Arles sous le gouvernement des podestats est une période très brève, au début du , de l'histoire de la cité rhodanienne. Le gouvernement des podestats est une forme de gouvernement communal mis en place en 1220 et succédant au consulat, instauré un siècle plus tôt. Il correspond à un nouvel et précaire équilibre des forces communales en relation avec l'environnement politique complexe de l'époque, apportant principalement des limitations aux prérogatives de l’archevêque.

La podestarie est créée à l'image de celles de l'Italie voisine avec qui la cité arlésienne entretient de nombreux contacts. Ce mode d'administration se traduit par le fait de confier la conduite de la ville à un personnage appelé podestat, véritable gouverneur de la cité. Il s'agit généralement d'un étranger — plus précisément d'un Italien — non lié aux factions arlésiennes, recruté et renouvelé chaque année pour assurer un gouvernement neutre ; il est muni de pouvoirs temporaires mais toutefois très étendus.

Sous la conduite de ces représentants, la République d'ArlesOn entend généralement par ce terme, par similitude avec les villes italiennes de l'époque, la ville-état d'Arles lorsqu'elle disposait d'une autonomie communale, c'est-à-dire entre 1131, date de la création du consulat, et 1251, date de capitulation de la ville devant Charles d'Anjou., bénéficiant d'un contexte apaisé, atteint son apogée politique, accroît son territoire et, de manière très opportuniste, traite avec l'ensemble des partis présents en Provence et dans le Royaume d'Arles.

Moins de quinze ans plus tard, vers 1233-1234, cet équilibre se rompt du fait des revendications de nouvelles classes sociales enrichies, de la mort d'un archevêque conciliant, Hugues Béroard, et surtout du nouveau contexte politique qui se dessine en Provence où se croisent de nombreux intérêts : ceux de l'empereur Frédéric II, du pape Grégoire IX, du comte de Toulouse Raymond VII, du comte de Provence Raimond Berenger et de la couronne de France.

En 1235, dans cette Provence et dans cette cité enflammées, un coup d'État communal met fin à ce mode de gouvernement éphémère pour installer un nouveau pouvoir plus proche du patriciat : la Confrérie des bailes. Pourtant, à Arles, ce n'est pas la fin des podestats dont la présence épisodique est attestée jusqu'en 1251, mais ce n'est plus leur gouvernement. Dans une cité dominée successivement par plusieurs puissances, ces derniers podestats désormais plus chefs de partis que réels arbitres participeront aux dernières années de la République d'Arles et de son autonomie communale, toutes les deux vaincues par les forces centralisatrices des comtes de Provence successifs, une première fois par Raimond Berenger puis, définitivement, par Charles d'Anjou.

Contexte de la Provence rhodanienne

Au début des années 1210, juste après la croisade des Albigeois, la situation politique à Arles et aux alentours devient très complexe, avec de nombreux acteurs aux intérêts souvent opposés. Outre les croisés de Simon IV de Montfort, dont la présence en Provence bien que déstabilisatrice n'est finalement qu'éphémère, plusieurs puissances, traditionnelles et nouvelles, s'y affrontent.

La Provence : un carrefour d'ambitions

Le comte de Toulouse et marquis de Provence : le retour

thumb|left|180px|Sceau de Raymond VI de Toulouse. thumb|300px|Le contexte occitano-provençal en 1213 avant la mort de Pierre II à la bataille de Muret

Après l'assassinat du légat du pape, Pierre de Castelnau, en 1208Il fut assassiné probablement à Trinquetaille, banlieue d'Arles ou à Fourques. par un écuyer de Raymond VI, le pape avait excommunié le comte de Toulouse, accusé de favoriser l'hérésie cathare, et réussi à faire lever une croisade contre les « infidèles » du Midi.

Face à cette menace, Raymond VI doit faire amende honorable à Saint-Gilles le , devant les légats du papeÀ cette assemblée participaient les légats du pape, dont Milon, mais également trois archevêques et douze évêques. et pour protéger ses terres, le comte demande à se joindre à la croisade. Mais en raison de l'attitude des chevaliers français qui peu à peu confisquent les fiefs languedociens, Raymond VIRaimond VI est soutenu par ses anciens vassaux et est lui-même attaqué dans Toulouse. prend ouvertement en 1211 la tête d'une rébellion. En effet, cette croisade, au-delà du prétexte religieux, menace désormais l'indépendance méridionale. Dans cette cristallisation des oppositions, le comte de Toulouse est soutenu par le très orthodoxe roi d'Aragon, Pierre II le vainqueur des Musulmans.

Le désastre de Muret, le , met fin à ce rêve d'un Midi indépendant et à la souveraineté du comte. En , Raimond doit se présenter à Rome, où le concile du Latran débat du sort de son comté. Raimond VI y est déchu de ses droits au profit de Simon de Monfort, mais le pape préserve le marquisat de Provence au profit de son fils, le futur Raymond VII. Le marquisat de Provence est terre d'Empire, ce qui explique probablement la "mansuétude" du pape..

Anéanti à Rome à la suite de ce concile qui le dépossède de nombreuses terres et met sous séquestre temporaire au profit de l'Église le Comtat-Venaissin, le comte de Toulouse retrouve des raisons d'espérer dès son retour en Provence où son fils et lui sont accueillis avec enthousiasme par les communes traversées. Tandis que Raymond VI se rend en Aragon, le jeune Raymond, plus entreprenant que son père, met le siège devant Beaucaire, tenue par les troupes françaises, et la conquiert le . Ce premier succès marque un retournement de la fortune des armes qui accompagne la maison de Toulouse pendant quelques annéesAvec notamment la reprise de Toulouse le et la mort de Simon de Montfort, le chef des croisés, le .. Ces succès soulèvent un grand enthousiasme chez les partisans du comte de Toulouse, notamment la ville de Marseille ainsi que, à Arles, les familles des Baux et des Porcelet ; ils lui donnent surtout une nouvelle crédibilité en tant que puissance intervenant dans les affaires provençales et arlésiennes.

Le comte de Provence : la reconquête du pouvoir par de nouvelles alliances

thumb|left|statue de Raimond Bérenger V de Provence dans l'église Saint-Jean-de-Malte d'Aix-en-Provence thumb|Château de Monzón, forteresse templière de la province d'Aragon (Espagne) où était retenu Raymond Béranger

Après la mort du comte de Provence, Alphonse II, en et celle du principal soutien du comté, le roi d'Aragon, Pierre II, à la bataille de Muret qui voit en 1213 la défaite d'une coalition occitane, le pouvoir comtal est en déshérence, ce qui favorise l'esprit d'indépendance des grands et des consulats, à l'exception remarquable de celui d'Arles contrôlé par l'archevêque.

Cette agitation est aggravée par la division du parti catalan entre les partisans de Garsende veuve d'Alphonse et ceux de Nino fils du comte Sanche qui veut, semble-t-il, évincer le jeune Raimond BerengerRaymond Berenger est né en 1205., fils et héritier d'Alfonse. Son évasion en 1216 du château de Monzón d'Aragon où il était retenu et son retour en Provence redonnent espoir à ses partisans mais consomment la rupture définitive avec le royaume d'Aragon.

Sous la tutelle de GersendeJusqu'à la majorité du jeune prince en 1219 qui réside à Aix-en-ProvenceLa cour comtale réside depuis les années 1180 à Aix, après avoir délaissé son palais à Arles., le conseil de régence, désormais en manque de soutien, adopte une nouvelle politique et, en rupture avec celle d'Alphonse, se rapproche de l'Église et s'efforce dans un premier temps de régler à l'amiable les nombreux contentieux tout en sauvegardant la souveraineté comtale : comme lors des prétentions de Guillaume de Sabran sur le comté de Forcalquier. Elle entreprend également de réduire l'autonomie des familles aristocratiques en s'appuyant sur le haut clergé provençal dont l'énergique représentant d'Arles l'archevêque Michel de MourièsIl décède le 21 juillet 1217 et est remplacé par l'ancien prévôt de Marseille, Uc Béroard ; cette nomination rompt ainsi la tradition établie depuis Pierre Isnard, où l'archevêché d'Arles était attribuée à un ancien du chapitre de Saint-Trophime.. Ainsi, à la fin des années 1210, le pouvoir comtal désormais obligé de l'Église, s'il n'est plus en déshérence, est encore loin d'être restauré, d'autant plus que d'autres compétiteurs essaient de profiter de cette situation de faiblesse des deux puissances traditionnelles et locales du Midi de la France.

Le saint-Empire germanique : une présence plus affirmée

thumb|left|180px|Frédéric II et son faucon représentés dans son livre De arte venandi cum avibus (De l'art de chasser au moyen des oiseaux), . 300px|thumb|L'empire à la fin du Depuis le milieu du , la Provence, « terre d'Empire », dépend de la suzeraineté de l'empereur du Saint-Empire germanique traditionnellement représenté dans le royaume d'Arles par l'archevêque de la ville. En 1209 toutefois, l'empereur Otton de Brunswick pour affirmer sa présence y nomme comme représentant un proche, Gervais de Tilbury, avec le titre de Maréchal de la cour impériale pour le royaume d'Arles. Puis en ce début de , un événement majeur, après la bataille de Muret, redistribue les cartes politiques et les alliances : c'est le , la défaite de ce même empereur Otton lors de la bataille de Bouvines qui porte un coup mortel à sa puissance. Une autre dynastie apparaît, celle des Hohenstaufen, dans un premier temps soutenue à la fois par le roi de France et le pape Innocent III.

Ce nouvel empereur, Frédéric II, est très bien accueilli. Les grands du royaume d’Arles n’éprouvent aucune difficulté à prêter allégeance au nouveau roi des Romains. De nombreux seigneurs ecclésiastiques ont de bonnes raisons de se ranger aux côtés du parti vainqueur, champion de l’Église, et qui peut les défendre contre les usurpations incessantes de la féodalité laïque. Aussi, quand, en , Frédéric II vient tenir une diète à Bâle, les prélats du royaume d’Arles ne demeurent pas à l’écart.

Arles est, suivant l’expression de l’époque, la capitale de la Provence et le siège principal de l’Empire dans ces contrées : c’est dans sa cathédrale que sont couronnés les rois du pays. Aussi Frédéric adresse-t-il à l’archevêque Michel de Morèse un diplôme où sont explicitement reconnus ses droits et prérogatives et où sont énumérées ses possessions. La comparaison du diplôme d'Arles avec le diplôme contemporain de la ville de Vienne montre toutefois que les droits de l’archevêque d’Arles sont moins étendus que ceux du métropolitain de Vienne en raison notamment du développement à Arles d’un pouvoir rival à celui de l’Église, celui des consuls dirigeant la commune. Frédéric II, ménageant à la fois la commune et l’archevêque, reconnaît le droit de la ville à être régie par des consuls élus chaque année sous la suzeraineté de l’archevêque qui les nomme ou participe à leur désignation. Toutefois en dépit des bonnes relations entre l'Empire et l'Église, ce n'est plus l'archevêque qui représente les intérêts de l'empereur en Provence, mais un membre de la noblesse provençale, Guillaume des Baux, nommé vice-roi du Royaume d'Arles en 1215 ici.

La papauté : exploiter la réforme grégorienne et le concile de Latran

thumb|left|180px|Grégoire IX excommuniant représenté en majesté. thumb|180px|Honorius III.

Le concile de Latran de 1215, tenu sous le pape Innocent III inspirateur de la croisade des Albigeois de 1209, qui avait prononcé la déchéance de Raimond VI et confié l'administration du Comtat-Venaissin à l'Église, avait en quelque sorte transformé celle-ci en un acteur directement impliqué dans les conflits politiques affectant la région du bas-Rhône.