Les sélectionneurs de l'équipe d'Angleterre de football sont les entraîneurs responsables de l'équipe d'Angleterre masculine A. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la Football Association (FA) choisit les joueurs, d'abord directement puis par l'intermédiaire d'un comité de sélection. En 1946, Walter Winterbottom devient le premier England Team Manager officiellement nommé. Il dirige l'entraînement et la préparation de l'équipe, tandis que le choix des joueurs reste partagé avec le comité fédéral. La fonction prend sa forme moderne avec Alf Ramsey, qui obtient en 1963 le contrôle de la sélection et de la composition de l'équipe.

Depuis 1946, vingt-et-un hommes ont dirigé au moins un match de l'équipe A. Seize ont occupé le poste à titre permanent et cinq uniquement par intérim : Joe Mercer, Howard Wilkinson, Peter Taylor, Stuart Pearce et Lee Carsley. Winterbottom détient le record de longévité avec seize années et celui du nombre de rencontres dirigées avec 139. Ramsey est le seul à avoir remporté un tournoi majeur, la Coupe du monde 1966. Gareth Southgate, troisième sélectionneur à dépasser cent rencontres, conduit l'Angleterre en finale du Championnat d'Europe 2020 puis du Championnat d'Europe 2024.

Le Suédois Sven-Göran Eriksson devient en 2001 le premier sélectionneur permanent étranger. L'Italien Fabio Capello est nommé en 2008, puis l'Allemand Thomas Tuchel devient en 2025 le troisième sélectionneur permanent étranger. En fonction depuis le , Tuchel prolonge son contrat jusqu'au Championnat d'Europe 2028 puis conduit l'Angleterre à la troisième place de la Coupe du monde 2026, son meilleur classement mondial depuis le titre de 1966.

La fonction est aussi marquée par une exposition médiatique particulièrement forte, souvent résumée au Royaume-Uni par l'expression the impossible job. Le traitement de plusieurs sélectionneurs, notamment étrangers, a également nourri des travaux sur les rapports entre football, presse et identité nationale.

Poste de sélectionneur Institutionnalisation et fonctions Avant 1946, l'équipe d'Angleterre ne possède pas de sélectionneur permanent au sens moderne. La Football Association (FA) choisit les joueurs par l'intermédiaire d'un comité de sélection et confie la préparation des rencontres à des entraîneurs ou préparateurs. Ce fonctionnement collégial maintient le choix des joueurs sous le contrôle direct de la fédération et empêche qu'un seul technicien concentre l'ensemble de l'autorité sportive.

La situation évolue après la Seconde Guerre mondiale. Le secrétaire de la FA Stanley Rous, convaincu que l'Angleterre doit structurer sa formation des entraîneurs et moderniser sa préparation, soutient la création d'une fonction permanente. Walter Winterbottom, ancien joueur de Manchester United devenu instructeur de la Royal Air Force, est nommé en 1946 à la fois directeur national de l'entraînement et England Team Manager. Son poste dépasse donc dès l'origine la seule conduite de l'équipe A : il doit aussi développer l'enseignement du football et un réseau national d'entraîneurs.

Winterbottom ne dispose toutefois pas du pouvoir qui sera ensuite associé à la fonction. Il organise les stages, prépare l'équipe, choisit avec son encadrement les principes tactiques et gagne progressivement de l'influence, mais le comité fédéral conserve la responsabilité formelle de la sélection des joueurs. Cette répartition des pouvoirs limite parfois sa capacité à construire une équipe selon une logique exclusivement sportive et tactique.

La rupture intervient avec Alf Ramsey. Lorsque l'ancien entraîneur d'Ipswich Town est choisi pour succéder à Winterbottom, il réclame le contrôle de la sélection des joueurs et de la composition de l'équipe. La FA accepte cette condition. À partir de 1963, le sélectionneur anglais devient donc réellement responsable des joueurs convoqués, de la formation et de l'organisation tactique, ce qui rapproche la fonction de sa définition contemporaine.

Le sélectionneur moderne choisit les joueurs convoqués, la composition de départ et les remplaçants, fixe les principes tactiques et organise les rassemblements. Il reste toutefois intégré à la structure fédérale : la direction de la FA conserve la maîtrise de son recrutement, de son contrat et de l'organisation générale de la sélection. Au fil des décennies, l'encadrement autour du sélectionneur s'étoffe : adjoints, préparateurs physiques, entraîneurs spécialisés, analystes et équipes médicales occupent une place croissante au sein d'un encadrement technique élargi.

Les conditions matérielles d'exercice évoluent elles aussi fortement. Sous Winterbottom, la mise à disposition des internationaux par leurs clubs reste irrégulière et l'encadrement envoyé en Coupe du monde se limite notamment à un entraîneur adjoint et un soigneur, sans médecin. Au début des années 2010, les règlements internationaux imposent au contraire la libération des joueurs et la sélection se déplace avec plusieurs entraîneurs, médecins, physiothérapeutes, personnels de sécurité et de communication. Une étude consacrée à l'histoire sociale de la formation des entraîneurs de la FA souligne plus largement le rôle des héritages militaires et de l'éducation physique dans la construction du système fédéral de formation.

Cette dimension apparaît notamment avec l'internationalisation des staffs. Fabio Capello arrive avec plusieurs collaborateurs italiens en 2008 ; Thomas Tuchel est accompagné à partir de 2025 par l'Anglais Anthony Barry, déjà son adjoint au Chelsea FC et au Bayern Munich.

Nomination, intérims et sélectionneurs étrangers La procédure de recrutement relève de la FA, mais elle n'a jamais été entièrement figée. Le poids respectif du président, du secrétaire ou directeur général, des comités fédéraux et des responsables techniques varie selon les périodes. Le choix d'un sélectionneur reflète ainsi à la fois les priorités sportives et le fonctionnement de la gouvernance fédérale.

Après le départ de Don Revie en 1977, le président de la FA Harold Thompson joue un rôle déterminant dans la succession. Brian Clough, alors très populaire, est auditionné, mais la fédération préfère Ron Greenwood. L'histoire officielle de la FA présente explicitement Greenwood comme le choix préféré à Clough, qualifié de « choix du public ».

En 1982, la procédure se resserre autour d'un petit comité de sélection présidé par Bert Millichip. Bobby Robson, alors entraîneur d'Ipswich Town et déjà membre de l'encadrement élargi de Greenwood, est choisi à l'unanimité. Dans les années 1990, l'ancien international Jimmy Armfield exerce une influence beaucoup plus directe : chargé de rechercher le successeur de Graham Taylor, il défend la candidature de Terry Venables malgré des réserves internes à la FA, puis recommande Glenn Hoddle lorsque le départ de Venables est décidé. Armfield expliquera ensuite avoir lui-même approché Hoddle après avoir également sondé Alex Ferguson, qui ne souhaitait pas prendre le poste.

Au , la procédure se formalise davantage autour de dirigeants salariés et de responsables techniques. Lors de la nomination de Sam Allardyce en juillet 2016, le comité de recrutement comprend notamment le directeur général Martin Glenn, le directeur technique Dan Ashworth et le vice-président David Gill. Après le départ d'Allardyce, Southgate constitue un cas différent : déjà employé par la FA et sélectionneur des espoirs, il peut être évalué pendant un intérim avant d'être confirmé. En 2024, la recherche du successeur de Southgate est menée par le directeur général Mark Bullingham et le directeur technique masculin John McDermott ; plusieurs candidats sont interrogés avant le choix de Thomas Tuchel.

Dans les périodes de transition, la FA nomme un sélectionneur intérimaire. Joe Mercer assure sept rencontres après le départ de Ramsey en 1974. Howard Wilkinson dirige deux matchs, en 1999 puis en 2000, Peter Taylor un match en 2000 et Stuart Pearce un match en 2012. Après le départ de Southgate en juillet 2024, Lee Carsley, sélectionneur des espoirs, reçoit la responsabilité des six rencontres de Ligue des nations de l'automne. Il en remporte cinq et obtient la remontée en Ligue A avant de retourner auprès des moins de 21 ans.

Trois techniciens sont d'abord nommés provisoirement avant d'être confirmés : Ron Greenwood en 1977, Kevin Keegan en 1999 et Gareth Southgate en 2016. Dans le cas de Southgate, la FA lui confie quatre rencontres après le départ de Sam Allardyce ; deux victoires et deux matchs nuls, ajoutés à son travail antérieur avec les espoirs, conduisent à sa nomination permanente le 30 novembre 2016.

Pendant plus d'un demi-siècle, la fonction reste confiée à des Britanniques. La nomination de Sven-Göran Eriksson en 2001 constitue donc une rupture symbolique importante. Le Suédois est le premier sélectionneur permanent non britannique ; l'Italien Fabio Capello devient le deuxième en 2008 et l'Allemand Thomas Tuchel le troisième en 2025. Ces nominations nourrissent dans la presse des débats récurrents sur l'articulation entre expertise internationale et identité nationale. Michael Skey, qui analyse la couverture médiatique de trois nominations anglaises dont deux entraîneurs étrangers, décrit ces discours comme une forme de « cosmopolitisme conditionnel », où l'ouverture à l'expertise extérieure ne fait pas disparaître les cadres de pensée nationaux.

Histoire Avant 1946 : la sélection par comité L'Angleterre dispute ses premiers matchs internationaux au sans entraîneur national permanent. La FA contrôle directement la sélection et s'appuie sur des dirigeants fédéraux, un comité de sélection et des entraîneurs ponctuellement chargés de la préparation. Cette organisation perdure alors même que le football de clubs se professionnalise et que le métier d'entraîneur se développe progressivement. La sélection nationale reste donc longtemps administrée davantage comme une représentation de la fédération que comme une équipe confiée à un technicien disposant d'une politique sportive autonome.

Les rencontres internationales restent longtemps espacées et les joueurs sont principalement formés et entraînés dans leurs clubs. Après l'interruption des rencontres internationales officielles entre 1939 et 1946, la FA confie au sortir de la guerre à Walter Winterbottom une mission qui associe conduite de l'équipe nationale et développement de la formation des entraîneurs.

Walter Winterbottom (1946-1962)

vignette|upright|Walter Winterbottom en 1953, pendant son mandat de premier England Team Manager. La reprise des rencontres internationales en 1946 conduit à la nomination de Walter Winterbottom. Âgé de 33 ans, il devient le premier England Team Manager et cumule cette fonction avec celle de directeur national du coaching. Son premier match est une victoire 7-2 contre l'Irlande à Belfast le 28 septembre 1946. Son rôle demeure pourtant hybride : il dirige les entraînements et la préparation, mais la composition du groupe continue de dépendre du comité de sélection fédéral.

Les premières années sont sportivement favorables. L'Angleterre remporte régulièrement le British Home Championship et aborde la Coupe du monde 1950 parmi les équipes réputées les plus fortes. Il s'agit de la première participation anglaise à la compétition mondiale, la FA ayant jusque-là maintenu une certaine distance vis-à-vis de la FIFA et de la Coupe du monde. Après une victoire contre le Chili, la défaite 1-0 face aux États-Unis à Belo Horizonte devient l'un des premiers grands traumatismes internationaux du football anglais ; une seconde défaite contre l'Espagne entraîne l'élimination dès le premier tour.