thumb|350px|Selling a Wife (1812–1814), de Thomas Rowlandson.
La vente d'épouse est une coutume observée en Angleterre, apparue probablement à la fin du , qui permettait de mettre fin, par consentement mutuel, à un mariage insatisfaisant, lorsque le divorce n'était accessible qu'aux plus riches. Après un rituel durant lequel la femme était publiquement exhibée, un collier au cou, à la taille ou au bras, par le mari, celle-ci était vendue aux enchères au plus offrant. Cette pratique sert de toile de fond au roman de Thomas Hardy intitulé Le Maire de Casterbridge, dans lequel le personnage principal, au début du récit, vend sa femme suivant ce rituel, un acte qui le hantera pour le reste de son existence et qui finira par le détruire.
Bien que cette coutume n'ait aucun fondement juridique et finissait fréquemment devant un tribunal, les autorités avaient une attitude, notamment à partir du milieu du , ambiguë au regard de celle-ci. On dispose aujourd'hui d'au moins un cas écrit, au début du , dans lequel un magistrat indiqua qu'il ne pouvait priver un homme du droit de vendre sa femme, et on dispose également de cas, dans le cadre d'attribution d'aides financières aux plus pauvres connues sous le nom de Poor Laws, où il était demandé au mari de vendre sa femme plutôt que de maintenir sa famille dans des Workhouses.
Cette pratique a subsisté sous certaines formes jusqu'au début du . Le juriste et historien James Bryce écrit en 1901 que la vente d'épouse avait lieu durant son époque. Le témoignage d'une femme devant un tribunal de Leeds en 1913 déclarant qu'elle avait été vendue à l'un des amis de son mari pour une livre sterling est le dernier cas connu de vente d'épouse en Angleterre.
Cadre juridique La vente d'épouses sous sa forme « rituelle » semble être une coutume « inventée », née vers la fin du , bien qu'on rapporte un cas de 1302 où quelqu'un . Du fait de la diffusion de plus en plus grande des journaux, les rapports sur cette pratique deviennent plus fréquents dans la seconde moitié du . Selon les mots de l'écrivain du Courtney Kenny, ce rituel était . Cependant, écrivant en 1901 sur le thème de la vente de femmes, James Bryce assure qu'il n'y avait . Il n'en faisait pas moins observer que .
Le mariage Jusqu'à l'adoption de la Loi sur le mariage en 1753, une cérémonie officielle devant un prêtre n'était pas une obligation légale en Angleterre, et les mariages n'étaient pas enregistrés. Tout ce que l'on exigeait était que les deux parties convinssent de leur union, dans la mesure où chacun avait atteint l'âge légal pour le consentement, c'est-à-dire douze ans pour les filles et quatorze pour les garçons. Après le mariage, les femmes étaient entièrement subordonnées à leurs maris et les deux époux devenaient une seule entité juridique, en vertu de la doctrine de la « coverture ». Comme l'écrit en 1753 sir William Blackstone, le juge éminent à l'origine de ce principe : . Les femmes mariées ne pouvaient posséder des biens en leur nom propre, et de fait elles étaient la propriété de leurs maris. Blackstone en venait à observer plus loin cependant que .
Séparation des époux Dans les Temps modernes, il existait cinq méthodes différentes en Angleterre pour rompre un mariage. L'une consistait à saisir les tribunaux ecclésiastiques et à demander la séparation de corps, pour des motifs d'adultère ou de cruauté mettant la vie en danger, mais cela ne permettait pas un remariage. Après 1690, le divorce n'était possible que par voie de requête au Parlement, processus long et coûteux. Le Matrimonial Causes Act de 1857 et les divorce courts créés dans son sillage simplifièrent les ruptures de mariage et les rendirent beaucoup moins chères, cependant pour les classes ouvrières les plus pauvres, le divorce restait encore un recours d'un prix prohibitif. Une solution alternative était d'obtenir une « séparation privée », un accord négocié entre les deux époux et consigné par un conveyancer. Un abandon du domicile conjugal ou un enlèvement consenti étaient également possibles, à la suite de quoi la femme était mise à la porte du domicile conjugal, ou le mari s'installait ailleurs avec sa maîtresse. Enfin, cette idée de vendre sa femme restait une possibilité pour rompre un mariage, quoiqu'elle fût illégale. Dans The Laws Respecting Women, As They Regard Their Natural Rights (1777), on fait observer que, pour les pauvres, la vente d'une femme était considérée comme , lorsqu'.
Contrairement à ce que certaines femmes du ont prétendu, il n'y a aucun document pour établir que des femmes du aient résisté à leur mise en vente. Quand elles n'avaient ni ressources financières, ni aptitude au commerce, pour de nombreuses femmes une vente était le seul moyen de se sortir d'un mariage malheureux. En effet, on signale parfois que c'est la femme qui avait insisté pour être mise en vente. En 1830, une femme vendue sur le marché de Wenlock pour 2 shillings et 6 pence voulait absolument que la transaction aille jusqu'au bout, malgré les craintes de dernière minute de son mari : . Pour le mari, la vente le libérait de ses obligations conjugales et le déchargeait de toute responsabilité financière envers son ex-épouse.
Vente
vignette|Gravure satirique de la coutume anglaise du « wife-selling », 1820. Il est difficile de savoir quand a commencé cette coutume de vendre une femme aux enchères publiques suivant un certain rituel, mais il semble probable que ce fut quelque temps avant la fin du . En , , quoique les modalités de la vente n'aient pas été enregistrées. En 1696, un certain Thomas Heath Maulster a été mis à l'amende pour , et la pratique semble s'être étendue dans toute l'Angleterre et y avoir été bien établie au milieu du , persistant jusqu'à l'aube du , même si elle était alors dans .
Dans la plupart des cas rapportés, la vente était annoncée à l'avance, peut-être par voie de publicité dans un journal local. Elle prenait généralement la forme d'une vente aux enchères, souvent lors un marché local, auquel la femme était menée par un licol (généralement une corde, mais parfois un ruban) attaché autour de son cou ou de son bras. Souvent, l'acheteur avait convenu la chose à l'avance, si bien que la vente était une forme de séparation symbolique et de remariage, comme ce fut le cas à Maidstone, où, en , John Osborne avait projeté de vendre sa femme sur le marché local. Toutefois, comme aucun marché ne se tenait ce jour-là, la vente eut lieu à la place à l'enseigne de , dans l'Earl Street, où , sa femme et son enfant furent vendus pour à un homme nommé William Serjeant. En juillet de la même année, une femme fut amenée au marché de Smithfield en voiture à cheval et vendue pour et un cheval. Une fois la vente terminée, . Lors d'une autre vente en , au marché de Staines, .
Bien que l'initiative vînt généralement du mari, il fallait que la femme consentît à la vente. On rapporte qu'en 1824 à Manchester . Il était fréquent que la femme vécût déjà avec son nouveau partenaire. Dans un cas, en 1804, un commerçant de Londres trouva sa femme au lit avec quelqu'un qu'il ne connaissait pas ; il en résulta une altercation à la suite de laquelle l'inconnu offrit d'acheter la femme. Le marchand donna son accord, et dans ce cas la vente peut avoir été une méthode acceptable pour arranger la situation. Toutefois, la vente était parfois spontanée, et la femme pouvait faire l'objet d'offres de la part de parfaits étrangers. En , un charpentier de Southwark vendit sa femme, . Une fois dessoûlé, l'homme demanda à sa femme de revenir, et après qu'elle eut refusé, il se pendit. Une querelle de ménage pouvait parfois précéder la vente d'une femme, mais dans la plupart des cas rapportés, l'intention était de mettre fin à un mariage d'une manière qui pouvait présenter la légitimité d'un divorce. Dans certains cas, la femme prenait ses dispositions pour sa propre vente, et fournissait même l'argent pour que son agent la délivrât de son mariage en l'achetant, comme ce fut le cas en 1822 à Plymouth.
Milieu du On croyait que vers le milieu du la vente d'épouses se limitait aux niveaux les plus bas du monde du travail, en particulier à ceux qui vivaient dans des zones rurales écartées, mais une analyse des professions des époux et des acquéreurs révèle que la coutume était la plus forte dans les communautés « proto-industrielles ». Sur les 158 cas où le domaine professionnel peut être établi, le plus grand groupe (19) travaillait dans des métiers en rapport avec l'élevage ou le transport, 14 dans le bâtiment, 5 étaient forgerons, 4 ramoneurs, et 2 ont été décrits comme des messieurs, ce qui suggère que la vente d'épouse n'était pas simplement une coutume paysanne. Le cas le plus haut-placé est celui de Henry Brydges, de Chandos, qui aurait acheté sa seconde femme d'un palefrenier aux environs de 1740.
Les prix payés pour les femmes variaient considérablement, passant d'un maximum de plus pour chacun de ses deux enfants dans une vente de 1865 (l'équivalent d'environ de 2010) jusqu'à aussi peu qu'un verre de bière, ou même rien du tout. Le montant minimum en argent ayant été donné est de trois farthings (trois-quarts de penny), mais le prix habituel semble s'être situé entre 2 shillings 6 pence et 5 shillings. Selon les auteurs Wade Mansell et Belinda Meteyard, l'argent semble avoir été généralement un détail secondaire; , le facteur le plus important était que la vente était considérée par beaucoup comme un moyen de se lier juridiquement, même si elle n'avait aucune base légale. Certains de ces nouveaux couples étaient donc en situation de bigamie, mais l'attitude de l'administration face aux ventes d'épouses était équivoque. Le clergé rural et les juges étaient bien au courant de cette coutume, mais semblaient hésiter sur sa légitimité et préféraient en définitive fermer les yeux. On a trouvé des entrées dans les registres de baptême, comme cet exemple de Perleigh dans l'Essex, daté de 1782: « Amie, fille de Moses Stebbing et d'une femme achetée qui lui avait été livrée avec un licol ». En 1819, un juge avait bien tenté d'empêcher une vente à Ashbourne, dans le Derbyshire, mais il fut pris à partie et chassé par la foule ; plus tard, il s'est ainsi expliqué :
Dans certains cas, comme celui de Henry Cook en 1814, ce sont les autorités chargées de la Poor Law qui ont forcé le mari à vendre sa femme, plutôt que d'avoir à l'entretenir, elle et son enfant à la workhouse d'Effingham. On l'emmena au marché de Croydon où elle fut vendue pour un shilling, la paroisse payant les frais du voyage et d'un repas de noces .
Importance de l'endroit