Babylone (akkadien : Bāb-ili(m)Les mots en sumérien sont ici écrits en petites capitales et ceux en akkadien en italiques. Les termes dans les autres langues (arabe, hébreu, grec) sont notés en italiques avec précision de la langue. ; sumérien : KÁ.DINGIR.RA ; arabe : , ; araméen : Babel) était une ville antique de Mésopotamie. C'est aujourd'hui un site archéologique majeur qui prend la forme d'un champ de ruines incluant des reconstructions partielles dans un but politique ou touristique. Elle est située sur l'Euphrate dans ce qui est aujourd'hui l'Irak, à environ au sud de l'actuelle Bagdad, près de la ville moderne de Hilla.
Sous le règne de Hammurabi, dans la première moitié du , cette cité jusqu'alors d'importance mineure devient la capitale d'un royaume qui étend progressivement sa domination sur toute la Basse Mésopotamie et même au-delà. Elle connaît son apogée au durant le règne de qui dirige alors un empire dominant une vaste partie du Moyen-Orient. Il s'agit à cette époque d'une des plus vastes cités au monde, ses ruines actuelles occupant plusieurs tells sur près de . Son prestige s'étend au-delà de la Mésopotamie, notamment en raison des monuments célèbres qui y ont été construits, comme ses grandes murailles, sa ziggurat (Etemenanki) qui pourrait avoir inspiré le mythe de la tour de Babel et ses légendaires jardins suspendus dont l'emplacement n'a toujours pas été identifié, si tant est qu'ils aient bien existé.
Babylone occupe une place à part en raison du caractère mythique qui devint le sien après son déclin et son abandon, qui a lieu dans les premiers siècles de notre ère. Ce mythe est porté par plusieurs récits bibliques et par ceux des auteurs gréco-romains qui l'ont décrite. Ils ont assuré une longue postérité à cette ville, mais souvent sous un jour négatif. Son site, dont l'emplacement n'a jamais été oublié, n'a fait l'objet de fouilles importantes qu'au début du sous la direction de l'archéologue allemand Robert Koldewey, qui a exhumé ses monuments principaux. Depuis, l'importante documentation archéologique et épigraphique mise au jour dans la ville, complétée par des informations provenant d'autres sites antiques ayant eu un rapport avec Babylone, a permis de donner une représentation plus précise de l'ancienne ville, au-delà des mythes.
Des zones d'ombre demeurent malgré tout, sur ce qui constitue l'un des plus importants sites archéologiques du Proche-Orient ancien, tandis que les perspectives de nouvelles recherches ont longtemps été réduites du fait de la situation politique actuelle de l'Irak.
La redécouverte de Babylone
Les explorations des sites de la Mésopotamie antique débutèrent dans le courant de la première moitié du et se firent plus intenses dans les décennies qui suivirent ; elles concernaient cependant en premier lieu les sites assyriens dont les ruines étaient plus spectaculaires. Si le site de Babylone a rapidement attiré l'attention en raison de l'importance du nom qui lui était attaché, il n'a fait l'objet de fouilles que tardivement, au début du , lesquelles permirent de nombreuses découvertes. D'autres campagnes suivirent durant la seconde moitié du , permettant un accroissement des connaissances sur le site dont la majeure partie reste inexplorée, alors que les perspectives de fouilles sont limitées depuis la mise en œuvre d'un programme de reconstruction de certains monuments, surtout depuis le déclenchement de plusieurs conflits en Irak à partir de 1990.
Les premières explorations et fouilles du site Malgré quelques confusions possibles avec les sites voisins de Birs Nimrud (Borsippa) et Aqar Quf (Dur-Kurigalzu) où les ruines des ziggurats rappelaient la Tour de Babel, l'emplacement du site de Babylone ne fut jamais réellement perdu, une partie de celui-ci conservant son ancien nom, Bābil. Plusieurs voyageurs venus d'Europe visitèrent ses ruines : Benjamin de Tudèle au , Pietro della Valle au , et au l'abbé de Beauchamp, un diplomate françaisAntonio Invernizzi, « Les premiers voyageurs », dans ..
Le premier à y effectuer un travail scientifique fut le Britannique Claudius James Rich, qui établit au début du le premier travail de cartographie du site, travail pionnier dans l'exploration scientifique de la MésopotamieJonathan Taylor, « Les explorateurs britanniques au », dans .. Plusieurs de ses compatriotes le suivirent sur le site, notamment Austen Henry Layard en 1850 et Henry Rawlinson en 1854, deux des principaux découvreurs des sites des capitales assyriennes, qui y restèrent peu de temps car le site de Babylone présentait moins de découvertes spectaculaires que ceux du nord de la Mésopotamie, ce qui explique pourquoi il resta en marge des principales fouilles de cette période.
En 1852, des Français entreprirent des fouilles sur le site, dirigés par Fulgence Fresnel assisté de Jules Oppert et de Félix ThomasNicole Chevalier, « Les fouilles archéologiques françaises au », dans .. Les maigres découvertes (des sépultures avant tout), qu'ils firent au cours de fouilles menées dans un contexte difficile, ne purent être acheminées en France car le convoi fluvial qui les transportait (qui transportait surtout des bas-reliefs assyriens) fut attaqué par des tribus hostiles dans le sud de l'Irak et coula en 1855. Après ces premiers chantiers, le site de Babylone fut régulièrement parcouru par des fouilleurs dans la seconde moitié du .
En 1862, le consul français Pacifique-Henri Delaporte trouva une tombe parthe richement dotée en objets qui furent expédiés au musée du Louvre. Des habitants locaux qui jusqu'à présent collectaient surtout des briques sur place s'emparèrent aussi des objets anciens qu'ils y trouvaient pour les revendre sur les marchés voisins. Cela se faisait parallèlement à des fouilles, organisées par des équipes britanniques, sous la direction d'Hormuzd Rassam dans les années 1870, qui réussit à rapporter plusieurs objets de choix au British Museum, notamment le cylindre de Cyrus. Les fouilles britanniques reprirent de temps en temps sur fond de scandale lié à des soupçons de collusion entre fouilleurs clandestins et Rassam, avant que les Allemands ne s'intéressent à Babylone à partir de 1897.
Les fouilles allemandes vignette|upright=1.2|gauche|Le chantier des fouilles allemandes sur le tell du Kasr au début du . vignette|Les murs de la Voie processionnelle et la porte d'Ishtar reconstruits au Pergamon Museum de Berlin.
C'est en 1897 que Robert Johann Koldewey vint à Babylone et décida de prendre en charge ses fouilles à une échelle sans précédent. L'année suivante, la Deutsche Orient-Gesellschaft (DOG, Société orientale allemande) est créée pour mobiliser les fonds nécessaires à ce projet, en même temps que le département oriental des musées prussiens qui devra recevoir les objets découverts lors des fouilles, le tout bénéficiant de l'appui de l'empereur qui manifeste un vif intérêt pour l'antiquité orientale. Les fouilles débutent l'année même et durent jusqu'en 1917, chantier exceptionnel par sa durée pour l'époque, d'autant plus que les recherches ne s'interrompaient pas une seule fois dans l'année, contrairement aux pratiques actuelles. Du fait de l'ampleur du site et des objectifs (redécouvertes scientifiques du site et dégagement puis envoi de pièces majeures à Berlin), une logistique lourde est mise en place par Koldewey et ses assistants, notamment Walter AndraeJ. Marzahn, « Les fouilles archéologiques allemandes », dans ..
vignette|gauche|Une carte des ruines en 1905, avec les emplacements et les noms des villages Plusieurs chantiers ont lieu en même temps (souvent trois, parfois cinq), les effectifs d'ouvriers qui dégagent les tells explorés atteignent rapidement 150 à , 250 au maximum. L'équipe a également pour but d'entreprendre des chantiers sur d'autres sites, et elle explore Birs Nimrud (Borsippa), Fara (Shuruppak), puis Qala'at Shergat (Assur) où Andrae est affecté en permanence de 1903 à 1913. Les fouilles à Babylone permettent de dégager plusieurs monuments majeurs et d'en établir des plans et d'autres données d'une qualité inédite jusqu'alors dans l'histoire de l'archéologie mésopotamienne ; le directeur des fouilles, architecte de formation, a un intérêt marqué pour la restitution des bâtiments anciens, à la différence de nombre d'autres archéologues l'ayant précédé, qui se focalisaient avant tout sur les trouvailles d'objets sans trop se soucier de préserver les bâtiments anciens.
Le Kasr, le tell des palais royaux principaux, est le premier exploré, avant le complexe de Marduk (tells Amran Ibn Ali et le Sahn). Ils restent les chantiers principaux. Le palais du tell Babil est également exploré, ainsi que des temples sur le tell d'Ishin Aswad, la « Voie processionnelle » et le quartier résidentiel du Merkès à partir de 1907. Dès 1913, Koldewey publie les résultats des découvertes dans l'ouvrage Das wiedererstehende Babylon (« La résurrection de Babylone »), livre qui fait l'objet de plusieurs rééditions avant sa mort, en 1925, devenu depuis un classique de l'archéologie mésopotamienneRepublié et augmenté dernièrement : R. Koldewey, Das wiedererstehende Babylon, Leipzig, 1990..
Finalement, une documentation impressionnante et de grande qualité, au regard des autres chantiers de l'époque, a pu être collectée pour être analysée, mais l'ampleur du site fait que seule une petite partie en est connue, même si les principaux bâtiments ont été explorés. Parallèlement, des trouvailles sont expédiées en Allemagne, comme prévu dans les objectifs des fouilles, notamment les reliefs glaçurés de la porte d'Ishtar et de la Voie processionnelle qui sont reconstitués au Pergamon Museum. Les fouilles sont moins intenses à partir du déclenchement de la guerre, en 1914, qui appelle de nombreux fouilleurs allemands et locaux sous les drapeaux. Koldewey reste sur le chantier jusqu'en 1917 avec une équipe limitée.
Les fouilles après 1945 Les explorations archéologiques à Babylone ne reprennent que plusieurs décennies après le départ de Koldewey. Des équipes allemandes fouillent le secteur de la ziggurat et d'autres bâtiments, notamment un complexe qui correspond peut-être à l'ancien temple de la fête-akītu, en 1962, puis entre 1967 et 1973J. Marzahn, « Les fouilles archéologiques allemandes », dans .. À partir de 1974, c'est une mission italienne menée par G. Bergamini qui investit le site. Un premier objectif est d'effectuer des relevés topographiques et stratigraphiques visant à corriger et compléter les fouilles de l'époque de Koldewey, en mettant notamment en avant le rehaussement de la cité en lien avec les problèmes hydrographiques du siteG. Bergamini, « La mission italienne », dans .. Des bâtiments sont également mis au jour dans le secteur d'Ishin Aswad. En 1979 et 1980, une équipe irakienne fouille le temple de Nabû ša harê, où elle retrouve un important lot de tablettesA. Cavigneaux, « Les fouilles irakiennes : le temple de Nabû sha Harê », dans .. Les chantiers sont interrompus en 1990 par la guerre du Golfe.
Reconstructions et dégradations : une histoire récente tourmentée vignette|gauche|Le palais de Saddam Hussein à Babylone. vignette|Le Lion de Babylone