vignette|Reconstitution de jeu de balle en tenue rituelle. Le jeu de balle est un sport rituel qui a été pratiqué pendant plus de par les peuples précolombiens de la Mésoamérique, également connu sous les noms de jeu de pelote (à tort, puisqu'il s'agit d'un hispanisme) et d'ulama (nom dérivé du nahuatl), appelé en maya classique, en maya yucatèqueTerme que l'on retrouve dans différents dictionnaires de maya yucatèque, le Diccionario de Motul et le Diccionario de San Francisco, cité dans le . Frans Blom dans The Maya Ball Game 'Pok-ta-pok' Called Tlachtli by the Aztecs (1932) emploie « pok-ta-pok », une forme corrompue ou erronée, qui, bien que souvent citée, n'est attestée nulle part ailleurs., ou en nahuatl, ou encore en zapotèque.

Apparu durant le millénaire , le jeu de balle connait son apogée chez les Mayas et en Mésoamérique en général, de 600 à 900. Il se pratiquait avec une petite balle de latex de sapotillier (matière aux caractéristiques proches de celles du caoutchouc) entre deux équipes (de 1 à 12 joueurs) sur un terrain généralement en forme de H, également nommé tlachco par les Aztèques. L'un des plus vastes de ces courts est aujourd'hui celui de Chichén Itzá : soixante-dix mètres par cent soixante huit. L'iconographie et quelques récitsVoir le récit de Fray Diego Durán en 1570 dans . présentent des joueurs se renvoyant la balle à coup de hanches ou de cuisses, s'interdisant de la toucher avec les mains et les pieds. Des peintures murales de Teotihuacan montrent des joueurs munis de bâtons, mais il s'agit peut-être d'un autre jeu (d'après certaines théories, l'ancêtre du cricket ou du baseball). Il existe peu de descriptions historiques précises des règles de ce jeu qui faisait partie d'un rituel et qui était parfois accompagné de sacrifices. Le jeu fut ensuite repris par les Aztèques. C'est cette version que découvrirent les conquistadors espagnols.

Des survivances simplifiées de ce sport sont encore pratiquées de nos jours dans le nord-ouest du Mexique ; la parenté avec d'autres variantes, en particulier celles de la pratiquées dans les États du Guerrero et de Oaxaca, peut-être dérivées d'une autre forme de jeu de balle à la main originaire de Dainzú, reste débattue..

Sources Les sources dont nous disposons sont de plusieurs ordres : archéologiques, iconographiques, ethnohistoriques et ethnologiques.

Les principales sources archéologiques sont les terrains de jeu de balle exhumés. La plupart des sites archéologiques mésoaméricains en ont livré un ou plusieurs. Les chiffres sont en constante augmentation : en 1932, Frans Blom en citait 32 pour l'ensemble de la Mésoamérique. Éric Taladoire en recensait 604 en 1981, puis 1455 en 1995 et enfin 2572 en 2016. La présence de vestiges de sculptures associées à l’architecture, tels que des anneaux de pierre, par exemple à Texcoco, témoigne de l'existence de terrains disparus. L'étude et la publication de ces structures laissent cependant souvent à désirer. Seulement 355 terrains ont été exhumés au moins partiellement sur les 2572 recensés.

Les sources ethnohistoriques sont particulièrement importantes pour la compréhension du déroulement du jeu. Le jeu de balle a fait l'objet de descriptions de la part de chroniqueurs espagnols et autochtones. Parmi les plus connues figurent celles de Bernardino de Sahagún. Christopher Weiditz mérite une mention à part : il a vu le jeu pratiqué en Espagne sans terrain et le texte est accompagné d'un dessin réaliste. Il est à remarquer que la plupart des textes décrivent le jeu tel qu'il était pratiqué au Mexique central, notamment par les Aztèques. Les textes sont muets sur le jeu chez les Mayas, à l'exception de quelques lignes que nous a laissées Diego de Landa. Nous disposons par contre d'une source autochtone : le Popol Vuh, un manuscrit maya quiché datant de l'époque coloniale. Si on le cite souvent pour expliquer la symbolique du jeu, il ne donne malheureusement que peu de renseignements sur son déroulement.

Les sources iconographiques sont extrêmement variées. Les codex autochtones constituent une source non négligeable d'informations. Éric Taladoire a répertorié 157 représentations de terrains de jeu de balle dans 58 manuscrits. Aucun d'entre eux n'est maya, sauf le Codex de Dresde, où un terrain est représenté en coupe. Tous sont représentés de la même manière : en plan et en forme de I majuscule. thumb|Maquette de terrain provenant du Nayarit. Outre les codex, on dispose d'une grande variété d'objets reliés aux terrains par l'iconographie. On peut citer des objets aussi variés que des maquettes de terrain en céramique du Nayarit représentant des joueurs en train de s'affronter, un graffiti de Tikal ou encore la fresque du Tlalocan à Teotihuacan. Ces objets représentent les terrains en plan ou en profil. Des sculptures sous forme de panneaux ou de disques de pierre représentent des joueurs qui ne sont pas en action (Chichén Itzá, Tonina, El Tajín ...) ou en action (Copán, Yaxchilan, Chinkultic) . Un certain nombre de vases, provenant majoritairement de la zone maya, représente également des terrains et des joueurs. Des figurines isolées, notamment de l'île de Jaina, viennent s'ajouter à la documentation.

thumb|left|150 px|Jeu pratiqué à l'époque moderne au Sinaloa. Plusieurs ethnologues se sont intéressés à des formes du jeu de balle pratiquées au Mexique à l'époque moderne et ont étudié leurs rapports avec les variantes mésoaméricaines. Ces jeux, en voie de disparition au cours de la seconde moitié du , sont pratiqués dans des régions périphériques de l'aire mésoaméricaine, principalement le nord-ouest, dans les États mexicains actuels du Nayarit et du Sinaloa. Les plus connus sont l'«ulama de cadera», joué avec les hanches, et l'«ulama de brazo», joué avec l'avant-bras. C'est l'ulama de cadera qui semble présenter le plus de similitudes avec le tlachtli précolombien.

Repères géographiques et chronologiques 350px|thumb|Une des extrémités du jeu de balle de Chichén Itzá, dans le Yucatán (le plus grand). C'est principalement dans l'aire de la civilisation maya que l'on trouve des terrains de jeu de balle : autrement dit, du sud-est du Mexique (principalement au Yucatán, mais également dans les États de Quintana Roo, Campeche, Tabasco et du Chiapas) au Honduras, en passant par le Belize, le Guatemala et le Salvador. On en trouve jusque dans l'Occident mésoaméricain, notamment à Tingambato au Michoacán et au Jalisco dans les sites de la tradition Teuchitlan. Le jeu de balle était aussi pratiqué par les Hohokams, en Arizona, où plus de 200 terrains ont été répertoriés. Les sites comptant le plus grand nombre de terrains se trouvent au Veracruz (Mexique): Cantona en compte vingt-quatre et El Tajín dix-sept.

La première trace de jeu de balle provient de figurines trouvées dans une tombe de El Opeño (Michoacán,Mexique), datant du Préclassique ancien (1500 ). Aucun vestige de terrain n'a cependant été découverte dans cette région avant 600 Le plus vieux terrain connu appartient au site de Paso de la Amada (Chiapas, Mexique) et date d'environ 1500 ans avant notre ère. Le plus grand est celui de Chichén Itzá (Yucatán, Mexique) avec de longueur sur 36 de large. La construction des terrains et la pratique du jeu de balle ont été stoppées par la conquête espagnole au .

Règles du jeu de balle

vignette|Sculpture de l'époque classique représentant un joug mésoaméricain cérémoniel, symbolisant les jougs utilisés pour le jeu de balle (originaire de Puebla, collection du musée du quai Branly). thumb|Anneau du terrain de Chichén Itzá. vignette|Dessin basé sur une peinture d'un vase maya des terres basses exposé au Musée d'Art de Dallas. Selon David Stuart, le joueur représenté est le dernier roi de Motul de San José, Sak Ch’een, dans une partie l'opposant au roi d'El Pajaral.

Bien qu'il n'y ait pas eu qu'une seule façon de pratiquer le jeu de balle dans les différentes aires et périodes culturelles de la Mésoamérique, on retrouve cependant un certain nombre de règles communes.

Premièrement, il opposait deux équipes, composées d'un nombre de joueurs difficile à préciser, tant il varie selon les sources (de deux à sept, ou plus). L'iconographie - notamment les codex -, n'est pas d'une plus grande aide : lorsque seuls deux joueurs sont représentés - le cas le plus fréquent -, il est difficile de savoir s'il s'agit d'une partie opposant deux individus, ou s'ils symbolisent deux équipes comportant un plus grand nombre de joueurs. Ils se faisaient face de part et d’autre d’une ligne transversale centrale, sur un terrain délimité latéralement par des murs de quelques mètres de hauteur et en général inclinés. Les terrains de l'époque classique sont en général délimités dans le sens de la longueur par une terrasse ou un mur, donnant ainsi au terrain la forme d'un I majuscule ou d'un double T majuscule aux barres transversales opposées.

Les joueurs devaient se renvoyer une balle de taille variable fabriquée en latex de sapotillier, matière sacrée chez les Mayas (et non en caoutchouc puisque l'hévéa n'a été introduit au Mexique qu'au ). Ils pouvaient utiliser pour cela les genoux, les coudes, les hanches ou les fesses, en évitant de la toucher avec les mains ou les pieds. Étant donné que la balle (appeléeIl existe une grande variété d'orthographes, selon le chroniqueur auquel on se réfère, même s'il s'agit manifestement du même terme. , , , - signifie « mouvement » en nahuatl - et en maya - liquide séminal) était pleine, elle pesait jusqu'à plus de d’où le danger d’utiliser les mains et les pieds. Les joueurs portaient aussi des protections pour atténuer la violence des coups et surtout pour se protéger lorsqu’ils se jetaient au sol pour rattraper une balle : coudières, genouillères, joug (ceinture de cuir). Comme au volley-ball, le but était de renvoyer la balle dans le camp adverse sans qu'elle ne touche le sol.

Selon les auteurs du qui décrivent le jeu tel qu'il était pratiqué au Mexique central, le décompte des points était très complexe : l'équipe qui commettait une faute (c'est-à-dire en ne rattrapant pas la balle, en ne la renvoyant pas dans le camp adverse ou en utilisant une partie du corps interdite) perdait un point et l'équipe adverse en gagnait un. La partie s'achevait lorsque le nombre de points déterminé à l'avance était atteint. Dans le cas des terrains dont les murs latéraux étaient équipés d'anneaux ( en nahuatl), la partie pouvait également s'arrêter lorsqu'un joueur réalisait l'exploit (extrêmement rare) de faire passer la balle dans l'anneau du camp adverse.

Lorsqu’il ne s’agissait pas d’un simple entraînement, les prêtres ainsi que les rois et les personnalités importantes observaient le jeu du haut des bâtiments situés autour du terrain.

Valeur rituelle Les racines du jeu de balle sont si étroitement imbriquées dans la cosmogonie qu’on le retrouve pratiqué par toutes les sociétés mésoaméricaines sans que l’on puisse encore identifier avec certitude ses origines. Si l’on attribue fréquemment son invention aux Olmèques, sans preuves, le plus ancien terrain connu a été découvert dans le territoire occupé par leurs voisins, les Mixes-Zoques, à Paso de la Amada. Il est toutefois impossible, en l’absence d’indices suffisants, de connaître sa valeur rituelle et symbolique. On peut simplement affirmer qu’il constitue dans cette communauté une preuve de l’existence de dirigeants qui affirment leur pouvoir par la construction d’édifices publics. Il en va de même pour les rares exemples connus des siècles suivants (El Ujuxte, Takalik Abaj, sur la côte Pacifique du Guatemala).