thumb|situation du Nouveau-Brunswick. thumb|upright=2.0|Un lieu, quatre noms :Français: Saint-JeanAnglais: Saint JohnMicmac: Menagoueche (petite péninsule)Malécite-passamaquoddy: Menagoueche ou Ouigoudi (village)

La toponymie néo-brunswickoise est l'étude des origines des noms de lieux du Nouveau-Brunswick.

Les toponymes néo-brunswickois sont le fruit de plusieurs millénaires de colonisation et d'exploration micmacque, malécite et passamaquoddy précédant celle française, acadienne, britannique et loyaliste. Les toponymes suivent plusieurs règles générales mais ont leurs particularités liées à la réalité linguistique de la province, qui est officiellement bilingue.

Quelques personnes ont étudié le sujet dès le , notamment et William Francis Ganong mais Alan Rayburn est considéré comme le véritable fondateur de cette discipline, avec son ouvrage Geographical Names of New Brunswick, publié en 1972.

Histoire

Époque amérindienne thumb|Le territoire historique des Malécites et des Passamaquoddys. lang=fr|thumb|Le territoire historique des Micmacs. Le territoire du Nouveau-Brunswick fut colonisé par les Paléoaméricains, environ dix mille ans avant Jésus-Christ. Les Micmacs et les Etchemins arrivèrent il y a environ quatre millénaires. Les Etchemins ont été remplacés par les Malécites et les Passamaquoddys. Les Micmacs vivent à l'est et au nord de la province et parlent le micmac. Les Malécites vivent dans la vallée du fleuve Saint-Jean et les Passamaquoddy vivent au sud-ouest de la province. Tous deux parlent le malécite-passamaquoddy. Le micmac et le malécite-passamaquoddy sont des langues algonquiennes.

En malécite, on retrouve par exemple le nom de la rivière Oromocto, certains sont traduits, comme l'île Spoon, certains autres ont été transférés, comme la rivière Scoodic et d'autre ont été créés après la colonisation européenne, tels que . Quelques toponymes sont d'origine passamaquoddy, notamment la baie de Passamaquoddy et les lacs Chiputneticook. L'île Deer est possiblement une traduction d'un toponyme passamaquoddy. Quant à eux, les Micmacs ont laissé, entre autres, la baie de Caraquet, le fleuve Ristigouche et la rivière Bouctouche. Le fleuve Miramichi et la rivière Popelogan ont été déplacés. Le lac Waubigut fut nommé plus tard.

La plupart des toponymes d'origine amérindienne ont été repris par les Français car ils avaient des relations pacifiques. La plupart de ces noms s'appliquent à des cours d'eau car le transport maritime était beaucoup plus important à l'époque. Certains toponymes font référence à la présence amérindienne, comme Pointe-Sauvage. D'autres lieux ont été nommés par les Blancs d'après des personnalités amérindiennes, par exemple la rivière Renous. Le fait que les toponymes ont été adoptés premièrement en français et deuxièmement en anglais explique certaines transformations importantes. Le raccourcissement de plusieurs toponymes est aussi important, comme Noo-kam-keechlwuk qui est devenu Keswick. Dans certains cas, il est très difficile de déterminer de quelle origine est un toponyme. Par exemple, l'île Spoon est appelée Am-quah'-nis en malécite, ce qui signifie « une cuillère », spoon en anglais, ce qui pourrait être lié à la forme de l'île. Certains noms ont été traduits de l'anglais ou du français en langue amérindienne. Par exemple, Sussex est appelé S'college en malécite car il y avait autrefois un collège, ou Sandon, signifiant « Sainte-Anne ».

Époque de l'exploration (1000-1604)

Les Vikings, qui ont visité l'Amérique du Nord vers l'an mille, n'ont pas laissé de toponymes au Nouveau-Brunswick. Les pêcheurs basques, bretons et normands n'ont pas non plus laissés de traces. Les seuls noms datant de l'ère des grandes exploration sont la baie de Fundy et l'Acadie. En 1534, Jacques Cartier nomme plusieurs lieux du nord de la province, notamment la baie des Chaleurs. Il reprend l'innu-aimun Miramichi et l'applique au fleuve de la côte est. En 1604, Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain explorent la baie de Fundy, qu'ils appellent la baie Françoise, et nomment plusieurs autres lieux, rarement avec des noms amérindiens, dont les seuls encore existant incluent Saint-Jean ainsi que le fleuve et l'île Sainte-Croix. On leur doit probablement aussi BeaubassinRayburn (1975), , 17-18..

Époque acadienne (1604-1763) Les Acadiens s'implantent sur le territoire peu après la fondation de l'Acadie, en 1604. Le faible nombre de toponymes datant de cette période s'explique par le fait que les Français réutilisaient surtout ceux amérindiens et que, à la suite de la Déportation des Acadiens, les Britanniques avaient peu de considération pour toute présence française et renommèrent la plupart des lieux. Certaines cartes anciennes démontre que les Acadiens ont pourtant nommé de nombreux lieux. Les seuls exceptions sont les toponymes francophones de la baie de Passamaquoddy, qui ont probablement été adoptés très tôt par les pêcheurs de la Nouvelle-Angleterre. La plupart des toponymes d'origine française sont descriptifs. Une règle courante dans l'adaptation des toponymes amérindiens en français est le remplacement du son « l » par « r ». Nelepitchk est donc devenu rivière Nerepis. Certains sont aussi dénaturés, notamment Bout-au-sac pour Pook-saak (Pokeshaw) et Aux-Pacques pour Eqpahak. Certains toponymes, comme , font peut-être référence à une famille. En fait, un seul lieu, Saint-Francis, rappelle un événement historique, soit la présence d'un missionnaire, tandis que Cocagne est le seul rappelant la présence de Nicolas Denys et sa famille. Les noms des seigneuries ont aussi tous disparus, sauf Martinon qui fut repris par William F. Ganong, tandis que Alan Rayburn propose d'en réutiliser certainsRayburn (1975), , 18-21..

L'extrémité de la baie de Fundy compte plusieurs toponymes ayant donné lieu à des théories extravagantes quant à leur origine, notamment Chipoudy, de « chapeau de Dieu » mais qui en fait provient du micmac Esedabit, ce qui signifie « qui retourne sur elle-même », en référence aux nombreux méandres de la rivière Chipoudy.

L'Acadie est passé deux fois sous contrôle britannique durant cette période et après le traité d'Utrecht, en 1713, sa partie continentale, correspondant au Nouveau-Brunswick, est disputée entre la France et le Royaume-Uni. William Alexandre a reçu des terres en 1621 et a renommé la partie continentale en New Alexandria, la rivière Sainte-Croix en rivière Tweede, le fleuve Saint-Jean en rivière Clyde, la rivière Miramichi en Forth et la baie de Fundy en baie d'Argall. Aucun de ces noms n'a été préservé. Le nom The Wolves a été donné durant le raid de Benjamin Church. Une attaque britannique contre des villages acadiens en 1758 est à l'origine du nom Burnt Church.

Époque de la Nouvelle-Angleterre (1763-1783)

Époque loyaliste (1783-?) À la suite de la victoire américaine dans la guerre d'indépendance américaine, des milliers de Loyalistes s'établissent en Nouvelle-Écosse à partir de 1783 jusque vers 1819. C'est en 1784 que la province du Nouveau-Brunswick en est détachée pour les accommoder. De cette époque datent le nom même de la province, ainsi que de ses huit premiers comtés et leur 36 paroisses. Plusieurs petites rivières et de nombreux lieux-dits, particulièrement les noms de rues de Fredericton, Saint-Andrews, Saint-Jean, sont nommés d'après des Loyalistes. Pourtant, aucun toponymes rappelle l'arrivée des Loyalistes, même si cet événement est aussi important que la Déportation des AcadiensRayburn (1975), , 23-24..

Époque post-loyaliste

Époque contemporaine Le besoin d'une commission de toponymie s'est fait sentir au Canada dès la fin du , à cause de l'exploitation grandissante des ressources naturelles et d'une immigration importante. C'est ainsi que la Commission de géographie du Canada, l'ancêtre de la Commission de toponymie du Canada, est fondée en 1897. Les provinces sont invitées à donner leur avis sur le sujet et certaines d'entre elles fondent leur propre commission mais le gouvernement fédéral a toujours le dernier mot. Au Nouveau-Brunswick, les toponymes deviennent officiels lors de l'ouverture d'une gare ou d'un bureau de poste. La plupart sont d'origine anglaise car les Acadiens ont peu de poids politique et que les dirigeants sont influencés par leur culture et leur éducationhttp://www.gnb.ca/0131/PDF/t/Toponymie%20Rapport%20Annuel%202008-2009.pdf.

En 1961, les provinces obtiennent le contrôle de la toponymie. Au Nouveau-Brunswick, certaines corrections sont apportées à la nomenclature existante et à l'adoption de quelques lois jusqu'en 1972. La responsabilité de la toponymie passe ensuite d'un ministère à l'autre. En 1975, Alan Rayburn publie Geographical Names of New Brunswick, encore considéré comme la référence dans le domaine.

En 2009, l'île Savage, dans le fleuve Saint-Jean à l'ouest de Fredericton, est renommée l'île Eqpahak, ce qui désigne un lieu où la marée arrête de monter dans la langue malécite-passamaquoddy. C'est la première fois qu'un toponyme néo-brunswickois discriminatoire ou inapproprié est changéhttp://www.gnb.ca/cnb/newsf/wcs/2009f2002wc.htm.

Composition des toponymes acadiens et anglais Spécifiques Génériques Dans la géographie, un générique est le nom commun dans un toponyme. Par exemple, dans le nom mont Carleton, « mont » est le générique.

Cours d'eau thumb|Le fleuve Saint-Jean. Au Canada, le Nouveau-Brunswick possède probablement le plus grand nombre de mots anglais pour décrire un cours d'eau, alors que seuls ruisseau, rivière et parfois fleuve sont utilisés en français.

Alan Rayburn notait en 1972 que le mot fleuve n'était pas utilisé en français mais son usage est maintenant fréquent pour le fleuve Saint-Jeanhttp://www.gnb.ca/public/Riverwatch/index-f.asp et parfois aussi pour les cinq autres grands cours d'eau, en particulier pour la Miramichi. Le mot crique n'est pas non plus utilisé.

Une rivière, traduit par river en anglais, décrit les cours d'eau les plus longs. Certaines rivières sont par contre très courtes, comme la rivière à Landry, à Miscou, longue de . Deux chenaux séparant des îles de la baie de Passamaquoddy portent le nom de rivière parce que le mascaret à ces endroits ressemble à des rapides. Une branche, branch en anglais, désigne les affluents principaux d'une rivière, ainsi que quelques-uns moins importants un peu partout dans la province. En français, le point cardinal est préféré lorsque le mot branche fait référence à une direction, comme dans le toponyme rivière Chockpish-Nord. Le générique rivière peut aussi se traduire par stream en anglais, et signifie un cours d'eau plus petit. Il en existe 77, dont 44 sont des affluents du fleuve Saint-Jean. Le mot anglais stream est parfois utilisé en français. Avant 1967, le mot stream apparaissait rarement sur les cartes, probablement parce que les géographes refusaient de reconnaître cet usage. Il y a quelques millstream, littéralement rivière du moulin mais utilisé tel quel en françaishttps://www.erudit.org/revue/cgq/1972/v16/n38/021057ar.pdf.