thumb|right|Une église réformée à Piketberg en Afrique du Sud.
Le calvinisme afrikaner est un développement théologique et philosophique spécifique à la communauté afrikaner qui combinait la religion calviniste avec les aspirations politiques des blancs sud-africains parlant l'afrikaans, avec notamment une insistance particulière sur la notion vétéro-testamentaire de « peuple élu ».. Les Afrikaners négocièrent un accord d'autonomie dans les quatre colonies britanniques d'Afrique australe, huit ans après la seconde guerre des Boers, et s'établirent fermement comme la minorité dirigeante en Afrique du Sud jusqu'à ce que la pression internationale et le désordre croissant au sein de ce pays les obligèrent à démanteler leur politique de domination exclusive, nommée apartheid.
Contexte De 1652 à 1835, les colons protestants calvinistes venus à l'origine des Pays-Bas, parmi lesquels se trouvaient un certain nombre de réfugiés français, huguenots, et d'autres colons venus d'Allemagne, d'Écosse et d'ailleurs en Europe, se fondirent graduellement en un seul peuple sud-africain John Thomas MacNeill, The History and Character of Calvinism, Oxford University Press, 1954 , p. 381 appelé les Afrikaners. Les ascendants français du peuple afrikaner étaient des huguenots français qui commencèrent à arriver via les Pays-Bas dès 1687 et pendant près d'un siècle en raison de la persécution des protestants en France après la révocation de l’édit de Nantes en 1685 George McCall Theal, History of South Africa 1486–1691, S. Sonnenschein, Lowrey, & Co., 1888, chapitre XIV, p. 337 et suivantes.. Entre la fin du et la fin du , ce peuple réuni sur le sol sud-africain se considérait comme afrikaner plutôt que néerlandais. Il parlait une langue spécifique, l'afrikaans, dérivée du néerlandais, et était soudé par son adhésion au calvinisme.
Sa culture est marquée par le cycle des persécutions et des grâces accordées par Dieu à son peuple : d'abord les persécutions des huguenots, ce qui les conduit à trouver refuge (notamment) aux Pays-Bas puis à trouver une nouvelle terre promise en Afrique australe, ensuite la persécution par les Britanniques, qui déclenche le Grand Trek et la mise en place de nouveaux États afrikaners sur des terres nouvelles.. Pétris de culture biblique, les Afrikaners font le rapprochement avec les tribulations du peuple d'Israël dans l'Ancien Testament : l'Exode puis la destruction du Temple de Jérusalem et l'exil. Ils se représentent donc, à l'image de l'Israël biblique, comme un peuple élu, miraculeusement préservé et conduit..
L'histoire des Afrikaners est donc essentielle pour comprendre ce concept particulier d'« élection » qui se développa parmi eux. Ces attitudes, adoptées très tôt, et qui se poursuivirent dans les conflits ultérieurs, se construisirent d'une telle façon qu'il leur semblait évident qu'elles furent conçues par Dieu lui-même. Ils se croyaient préservés par la propre sagesse de Dieu et par la providence. Les choses dont ils souffrirent et les liens qui les unissaient, formés dans de pareilles circonstances, semblaient confirmer cette idée à chaque détour. Leur histoire en tant que peuple occupa un rôle central dans la formation de la religion des boers. De cette façon, une caractéristique populaire marqua leurs croyances calvinistes.
Cette religion populaire n'était pas formulée de façon formelle. Elle faisait partie de l'expérience des Afrikaners, ce qu'ils interprétaient à travers leur conviction selon laquelle leur créateur et souverain seigneur leur avait témoigné une grâce spéciale en tant que peuple particulier.
Développement historique Débuts de l'implantation néerlandaise en Afrique du Sud L'implantation néerlandaise au cap de Bonne-Espérance fut le premier succès colonial en Afrique du Sud. La clé de ce succès fut l'établissement de règles strictes de commerce entre les colons et les populations autochtones. Aucun commerce ou mission chrétienne ne pouvait s'aventurer parmi les Africains sans la permission de l'administrateur de la société. Voler ou tuer les bovins était notamment interdit car cela pouvait être la cause d'inévitables conflits avec les autochtones. Les premiers Européens étaient horrifiés par l'apparence et les coutumes des Noirs africains, et la rumeur - totalement fausse - que les autochtones étaient cannibales a renforcé leur volonté de se tenir éloignés d'eux. Le Cap était un espace clos, avec l'Europe à l'intérieur et l'Afrique à l'extérieur. Cet ordre strict permettait de minimiser les conflits avec les Noirs africains durant la première phase de l'implantation.
Pourtant, beaucoup de colons étaient arrivés dans un but missionnaire. La synthèse de cette attitude de stricte séparation et de la conscience missionnaire aboutit à une pratique très répandue consistant à mettre la population khoïsan au service des Européens, et au sein de cette relation entre maître et serviteur, de leur enseigner la Bible dans l'espoir que le message parviendrait jusqu'à la famille du serviteur (ainsi que l'information de la supériorité de la vie européenne) et ainsi les amènerait à la conversion.
Les fermiers qui vivaient à l'extérieur des murs des villes avaient une conception différente. Pour eux, l'occupation signifiait la possession et la possession impliquait le droit de protéger leur propriété. Alors qu'ils s'installaient dans les territoires apparemment inoccupés qui entouraient Le Cap, ils appliquèrent cette conception de possession, et des droits qui y étaient liés, lorsque les chasseurs errants ou les tribus grégaires traversaient la Great Fish River et parvenaient jusqu'aux territoires des fermes à la recherche de pâturage ou de gibier. Ainsi, les fermes représentaient une extension au-delà des villes, du mur de séparation entre les Blancs et les Noirs. De la même façon qu'en ville, l'esclavage pratiqué dans les plantations était parfois vu comme un moyen d'évangéliser.
La séparation et les règles commerciales s'opposèrent très tôt dans l'esprit afrikaner à l'invasion et à la conquête. Et cet anti-impérialisme s'étendit aussi à la théorie sur l'obligation missionnaire au sein de l'Église réformée néerlandaise : le Royaume de Dieu doit grandir dans la sphère d'influence dévolue à l'Église par la divine providence, puisque les enfants sont initiés au message de l'Évangile par leurs parents et leur famille. Si Dieu juge l'Évangile convenable pour les autochtones et pour être enseigné à leurs enfants, c'est sa gloire. À cette fin, les chrétiens exercent un rôle clé qui leur est donné par Dieu, un appel, ou une responsabilité dans l'alliance (entre Dieu et eux) en tant que peuple de Dieu, de rester pures dans la foi et justes lorsqu'ils traitent avec les païens, et d'être absolument inflexibles dans la protection de ce qui a été légitimement revendiqué au nom du Dieu trinitaire.
Arrivée des Britanniques et naissance du nationalisme boer Cependant, la Révolution française ramena ces habitudes de pensée à la surface. Du fait que les Pays-Bas soutenaient les révolutions française et américaine, les Britanniques déclarèrent la guerre aux Pays-Bas et commencèrent à prendre le contrôle de leurs routes commerciales. Ils accostèrent au Cap de Bonne-Espérance en 1797. Dès que la Compagnie des Indes orientales néerlandaises fit faillite, les Britanniques annexèrent Le Cap et nommèrent des administrateurs britanniques à partir de 1805 ; ceux-ci furent des propagateurs zélés de la philosophie des Lumières. Ils assouplirent les régulations sur le commerce et la main d'œuvre, qualifiant les noirs de « nobles sauvages » dont ils prétendaient admirer les âmes naturels et intacts, et finalement abolissant l'esclavage en 1835. Ils traitèrent les noirs de manière égale, et leur donnèrent accès à la justice contre les propriétaires terriens blancs. Ils les appelèrent également à croire en leur propre raison autonome plutôt qu'en toute autre chose.
Aucune culture ne pouvait être plus opposée à celle des Afrikaners. Du point de vue des Boers, les Britanniques avaient envahi leur territoire, s'étaient emparés de leurs biens et de leurs fermes, avaient imposé des lois étrangères, libéré leurs esclaves sans compensation, et justifié ces actes par le seul appel à la raison, en proclamant à chaque fois qu'ils étaient plus vertueux que leur Dieu. Cette entrée brutale de la philosophie des Lumières apparaissait aux Afrikaners comme une révolution et une insulte contre leur foi.
Séparation des boers et des calvinistes afrikaners L'Église réformée néerlandaise du Cap, la Nederduits Gereformeerde Kerk, était considérée par les voortrekkers comme un agent du gouvernement du Cap. Ainsi, ils ne faisaient pas confiance à ses pasteurs et ses émissaires, les voyant comme une tentative du Cap de reprendre le contrôle politique. Il y avait aussi des divisions religieuses parmi les trekkers eux-mêmes. En 1853, un pasteur des Pays-Bas, Dirk Van der Hoff, se rendit dans le Transvaal et devint pasteur de la Nederduitsch Hervormde Kerk, laquelle fut fondée en 1856 et reconnue en 1860 comme l'Église d'État de la République sud-africaine du Transvaal, séparée de l'Église du Cap.
Entretemps, aux Pays-Bas, l'Église néerlandaise avait été influencée par les Lumières, un changement représenté dans les esprits de ceux qui s'y opposaient par la perte de toute profession de foi sérieuse requise pour les membres adultes de l'Église, ainsi que par le fait de chanter des hymnes (en plus des psaumes) et d'autres innovations dans le culte et la doctrine. Aux Pays-Bas, un mouvement grandit en réaction à ce qui était perçu comme un démantèlement de la foi biblique. Il fut nommé Doleantie (du latin dolere qui signifie souffrir, se plaindre) et provoqua un schisme au sein de l'Église réformée néerlandaise et la formation des Églises reréformées aux Pays-Bas. Les écrits de Guillaume Groen van Prinsterer et du leader de la Doleantie, Abraham Kuyper, se firent peu à peu connaître chez les Afrikaners. Très critique envers les Lumières, la révolution comme ils l'appelaient, avait des équivalent dans le domaine de l'éducation et de la politique. Le moment où se fit sentir cette influence était significatif, au plus haut d'une vague de renouveau évangélique, le Reveil (le réveil), dans l'Église réformée néerlandaise, qui avait été conduite par le prédicateur écossais Andrew Murray. Le slogan de la Doleantie, qui avait de façon involontaire une connotation nationaliste pour les Afrikaners, était : « la division fait la force ».
Doppers Dans l'Église réformée néerlandaise au Transvaal, le groupe le plus conservateur, connu sous le nom de « Doppers », s'opposait au fait de chanter des hymnes à l'église. Ils demandèrent à la Afgescheiden Gereformeerde Kerk aux Pays-Bas, de leur octroyer un ministre. Le révérend Dirk Postma arriva alors en 1858 en République sud-africaine, en provenance de Zwolle. Il fut nommé ministre de la Hervormde Kerk (l'Église réformée). Mais en apprenant que sa congrégation pourrait se voir obligée de chanter des hymnes (plutôt que les seuls Psaumes), les Doppers et lui, qui comprenaient au total trois cents adultes, parmi lesquels le futur président Paul Kruger, firent sécession de l'Église d'État pour former la Gereformeerde Kerk à Rustenburg en . Il y avait alors trois Églises réformées néerlandaises en Afrique du Sud : la Nederduits Gereformeerde Kerk afrikaner (synode du Cap), la Nederduitsch Hervormde Kerk boer qui était l'Église d'État de la République sud-africaine, et la Gereformeerde Kerk boer, la plus petite des trois, menée par Dirk Postma.