Ludwig van Beethoven (Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API. Cette prononciation usuelle française se rapproche de la prononciation néerlandaise, d'où le nom est originaire. ; en allemand : Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API. ) est un compositeur, pianiste et chef d'orchestre allemand né le 15 ou le à Bonn et mort le à Vienne.

Dernier grand représentant du classicisme viennois (après Gluck, Haydn et Mozart), Beethoven a préparé l'évolution vers le romantisme en musique et influencé la musique occidentale pendant une grande partie du . Inclassable ( lui dit Haydn vers 1793), son art s'est exprimé à travers différents genres musicaux, et bien que sa musique symphonique soit la principale source de sa popularité, il a eu une influence également considérable dans l'écriture pianistique et dans la musique de chambre.

Surmontant à force de volonté les épreuves d'une vie marquée par la surdité qui le frappe à l'âge de vingt-sept ans, célébrant dans sa musique le triomphe de l'héroïsme et de la joie quand le destin lui imposait l'isolement et la misère, il est récompensé post mortem par cette affirmation de Romain Rolland : Expression d'une inaltérable foi en l'homme et d'un optimisme volontaire, affirmation d'un artiste libre et indépendant, l'œuvre de Beethoven fait de lui l'une des figures les plus marquantes de l'histoire de la musique.

Biographie 1770-1792 : jeunesse à Bonn Origines et enfance

Ludwig van Beethoven est né à Bonn en Rhénanie le 15 ou le dans une famille modeste qui perpétue une tradition musicale depuis au moins deux générations.

Son grand-père paternel, Ludwig van Beethoven l’ancien (1712-1773), descendait d’une famille flamande roturière originaire de Malines. (la préposition van, , dans les patronymes néerlandais n'est pas une particule nobiliaire, contrairement au von allemand, équivalent du « de » français). Homme respecté et bon musicien, il s’est installé à Bonn en 1732 et est devenu maître de chapelle du prince-électeur de Cologne, Clément-Auguste de Bavière.

vignette|redresse|alt=Portrait de Beethoven enfant|Beethoven enfant. Portrait non attribué.

Son père, Johann van Beethoven (1740-1792), est musicien et ténor à la Cour de l’Électeur. Homme médiocre, brutal et alcoolique, il élève ses enfants dans la plus grande rigueur. Sa mère, Maria-Magdalena van Beethoven, née Keverich (1746-1787), est la fille d’un cuisinier de l’Archevêque-Électeur de Trèves. Dépeinte comme effacée, douce et dépressive, elle est aimée de ses enfants. Ludwig est le deuxième de sept enfants, dont trois seulement atteignent l’âge adulte : lui-même, Kaspar-Karl (1774-1815) et Johann (1776-1848).

Il ne faut pas longtemps à Johann van Beethoven père pour détecter le don musical de son fils et réaliser le parti exceptionnel qu’il peut en tirer. Songeant à l’enfant Wolfgang Amadeus Mozart, exhibé en concert à travers toute l’Europe une quinzaine d’années plus tôt, il entreprend dès 1775 l’éducation musicale de Ludwig et, devant ses exceptionnelles dispositions, tente en 1778 de le présenter au piano à travers la Rhénanie, de Bonn à Cologne. Mais là où Leopold Mozart avait su faire preuve d’une subtile pédagogie auprès de son fils, Johann van Beethoven ne semble capable que d’autoritarisme et de brutalité., et cette expérience demeure infructueuse, à l’exception d’une tournée aux Pays-Bas en 1781 où le jeune Beethoven fut apprécié, mais toujours sans les retours financiers qu'espérait son pèreChap. 4.

Il n’existe aucune image représentant les parents de Beethoven, Bettina Mosler ayant démontré que les deux portraits publiés au début du vingtième siècle sous forme de cartes postales par la Beethoven-Haus à Bonn n’étaient pas ceux de ses parents.

Ludwig quitte l'école à la fin du primaire, à . Son éducation générale doit pour beaucoup à la bienveillance de la famille (chez qui il passe désormais presque toutes ses journées et parfois quelques nuits) et à son amitié avec le médecin Franz-Gerhard Wegeler, personnes auxquelles il fut attaché toute sa vie. Le jeune Ludwig devient l’élève de Christian Gottlob Neefe (piano, orgue, composition) qui lui transmet le goût de la polyphonie en lui faisant découvrir Le Clavier bien tempéré de Bach. Il compose pour le piano, entre 1782 et 1783, les 9 variations sur une marche de Dressler. et les trois Sonatines dites qui marquent symboliquement le début de sa production musicale. Enfant, son teint basané lui vaut le surnom de : cette mélanodermie fait suspecter une hémochromatose à l'origine de sa cirrhose chronique qui se développera à partir de 1821 et sera la cause de sa mort..

Mécénat de Waldstein et rencontre de Haydn vignette|redresse|gauche|alt=Portrait du Comte Waldstein.|Ferdinand von Waldstein, premier mécène du compositeur et dédicataire de la Sonate pour piano 21.

Alors que son père boit de plus en plus et que sa mère est atteinte de tuberculose, Beethoven devient vers en 1784 organiste adjoint à la cour du nouvel électeur Max-Franz, qui devient son protecteur. Devenu soutien de famille, en plus de cette charge, il est obligé de multiplier les leçons de pianoChap. 6.

Beethoven est remarqué par le comte Ferdinand von Waldstein, dont le rôle s’avère déterminant pour le jeune musicien. Il emmène Beethoven une première fois à Vienne en , séjour au cours duquel a lieu une rencontre furtive avec Wolfgang Amadeus Mozart : citant Otto Jahn, Mozart, cf. Thayer (Forbes), , 1964..

En , la mère de Ludwig meurt, ce qui le plonge dans le désespoir. Il reste comme famille à Beethoven ses frères Kaspar Karl () et Nicolas (), ainsi que sa sœur Maria Margarita qui meurt en novembre, tandis que son père sombre dans l'alcoolisme et la misèreChap. 7. Il sera mis à la retraite en 1789.

En , Beethoven — conscient de ses lacunes culturelles — s'inscrit à l'université de Bonn pour y suivre des cours de littérature allemande. Son professeur Euloge Schneider est enthousiasmé par la Révolution française et en parle ardemment à ses élèvesChap. 8. En 1791, à l'occasion d'un voyage de l'électeur Max-Franz au château de Mergentheim, Beethoven rencontre le pianiste et compositeur Johann Franz Xaver Sterkel, qui influence profondément le jeu de Beethoven au piano et développe son goût pour cet instrumentChap. 10.

En , le comte Waldstein présente le jeune Ludwig à Joseph Haydn qui, revenant d’une tournée en Angleterre, s’est arrêté à Bonn. Impressionné par la lecture d’une cantate composée par Beethoven (celle sur la mort de ou celle sur l’avènement de II) et tout en étant lucide sur les carences de son instruction, Haydn l’invite à faire des études suivies à Vienne sous sa direction. Conscient de l’opportunité que représente, à Vienne, l’enseignement d’un musicien du renom de Haydn, et quasiment privé de ses attaches familiales à Bonn, Beethoven accepte. Le , il quitte les rives du Rhin pour ne jamais y revenir, emportant avec lui cette recommandation de Waldstein :

Le père de Beethoven meurt en , plus rien ne rattache alors Beethoven à Bonn.

1792-1802 : de Vienne à Heiligenstadt Premières années viennoises vignette|redresse|alt=Portrait de J. Haydn|Joseph Haydn (1732-1809) fut le professeur de Beethoven de 1792 à 1794. Malgré une véritable estime réciproque, les relations furent souvent difficiles entre les deux artistes.Portrait de T. Hardy, 1791.

À la fin du , Vienne est la capitale de la musique occidentale et représente la meilleure chance de réussir pour un musicien désireux de faire carrière. Âgé de vingt-deux ans à son arrivée, Beethoven a déjà beaucoup composé, mais pour ainsi dire rien d’important. Bien qu’il soit arrivé à Vienne moins d’un an après la disparition de Mozart, le mythe du entre les deux artistes est infondé : encore très loin de sa maturité artistique, ce n’est pas comme compositeur, mais comme pianiste virtuose que Beethoven forge sa réputation à Vienne.

Quant à l’enseignement de Haydn, si prestigieux qu’il soit, il s’avère décevant à bien des égards. D’un côté, Beethoven se met rapidement en tête que son maître le jalouse et il niera son influence ; de l’autre côté, Haydn ne tarde pas à s’irriter devant l’indiscipline et l’audace musicale de son élève qu'il appelle le « Grand Mogol ». Malgré l’influence profonde et durable de Haydn sur l’œuvre de Beethoven et une estime réciproque plusieurs fois rappelée par ce dernier, le n’a jamais eu avec Beethoven les rapports de profonde amitié qu’il avait eus avec Mozart et qui avaient été à l’origine d’une si féconde émulation.

En , après le nouveau départ de Haydn pour Londres, Beethoven poursuit des études épisodiques jusqu’au début de 1795 avec divers autres professeurs, dont le compositeur Johann Schenk, avec qui il devient ami et deux autres témoins de l’époque mozartienne : Johann Georg Albrechtsberger et Antonio Salieri. Son apprentissage terminé, Beethoven se fixe définitivement dans la capitale autrichienne. Ses talents de pianiste et ses dons d’improvisateur le font connaître et apprécier des personnalités mélomanes de l’aristocratie viennoise, dont les noms restent aujourd’hui encore attachés aux dédicaces de plusieurs de ses chefs-d’œuvre : le baron Nikolaus Zmeskall, le prince Carl Lichnowsky, le comte Andreï Razoumovski, le prince Joseph Franz von Lobkowitz, et plus tard l’archiduc Rodolphe d’Autriche, pour ne citer qu’eux.

Après avoir publié ses trois premiers Trios pour piano, violon et violoncelle sous le numéro d’opus 1, puis ses premières Sonates pour piano, Beethoven donne son premier concert public le pour la création de son Concerto pour piano (qui fut en fait composé le premier, à l’époque de Bonn).

Le premier virtuose de Vienne et premiers chefs-d'œuvre (Le Grand Maître) vignette|alt=Portrait de Beethoven vers 1800|redresse|gauche|Beethoven en 1801. Ses talents d’improvisateur et sa virtuosité au piano le révèlent au public viennois. Portrait de C.T. Riedel, 1801.

1796. Beethoven entreprend une tournée de concerts qui le mène de Vienne à Berlin en passant notamment par Dresde, Leipzig, Nuremberg et Prague. Si le public loue sa virtuosité et son inspiration au piano, sa fougue lui vaut le scepticisme des critiques des plus conservateurs. Un critique musical du Journal patriotique des États impériaux et royaux rapporte ainsi en : .

La lecture des classiques grecs, de Shakespeare et des chefs de file du courant qu’étaient Goethe et Schiller, influence durablement dans le sens de l’idéalisme le tempérament du musicien, acquis par ailleurs aux idéaux démocratiques des Lumières et de la Révolution française qui se répandent alors en Europe : en 1798, Beethoven fréquente assidûment l’ambassade de France à Vienne où il rencontre Bernadotte et le violoniste Rodolphe Kreutzer auquel il dédie, en 1803, la Sonate pour violon qui porte son nom.

Tandis que son activité créatrice s’intensifie (composition des Sonates pour piano à 7, des premières Sonates pour violon et piano), le compositeur participe jusqu’aux environs de 1800 à des joutes musicales dont raffole la société viennoise et qui le consacrent plus grand virtuose de Vienne au détriment de pianistes réputés comme Clementi, Cramer, Gelinek, Hummel et Steibelt.