Jane Barker (1652 – 1732) est une poétesse et romancière anglaise du début du . (1713) est considérée comme son œuvre la plus aboutie. Jacobite convaincue, elle suivit le roi Jacques II d'Angleterre en exil à Saint-Germain-en-Laye en France, peu après que ce dernier eut été renversé lors de la Glorieuse Révolution (1688). Elle composa durant son exil un ensemble de poèmes à coloration politique, (1701), où transparaît l'inquiétude que lui inspirait le devenir politique de l'Angleterre. Elle embrassa par la suite la carrière de romancière et écrivit (1715), (1723), et (1726). Barker, qui demeura célibataire toute sa vie, manifeste un désintérêt marqué pour le mariage et s'applique en revanche à remettre en cause la subordination féminine qui prévalait alors.
De Wilsthorp à Saint-Germain-en-Laye : le destin d’une partisane des Stuart
Origines familiales de Jane Barker
Née en , dans le village anglais de Blatherwick, Northamptonshire, Jane Barker était la seule fille, et la cadette des trois enfants survivants de Thomas et Anne Barker. Thomas Barker figurait parmi les secrétaires du Lord chancelier dépositaire du grand sceau du Royaume-Uni.
Jane Barker était apparentée par sa mère à une famille de la gentry ou petite noblesse galloise, la famille Connock, qui comptait parmi ses membres un certain nombre d'officiers. La carrière de ses derniers atteste du Catholicisme familial. L'un d'entre eux, le major William Connock, quitta ainsi son poste dans l'armée des Pays-Bas pour suivre Jacques II, dernier souverain catholique à régner sur les trois royaumes d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, qui se vit contraint de s'exiler en France à l'issue de la Glorieuse Révolution de 1688.
Fortement marquée par la tradition familiale catholique des Connock, Jane Barker devait également suivre le roi Jacques II dans son exil de Saint-Germain-en-Laye entre 1689 et 1704. En 1662, la famille Barker prit possession de manoir de Wilsthorp, dans le Lincolnshire, où Thomas Barker avait signé un bail qui lui donnait le droit d'affermer quelque 80 acres de terres arables. Ce fut sur ce domaine que Jane Barker vécut entre 1662 et 1717, période où elle effectua néanmoins plusieurs séjours durables à Londres et à Saint-Germain-en-Laye.
Comme bien d'autres familles de la gentry, Thomas et Anne Barker consacrèrent l'essentiel de leurs médiocres ressources à l'éducation de leur fils aîné et principal héritier, Edward, qui obtint le baccalauréat ès Arts en 1672 et sa maîtrise ès Arts en 1675 à St John's College, Oxford. En 1675, cependant, le décès prématuré d'Edward fit de Jane la seule héritière des biens de ses parents. À la mort de son père, en 1681, Jane hérita donc du manoir de Wilsthorpe ainsi que du domaine que possédait sa famille dans le Northamptonshire, tandis que son plus jeune frère, le benjamin de la famille, Henry, ne vit léguer que dix livres sterling.
Foi religieuse et exil
Baptisée le selon le rite anglican ; Barker se convertit au catholicisme sous le règne "papiste" de Jacques II et VII entre 1685 et 1688. Lorsque Jacques II eut été supplanté par le prince d'Orange-Nassau (Guillaume III d'Angleterre) à l'issue de la Glorieuse Révolution, Londres devint un lieu dangereux pour les Catholiques. Barker fut donc conduite comme 40000 compagnons d'infortune, à aller chercher asile en France. Elle prit alors ses quartiers à Saint-Germain-en-Laye, où Jacques II s'était établi avec sa cour exilée dans l'ancien château royal prêté par Louis XIV de 1689 à 1704.
L'on trouve une preuve supplémentaire de l'activisme politique de Jane Barker dans une de ses lettres, adressée à James Butler, duc d'Ormonde, alors que ce dernier projetait une invasion jacobite depuis la France. Datée du , ce document informe à mots couverts Ormonde que ses partisans sur le sol Anglais n'attendent que son débarquement. Ladite lettre fut cependant interceptée cette même année par les services secrets chargés de contre-espionnage anti-jacobites du British Secrete Office. Le nom et l'écriture de Barker s'étant avérés inconnus des autorités gouvernementales, l'on en a déduit qu'elle n'avait probablement fait que servir de scribe dans cette affaire, selon une pratique couramment utilisée pour protéger les conspirateurs dont les autorités avaient déjà établi l'identité et répertorié l'écriture.
Une lettre, adressée à un destinataire inconnu et datée de 1730 souligne encore les liens de Barker avec le jacobitisme, en révélant chez Barker la profonde conviction que l’Angleterre avait pour souverain légitime Jacques II et VII — et non Guillaume III d'Angleterre ou son épouse Marie II. La lettre s'accompagnait à l'origine d'un présent insolite : une tumeur du sein qui s'était miraculeusement détachée du corps de Barker bien avant qu'elle n'écrive cette lettre.
Tout en s'excusant de cet envoi quelque peu incongru, Barker y explique avoir l'intention de faire usage de cette tumeur comme d'une preuve de l'intercession du « très saint roi » Jacques II. L’expulsion des cellules cancéreuses, écrit-elle, a été en effet permise par l'application d'un fragment d'étoffe imprégné du sang royal sur la tumeur. Pour Barker, comme pour ses contemporains, une guérison miraculeuse ne pouvait s'interpréter que comme une manifestation de la volonté divine, un message qui s'incarnait dans le corps d'un individu pour confirmer la légitimité du roi Jacques II.
Revenue en Angleterre vers 1704, Jane Barker s'assura une existence précaire en exploitant les restes de l'héritage paternel. Renonçant à la poésie, elle plaida à mot couvert la cause jacobite dans des romans commercialisés par l'éditeur Edmund Curll.. Lasse des persécutions que lui valaient ses opinions politiques et religieuses, et accablée par un long et pénible procès avec sa nièce Mary, elle quitta définitivement l'Angleterre vers 1726 pour rejoindre son cousin Connock en France. Son décès, en 1735, est attesté dans les registres paroissiaux de Saint-Germain-en-Laye.
Dans le sillage d'Orinda : poétesse royaliste, 1685-1713
Littérature et sociabilité
(1688), première œuvre de Jane Barker, peut se lire comme fragment d'un échange sociable plus vaste. L'un des poèmes inclus dans ce recueil s'adresse ainsi au révérend George Hawen, recteur de la paroisse locale, que l'auteur remercie de lui avoir offert deux ouvrages, Le Christianisme raisonnable de John Locke et une histoire du règne de Charles Premier,
Le premier pan de ce recueil biparti comprend des poèmes de Jane Barker, adressés à ses amis, tandis que le deuxième regroupe des textes poétiques composés par ces derniers, et dédiés à la jeune femme. Il émane de cette compilation, présentée comme l'œuvre de " plusieurs jeunes gens de l'Université, et quelques autres personnes", une intense atmosphère de camaraderie estudiantine; les principaux contributeurs de la seconde partie ayant du reste été identifiés comme les amis que Jane Barker comptait à Oxford at Cambridge. L'éditeur, Benjamin Crayle, fournit pour sa part douze des poèmes de la seconde partie, où il exprime notamment son admiration pour les qualités et le discernement littéraires de Jane Barker.
Ces amitiés littéraires alimentent les premiers efforts poétiques de Jane Barker. À la différence des œuvres ultérieures, les poèmes de Poetical Recreations traitent souvent de circonstances privées, offrant ainsi un aperçu de ce que pouvait être la vie sociale d'une jeune femme de lettres à l'époque. Présentée, sur la page de titre, comme "partiellement due à Mrs. Jane Barker," la première partie du recueil comprend plus de cinquante textes qui furent pour la plupart recopiés ultérieurement dans le Magdalen Manuscript, recueil manuscrit composé vers 1701 par Jane Barker. Celle-ci y invoque dans une note le malaise que lui causa la publication, "sans son consentement", de ses vers dans Poetical Recreations en 1688 et les déclare présentement , annotation qui laisse penser que Jane Barker n'avait sans doute aucunement l'intention à l'origine de soumettre le choix de poèmes inclus dans au grand public. Mue par le désir de les rendre plus propre à une publication, elle avait procédé à quelques altérations avant leur parution, en supprimant notamment un certain nombre de références personnelles, et en écartant les poèmes qui traduisaient des sentiments intimes, liés à des circonstances privées telles que des deuils familiaux, textes qu'elle jugea inconvenant de faire lire à autre qu'aux amis qui composaient son cercle littéraire..
Carrière médicale
Une publicité datée de 1685 qui vante les mérites du " fameux emplâtre du Dr. Barker, souverain remède contre la goutte" constitue la preuve que Barker exerça bel et bien une pratique médicale. Vendu au prix de vingt shilling le rouleau, à l'échoppe du libraire Benjamin Crayle, qui publia les premières œuvres de Jane Barker, le dit emplâtre était censé pouvoir " opérer une pleine et entière cure " en "l'espace de douze heures." Cette réclame se trouve sur la dernière page du texte, paru anonymement sous le titre " Nouvelles divertissantes et ingénieuses : choix de fort excellentes histoires d'amour, tant tragiques que comiques, (1685). Les poèmes médicaux de Jane Barker ainsi que ses romans en apportent de nouvelles preuves : certains passages de détaillent par exemple la pratique médicale de l'héroïne, Galesia (que les critiques regardent souvent comme une incarnation littéraire de Jane Barker), qui se livre à des consultations et prescrit des remèdes depuis ses appartements.
Aucun document d’archive ne prouve cependant que Barker ait reçu de formation médicale canonique ou qu'elle ait cherché à obtenir une licence d'exercer pour légitimer et officialiser sa pratique. Néanmoins, certains passages de A Patch-Work Screen for the Ladies laissent penser que son frère aîné lui avait probablement donné une formation médicale approfondie tandis que le grand poème « », inclus dans , révèle une connaissance étendue de la médecine de son temps, telle qu’elle était enseignée à l’université.
Militantisme poétique et engagement politique
Au cours de son exil à Saint-Germain, Barker réunit dans un recueil intitulé « » (1701) vingt poèmes à contenu politique. Destiné à être offert, en guise d'étrennes de Nouvel An au Prince de Galles (Jacques François Stuart, alors âgé de douze ans), ce recueil fit beaucoup pour la renommée littéraire ultérieure de Jane Barker. Les poèmes du recueil abordent les divers aléas de l'histoire politique de l'Angleterre de 1685 à 1691, dont les catastrophes qui frappèrent les Jacobites après la Glorieuse Révolution (1688) et la défaite de Jacques à la bataille de la Boyne en Irlande (1690). Ce recueil in quarto qui compte quelque quatre-vingt-dix pages de vers jacobites évoque les tourments d'une fidèle partisane et les inquiétudes que lui inspirent les destinées politiques de son pays. Fait des plus intéressants, le recueil fut composé avec l'aide d'un secrétaire masculin, William Connock, cousin de Jane Barker. Cette dernière, atteinte de la cataracte, se résolut à se faire opérer en 1696, ce qui se faisait au moyen d'une aiguille insérée dans la cornée afin d'en ôter le voile. Sa vue se détériora un peu plus après cette opération de sorte que Jane Barker se trouva hors d'état de produire un manuscrit suffisamment lisible pour être soumis à la lecture de la cour. Aussi requit-elle l'aide de son cousin, grâce à qui le recueil put finalement être offert au Prince de Galles.
Héritière d'Astrea : romancière de carrière, 1713-1735
Œuvres en prose : contributions romanesques