La guerre de Candie ou guerre de CrèteLe nom Candie désignait jusqu'au l'actuelle Héraklion et l'ensemble de l'île de Crète. opposa la république de Venise à l'Empire ottoman de 1645 à 1669. L'Empire ottoman conquit rapidement la Crète, alors la plus grande et la plus riche province de l'Empire vénitien, mais le siège de sa capitale se prolongea pendant plus de vingt ans.
Le conflit se déroula principalement sur l'île de Crète, mais de nombreux combats navals opposèrent les deux camps dans l'Égée et quelques opérations eurent lieu en Dalmatie.
Malgré la rapide conquête de l'île au cours des premières années de la guerre, la résistance prolongée de sa capitale Candie obligea les deux parties à porter leur attention sur le ravitaillement de leurs armées respectives. La principale chance de succès pour les Vénitiens reposait en particulier sur leur flotte et sa capacité à couper les lignes de ravitaillement et de renforts ottomans. Malgré l'aide de leurs alliés européens et leur domination maritime, ils ne furent cependant jamais en mesure d'assurer un blocus total du détroit des Dardanelles et d'empêcher le ravitaillement de l'armée ottomane. De leur côté, les Turcs furent gênés par des problèmes intérieurs et la dispersion de leurs forces vers la Transylvanie et l'Autriche.
La prolongation du conflit épuisa l'économie vénitienne basée sur le commerce avec le Proche-Orient, et la lassitude gagna la République à partir des années 1660, malgré l'aide apportée par ses alliés. De leur côté, les Ottomans ayant réussi à conserver leurs forces en Crète, lancèrent une dernière grande offensive en 1666 sous le commandement direct du grand vizir, qui fut le point de départ de la période la plus sanglante du siège qui dura encore deux ans.
Finalement, la reddition de la forteresse fut négociée, mettant fin à la guerre. Aux termes du traité de paix, Venise ne conserva que quelques forteresses insulaires (Souda, Gramvoussa et Spinalonga). en Crète, et des gains territoriaux minimes en Dalmatie.
Contexte Depuis la perte de Chypre lors de la guerre précédente, l'île de Crète était la dernière possession importante de Venise en Méditerranée orientale. Son importance stratégique en faisait une cible naturelle pour l'expansion ottomane dans la région, tandis que sa taille et la fertilité de son sol, joints au mauvais état de ses fortifications, la rendait une proie plus tentante que Malte, dont les défenses, âprement défendue, avait déjà couté très cher ( sur ) à Soliman le Magnifique lors du grand siège de 1565.
L'attaque le , au large de Rhodes, du précieux convoi rapatriant la sultane et l'héritier, de leur pèlerinage à la Mecque, par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, servit de prétexte à l'empire ottoman pour déclarer la guerre en 1645. Une expédition rassemblant et plus de fut préparée, sous les ordres de . L'armada ottomane appareilla le , en direction de Navarin dans le Péloponnèse, où elle resta trois semaines. L'objectif n'avait pas été annoncé, mais les Ottomans laissaient entendre qu'il s'agirait de Malte.
Déroulement de la guerre Premières opérations en Crète
Les Vénitiens se laissèrent surprendre par le subterfuge ottoman, et furent surpris par l'arrivée de la flotte ottomane en Crète le . Malgré les efforts du nouveau provveditore generale, Andrea Corner, les défenses vénitiennes étaient en mauvais état. Les fortifications étaient importantes, mais leur entretien avait été longtemps négligé et un gros effort fut entrepris pour leur réparation. Alarmée par les préparatifs ottomans, la République renforça la Crète fin 1644 avec et des provisions, et commença à armer sa flotte tandis qu'une assistance était promise par le Pape et la Toscane en cas de guerre. Cependant, la population grecque locale n'était pas bien disposée envers les Vénitiens, une situation qui s'avéra d'une importance cruciale par la suite. Non seulement les Ottomans furent ainsi en mesure de prendre rapidement le contrôle de l'arrière-pays, mais au cours des années suivantes ils purent être ravitaillés directement par la population alors qu'ils étaient pratiquement coupés de leurs lignes d'approvisionnement maritimes.
Les Ottomans débarquèrent d'abord à à l'ouest de La Canée, la milice locale fuyant devant eux. Ils attaquèrent alors l'île fortifiée de San Todero, dont le commandant Blasio Zulian fit sauter avec lui-même la forteresse et la garnison plutôt que de tomber aux mains de l'ennemi. L'armée ottomane avança ensuite vers La Canée, qui tomba le après un siège de . Dans l'intervalle les Vénitiens avaient reçu des renforts, l'aide promise commençant à arriver sous la forme de galères papales, toscanes, maltaises et napolitaines. En septembre, la flotte ottomane était désemparée, mais les flottes chrétiennes alliées, sous le commandement timoré de Niccolo Ludovisi, ne parvinrent pas à se saisir de l'occasion pour frapper un coup décisif. Quand les forces alliées lancèrent une contre-attaque sur La Canée le , avec une flotte de , la défense turque acharnée et le manque de coopération des Alliés condamnèrent l'attaque à l'échec. Peu après, les alliés des Vénitiens regagnèrent leurs bases.
Début du siège de Candie
La guerre navale Les premiers engagements (1645-1654)
Venise n'était pas de force à affronter directement l'armée ottomane sur terre, mais possédait une puissante marine. En 1645 les Vénitiens et leurs alliés possédaient , et environ . Les Vénitiens bénéficiaient en outre d'une supériorité due à l'utilisation combinée des navires à rames et à voile, alors que la marine ottomane étaient presque entièrement composée de galères. Afin d'augmenter leurs forces les deux belligérants louèrent des navires marchands armés des Pays-Bas, puis de l'Angleterre (en particulier les Ottomans).
vignette|Carte des Dardanelles.
La première opération vénitienne fut une tentative de bloquer les Dardanelles en 1646. Afin d'empêcher le ravitaillement de l'armée turque en Crète, une force de 23 navires vénitiens commandés par Tommaso Morosini écuma l'Égée à la recherche des navires turcs, et tenta de s'emparer de l'île stratégique de Ténédos, à l'entrée des détroits. Le capitan pacha lança une flotte de contre les Vénitiens, mais elle fut repoussée à l'intérieur des Dardanelles le . Cependant, la flotte vénitiens ne put empêcher une sortie ottomane le , lorsque le manque de vent permit aux galères turques d'échapper aux navires vénitiens. Les Ottomans furent donc en mesure de débarquer de nouvelles troupes et du ravitaillement en Crète sans rencontrer d'opposition. Les efforts de la marine vénitienne pour contrer les opérations terrestres turques furent eux aussi un échec, à la fois à cause du manque d'audace des commandants, des retards de paiement de la solde des marins et des effets d'une épidémie.
Le , Tommaso Morosini fut tué lorsque son navire dut affronter la flotte ottomane entière, soit . Dans le combat qui s'ensuivit, les Vénitiens causèrent cependant de lourdes pertes à leurs adversaires, dont Kara Musa lui-même. Le navire fut sauvé par l'arrivée du reste de la flotte, sous la direction du nouveau capitaine général, Giovanni Battista Grimani. Cet affrontement au cours duquel un seul navire vénitien avait causé de tels dommages à leur flotte entière porta un sérieux coup au moral des Ottomans. Malgré quelques succès dont un raid sur Tchesmé, le reste de l'année fut néanmoins un échec pour les Vénitiens qui ne parvinrent pas à empêcher le ravitaillement des troupes turques en Crète, malgré les tentatives de blocus des ports.
Les Vénitiens retournèrent dans les Dardanelles en 1648. En dépit de la perte de nombreux navires et de l'amiral Grimani lui-même lors d'une tempête à la mi-mars, les renforts conduits par Giacomo da Riva permirent à la flotte de de retrouver une puissance suffisante pour bloquer efficacement les détroits pendant toute l'année. Les Ottomans réagirent en construisant une nouvelle flotte à Tchesmé, obligeant ainsi leurs adversaires à diviser leurs forces, ce qui permit à la flotte ottomane renforcée de briser le blocus en 1649 sous le commandement du capitan-pacha Voinok Ahmed. Malgré une victoire sur la flotte ottomane à l'ancre à Phocée le , qui permit la capture ou la destruction de nombreux navires, da Riva fut incapable d'empêcher la flotte turque de rejoindre la Crète. Ceci révéla la faiblesse de la position vénitienne : le maintien d'un blocus prolongé avec des galères était une tâche difficile en soi, et la République ne disposait pas de suffisamment de navires pour contrôler à la fois les Dardanelles et le détroit de Chios.
Pendant la majeure partie de 1650, une flotte vénitienne de continua le blocus des Dardanelles, empêchant Haideragazade Mehmed Pacha de rejoindre la Crète. Il fut remplacé à la fin de l'année par Hozamzade Ali Pacha, gouverneur de Rhodes, qui utilisa une tactique astucieuse pour échapper au blocus : il attendit l'arrivée de l'hiver et le retrait des Vénitiens pour rassembler quelques bateaux, embarquer plusieurs milliers de soldats avec d'importantes provisions et faire voile vers la Crète sans opposition.
Le , la première bataille navale significative de la guerre eut lieu au sud de Naxos, durant trois jours au cours desquels vénitiens sous le commandement d' remportèrent la victoire sur une flotte ottomane deux fois plus nombreuse. Les rescapés de la flotte ottomane se replièrent sur Rhodes, d'où ils réussirent néanmoins à gagner la Crète. Mocenigo fut remplacé peu après par Leonardo Foscolo.
Les deux adversaires ne furent pas très actifs dans les deux années qui suivirent, les Ottomans réussissant cependant à ravitailler leurs troupes en Crète et à garder leur flotte intacte.
Les batailles dans les Dardanelles (1654-1657) La flotte ottomane fut réorganisée et renforcée à partir de 1654 : l'arsenal de la Corne d'Or produisit de nouveaux vaisseaux de guerre, et des escadres de Tripolitaine et de Tunis arrivèrent pour la rejoindre. L'amiral fit voile depuis les Dardanelles début mai, avec ( à voile, et ), et fut encore rejoint par des côtes de l'Égée et barbaresques. Cette force possédait un énorme avantage numérique face à la flotte vénitienne de blocus de , sous le commandement de Giuseppe Dolfin. La bataille qui s'ensuivit fut une victoire ottomane ; cependant, le fait que leur flotte avait réussi à échapper à l'ennemi malgré son infériorité numérique, la lourdeur des pertes ottomanes et la bravoure manifestée par les équipages la transforma en une victoire morale pour les Vénitiens. La flotte ottomane, renforcée des escadres égéenne et barbaresque, s'avança pour piller l'île vénitienne de Tinos mais se retira après une brève escarmouche avec les Vénitiens d'Alvise Mocenigo le . Kara Mourad réussit à échapper aux Vénitiens pendant le reste de l'année, les deux flottes parcourant l'Égée de long en large, avant de retourner aux Dardanelles en septembre à cause d'une agitation chez les janissaires de la flotte. Les derniers mois de 1654 furent marqués par des changements importants dans le commandement vénitien : Mocenigo mourut à Candie et fut remplacé comme capitaine général de la Mer par Francesco Morosini, qui s'était distingué lors des précédents combats.