L'histoire de la Polynésie française se décompose en plusieurs périodes : avant l'arrivée des Européens, l'évolution vers le Protectorat français, les Établissements français de l’Océanie et enfin l'évolution sous la Cinquième République.

Histoire pré-européenne

Peuplement des cinq archipels polynésiens

L'hypothèse généralement retenue à l'heure actuelle est celle d'un peuplement de la Polynésie à partir du Sud-Est asiatique.

Vers 3000 , des habitants du littoral de la Chine du Sud commencent à traverser le détroit pour s'installer à Taïwan. Vers 2000 , de nouvelles migrations ont lieu de Taïwan vers les Philippines, puis vers Sulawesi et Timor et de là, vers les autres îles de l'archipel indonésien. Vers 1500 , un autre mouvement mène des Philippines en Nouvelle-Guinée et au-delà, les îles du Pacifique, notamment les îles Fidji. Les Austronésiens sont sans doute les premiers navigateurs de l'histoire de l'humanité.

En ce qui concerne la Polynésie, ce sont les îles Marquises aux alentours du , puis les îles de la Société qui sont les premières atteintes, vers 300 de notre ère, puis, de là, l'île de Pâques (500), Hawaii (900) et la Nouvelle-Zélande (1100).

De l'apparition des Européens au Protectorat français (1521-1880)

Période des contacts avec les explorateurs de l'océan Pacifique (1521-1797)

Le , le Portugais Fernand de Magellan arrive à San Pablo, fortuitement, une des deux îles Infortunées, sans doute Puka Puka dans les Tuamotu. En 1595, les Espagnols Álvaro de Mendaña et Pedro Fernández de Quirós découvrent les îles Marquises. Le , Quirós découvre le groupe Actéon, puis le Hao. En 1616, les Néerlandais Jacob Le Maire et Willem Schouten sont à Takaroa, Takapoto, Ahe et Rangiroa. Puis plus aucun contact avec les Européens pendant un siècle.

Le , le Néerlandais Jakob Roggeveen découvre Makatea et, le , Bora Bora. Charles de Brosses nomme Polynésie les îles des Terres australes en 1756. Le , le Britannique John Byron est à Napuka et Tepoto. Le Britannique Samuel Wallis découvre Tahiti en 1767, suivi par le Français Louis Antoine de Bougainville en 1768. En 1769, le Britannique James Cook explore l'archipel de la Société puis découvre Rurutu. Il revient en 1773, 1774 et 1777. Parallèlement l'Espagnol Domingo de Boenechea arrive à Tahiti en 1772, puis en 1774 pour installer une mission permanente. Cette mission échoue comme le raconte Máximo Rodríguez, et tous repartent en 1775. En 1788 le du capitaine Bligh fait escale pour acquérir des plants d'arbre à pain pour les Caraïbes ; mais l'équipage se révolte ; les mutins restés à Tahiti sont arrêtés en 1791 par la marine anglaise, à la différence de ceux qui se sont réfugiés à Pitcairn. Le 5 mars 1797 – date qui est encore commémorée à Tahiti –, a lieu l'arrivée d'une mission anglaise de la London Missionary Society, avec 4 pasteurs et 14 artisans et agriculteurs, dont Henry Nott (1774-1844). Refoulée de Tahiti, la mission s'implante avec succès à Moorea où elle alphabétise les indigènes et traduit la Bible en tahitien.

Ascension des Pōmare de Tahiti (1767-1842) et la prédominance britannique thumb|La cession du district de Matavai au commandant James Wilson pour l'usage des missionnaires en 1797.

Le contact avec les Britanniques profite à larii Tu (ca 1750-1803), chef du district de Porionuu, où se trouve le mouillage le plus pratique, la baie de Matavai. Pourvu d'armes à feu grâce aux Anglais, il acquiert une influence prédominante à Tahiti sans prendre cependant le titre de arii rahi détenu par Amo (ou Eimao), du clan Teva. Tu change cependant son nom en celui de Pōmare et fonde le royaume de Tahiti en 1788.

Le règne de (1815-1821) Son fils (1782-1821) se heurte à l'opposition des autres arii et doit se réfugier à Moorea où il se convertit au christianisme. De retour à Tahiti, il s'impose comme roi de l'île en infligeant au frère d'Amo une défaite à Punaauia (victoire dite de Fei Pi, 1815).

Deux grandes mesures marquent son règne, placé sous la protection des pasteurs britanniquesFrancis Cheung parle de théocratie. : l'interdiction des cultes traditionnels ; l'institution du Code Pōmare, dans lequel se mélangent la Bible, les lois anglaises et certaines coutumes tahitiennes. Les Tahitiens deviennent à leur tour protestants.

Le règne de . La période britannique (1827-1842) (1820-1827) ne règne que six ans, sous le contrôle d'un régent. Sa sœur ‘Aimata lui succède, qui devient la reine (1813-1877). Elle tente d'abord un retour vers la société traditionnelle avec la secte des Mamaia, mais c'est un échec. Les arii chrétiens lui imposent leur contrôle et gouvernent en accord avec le consul anglais, le pasteur George Pritchard. Durant cette période, la baie de Papeete, lieu d'implantation d'une mission en 1818, devient le mouillage principal de l'île ; une agglomération active s'y développe. La résidence des Pōmare reste d'abord à Arue, puis à Tarahoi sous .

En 1834, une mission catholique française (ordre des Pères de Picpus) s'implante aux îles Gambier ; elle est refoulée de Tahiti en 1838. Or, c'est l'époque où se développe une politique française dans le Pacifique, dans le but de limiter l'extension de la domination britannique, installée en Australie et qui prend le contrôle de la Nouvelle-Zélande en 1840.

Implantation française de 1842 à 1880 : le protectorat sur Tahiti La colonisation française en Polynésie commence en mai 1842 lorsque l'amiral Abel Aubert du Petit-Thouars, chef de la flotte française en Océanie, annexe sur les conseils de Jacques-Antoine Moerenhout les îles Marquises.

L'établissement du protectorat Du Petit-Thouars intervient ensuite à Tahiti, sans consignes précises du gouvernement, sous prétexte d'établir la liberté religieuse pour les missions catholiques, que accepterait, mais exclusivement à Papeete. En 1842, il impose à la signature d’un traité de protectorat. Après la crise franco-anglaise dite « affaire Pritchard » et une guerre entre les Français et les Tahitiens anglophiles (1844-1846), , qui avait dû s'exiler, est rétablie sur son trône et le protectorat français est confirmé en 1847 par la convention franco-anglaise de Jarnac.

Le protectorat concerne alors les îles du Vent, les îles Tuamotu et les îles Tubuai et Raivavae dans les Australes. En revanche les îles Sous-le-Vent ont été explicitement exclues du protectorat.

Les îles Gambier sont formellement indépendantes, mais sont gouvernées sous le contrôle de l'ordre de Picpus.

Organisation du Protectorat L'expression d’« Établissements français de l’Océanie » (EFO) commence à apparaître dans les textes officiels en 1843Loi du 23 juillet 1843 qui ouvre un crédit extraordinaire pour les dépenses des Établissements français de l'Océanie, dans Bulletin des lois du royaume de France, 2 semestre 1843, .. La direction du protectorat est assurée par un CommissaireDu Roi, de l'Empire, de la République, selon la période. (police des étrangers, affaires extérieures, armée) secondé par des administrateurs : l'Ordonnateur (finances), le Secrétaire général ou Directeur de l'Intérieur (affaires indigènes) et les responsables de secteur (royaume de Tahiti, îles Marquises et, de 1853 à 1860, Nouvelle-Calédonie). À partir du 28 juin 1860, selon une instruction du ministre de la Marine et des Colonies, l'organisation prévue pour la Guyane par les ordonnances du 27 août 1828 et du 22 août 1833 est déclarée applicable aux Établissements français de l'OcéanieRapport au Président de la République de présentation de deux décrets relatifs aux Établissements français de l'Océanie, 28 décembre 1885, publié au Journal officiel de la République française du 11 janvier 1886, ..

La reine est responsable des affaires intérieures, mais ses décisions doivent être acceptées par le gouverneur. L'administration tahitienne comporte, en dehors de la cour royale, des mutoi (agents de police) et des toohitu (juges des affaires foncières). Dans les îles, les chefs de districts (tavana) sont d'abord maintenus, mais une grande évolution a lieu : remplacement de l'hérédité par l'élection et institution de Conseils de districts.

Faits historiques notables

En 1863, les missions protestantes sont transférées de la à la Société des Missions Evangéliques de Paris.

En 1865 a lieu l'introduction du premier groupe de travailleurs chinois, en provenance du Kouang Tong (province de Canton), à la demande d'un planteur de Tahiti, William Stewart, pour une plantation de coton. Son entreprise ayant fait faillite en 1873, certains travailleurs chinois rentrent dans leur pays, mais un groupe important reste à Tahiti.

Annexion Le , le dernier souverain tahitien, cède après trois ans de règne les territoires du Protectorat à la France, en échange d'une rente viagère pour lui-même et trois personnes de sa famille et moyennant le maintien des symboles de sa royauté. Cette décision a été approuvée par l'ensemble des chefs de Tahiti. Les territoires tahitiens, réunis avec les autres possessions françaises, deviennent une colonie appelée « Établissements français de l’Océanie » jusqu’en 1957. La loi du confirme cette annexion et ce statut.

meurt en 1891 (Paul Gauguin qui vient d'arriver à Tahiti assiste à ses funérailles).

Établissements français de l'Océanie de 1880 à 1946 Les îles du groupe Wallis-et-Futuna font partie des EFO (avec un résident à Wallis) ; cependant, elles sont à part en raison de l’inexistence d’autres liens avec la Polynésie française (et ne sont donc pas traitées ci-dessous).

Débuts de la Troisième République La fin du processus de colonisation En 1887, la convention de Jarnac (1847) est abrogée et la France peut prendre en main les îles Sous-le-Vent qui sont soumises à un protectorat (1888), mais opposent une résistance tenace à la présence française, menée en particulier par le chef de Raiatea, Teraupoo. Elles n'entrent vraiment dans les EFO qu'en 1897 (annexion).

Les îles Gambier sont annexées en 1891, à la demande de leurs habitants.

Les îles Australes encore indépendantes sont aussi annexées à la même époque : Rapa en 1867 ; Rurutu en 1900 ; Rimatara en 1901.

Organisation administrative des EFO Comme le Protectorat auparavant, les EFO dépendent du ministère de la Marine (Service des Colonies) jusqu'en 1894, date de création du ministère des Colonies, lequel fut le seul interlocuteur en métropole, dans la mesure où il a des services Santé, Instruction publique, etc.

La colonie est dirigée, à partir de 1881, par un gouverneur, représentant le président de la République. Les gouverneurs sont soit des officiers de Marine, soit des fonctionnaires civils de l'administration coloniale, issus de l'École coloniale créée en 1889. À partir de 1919, les gouverneurs viennent tous de cette école. Il y a 34 gouverneurs de 1880 à 1914, 18 de 1919 à 1939. Le gouverneur est logé dans le palais du Gouvernement.

L'organisation des EFO est précisée par deux décrets de décembre 1885Publiés au Journal officiel de la République française le 11 janvier 1886, et suivantes., instituant un Conseil général (qui n'équivaut pas à ceux de métropole) et un Conseil privé du gouverneur, supprimés au début du (1903 et 1912). En 1903 est institué le Conseil d'administration, qui va durer jusqu'en 1932. Le Conseil d'administration, formé par huit fonctionnaires et trois notables (infra), a un rôle consultatif en matière économique et financière.

Les services administratifs (Affaires judiciaires, Douanes, Enregistrement, Contributions, Travaux publics, Instruction publique, Imprimerie, Port...) emploient un assez grand nombre de cadres métropolitains et des auxiliaires nommés et révoqués par le gouverneur (400 à 600 employés au total).

Les administrateurs de secteur sont au nombre de cinq (en 1939) : Tahiti, Tuamotu, Îles Sous-le-Vent, Australes, Marquises. Les circonscriptions inférieures (districts) sont administrées par des agents spéciaux qui sont souvent des gendarmes (ex. : Moorea, Tubuai-Raivavae...).

Institutions représentatives