscules »« un sommesso bisbiglio corale. Un libro di cui rimane subito impressa la voce, capace di rischiarare la vita anche nelle sue pieghe e trame più minute. ».

La porte de l'eau