Paul Roussenq, dit l’Inco (l’incorrigible) est un anarchiste français, né le à Saint-Gilles-du-Gard et mort le à Bayonne.
De 1909 à 1929, il est emprisonné au Bagne des Îles du Salut en Guyane, dont la moitié en cachot. En comptant les années de prison et de citadelle, il a passé 32 ans emprisonné pour des délits mineurs ou pour ses opinions libertaires.
Biographie Paul Henri est le fils unique de Henri Roussenq (1846-1911) manouvrier dans les vignes et de Madeleine Pélouzet (1854-1931).
Il se politise rapidement à la lecture de la presse anarchiste et de la littérature anarchiste, dont la Nouvelle géographie universelle d’Élisée Reclus. En conflit avec son père, il quitte le domicile familial à seize ans pour partir à l'aventure.
Entre 1901 et 1903, il est condamné à trois reprises : pour vol, vagabondage et infraction à la police des chemins de fer. Au cours de l'un de ces procès, il jette un morceau de pain dur à la tête du magistrat : il est condamné à cinq ans de prison ferme le par le tribunal de Chambéry. Il purge sa peine à la prison de ClairvauxDictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique..
Il est incorporé le au cinquième bataillon d'Afrique basé à Gabès en Tunisie. Refusant l'autorité militaire, il multiplie les actes d'insubordination (insultes à supérieur, destruction de ses effets). Il tente à plusieurs reprises d'incendier sa cellule. Il est condamné le par le conseil de guerre de Tunis à la dégradation militaire, à quinze ans d'interdiction de séjour et à vingt ans de travaux forcés en Guyane.
Il est embarqué sur le bâtiment La Loire à Alger le . Le , il débarque aux îles du Salut ; il reste plus de 24 ans en Guyane, avant de revenir en France le L'Humanité du 17 janvier 1933, Arrivée de Roussenq à Paris. En 1923, Albert Londres le rencontre lors de son séjour en Guyane, la publication de cette entrevue dans les colonnes du Petit ParisienLe Petit Parisien du 19 aout 1923 rend célèbre le cas de Roussenq en France et initie la mobilisation pour sa libérationAlbert Londres, Au Bagne, Albin Michel, 1932 ().
Au bagne Son numéro de forçat est le . Anarchiste considéré dangereux, il est incarcéré sur l'Ile Royale, l'une des trois îles qui forment l'archipel des Îles du Salut, situé à une quinzaine de kilomètres de Kourou. L’île du Diable, la plus petite et aussi la plus connue des trois îles, est le lieu d'exil des déportés politiques. Roussenq est très rapidement surnommé l'Inco, pour incorrigible, pour son refus de se soumettre aux règles du bagne et de l'administration pénitentiaire (AP). Ses conflits perpétuels avec les surveillants et les responsables de l'AP, font que sur ses vingt années de bagne, il effectue de cachot (près de dix ans). Il est jugé six fois par le Tribunal maritime spécial (TMS), pour des motifs allant du refus de travail, outrages aux surveillants ou encore tentative d'évasion, et condamné quatre fois.
Au bagne, il rencontre le journaliste Albert Londres qui, fasciné par ce rebelle, ne cessera de demander sa libération : Albert Londres, Au Bagne, Albin Michel, 1932 () Albert Londres, Au Bagne, Albin Michel, 1932
Le retour en France Une première tentative pour demander le retour de Paul Roussenq est due à sa mère : elle expose son cas au président de la République Gaston Doumergue le . Alors que le président promet sa libération, il ne signe qu’une remise de peine de cinq ans. La revue Détective, en 1929, attire l'attention sur le bagnard, qui bénéficie par ailleurs du soutien de l'ancien gouverneur de la Guyane, Jean-Charles Chanel. Paul Roussenq est également soutenu par le Secours Rouge International (SRI), qui alloue une aide financière à la mère de Paul Roussenq, comme et la fédération du Gard du parti communiste français. Le , une manifestation rassemble un millier de soutiens à Saint-Gilles-du-Gard ; le SRI les multiplie dans les années suivantes, avec conférences et comités de soutien.
Sa grâce est signée le , et parvient en Guyane le . Roussenq effectue sa peine de doublage et est donc assigné à résidence à perpétuité à Saint-Laurent-du-Maroni, où il est bibliothécaire-écrivain public. Le , il obtient une nouvelle remise de peine et ne doit rester que jusqu’en 1934, avant que la loi d’amnistie du , mise en application par le décret du , mette fin à sa peine.
Le SRI finance son voyage de retour. Paul Roussenq quitte la colonie en par le vapeur Saint-Raphaël. Il lui faut attendre 1933 pour retrouver sa ville natale où il est accueilli par de nombreux amis, auxquels toutefois n'a pu se joindre sa mère, morte le . Il réside à Saint-Gilles, puis à Aimargues et participe ensuite à des conférences organisées par le SRI et fait partie d'une délégation envoyée en URSS où il séjourne pendant trois mois. Le compte rendu qu'il rédige à l'occasion de ce voyage — — entraîne sa rupture avec les organisations du PCF.
En 1934, les éditions de la Défense publient ses souvenirs : Vingt-Cinq Ans de bagne. La même année, il s'installe à Aimargues et se lie d'amitié avec Jean Jourdan, dit Chocho. Il participe aux travaux du groupe libertaire.
Il devient le gérant du journal anarchiste Terre Libre édité à Nîmes avant de reprendre la route, travaillant à l'occasion comme colporteur.
Il est emprisonné en en vertu des décrets-lois de 1938 sur l’internement des indésirables.
Considéré comme suspect par le gouvernement de Vichy, il est maintenu en internement pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment à Sisteron. Il y réécrit ses mémoires (publiés sous le titre L’Enfer du bagne par l’éditeur catholique Pucheu en 1957 puis par Libertalia en 2009)
Usé par les maladies contractées au cours de ses années de bagne, il se suicide à Bayonne le , après une tentative à Cannes le .
Publications Vingt-Cinq Ans de bagne, La Défense, 1934 Au pays des soviets, La Défense, 1936 L'enfer du bagne, Pucheu, 1957 .
Sur Paul Roussenq Jean-Marc Delpech, Paul Roussenq : une vie au bagne, Imago, 2026, 312 pp., présentation éditeur. Daniel Vidal, Paul Roussenq le bagnard de Saint-Gilles, Éditions du Monde Libertaire, Paris / Éditions Alternative Libertaire Belgique, Bruxelles, 1998 Présentation en ligne .
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Bagne Bagne de la Guyane française Bagne de Saint-Laurent-du-Maroni Eugène Dieudonné Marius Jacob
Liens externes
Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social : notice biographique. Dictionnaire international des militants anarchistes : notice biographique. L'Éphéméride anarchiste : notice biographique. Fiche de déportation de Paul Roussenq sur le site des Archives Nationales d'Outre-Mer
Catégorie:Anarchiste français Catégorie:Bagnard en Guyane française Catégorie:Personnalité condamnée aux travaux forcés Catégorie:Naissance en septembre 1885 Catégorie:Décès en août 1949 Catégorie:Naissance à Saint-Gilles (Gard) Catégorie:Déporté sous la Troisième République Catégorie:Interné résistant Catégorie:Personnalité liée à Aimargues Catégorie:Suicide par noyade en France Catégorie:Écrivain français suicidé Catégorie:Décès à Bayonne dans les années 1940 Catégorie:Décès à 63 ans