thumb|Drapeau du Fidesz.
Le Fidesz, de son nom complet , est un parti politique hongrois d'extrême droite, national-conservateur et populiste.
Fondé en 1988 comme un mouvement de jeunesse de centre gauche, anticlérical et opposé au parti unique ainsi qu'à la république populaire de Hongrie, il devient progressivement un parti conservateur et populiste, notamment sous l'influence de son président Viktor Orbán, qui est Premier ministre du pays de 1998 à 2002 et de 2010 à 2026.
Après avoir repris le pouvoir en Hongrie à la suite de sa victoire aux élections législatives de 2010, il a adopté des politiques nationales-conservatrices et s'est déplacé davantage vers la droite. Il est également devenu plus critique à l'égard de l'Union européenne, ce qui a conduit le parti à être qualifié d'eurosceptique. En 2011, la nouvelle constitution hongroise a été adoptée au parlement et en 2012, elle est entrée en vigueur, bien qu'elle ait fait l'objet de controverses en raison de sa consolidation du pouvoir au Fidesz. Le parti a conservé sa majorité après les élections de 2014, et à la suite de l'escalade de la crise des migrants, le Fidesz a commencé à utiliser une rhétorique de droite populiste et anti-immigrés. Depuis sa création, sa position politique a radicalement changé, et le Fidesz est désormais classé de la droite à l'extrême droite. Les politologues ont décrit la gouvernance du parti comme illibérale ou autoritaire, Orbán décrivant le modèle de gouvernement hongrois comme une .
Son allié traditionnel est le Parti populaire démocrate-chrétien (KDNP).
Histoire vignette|gauche|Siège du Fidesz, un ancien palais de la noblesse hongroise. vignette|droite|Premier logo Fidesz était l'acronyme de l'ancienne Alliance des jeunes démocrates (, Fidesz), créée sous la forme d'un mouvement de jeunesse (l'âge limite d'adhésion était trente-cinq ans) en 1988, sous le régime de la république populaire de Hongrie. Le parti croît rapidement et passe en un mois de trente-deux à mille membres. Destiné aux jeunes de quatorze à trente-cinq ans à l'exclusion des membres des Jeunesses communistes, le parti se déclare favorable à l'économie de marché, à la propriété privée, au multipartisme et à la démocratieThibaud Gibelin, Pourquoi Viktor Orbán joue et gagne : résurgence de l'Europe centrale, Fauves éditions, 2020, .. Lors des premières élections libres de mars et , le Fidesz entre au Parlement en faisant élire 20 députés dont Viktor OrbánThibaud Gibelin, ibid., 2020, ..
Son logo porte son nom le plus courant Fidesz, acronyme de Fiatal Demokraták Szövetsége (« Alliance des jeunes démocrates »), mais à partir de 1995 son nom officiel a été Fidesz – Magyar Polgári Párt (« Parti civique hongrois »), puis à partir de 2003 Fidesz – Magyar Polgári Szövetség (« Alliance civique hongroise »). Durant la campagne électorale pour les élections de 1990, son nom fut parodié en Zsidesz (zsido signifie juif en hongrois) par des activistes d'extrême droite qui détestaient le libéralisme du parti.
En , Viktor Orbán est élu président du parti. Avec lui, c'est la tendance « nationale-libérale » qui s'impose. Gábor Fodor est écarté de la présidence promise du comité national au profit de József Szájer, plus proche du programme d'OrbánThibaud Gibelin, ibid., 2020, .. Défait aux élections de 1994, le Fidesz chute à 7 % des suffrages ; Orbán présente alors sa démission, mais est reconduit. À partir de 1995, il s’efforce de faire du Fidesz un parti de gouvernement en présentant un programme de coalition avec le Forum démocrate hongrois (MDF), de tendance démocrate-chrétien et libéral-conservatriceThibaud Gibelin, ibid., 2020, .. À l'origine libéral de gauche, progressiste et anticlérical, le Fidesz devient, sous l'action de Viktor Orbán, dans le courant des années 1990, un parti conservateur, sur le modèle des chrétiens-démocrates allemands..
Dans l'opposition aux premiers gouvernements de la transition démocratique, à savoir ceux dirigés par le Forum démocrate hongrois (, MDF) (1990-1994) et le Parti socialiste hongrois (, MSZP) (1994-1998), il arrive au pouvoir à la faveur des élections législatives de 1998, et forme une coalition avec le MDF. Le président du Fidesz, Viktor Orbán, âgé de trente-cinq ans, devient le plus jeune Premier ministre d'Europe.
Il perd de justesse les élections législatives de 2002 à la faveur de coalition formée par le MSZP et l'Alliance des démocrates libres (, SZDSZ) menée par Péter Medgyessy.
En , le Fidesz obtient 12 députés européens en réunissant sur ses candidats 47,40 % des suffrages exprimés. Il en remporte 14 lors des élections européennes de 2009, avec 56,37 % des suffrages exprimés, allié aux chrétiens-démocrates du KDNP.
Bien que plus nettement battu lors des élections législatives hongroises de 2006, le parti remporte largement les élections municipales et régionales six mois plus tard, en , après la crise provoquée par la divulgation d'un discours prononcé à huis clos devant les députés de son parti par le Premier ministre socialiste Ferenc GyurcsányIl reconnaît dans un enregistrement vidéo avoir menti sur l'état du pays et de ses finances pour gagner les élections et jure de rompre une fois pour toutes avec cette pratique : Ferenc Gyurcsány, , sur Gyurcsány-blog, 17 septembre 2006 [« Voilà le texte d'origine » de son discours à Balatonőszöd en mai 2006] — traduction sur Wikisource..
vignette|droite|Logo en 2010 Le , le Fidesz remporte largement les élections législatives, en obtenant les deux tiers des sièges du parlement. Dans la foulée, le candidat István Tarlós devient le premier maire conservateur de Budapest le , mettant ainsi fin au long règne de Gábor Demszky qui dirigeait la ville depuis 1990.
Disposant des deux tiers des sièges au Parlement avec son allié, le Parti populaire démocrate-chrétien, le Fidesz rédige une nouvelle Constitution adoptée en , d'orientation ultraconservatrice.. L’appellation officielle de l'État hongrois « République de Hongrie » devient « Hongrie » et « la Hongrie porte la responsabilité de la situation des Hongrois vivant hors des frontières du pays » (article D). Le préambule fait référence à Dieu, à la Sainte Église et à la famille traditionnelle, et consacre le mariage comme l'.. L'article II sur le droit à la vie de toute personne indique que « la vie du fœtus doit être protégée dès sa conception », pouvant laisser éventuellement la place à une future interdiction de l'avortement. (numéro spécial du Journal officiel hongrois, traduction en français de la version entrée en vigueur le )..
En ce qui concerne les minorités hongroises des pays voisins, le dirigeant du Fidesz et actuel Premier ministre Viktor Orbán a fait voter dès son arrivée au pouvoir une loi sur la double nationalité : un Hongrois vivant dans les pays voisins pourra acquérir la nationalité hongroise en plus de celle du pays où il réside.. Le droit de vote est aussi accordé en Hongrie en aux minorités hongroises des pays voisins pour les listes de partis (députés non liés à une circonscription).. Une autre loi nationaliste est celle faisant un « jour de commémoration nationale » (nemzeti emléknap) du , jour de la signature du traité de Trianon qui, en définissant les nouvelles frontières à l'intérieur de l'ancienne Autriche-Hongrie, laissa un tiers des Hongrois ethniques hors de Hongrie ; ce jour est appelé Journée de la solidarité nationale () et est marqué par des commémorations à différents endroits du pays http://nemzetiosszetartozas.kormany.hu - site consacré à cette commémoration, sous le site kormany.hu du gouvernement. (mais pas dans les écoles comme d'autres « jours de commémoration nationale » : Journée des victimes du communisme, Journée de la Shoah, Journée des martyrs d'Arad).
En , le Fidesz perd sa majorité qualifiée des deux tiers nécessaire à l'adoption des lois « organiques » et des modifications de la Constitution lorsque l'indépendant Zoltán Kész, soutenu par la gauche, remporte l'élection législative partielle au scrutin uninominal de la circonscription de Veszprém en remplacement de Tibor Navracsics, nommé commissaire européen. Résultats des législatives partielles du à Veszprém, sur le site du Bureau national des élections ()..
En raison d'un positionnement davantage souverainiste , le Fidesz est suspendu du Parti populaire européen (PPE) en .. Deux ans plus tard, en , le Fidesz quitte le PPE..
Fondements idéologiques Le Fidesz est un parti national-conservateur... Il se réclame des valeurs de : démocratie « civique » (polgári) au sens d'anticommuniste dans le vocabulaire du Fidesz (cf. polgári körök « cercles civiques ») ; conservatisme « national » (nemzeti) dans le sens de nationaliste ; démocratie chrétienne. vignette|« Marche de la paix » soutenue par le Fidesz et le KDNP, le 29 mars 2014.
Le parti est critiqué à l'étranger pour son nationalisme économique, par exemple pour sa taxe « de crise » votée au Parlement visant les grandes entreprises implantées en Hongrie, surtout étrangères (dans les domaines de l'agro-alimentaire, de l'énergie, des télécommunications, de la grande distribution) et taxées bien plusSur les télécoms par exemple, taxe spéciale de 2,5 à 6,5 % du chiffre d'affaires : . que les autres entreprises hongroises. Le parti est également accusé d'avoir des tentations autoritaires, et est notamment critiqué pour la loi de 2010 restreignant les libertés des médias., pour son opposition jugée antisémite à George Soros. ou pour celle au financement public de l'enseignement des études de genre, jugée sexistes.. Mais il est surtout critiqué pour sa réaction jugée violente à la crise migratoire, avec l'installation de camps de rétention des migrants., la criminalisation des aides aux immigrés clandestins., la construction d'un mur de barbelés à la frontière ou encore l'autorisation faite aux militaires de tirer à balles réelles sur les migrants cherchant a entrer clandestinement dans le pays..
Bien qu'orienté à droite, le discours du Fidesz reste globalement hostile à la mondialisation. Les années de gouvernement de Viktor Orbán ont également été marquées par une progression des thèmes irrédentistes, autour de la Grande Hongrie et de la situation des Hongrois d'outre-frontières, minoritaires dans les États frontaliers.
La position du Fidesz sur l'échiquier politique a évolué au fil du temps. À ses débuts en tant que mouvement étudiant à la fin des années 1980, le parti se positionnait au centre gauche sur l'échiquier politique et prônait le libéralisme.. et le libertarianisme... Il était fortement engagé dans des politiques anticléricales.. et laïques.. Alors que le paysage politique hongrois se cristallisait après la chute du communisme et les premières élections libres, le Fidesz s'est déplacé vers la droite en 1994. Bien que le Fidesz ait été opposé au gouvernement de coalition national-conservateur du Forum démocrate hongrois de 1990 à 1994, le Fidesz était la plus importante force politique libérale-conservatrice en Hongrie en 1998... Il a adopté le nationalisme hongrois.., le national-libéralisme., et la démocratie chrétienne au début des années 2000. Il était positionné au centre droit., bien qu'il se soit déplacé davantage vers la droite dans les années 2000....