vignette|L'Olympias, réplique moderne de trière. Une (du grec ancien / ), ou trirème, ce dernier terme étant l'appellation latine, est une galère de combat antique, développée à partir du pentécontère et de la dière. Navire plus court que son prédécesseur, il reçoit 170 rameurs étagés sur trois rangs, d'où son nom. Léger et agile, il permet le développement de la manœuvre d'éperonnage grâce au rostre de bronze monté sur sa proue, technique qui donne lieu aux premières batailles à caractère réellement naval.

Les trières apparaissent en Ionie et deviennent le navire de guerre dominant en Méditerranée de la fin du au Elles sont surclassées durant l'époque hellénistique par des navires de combat plus lourds, puis suffisent aux besoins de l'Empire romain après la pacification de la Méditerranée. Elles disparaissent au cours du , remplacées par d'autres types de navires comme les dromons.

La plus célèbre bataille navale de l'Antiquité utilisant des trières demeure celle de Salamine en qui met aux prises la flotte grecque, principalement athénienne, face à l'armada perse numériquement très supérieure. La victoire des Grecs donne un coup d'arrêt à la deuxième expédition achéménide censée venger l'affront de Marathon. D'autres batailles navales sont relatées en détail, notamment celle au cours de laquelle Athéniens et Syracusains s'affrontent dans le port de Syracuse en pendant l'expédition de Sicile.

Historique Origines thumb|La base de la Victoire de Samothrace figure un navire de guerre

L'époque d'apparition des trières n'est pas très bien connue. Thucydide en mentionne les premières à Corinthe au où, selon la tradition grecque, l'architecte naval Améinoclès en aurait construit quatre vers , destinées aux Samiens, I, 13, 3.. Si Diodore de Sicile confirme que la première trière a été construite à CorintheDiodore de Sicile, Bibliotheca historica, XIV, 42., Clément d'Alexandrie en attribue l'invention aux SidonniensClément d'Alexandrie, Stromata, VI, 16 et Hérodote rapporte que le pharaon (610-) fit naviguer une flotte de trières sur la mer RougeHérodote, Histoire, II, 159.

Néanmoins cette information d'un Améinoclès inventeur de la trière est sujette à caution. On suppose que l'innovation corinthienne consistait à perfectionner la pentécontère à cinquante rameurs en ajoutant un second plan de rameurs au-dessus du premier, pour créer un type de navire intermédiaire plus puissant, la dière, ensuite perfectionnée et remplacée au par la trière.

C'est effectivement durant ce siècle que Samos développe sa puissance sur la mer Égée et il apparaît que ce n'est qu'en que les trières sont réellement utilisées au combat, lorsque le tyran de cette ville, Polycrate, en aligne 40 pour une expédition contre l'Égypte qui est relatée par Hérodote, III, 44.. Les années qui suivent voient en Grèce une généralisation de l'utilisation de ce type de navire, qui surclasse par sa vitesse et sa puissance d'impact les anciens vaisseaux longs de combat. À la Bataille de Ladé (494 av. J.-C.), la transition est achevée : les deux flottes en présence sont exclusivement composées de trières.

Développement à Athènes thumb|Domination athénienne (en jaune) sur la mer Égée en

Au début du la flotte athénienne n'est encore équipée que de quelques trières, l'essentiel de sa flotte était constituée de pentécontères et de triacontèresThucydide, I, 14, 3. ; mais la guerre qu'elle mène à ce moment-là contre Égine et le danger perse qui subsiste après l'épisode de Marathon lui imposent de moderniser ses forces navales. La découverte à la fin du à Maronée dans le Laurion d'un important filon d'argent va lui en donner l'occasion : en 483 le stratège Thémistocle parvient à convaincre sa cité de cette nécessité et il lance sur un peu plus de deux ans un vaste programme de renouvellement de la flotte, financé par le métal extrait des mines :

C'est ainsi qu'en à la bataille de Salamine, 150 des 310 trières alignéesChiffres qui varient suivant les sources. D'après Hérodote (Enquête, VIII), Athènes fournit 180 trières (44) sur un total de 378 (48). Quel que soit le chiffre retenu, les auteurs s'accordent sur le fait que les trières athéniennes représentent la moitié des galères de ce type présentes lors de la bataille. par les Grecs sont athéniennes. Mais ces navires, parmi les premiers de ce type de la cité, ne sont « pas encore pontés sur toute leur longueur » comme ce sera le cas un demi-siècle plus tard lors de la guerre du Péloponnèse.

La rapidité de la trière, sa maniabilité, sa solidité relativement aux modèles antérieurs plus longs, sa facilité de construction font qu'elle est souvent considérée comme l'une des inventions les plus importantes du monde grec antique. Elle est sans conteste l'instrument qui permet à Athènes d'étendre son hégémonie sur mer au cours du Pour disposer d'une flotte de guerre permanente et abritée des intempéries hivernales, Athènes construit deux séries de hangars à bateaux au Pirée, dans les ports de Zéa et Munichie, avec d'après les registres des chantiers navals anciens respectivement , au gabarit standardisé pour une trière chacun.

Athènes avait même deux trières sacrées, nommées « la Paralienne » (de Paralos) et « la Salaminienne » (de Salamine) : montées par des marins d'élite, elles étaient chargées de transmettre au-delà de l'Attique des messages dans les délais les plus courts, de transporter les chargés de mission, les ambassadeurs ou les prévenus qui devaient être jugés à AthènesJean Capelle, Note 219 sur la traduction de la Guerre du Péloponnèse, III, 33 .

Évolutions ultérieures thumb|left|Maquette de trirème romaine.

Si la flotte athénienne perd finalement sa supériorité face à Sparte et ses alliés durant la guerre du Péloponnèse, les trières restent toutefois toujours maîtresses des mers. Mais déjà Denys l'Ancien innove dès les premières années du siècle suivant en dotant Syracuse de tétrères et pentères plus grandesDiodore de Sicile, Histoire nouvelle, XIV, Olymp 95 an 2. Le premier déclin effectif des trières intervient lors de la période hellénistique, quand chaque nation d'importance construit de grandes flottes de galères plus lourdes comme la quinquérème avec cinq rameurs par demi-tranche, au lieu de trois dans la trière. La tendance continue avec six puis sept rameurs, jusqu'à atteindre vingt rameurs par demi-tranche, reléguant les trières au rang de vaisseau léger. Plus puissants, plus volumineux mais moins manœuvrants, ces navires transportent des troupes et font évoluer les tactiques vers l'abordage, préparé par des catapultes qui permettent de désorganiser les rameurs de l'adversaire.

Les Romains perfectionnent alors la technique d'abordage avec l'usage durant la première guerre punique du corbeau, qui combine un grappin et une passerellePolybe, Histoire nouvelle, I, 4. Si cette guerre voit le plus grand nombre de batailles navales de l'Antiquité, ce sont des quinquérèmes et non des trières qui sont le plus engagéesSerge Lancel, Carthage, Fayard, 1992, , ; Polybe, Histoires, I, 63, et la marine de guerre ne joue qu'un rôle marginal lors des guerres suivantes. Après les avoir vaincus, Rome impose à ses adversaires carthaginois, macédonien, spartiate et syrien le désarmement de leur flotte de guerre et ne leur permet de garder que quelques trières. Après , elle ne conserve elle-même qu'une flotte très réduite. L'annexion du royaume de Pergame poursuit le démantèlement des flottes militaires et le déclin de la marine de guerre romaine, avec comme conséquence le développement de la piraterie en Méditerranée orientale qui exige pour être éradiqué de donner des pouvoirs exceptionnels à Pompée en 67 .

La bataille d'Actium est un événement atypique qui oppose des navires de toutes tailles, et montre leurs limites offensives tant pour l'abordage que pour l'éperonnage.

thumb|Voilier romain sur une mosaïque du musée archéologique de Sousse.

Après sa victoire d'Actium, Auguste maintient une marine militaire permanente, avec des marins et des rameurs ayant le statut de soldat, engagés volontaires, touchant une solde et recevant la citoyenneté romaine à leur démobilisation. La trière (ou plutôt la trirème) revient au premier plan, avec un effectif de 280 navires, complété par une soixantaine de liburnes légères et autant de tétrères à quatre rameurs par demi-tranche.

La trirème romaine reste dans les grandes lignes semblable à la trière grecque. Le gréement est parfois composé d'un mât, parfois de deux, avec une petite voile à l'avant. Le principal perfectionnement romain est le carénage du rang supérieur de postes de rameurs, dont les avirons passent à travers les sabords d'un caisson, que l'alignement de trous fait nommer (« pigeonnier »).

Au cours du , la trirème cède la place aux liburnes, moins rapides mais encore plus légères et agilesZozime, Histoire romaine, V, 20. qui sont, elles, à l'origine des dromons byzantins. La dernière bataille connue est celle du détroit des Dardanelles qui oppose en 324 une flotte de triacontères de Constantin à 200 trières de LiciniusZosime, Histoire Nouvelle, II, 23-24. La défaite de Licinius marque l'obsolescence des trières.

Construction thumb|Épave de Kyrénia, restes d'un navire marchand du découvert à Chypre.

Aucun texte ancien ne donne de description précise de la trière, que ce soit sur ses dimensions, sa technique de fabrication comme de ses formes. Déjà au début du , soit quelques décennies après leur dernière utilisation avérée, l'historien Zosime affirme que les méthodes de construction de la trière sont oubliées.

Jusqu'au , les spécialistes ont tenté d'imaginer comment pouvait être faites ces embarcations d'après les sources littéraires et les inscriptions antiques, souvent interprétées. De nombreuses théories ont été émises notamment sur la disposition des rameurs à bord, qui ont donné lieu à de nombreuses controversesRésumé de ces controverses dans Hans Viereck, Die romische Flotte, 1975, Herford, , comme celle qui opposa l'officier de marine Jean-Antoine de Barras de La Penne, expert en galères, au jésuite de La MaugerayeJean-Antoine de Barras de La Penne, Réplique de M. de Barras à la Réponse du Père de La Maugeraye, insérée dans les "Mémoires pour l'histoire des sciences", mars 1728, article 15, en ligne sur BNF. Depuis le , les historiens étudient de façon rigoureuse ces mêmes textes et s'appuient sur les dernières découvertes archéologiques. Ainsi, les céramiques peintes ou la mise au jour de bas-reliefs, ne donnant toujours qu'une vue incomplète, permettent cependant d'infirmer ou confirmer les modèles proposés. Parmi les travaux récents, ceux de John Sinclair Morrison font autorité.

La coque Grâce à la mise au jour en 1885 par Dragátsis et W. Dörpfeld de cales couvertes à Zéa, l'un des ports militaires du Pirée, et aux campagnes de fouilles qui y sont menées depuis 2000, nous avons enfin une idée assez précise des dimensions d'une trière, par déduction de celles des cales. Longue d'environ , elle a une largeur hors-tout proche des . La hauteur sous toit des cales étant connue (), on estime celle de la coque hors de l'eau à environ. Le tirant d'eau est quant à lui faible, à peine un mètre comme l'attestent les textes qui mentionnent des hoplites venant de la plage et embarquant sur les navires à flot :

thumb|Principe d'assemblage des bordages des navires antiques grecs par mortaises et tenons chevillés.