L'Urubu à tête rouge (Cathartes aura), aussi appelé vautour aura, est l'une des trois espèces d'oiseaux de proies du genre Cathartes, de la famille des Cathartidae. Il possède la plus vaste aire de répartition des vautours du Nouveau Monde : il est présent du sud du Canada jusqu'au sud de l'Amérique du Sud. Cette aire de distribution s'étend d'ailleurs actuellement vers le nord du Canada. Il se rencontre dans une grande variété d'habitats ouverts et semi-ouverts dont les forêts subtropicales, les terrains buissonneux, les prairies et les déserts.
L'Urubu à tête rouge possède une envergure moyenne de pour un poids moyen de . La couleur de son plumage varie du brun foncé au noir ; sa tête et son cou sont rouges et sans plumes, et son court bec crochu est de couleur ivoire. Grâce à ses longues et larges ailes, il utilise en vol les vents ascendants pour planer, ne battant que rarement de ses ailes.
C'est un nécrophage qui se nourrit presque exclusivement de charognes. Son sens de l'odorat est bien développé et il trouve sa nourriture en volant au ras des arbres, détectant les gaz produits par la décomposition des carcasses. Il ne possède pas de syrinx et de fait ses vocalisations consistent en des grognements et des sifflements. Les individus se regroupent par centaines pour la nuit. L'Urubu à tête rouge niche dans des cavités, des arbres creux ou des buissons et élève généralement chaque année deux oisillons qu'il nourrit en régurgitant de la nourriture. Il a peu de prédateurs naturels. Aux États-Unis et au Canada, il est protégé par la Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs.
Description thumb|upright|Urubu à tête rouge. Dimensions L'adulte mesure en moyenne de 66 à de longueur pour une envergure variant entre 173 et et un poids moyen de , mais variant de 0,85 à selon l'individu et son sexe. Le dimorphisme sexuel est minime : les sexes sont identiques au niveau de la coloration du plumage, bien que les femelles soient en moyenne légèrement plus grandes, comme chez beaucoup d'autres espèces de rapaces.
Plumage et morphologie thumb|left|Détail de la tête : les deux narines communiquent directement.
Les plumes du corps sont noires ou brunâtres mais le dessous des pennes semble gris argenté, ce qui contraste avec le bord plus sombre des ailes. La tête de l'adulte est petite proportionnellement à son corps, sa peau est nue et plissée, et sa couleur varie du rose au rouge vif. L'adulte possède également un bec relativement court, crochu et de couleur ivoire. L'iris est gris brun ; l'œil possède un rang simple et incomplet de plumes sétiformes sur la paupière supérieure et deux rangs sur la paupière inférieure.
thumb|Empreinte de la patte gauche dans la boue. On note les vestiges de la palmature entre les doigts de devant, et également la plus grande profondeur de l'empreinte vers la pointe des orteils, montrant que l'oiseau s'est penché pour boire.
Les pattes sont rosâtres, pouvant tirer sur le jaune, et généralement tachées de blanc. Les doigts de l'avant sont longs et possèdent de petites palmures à leur base. Les pieds sont plats, relativement faibles et mal adaptés pour empoigner ou serrer. En vol, la queue est longue et étroite, contrairement à celle de l'Urubu noir, et à l'extrémité arrondie. Les narines ne sont pas divisées par un septum mais sont plutôt perforées : lorsque l'oiseau est de profil, un observateur peut voir à travers le bec. L'Urubu à tête rouge effectue une mue qui commence à la fin de l'hiver ou au début du printemps. Il s'agit d'une mue graduelle qui dure jusqu'au début de l'automne.
Les juvéniles sont globalement similaires aux adultes mais possèdent une tête grise et moins ridée, un bec noir à son bout et des pattes plutôt grisâtres.
Des individus leucistiques (parfois appelés à tort « albinos ») sont aperçus quelquefois. La plupart des cas bien documentés proviennent des États-Unis ce qui reflète probablement le fait que ces oiseaux y sont plus souvent notés par les observateurs d'oiseaux plutôt que d'une variation géographique. Même aux États-Unis, les discussions concernant les Urubus à tête rouge de coloration blanche sont surtout effectuées dans les cercles d'ornithologues amateurs et de conservation des rapaces par opposition aux cercles scientifiquesGolden Gate Raptor Observatory: Rare Raptors. Consulté le 2007-09-17..
Espèces similaires thumb|Comparaison des silhouettes en vol de l'Urubu à tête rouge et de l'Urubu noir.
L'Urubu à tête rouge peut être confondu avec l'Urubu noir, notamment les juvéniles ou les individus en vol. Il s'en distingue facilement par sa taille, plus grande, et à la couleur de sa tête, mais également et enfin par de légères différences dans le contraste des plumes, sous les ailes. On remarque aussi des différences au niveau de la forme de la queue, plus étroite et à l'extrémité plus arrondie chez l'Urubu à tête rouge.
Écologie et comportement Locomotion thumb|left|Urubus dans un courant ascendant, Saint-André-Avellin, Québec. vignette|alt=Un grand oiseau, retenu par ses grandes ailes dans les airs bleus, penche sa tête rouge vers le bas.|Un urubu à tête rouge en vol à Cuba. Février 2016.
L'Urubu à tête rouge est maladroit au sol et se déplace en sautillant. Il lui faut déployer de grands efforts pour s'envoler, en battant des ailes tout en sautillant et en poussant sur le sol avec ses pattes. Parfois, il lui arrive même de régurgiter un repas non digéré et trop lourd afin de pouvoir s'envoler loin d'un prédateur potentiel.
Lorsqu'il plane, ses ailes orientées vers le haut forment un dièdre positif et l'oiseau incline souvent son corps d'un côté à l'autre, ce qui expose ses rémiges grises au soleil et les font paraître argentées. Le vol de l'Urubu à tête rouge est un exemple de vol plané où l'animal bat des ailes peu fréquemment, profitant de sa faible charge alaire et utilisant les vents ascendants pour planer.
Il vole généralement bas pour pouvoir utiliser son odorat afin de repérer les charognes et peut rester six heures consécutives sans battre des ailes.
Alimentation thumb|Urubu à tête rouge se nourrissant d'une carcasse de goéland. Régime alimentaire Il se nourrit principalement de charognes, de celles des petits mammifères jusqu'à celles des grands herbivores. Il préfère les carcasses animales fraîches et évitera celles ayant atteint le stade de putréfaction. Il consomme aussi des lapins et de jeunes oiseaux (hérons, ibis par exemple), des insectes et d'autres invertébrés, mais tue rarement ses proies. Il est souvent observé le long des routes se nourrissant d'animaux écrasés par les véhicules ou près des plans d'eau, consommant poissons ou insectes tombés et piégés dans les eaux peu profondes.
Il consomme plus rarement certains végétaux, comme les plantes des côtes, les citrouilles et d'autres plantes cultivées.
L'Urubu à tête rouge fréquente également les décharges, où il trouve une nourriture abondante et riche, et qui a permis à l'espèce d'accroître ses effectifs et d'étendre son aire de répartition.
Prospection L'Urubu à tête rouge utilise son odorat lors de sa recherche de nourriture. Il s'agit d'une habileté peu commune chez les espèces aviaires. Il vole souvent près du sol. pour capter l'odeur du mercaptan éthylique, un gaz produit par la décomposition des animaux morts. La zone du cerveau associée à l'odorat est particulièrement développée comparativement aux autres espèces. Cette faculté permet à l'Urubu à tête rouge de détecter les carcasses sous la canopée des forêts. Rassasié, l'oiseau peut rester au moins quinze jours sans boire ni manger.
Association et concurrence Le Sarcoramphe roi et l'Urubu noir ne possèdent pas les habiletés olfactives de l'Urubu à tête rouge et suivent ce dernier jusqu'aux carcasses. L'Urubu à tête rouge arrive soit le premier à la carcasse, soit en même temps que le Grand Urubu ou l'Urubu à tête jaune qui possèdent également la faculté de sentir le mercaptan éthylique. Il peut concurrencer l'Urubu à tête jaune et le Grand Urubu grâce à sa taille plus imposante, mais peut lui-même être déchu par le Sarcoramphe roi, voire par l'Urubu noir, pourtant plus petit. Celui-ci fait la première entaille à la peau de l'animal mort, et l'Urubu à tête rouge ne pourra accéder à la nourriture qu'ensuite, à cause de son bec trop petit pour entailler le cuir d'animaux plus gros que lui. Il s'agit d'un exemple de symbiose entre espèces.
Vocalisations
L'Urubu à tête rouge, comme la plupart des autres espèces de vautours, possède peu de capacités de vocalisations. Cela est surtout causé par l'absence de syrinx. Il peut seulement émettre des sifflements et des grognements. Il siffle généralement lorsqu'il se sent menacé. Les grognements sont souvent émis par les jeunes affamés et par les adultes pendant la parade nuptiale.
Comportement social thumb|left|Dortoir, Saint-André-Avellin, Québec.
L'Urubu à tête rouge est grégaire et des groupes de plusieurs centaines d'individus se forment pour la nuit sur des arbres morts. Ces groupes incluent parfois des spécimens d'Urubus noirs. La nuit sa température corporelle diminue d'environ , descendant ainsi jusqu'à , et il entre donc en légère hypothermie. Pendant la journée, les urubus recherchent leur nourriture de façon indépendante tout en s'observant pour faciliter la détection des charniers.
Cette espèce n'est pas territoriale, et possède peu de prédateurs naturels. Son moyen de défense principal consiste à régurgiter de la viande à moitié digérée, une substance dont l'odeur répugnante incite la plupart des animaux à s'éloigner du nid, et qui provoque également une sensation de brûlure si elle atteint un prédateur au visage ou aux yeux.
thumb|Adulte.
L'Urubu à tête rouge est souvent observé au sol les ailes ouvertes. Ce comportement est le plus souvent adopté après les nuits humides ou pluvieuses, et pourrait avoir plusieurs fonctions : sécher les ailes, réchauffer le corps et tuer les bactéries par la chaleur. Le même comportement est pratiqué par les autres membres de la famille des Cathartidés, les vautours de l'Ancien Monde, et par les cigognes. Comme les cigognes, l'Urubu à tête rouge défèque souvent sur ses propres pattes et utilise l'évaporation de l'eau qui y est contenue pour se rafraîchir. Ce processus est connu sous le nom d'urohidrose. Les vaisseaux sanguins des pattes sont rafraîchis et celles-ci deviennent striées par les cristaux blancs d'acide urique.
Reproduction
La saison de reproduction débute en mars, atteint son maximum en avril et mai et se termine en juin. Lors de la parade nuptiale, plusieurs individus mâles peuvent bondir, les ailes partiellement déployées, autour d'un cercle formé par leurs congénères. Une fois que la femelle a choisi un partenaire, le couple s'envole alors en se suivant de près tout en battant des ailes et en effectuant des plongeons.