La littérature de langue allemande regroupe l'ensemble des œuvres littéraires de langue allemande. Elle ne se limite pas à la littérature produite en Allemagne, mais englobe celle produite en Autriche ainsi que dans la partie alémanique de la Suisse ou plus modestement dans la Communauté germanophone de Belgique (les cantons de l'Est). L'histoire littéraire, qui étudie tous les genres, retient différentes périodes aux contours souvent imprécis et discutés.
Née au Moyen Âge, la littérature de langue allemande a connu des périodes de grand rayonnement, celle notamment dite du « temps de Goethe » () avec le Sturm und Drang (vers 1765-1785) illustré par Les Souffrances du jeune Werther de Johann Wolfgang von Goethe et Les Brigands de Friedrich von Schiller, puis le classicisme de Weimar (Goethe et Schiller), le romantisme (vers 1796-1835) avec Auguste et Friedrich Schlegel, Novalis, les frères Grimm, E.T.A. Hoffmann, Eichendorff, Heinrich Heine, et, hors du romantisme proprement dit, Friedrich Hölderlin, Heinrich von Kleist, Jean Paul. La période Klassische Moderne (vers 1900 - années 1920) est marquée par les noms de Hermann Hesse et Thomas Mann et un grand apport autrichien avec les poètes Hugo von Hofmannsthal et Rainer Maria Rilke, les prosateurs Hermann Broch, Robert Musil, Arthur Schnitzler, Joseph Roth ou Stefan Zweig, qui avec Franz Kafka à Prague, ouvrent la voie de la modernité. La période du nazisme contraint de nombreux auteurs à l'exil.
Le renouveau littéraire d'après 1945 a été notable et marqué par plusieurs attributions du prix Nobel de littérature à des écrivains de langue allemande : Hermann Hesse en 1946, Nelly Sachs en 1966, Heinrich Böll en 1972, Elias Canetti en 1981, Günter Grass en 1999, Elfriede Jelinek en 2004, Herta Müller en 2009 et Peter Handke en 2019.
Époques et courants littéraires Moyen Âge
La naissance de la littérature allemande remonte au . Le Chant de Hildebrand qui date de 820 est considéré comme une œuvre fondatrice; seuls 68 vers subsistent aujourd'hui. Les Formules magiques de Mersebourg (), (en althochdeutsch, « vieux haut allemand ») datent du ou : ce texte représentent pour l'instant les seules contributions littéraires de la culture païenne dans les pays germaniques. La Chanson d'Hildebrand (), comme d'autres chansons de héros (en althochdeutsch) seraient plus anciennes.
La Chanson des Nibelungen (), une épopée héroïque datant du , fut un temps considérée comme une épopée nationale.
Aux , parmi les récits en mittelhochdeutsch (« moyen haut allemand » de la période 1050-1350) on connait : Erec (de Hartmann von Aue), Tristan et Iseut ( de Gottfried von Straßburg), Perceval ( de Wolfram von Eschenbach), la chanson de Walther von der Vogelweide Lanzelet. Écrit vers 1200 par Ulrich von Zatzikhoven, un roman du cycle arthurien composé de , narre les aventures du chevalier LanzeletWolfgang Spiewok/Danielle Buschinger, Histoire de la littérature allemande du Moyen Âge, Nathan, 1992, .. Des poètes Walther von der Vogelweide, Hartmann von Aue ont laissé des œuvres notables.
Au début du , Maître Eckhart fonde une importante littérature mystique, représentée encore par Jean Tauler et Henri Suso. Au , Heinrich der Glichesaere adapte Reinhart Fuchs une branche du Roman de Renart. Cette première fable animalière connue en langue allemande inspirera Gottsched et Goethe.
Consigné par écrit au , Der Ackermann aus Böhmen de Johannes von Tepl, montre un dialogue entre un fermier et le diable. Imprimée en 1498, illustrée par Albrecht Dürer, La Nef des Fous de Sébastien Brant, est l'œuvre la plus populaire de son temps. À cette époque, les maîtres-chanteurs ou Meistersingern composent des poésies et des chansons très populaires. Le plus célèbre est Hans Sachs dont Richard Wagner a fait un personnage central de son opéra , utilisant même la mélodie de son chant Le Rossignol de Wittenburg (1523).
À la fin du , l'éditeur Johan Spies publie Le Livre de Faust, dans lequel il brosse le portrait d'un homme dominé par la soif du savoir et s'éloignant de Dieu.
Après la Réforme protestante Baroque (vers 1600-1720) La littérature baroque est marquée par la guerre de Trente Ans, dont le roman emblématique et truculent est Les Aventures de Simplicius Simplicissimus de Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen. Ce roman picaresque raconte l'histoire d'un héros à travers les affres de la guerre. Il finit par choisir une vie de retraite et de méditationSous la direction de David Brabis, Allemagne, Le Guide vert Michelin, 2004, .. Il traduit par une exacerbation des sentiments, les émotions montant jusqu'à l'extrême.
Martin Opitz figure importante de la poésie baroque publie Aristarque ou Du mépris de la langue allemande et un Traité de la poésie allemande en 1624.
Des femmes, telle la princesse de Saxe Maria Antonia Walpurgis, font partie des nombreux cercles de poètes et de différentes académies littéraires, elles publient sous pseudonyme.
Parmi les poètes allemands baroques on peut citer : Abraham a Santa Clara, Sigmund von Birken, Barthold Heinrich Brockes, Simon Dach, Paul Fleming, Andreas Gryphius, Johann Christian Günther, Friedrich von Logau, Johann Michael Moscherosch, .
Les Lumières (Aufklärung) (1720-1785)
Le siècle des Lumières, en Allemagne lAufklärung, est représenté par un certain nombre d'auteurs et de philosophes, parmi lesquels :
Emmanuel Kant passe pour le philosophe le plus important de cette période. En 1784, il écrit Qu'est-ce que les Lumières ?, qui thématise les principaux engagements des penseurs de cette période. Moses Mendelssohn, grande figure de la Haskalah (les Lumières juives), a influencé Kant et Lessing. Il traduit la Torah, publie Phédon. Gotthold Ephraim Lessing écrit la pièce de théâtre Nathan le Sage qui défend la tolérance religieuse. Friedrich Heinrich Jacobi est à l'origine du « grand débat » autour de la philosophie de Spinoza. Christoph Martin Wieland est un poète, et traducteur de William Shakespeare Manuel de Diéguez, Langue, culture et civilisation, Le Monde, 2 août 2003.
Convaincus que le progrès de l'humanité repose sur la formation et l'éducation de chacun, deux courants philosophiques importants cohabitent pour former les « Lumières » : l'empirisme anglais d'après lequel la connaissance repose sur la perception des sens et le rationalisme français, d'après lequel la connaissance résulte de l'utilisation des capacités de réflexion et de la raison.
Sturm und Drang (vers 1765-1785) Sturm und Drang est un mouvement littéraire contestataire de la deuxième moitié du , nommé ainsi d'après une pièce de Friedrich Maximilian Klinger. Le noyau de ce mouvement est une jeunesse qui se révolte contre la structure de la société (dominée par la noblesse et la bourgeoisie) et contre les principes moraux bourgeois qui y règnent.
Goethe (1749-1832), avec Les Souffrances du jeune Werther () et Schiller (1759-1805), avec Les Brigands ( Die Räuber) sont les deux chefs de file de ce mouvement.
Jakob Michael Reinhold Lenz ainsi que d'autres auteurs se réunissent à Göttingen.
Göttingen, Strasbourg ainsi que Francfort-sur-le-Main sont des villes porteuses de ce mouvement.
Weimarer Klassik (classicisme de Weimar) (vers 1786-1805)
Ce terme désigne en littérature allemande l'époque commençant après le voyage de Goethe en Italie en 1786. Elle s'achève vers 1805, année de la mort de Schiller. Cette période, dominée par le quatuor de Weimar (Wieland, Herder, Goethe et Schiller), recoupe la période de création de Goethe et Friedrich Schiller alors amis (1794-1805). Les deux versions de Faust écrites par Goethe en 1806 et 1822, sont les apogées de son œuvre. Sa pièce Iphigénie en Tauride tente de dépasser les préjugés et marque à sa façon l'idéal humaniste des classiques (ce dernier mot ayant à l'époque une connotation positive).
Au centre de cette conception de l'art se trouve la recherche de l'harmonie et de l'aplanissement des contraires. Elle se réfère à l'art classique et à son idéal de beauté et cherche l'adéquation entre le fond et la forme. Goethe trouve dans la nature un modèle dans la mesure où elle repose sur une interaction universelle de l'ensemble des choses existantes, Schiller fait de l'histoire le point central de toute chose. Ce dernier compose à cette époque la plupart de ses balades (L’Otage) et toute une série de pièces de théâtre historiques (Wallenstein, Guillaume Tell). Jusque dans ses poésies, il n'hésite pas à aborder des thèmes philosophiques (par exemple dans Promenade).
Entre Sturm und Drang, classicisme et romantisme Selon Chassard et Weil, : le Hölderlin (1770-1843), l' Heinrich von Kleist (1771-1811); le Jean-Paul Richter dit Jean Paul (1763-1825)J. Chassard / G. Weil, Histoire de la littérature de langue allemande, Paris, Hachette, 1981, ..
Romantisme (vers 1796-1835)
Le romantisme allemand en littérature chevauche en partie le « Classicisme de Weimar » de Goethe (1749-1832) et Schiller (1759-1805) réunis à Weimar.
Théories et périodes Les sont Friedrich Schleiermacher (1768-1834) sur (), Johann Gottlieb Fichte (1762-1814) (par rapport à ) et Friedrich Wilhelm Schelling (1775-1854) (pour ), . Fichte, dans en voyant . Par la suite, J. Chassard / G. Weil, .
D'après Chassard et Weil, le romantisme proprement dit (1798-1835) comporte quatre courants : qui sont les , l' qui représente le , le avec , entre autres, Joseph von Eichendorff, E.T.A. Hoffmann, Adelbert von Chamisso, dont ; enfin plus proche du avec, par exemple, Ludwig Uhland, Wilhelm Müller, et le , Mörike qui J. Chassard / G. Weil, .. vignette|Les Romantiques des premières générations, Sturm und Drang et Cercle d'Iéna : Goethe est au centre, Schiller à l'extrémité droite, Tieck sur la gauche de Goethe...
École d'Iéna L'école d'Iéna, très cosmopolite, est représentée entre autres par les frères Schlegel (August-Wilhelm et Friedrich Schlegel), Wackenroder, Tieck, NovalisVoir Henri d'Ofterdingen, Les Disciples à Saïs et les Hymnes à la Nuit.. Les frères Schlegel fondent la revue de l'''Athenaeum, J. Chassard / G. Weil, ..
Il faut insister sur dans l'école d'Iéna, en particulier dans la maison des Schlegel, comme l'était Caroline Schlegel-Schelling. La personnalité affirmée de Bettina von Arnim témoigne de l'absence . Dorothea Schlegel, auteur d'un roman inspiré du Wilhelm Meister de Goethe, J. Chassard / G. Weil, .
École de Heidelberg L'école de Heidelberg qui regroupe Clemens Brentano, Achim von Arnim et les frères Grimm, se penche moins vers la réflexion. Ce sont surtout J. Chassard / G. Weil, . et les pousse à rechercher un ; de ce fait, ils se rattachent J. Chassard / G. Weil, ..
Biedermeier (vers 1815-1848)
Le terme Biedermeier désigne la période de la restauration entre 1815 et 1848. Ce nom vient du pseudonyme Gottlieb Biedermeier pris par deux auteurs célèbres de l'époque (Ludwig Eichrodt (1827-1892) et Adolf Kussmaul (1822-1902)). Le concept renvoie à un certain art de la petite-bourgeoisie. En littérature, cet art est considéré comme provincial, d'un esthétisme infantile et suant les bons sentiments.
Cette période littéraire autrichienne est faite d'un art de piètre qualité mais qui donnait, par son style sans originalité et ses histoires d'une platitude effarante, un divertissement apprécié aux petits-bourgeois de l'Empire. Quelques auteurs comme Johann Nestroy ont néanmoins su jouer sur les deux tableaux en présentant d'un côté des pièces populaires, mais aussi en y instillant une causticité nouvelle.
Plusieurs auteurs ont connu leur heure de gloire à cette époque : Annette von Droste-Hülshoff, Wilhelm Hauff, Carl Leberecht Immermann, Eduard Mörike, Ferdinand Raimund, Friedrich Rückert.
Pendant la même période d'autres écrivains se distinguent comme le poète Nikolaus Lenau, le dramaturge Franz Grillparzer ou l'écrivain Adalbert Stifter.
Vormärz (vers 1830-1850) et Junges Deutschland
vignette|redresse|Georg Büchner