Le quartier hollandais est un site historique préindustriel du centre-ville de Potsdam, adjacent aux principales rues commerciales et sites touristiques de la ville. Son unicité réside dans le fait qu’il s’agit du plus grand ensemble architectural de style néerlandais en dehors des Pays-Bas. Jusque dans les années 2000, notamment à cause de sa lente dégradation sous le régime communiste de la RDA, il a été plusieurs fois en cours de réaménagement pour favoriser l’implantation de bureaux, de logements et de petits commerces.

Le quartier hollandais est composé de trois parties agglomérées autour du Bassinplatz entre la Kurfürstenstraße au nord et la Charlottenstraße au sud, la Friedrich-Ebert-Straße à l'ouest et la Hebbelstraße à l'est. Il ne faut pas réduire l'appellation « quartier hollandais » aux quatre blocs symétriques qui impressionnent davantage le visiteur par leur côté unitaire, car il existait également « le petit quartier hollandais » dont les travaux de reconstruction ont commencé fin 2014 pour se poursuivre en 2015Se reporter à l'article de presse dans le Märkische Allgemeine Zeitung du 29/9/2014, . On ne parle toutefois pas du grand quartier hollandais par rapport au petit.

Aujourd'hui, le quartier hollandais abrite cafés, restaurants et galeries ; il est devenu un endroit apprécié des habitants et des touristes. Les circuits et les guides touristiques l’intègrent dans leur programme de découverte de la capitale brandebourgeoise basé en premier lieu sur la visite des châteaux et parcs de Potsdam et Berlin, inscrits au patrimoine mondial de l’UnescoLire le descriptif officiel sur le site du patrimoine mondial, et en deuxième lieu sur la démonstration d’un cosmopolitisme de la vie culturelle et artistique très visible à Potsdam sous les règnes de Frédéric-Guillaume de Prusse et de Frédéric II.

Origine et création du quartier

Tradition urbanistique de Potsdam au

La lecture d’une lettre du baron Frédéric Jacques de BielfedBibliographie dans ., conseiller pour Frédéric II au département des affaires étrangères à Londres, surintendant des universités prussiennes et directeur de l’hôpital de Berlin, illustre clairement la métamorphose« Sous Frédéric II le Grand (1712-1786), Potsdam connut un changement radical… ». que connut Potsdam au :

La création du quartier hollandais s’inscrit en réalité dans un projet urbanistique plus vaste destiné à réaliser le « Versailles prussien »Fiche technique du site officiel de l'Unesco World Héritage sur châteaux et parcs de Potsdam et Berlin, seconde résidence royale de Frédéric II qui saura en faire une capitale culturelle et bicéphale. à l’instar de Versailles dans le royaume de France. La construction du château a été suivie par un agrandissement progressif de la petite bourgade, devenue seconde résidence de l’Electeur de Brandebourg. Potsdam restera capitale de 1675 à 1918 tandis que son modèle versaillais n’eut ce statut que de 1682 à 1789..

En 1648, Potsdam ne comptaient que 79 maisons. La croissance démographique de la bourgade fut vertigineuse puisque la population fut multipliée par trente entre 1640 et 1786. Par conséquent, des architectes internationaux furent chargés d’aménager plusieurs quartiers de style différent situés à cette époque en dehors de la vieille ville au bord de la Havel en plus des extensions dites baroques réalisées de manière presque concomitante : vignette|Mittelstraße 13 PotsdamDeux quartiers hollandais, le grand et le petit; Le quartier français; Le Bornholmer FeldUn ancien site militaire de plus de à la périphérie de la ville ; Le quartier Kirchsteigfeld ; Le faubourg Nowanes, aujourd’hui Babelsberg, pour les artisans de Bohême; La colonie Alexandrowka autour de l’Église Saint-Alexandre-Nevsky de Potsdam.

Versailles et Potsdam, qui ont de manière identique des phases d’aménagement et de restauration successives, plus ou moins intenses suivant les périodes, furent de facto des villes d’immigration et de brassage de population qui ont connu très tôt un profil cosmopolite même si les nationalités et les cultures concernées ne sont pas forcément identiques. Il est clair que le siècle des Lumières a apporté la pensée et la culture françaises dans le Brandebourg., la réciproque n’étant pas aussi vraie puisque ce duché était en devenir sur le plan international. À la fin du , Potsdam n’est pas citée parmi les villes d’édition où la présence d’hommes de lettres ou la quantité de titres publiés démontrent généralement le foisonnement intellectuel d’une région..

Concernant Potsdam, les quartiers ethniques ont accueilli des Hollandais, des Français (Huguenots), des Russes, des TchèquesOn parle à cette époque plus de « Bohémiens », originaires de Bohême, des BelgesCe sont à l’époque des sujets des Pays-Bas espagnols de culture wallonne spécialisés dans le travail du métal.. Le centre-ville a été fortement inspiré du modèle italien sur le plan architectural, mais il n’a pas hébergé de communauté italienne. Ces influences étrangères ne se sont pas limitées au bâti domestique, mais elles ont surtout marqué les châteaux, les résidences officielles et les nombreux parcs autour de la Havel : Sanssouci, La conjugaison de toutes ces références aux cultures étrangères dominantes du siècle renforce par conséquent les traits éclectiques de la ville de Potsdam sans que le visiteur n'aient l'impression.

Les quatre architectes qui ont œuvré pour le quartier hollandais de Potsdam sont : Johan Bouman (aussi Bouwman) pour les quatre blocs autour de la Mittelstraße (1742) et le petit quartier hollandais à la Charlottenstraße (1752); Georg Wenzeslaus von Knobelsdorff pour le petit quartier hollandais à la Charlottenstraße (1752); Carl von Gontard pour les rues Charlottenstraße(1773-1774) et Am Bassin(1773-1785); Johann Rudolf Heinrich Richter pour la rue Am Bassin(1773-1785).

La référence hollandaise au vignette|Louise-Henriette d'Orange-Nassau.

Les deux souverains prussiens responsables de l'agrandissement de la ville résidentielle de Potsdam arrivent aux affaires d'état à la fin du siècle d'or néerlandais qui s'est étalé de 1584 à 1702 avant que le roi de France Louis XIV n'intervienne militairement pour sa politique de réunion aux frontières de son royaume. .. D'ailleurs, Frédéric-Guillaume Ier de Prusse combattit pendant des années en Hollande avec son père, Frédéric Ier de Prusse, pour le prince Eugène de Savoie-Carignan et le duc de Marlborough au service de la cause impériale, et donc pour la défense des Provinces-Unies contre la politique expansionniste de Louis XIV.

Aux conférences de paix menées à Münster et Osnabrück en Westphalie en 1648 pour clore les conflits de la guerre de Trente Ans, les témoignages des différentes délégations des pays bien établis racontent que les Provinces-Unies voulaient être . Les Provinces-Unies sont perçues comme aussi riches que les autres nations en concurrence les unes contre les autres pour obtenir les meilleures positions dans le protocole et la préséance. Ce sont surtout les patriciens urbains qui autour Johan de Witt tentaient d'écrire « leur vraie liberté » à une époque où la souveraineté du pays était encore contestée par la plupart des souverains à l'exception du roi Henri IV.

La position du châtelain royal qui avait la responsabilité de gérer le palais fut traditionnellement confiée à des Hollandais dans la maison de Hohenzollern de Brandebourg et Prusse. Les liens étroits qui unissent leur pays avec les régions de la mer du Nord remontent à très loin. Dès les premières périodes de colonisation au , des Hollandais avaient contribué à la mise en culture de la marche de Brandebourg. « Des colonnes entières sont arrivées des plages de la mer du Nord », raconte le chroniqueur et prêtre Hemold dans sa chronique des Slaves. L'influence hollandaise sur l'évolution de la marche connut un premier apogée sous le règne du grand prince-électeur Frédéric-Guillaume (1640-1688), c'est-à-dire au plus fort du siècle d'or néerlandais. Celui-ci avait passé une partie de son enfance chez le stathouder des Provinces-Unies, Frédéric-Henri d'Orange-Nassau l'oncle de sa mère Élisabeth Charlotte. À Leyde, il suivit des cours à l'université de la ville. Les expériences qu'il ramena de son séjour d'une durée de quatre ans exercèrent sur le jeune prince une grande influence, mais également sur les agissements du futur prince électeur de Brandebourg. Dans les Provinces-Unies, il trouva un système étatique très développé qui, à maints égards, lui servit de modèle pour sa principauté appauvrie et dévastée par la guerre de Trente Ans. vignette|Château de Potsdam. En 1648, Frédéric-Guillaume épousa la fille du stathouder néerlandais Louise-Henriette d'Orange-Nassau, et fonda par là même l'alliance dynastique qui permit aux souverains de la maison de Hohenzollern, branche de Prusse et Brandebourg, de porter le titre de « Prince d'Orange » jusqu'à ce jour. Le prince-électeur fit construire pour son épouse hollandaise une « Hollanderie » qui approvisionnait Berlin en lait et en fromage. Lorsque Frédéric-Guillaume fit de Potsdam sa seconde ville de résidence, il y fit construire un château ou Stadtschloss de style hollandais sur des idées du précurseur du classicisme néerlandais, Jacob van CampenVan Campen séjourna en Italie de 1617 à 1624 où il sera influencé par Palladio, Scamozzi et Vitruve. De retour en Hollande, il introduit la construction en klinkers, un style architectural qui sera souvent imité, que le souverain brandebourgeois admirait beaucoup. Le roi chargea Philippe de Chièze (1629, Amersfoort-1673, Berlin), qui est issu d’une famille piémontaise passée en France en 1445Généalogie de la famille Chièze, puis aux Pays-Bas, enfin en Allemagne(de) Notice biographique. Architecte et quartier-maître général de l’électeur, il conçoit pour lui de nouveaux types de voiture dans les années 1660. Selon la tradition, c’est en préparant un voyage de Berlin à Paris que Chièze eut l’idée du nouveau châssis de la berlineL’Attelage français- Les Berlines, par exemple sur le modèle du Honselaarsdijk. Il fit aménager le jardin d'agrément entre le château de Potsdam et la Havel également dans le style hollandais en damier.

Après que son père Frédéric de Prusse, fils d'une princesse hollandaise, avait imité la pompe de Louis XIV et qu'il avait légué à son fils un pays très endetté, Frédéric-Guillaume de Prusse avait acquis une passion pour la Hollande qui restera intacte depuis le séjour en 1704/5 à Amsterdam et à la Haye. Toutes les églises que Guillaume fit construire à Potsdam présentent déjà des influences hollandaises bien qu'on ne puisse les rapprocher d'aucun cas particulier. Il en est de même du seul château que le roi économe fit construire pendant son règne et qui était un manoir modeste dans le style des maisons bourgeoises hollandaises. Le château de chasse qui se trouve aujourd'hui en périphérie de Potsdam-Babelsberg est un bâtiment en brique avec un très haut pignon en forme de bouclier et qui est aménagé à l'intérieur après les coutumes des maisons hollandaises des couches moyennes. Ce sont pour les Néerlandais des maisons qu'on pourrait rencontrer par exemple à Amsterdam, Leyde ou à Utrecht in: ..