Evelina est une œuvre de la romancière anglaise Fanny Burney, publiée pour la première fois en 1778 de manière anonyme. L’identité de son autrice fut révélée par le poète George Huddesford (en), dans ce que Fanny Burney elle-même qualifia de « poème infâme » ()W. P. Courtney, "Huddesford, George (baptisé en 1749, mort en 1809)", rev. S. C. Bushell, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 (consulté le 6 février 2010).
Présentation Dans ce roman épistolaire en trois volumes, Evelina, l'héroïne éponyme, est la fille illégitime d'un aristocrate anglais au mode de vie dépravé. En raison de cette filiation complexe, elle grandit loin de la haute société, dans la tranquillité de la campagne, jusqu’à l’âge de dix-sept ans. À travers une série de mésaventures comiques se déroulant à Londres et dans le lieu de villégiature qu'est , près de Bristol, Evelina apprend à trouver son chemin dans le dédale complexe de la société du et gagne l'amour d'un noble seigneur. Ce roman sentimental comprend des aspects faisant appel à la « sensibilité » (, dans le sens que le terme avait alors en Angleterre) ainsi qu'à un romantisme précoce ; la satire de la société qu'il dresse en fait un précurseur important des œuvres ultérieures de Jane Austen et de Maria Edgeworth, qui aborderont des thématiques similaires avec leurs propres nuances.
Résumé Le roman s'ouvre sur une lettre bouleversante de Lady Howard à sa connaissance de longue date, le révérend Arthur Villars, dans laquelle elle signale que Madame Duval, la grand-mère de la pupille de Villars, Evelina Anville, a l'intention de se rendre en Angleterre pour renouer avec sa petite-fille Evelina. Dix-huit ans plus tôt, Mme Duval a rompu sa relation avec sa fille Caroline, la mère d'Evelina, mais n'a jamais appris la naissance ou même l'existence d'Evelina jusqu'à ce qu'elle soit à la fin de son adolescence. À la suite de cette découverte, Mme Duval souhaite récupérer Evelina et l'emmener en France revendiquant qu’elle constitue la famille la plus proche de la jeune fille. Le révérend Villars craint que l'influence de Mme Duval ne conduise Evelina à un destin similaire à celui de sa mère Caroline, qui a épousé secrètement Sir John Belmont, un libertin, qui a ensuite renié le mariage. Pour éloigner Evelina de Mme Duval, le révérend la laisse se rendre à Howard Grove, la demeure de Lady Howard, pour des vacances prolongées. Pendant son séjour, la famille apprend que le gendre de Lady Howard, le capitaine Mirvan, officier de marine, revient en Angleterre après sept ans d'absence. Désireuse de rejoindre les Mirvan lors de leur voyage à Londres, Evelina supplie son tuteur de la laisser les accompagner, en promettant que la visite ne durera que quelques semaines. Villars y consent à contrecœur.
À Londres, la beauté et le statut social ambigu d'Evelina attirent une attention non désirée et des spéculations désobligeantes. Ignorant les conventions et les comportements de la société londonienne du XVIIIe siècle, elle commet une série de faux pas humiliants (mais humoristiques) qui l'exposent encore davantage au ridicule social. Elle ne tarde pas à attirer l'attention de deux gentilshommes : Lord Orville, un comte séduisant et extrêmement éligible, modèle de comportement modeste et convenable, et Sir Clement Willoughby, un baronnet aux intentions malhonnêtes. Les retrouvailles inopportunes d'Evelina à Londres avec sa grand-mère et les Branghton, sa famille élargie inconnue depuis longtemps, ainsi que l'embarras causé par leurs frasques et leur manque de savoir-vivre, convainquent bientôt Evelina que Lord Orville est complètement hors d'atteinte.
Les Mirvan retournent finalement au pays, emmenant avec eux Evelina et Mme Duval. Sous l'impulsion des cousins cupides d'Evelina, Mme Duval concocte un plan pour poursuivre Sir John Belmont, le père d'Evelina, et l'obliger à reconnaître devant le tribunal les droits de sa fille sur son domaine. Le révérend Villars est mécontent et ils décident de ne pas intenter de procès, mais Lady Howard écrit tout de même à Sir John Belmont, qui lui répond défavorablement. Il ne croit pas possible qu'Evelina soit sa fille, puisqu'il a déjà recueillie une jeune femme qui est sa fille supposée (qui, à son insu, est en fait illégitime), et il suppose donc que Mme Duval essaie de le duper pour son argent.
Mme Duval est furieuse et menace de renvoyer Evelina à Paris pour qu'elle poursuive le procès. Un second compromis voit Evelina retourner à Londres avec sa grand-mère, où elle est forcée de passer du temps avec ses cousins Branghton mal élevés et leurs amis turbulents, mais elle est distraite par M. Macartney, un poète écossais mélancolique et terriblement pauvre. Le trouvant en possession d'une paire de pistolets, elle suppose qu'il envisage de se suicider et lui demande d'envisager son salut ; plus tard, il l'informe qu'il a envisagé non seulement l'autodestruction, mais surtout le vol sur la voie publique. Il est dans une situation financière épouvantable, s'efforce de retracer sa propre et obscure filiation, se remet de la mort soudaine de sa mère et découvre que sa bien-aimée est en fait sa sœur. Evelina lui donne charitablement sa bourse. Sinon, son séjour chez les Branghton est uniformément mortifiant : lors de sa visite au jardin d'agrément de Marylebone, par exemple, elle est attaquée par un marin ivre et accostée par plusieurs hommes tapageurs avant d'être sauvée par des prostituées - et c'est en cette compagnie humiliante qu'elle retrouve Lord Orville. Sûre qu'il ne pourra plus jamais la respecter, elle est stupéfaite lorsqu'il la cherche dans le quartier mal famé de Londres et semble vouloir renouer avec elle. Lorsqu'une lettre insultante et effrontée, censée provenir de Lord Orville, la dévaste et lui fait croire qu'il l'a mal perçu, elle rentre chez elle à Berry Hill et tombe malade.
Se remettant lentement de sa maladie, Evelina accepte d'accompagner sa voisine, une veuve au tempérament sarcastique nommée Mrs Selwyn, dans la station balnéaire de Clifton Heights, où elle attire malgré elle l'attention du coureur de jupons Lord Merton, à la veille de son mariage avec la sœur de Lord Orville, Lady Louisa Larpent. Informée de l'arrivée de Lord Orville, Evelina tente de s'éloigner de lui à cause de sa lettre impertinente, mais ses manières douces font leur effet jusqu'à ce qu'elle soit déchirée entre l'attirance qu'elle éprouve pour lui et la croyance en sa duplicité passée.
L'apparition inattendue de M. Macartney révèle une pointe de jalousie inattendue chez Lord Orville, apparemment imperturbable. Convaincu que Macartney est un rival pour l'affection d'Evelina, Lord Orville se retire. Cependant, Macartney n'avait l'intention que de rembourser sa dette financière à Evelina.
L'affection sincère de Lord Orville pour Evelina et l'assurance qu'elle et Macartney ne sont pas impliqués l'emportent finalement sur la jalousie de Lord Orville, qui obtient une rencontre entre Evelina et Macartney. Il semble que tous les doutes aient été levés entre Lord Orville et Evelina, surtout lorsque Mrs Selwyn l'informe qu'elle a entendu Lord Orville se disputer avec Sir Clement Willoughby au sujet des attentions inappropriées de ce dernier à l'égard d'Evelina. Lord Orville fait sa demande en mariage, à la grande joie d'Evelina. Cependant, Evelina est désemparée par le fossé qui continue de se creuser entre elle et son père et par le mystère qui entoure sa fausse fille. Enfin, Mme Selwyn parvient à obtenir une rencontre surprise avec Sir John. Lorsqu'il voit Evelina, il est horrifié et se sent coupable parce qu'elle ressemble clairement à sa mère, Caroline. Cela signifie que l'autre Miss Belmont (la fausse fille) est reconnue comme une imposture. Evelina parvient à apaiser sa culpabilité grâce à ses pardons répétés et à la remise d'une lettre écrite par sa mère sur son lit de mort, dans laquelle elle pardonne à Sir John son comportement s'il lui retire son ignominie (en reconnaissant leur mariage) et s'il reconnaît Evelina comme sa fille légitime.
Mme Clifton, la gouvernante de longue date de Berry Hill, est en mesure de révéler la filiation de la seconde Miss Belmont. Elle identifie Polly Green, l'ancienne nourrice d'Evelina, mère d'une fille âgée de six semaines de plus qu'Evelina, comme l'auteur de la fraude. Polly fait passer sa propre fille pour celle de Sir John et Caroline depuis 18 ans, dans l'espoir de lui assurer un meilleur avenir. Finalement, Lord Orville suggère que la malheureuse soit nommée cohéritière d'Evelina, ce dont cette dernière, au grand cœur, se réjouit.
Enfin, Sir Clement Willoughby écrit à Evelina pour lui avouer qu'il a écrit la lettre d'insultes (elle s'en doutait déjà), dans l'espoir de séparer Evelina et Lord Orville. À Paris, M. Macartney retrouve la fausse Miss Belmont, son ancienne bien-aimée : séparés par Sir John, d'abord parce que Macartney était trop pauvre et trop bas pour épouser sa prétendue fille, puis parce que sa liaison avec la mère de Macartney aurait fait d'eux un frère et une sœur, ils peuvent maintenant se marier parce que la véritable filiation de Miss "Belmont" a été révélée et que les deux n'ont aucun lien de parenté. Ils se marient lors d'une cérémonie commune avec Evelina et Lord Orville, qui décident de rendre visite au révérend Villars à Berry Hill pour leur voyage de noces.
Personnages
Miss Evelina Anville, le personnage principal du roman, est la fille de Lady Caroline Belmont (née Caroline Evelyn) et de Sir John Belmont. Une série de lettres raconte une histoire et elle résume des expériences spécifiques de sa vie, principalement à son tuteur et pseudo-père le révérend Villars. Elle représente les traits désirables qu’une femme de cette époque devait avoir. Bien qu’elle soit appelé de “personne” sociale par le fop M. Lovel, d’autres personnages ont une haute opinion d’elle. Elle est considérée comme une “très jolie fille de modeste famille” par Lord Orville et un “ange” par Sir Clément dans le premier tome. Le roman retrace ses épreuves et tribulations ainsi que sa confiance qui croit en ses propres capacités et son discernement.
Révérend Arthur Villars est l’homme qui a élevé Evelina comme sa propre fille et se réfère à elle comme étant “l’enfant de son coeur”. Il est son tuteur et son gardien, mais aussi une figure paternelle pour Evelina dans le roman. Accueillant Lady Belmont (Caroline) en disgrâce, il promit de protéger son enfant. Il est le guide moral ainsi que le confident d’Evelina pendant tout le roman.
Sir Clément Willoughby est un noble mineur (baronnet). Evelina le rencontre au tristement célèbre Ridotto lors de sa première visite à Londres. Poursuivant inébranlable des bonnes faveurs d’Evelina, il la courtise avec beaucoup d’audace avec des déclarations flamboyantes et des discours flatteurs. Evelina ne l’apprécie guère, le tolérant seulement car il s’attire les faveurs du Capitaine Mirvan et de Mme. Selwyn. Il accompagne également le Capitaine Mirvan chaque fois qu’il agresse, provoque ou taquine Madame Duval.
Lord Orville est un parfait gentleman et comte qui sauve Evelina à plusieurs reprises, notamment des avances de Sir Clément. Il tombe dans ses bonnes grâces simplement en se conduisant d’une manière qui convient à son rang et à sa personne. Il est ouvert, engageant, doux, attentif et expressif.
Le Capitaine Mirvan est un capitaine de la marine à la retraite qui méprise les étrangers et agace constamment Madame Duval. Époux de Mme. Mirvan et père de Maria, il embarrasse parfois fortement sa famille (du moins c’est ce que Evelina perçoit).
Mme. Mirvan est une femme qui montre une forte compassion et préoccupation pour Evelina. Elle s’occupe d’elle lors de ses visites à Londres et à Howard Grove, traitant Evelina comme son deuxième enfant.
Miss Maria Mirvan est une amie d’enfance d’Evelina, sa véritable compagne et confidente.