L'histoire des Studios Disney de 1937 à 1941, période surnommée le « Premier Âge d'Or », est essentiellement marquée par la sortie de leurs premiers longs métrages d'animation, à commencer par Blanche-Neige et les Sept Nains. Leur production s'étale principalement de 1934 à 1941, date à partir de laquelle le studio connaît un frein à son activité. Le dernier de ces longs métrages, Bambi, sort l'année suivante.

À partir de 1934, Walt Disney envisage la création d'un long métrage en animation, projet qui aboutit en 1937 avec Blanche-Neige et les Sept Nains. Le studio devient alors très important, produisant trois séries de courts métrages et travaillant sur plusieurs projets de longs métrages. Ces projets sont ambitieux tant graphiquement que techniquement, en général artistiquement. Ils aboutissent pour la plupart entre 1940 et 1942 mais leurs racines remontent toutes à la période 1937-1941. Ces films sont parmi les plus connus et reconnus du studio : Pinocchio, Fantasia, Dumbo et Bambi. Ces productions ambitieuses ont nécessité de nombreuses innovations tant techniques qu'artistiques. Le studio a utilisé, développé ou amélioré en interne des techniques comme la couleur avec le procédé Technicolor, la caméra multiplane, les storyboards, l'usage de maquettes pour concevoir les personnages, le Fantasound ou de nombreux effets spéciaux. Pour beaucoup, l'animation est alors devenue un art.

En parallèle, le studio poursuit sa production de courts métrages, lançant des séries centrées sur d'anciens personnages secondaires : Donald Duck débutée en 1937, Dingo (Goofy) débutée en 1939, Pluto débutée en 1937 mais le second film sort en 1940. Cependant, tout cela a nécessité d'importants investissements pour le studio et les revenus n'ont pas compensé les coûts.

Historique

Depuis 1924, Walt Disney s'est fait un nom dans le monde de l'animation en animant puis en réalisant plusieurs séries de courts métrages d'animations, les Alice Comedies (1924-1927), Oswald le lapin chanceux (1928) puis Mickey Mouse (à partir de 1928) et les Silly Symphonies (à partir de 1929). Mais, comme l'explique Christopher Finch, Disney n'est pas satisfait du succès de ses deux séries de courts métrages Mickey Mouse et Silly Symphonies avant 1934, moment où il éprouve sérieusement l'envie de faire un long métrage Christopher Finch, The Art Of Walt Disney, ..

La nécessité de faire un long métrage

En 1934, Walt Disney décide de se lancer dans un nouveau défi, la production de longs métrages d'animation. Contrairement aux idées reçues, le premier long-métrage d'animation de l'histoire du cinéma n'est pas le film de Disney mais El Apóstol, film muet argentin de réalisé par Quirino Cristiani et produit par Federico Valle en 1917 Pierre Lambert, Walt Disney, l'âge d'or, .. Cristiani a également réalisé en 1931 Peludópolis, le premier dessin animé sonore en long métrage. Ces deux films argentins ont été réalisés en papiers découpés. Avec la production italienne de 1936, Le Avventure di Pinocchio, ce sont donc trois longs métrages d'animation qui précèdent le classique de Disney.

Disney décide alors d'investir sa fortune personnelle pour faire un long métrage d'animation, quitte à mettre en péril l'avenir de son studio. Walt Disney souhaite également développer son entreprise et diversifier ses activités au-delà du succès de ses dessins animés. Son choix est motivé par deux raisons. La première est financière : les courts métrages lui permettent de gagner juste assez d'argent pour en faire d'autres, pas plus. John Grant indique que les coûts de production augmentent mais pas les revenus John Grant, The Encyclopedia of Walt Disney's Animated Characters, .. À la différence des films avec des vedettes telles que Charlie Chaplin ou Greta Garbo, un court métrage de Mickey Mouse ou comme Les Trois Petits Cochons (1933) ne reçoit qu'une faible part de la recette des exploitants de cinémas (moins de pour le second Bob Thomas, Disney's Art of Animation, .). Comme Charlie Chaplin ou Laurel et Hardy avant lui dans les films comiques, il décide de passer au long métrage pour survivre Robin Allan, Walt Disney and Europe, car, en dehors des produits dérivés de Mickey, le studio n'a pas d'autres revenus. Sa seconde motivation est plus artistique. Les courts métrages ne permettent pas d'enrichir les personnages, le scénario ou le réalisme. La durée de 8– des courts métrages « l'empêche de s'échapper » pour raconter des histoires plus longues Bob Thomas, Disney's Art of Animation, .. Comme l'écrit Ted Sears à Isadore Klein en novembre 1933, « nous avons juste fini Le Joueur de flûte de Hamelin () et sommes parvenus à la conclusion que nos meilleures valeurs à l'écran sont les petits animaux mignons et que nous n'avons pas été assez loin pour appréhender les humains correctement » John Grant, The Encyclopedia of Walt Disney's Animated Characters, ..

En 1933, Disney envisage de faire un long métrage basé sur Les Aventures d'Alice au pays des merveilles avec des actrices comme Mary Pickford ou Ginger Rogers Leonard Maltin, The Disney Films : Edition, . Jerry Beck, The animated movie guide, . Bob Thomas, Disney's Art of Animation : From Mickey Mouse to Beauty and the Beast, . John Grant, The Encyclopedia of Walt Disney's Animated Characters, . Robin Allan, Walt Disney and Europe, . et dans cette optique achète les droits sur les illustrations de John Tenniel John Grant, The Encyclopedia of Walt Disney's Animated Characters, .. Robin Allan indique qu'un autre film a été envisagé à l'époque, basé sur Rip Van Winkle de Washington Irving. David Koenig date l'achat de l'année 1931 et explique l'arrêt par la sortie du Alice au pays des merveilles (1933) réalisé par Norman Z. McLeod pour la Paramount David Koenig, Mouse Under Glass, .

C'est au printemps 1934 que Walt Disney arrête son choix sur ce qui sera son premier long métrage et le premier d'animation hollywoodien, Blanche-Neige et les Sept Nains. Cette œuvre est en revanche le premier long-métrage d'animation au monde à la fois sonore et en couleurs. Disney se sert du procédé Technicolor qu'il a utilisé pour le court métrage Des arbres et des fleurs (1932) de la série Silly Symphonies et en exclusivité jusqu'en 1934 Dave Smith, Disney A to Z: The Updated Official Encyclopedia, ., ainsi que d'autres technologies comme la caméra multiplane et le rotoscope. Avant la fin de l'été 1934, le projet d'un film de est divulgué Richard Holliss & Brian Sibley, Snow White and the Seven Dwarfs, .. La presse pense que Disney est devenu fou et commence à employer la dénomination de « folie Disney » pour qualifier le futur film Richard Holliss & Brian Sibley, Snow White and the Seven Dwarfs, . Bob Thomas, Disney's Art of Animation, . Pierre Lambert, Walt Disney, l'âge d'or, ..

Le studio Walt Disney Productions voit alors son organisation se scinder en deux importants services, celui des courts et celui des longs métrages. En 1935, le studio crée un département dirigé par Cy Young Jeff Lenburg, Who's who in Animated Cartoons, ..

Les Silly Symphonies, laboratoire pour le premier long métrage

À partir de 1934 et durant toute l'élaboration du film Blanche-Neige et les sept nains, la série des Silly Symphonies sert de banc d'essais afin d'améliorer les techniques d'animation et ainsi en faire profiter Blanche-Neige et les Sept Nains Christopher Finch, Notre Ami Walt Disney .. C'est ainsi que de nombreux nains et sorcières apparaissent dans les courts métrages du studio durant cette période, comme dans Les Enfants des bois. Des développements et formations sont lancés. Ils permettent d'élever la qualité des studios et de donner au long métrage la qualité voulue par Walt Disney.

Les courts métrages des Silly Symphonies souvent cités comme ayant servi de test sont : La Déesse du printemps (, 1934), avec Perséphone pour l'apparence du personnage de Blanche-Neige Frank Thomas et Ollie Johnston, Disney Animation : The Illusion of Life, . ; Joujoux brisés (, 1935), avec la poupée aveugle pour la délicatesse des mouvements féminins de Blanche-Neige Charles Salomon, The Disney That Never Was . ; Le Vieux Moulin (, 1937), pour les effets de profondeur grâce à la caméra multiplane Leonard Maltin, The Disney Films: Edition, .

En parallèle, Disney regroupe de nombreuses œuvres littéraires et des dessins de tous horizons au sein de la Disney Animation Library. Ainsi, durant l'été 1935, un voyage en Europe lui permet d'acheter supplémentaires d'auteurs européens, élargissant les sources d'inspiration Il était une fois Walt Disney : Aux sources de l'art des studios, 20, 38 & 112. Richard Holliss & Brian Sibley, Snow White and the Seven Dwarfs, .. Robin Allan donne le détail suivant des livres reçus par la bibliothèque du studio entre le et le : 149 d'Allemagne, 90 de France, 81 du Royaume-Uni et 15 d'Italie Robin Allan, Walt Disney and Europe, ..

Plusieurs projets de longs métrages

Alors qu'il n'avait pas encore achevé son premier long métrage et certain de son succès, Walt Disney avait lancé la production d'autres longs métrages basés également sur des classiques de la littérature enfantine.

La première production Bambi, était basée sur le livre à succès Bambi, l'histoire d'une vie dans les bois de Felix Salten paru en 1923 John Grant, The Encyclopedia of Walt Disney's Animated Characters, .. La date de démarrage du projet Bambi est incertaine (CF ce paragraphe) mais la plus vraisemblable est qu'en 1933, Sidney Franklin achète les droits d'adaptation de Bambi à Salten et cherche à faire un film en prise de vue réelle Franklin Thomas, Ollie Johnston, Walt Disney's Bambi, . En 1935, ne parvenant pas réellement à adapter l'œuvre sous la forme d'un film en prise de vue réelle, il approche Walt Disney. Disney s'enthousiasme de cette proposition. Mais en raison de problèmes de droits d'adaptation et ou de scénario, ce projet a été devancé par un second, Pinocchio, une histoire à succès de l'écrivain italien Carlo Collodi publiée à la fin du dont l'adaptation cinématographique, Pinocchio, était sortie au début de l'année 1940, suivie par un autre projet débuté en 1937, le film musical Fantasia, sorti fin 1940.

Le projet Fantasia démarre avec la production du court métrage L'Apprenti sorcier débutée en , alors que le succès de Mickey commençait à décliner Pierre Lambert, Walt Disney, l'âge d'or, . Durant le processus de création de ce film, Walt Disney rencontre le chef d'orchestre Leopold Stokowski et lui évoque le projet de court métrage musical Leonard Maltin, The Disney Films: Edition, John Grant, The Encyclopedia of Walt Disney's Animated Characters, .. En , Walt écrit qu'il est « tout revigoré par à l'idée de travailler avec Stokowski », qu'il ressent que « les possibilités d'une telle combinaison sont si grandes » et qu'elles « nécessiteront son orchestre complet ainsi qu'une forme de compensation pour Stokowski » John Grant, The Encyclopedia of Walt Disney's Animated Characters, . Robin Allan, Walt Disney and Europe, ..