Le Gallois de Fougières, né entre 1350 et 1360 et mort le à Azincourt, est prévôt des maréchaux au début du .

Écuyer au service du chevalier bourguignon Régnier Pot, il participe à plusieurs des grandes opérations militaires de son temps — vraisemblablement la bataille de Nicopolis en 1396, puis les campagnes de Jean II le Meingre dit Boucicaut à Gênes et en Piémont en 1409-1410 — avant d'être tué à la bataille d'Azincourt.

Oubliée pendant plus de cinq siècles, son identité est rétablie en 1934-1936 par le capitaine de gendarmerie Georges Benoit-Guyod, qui localise sa sépulture dans l'ancienne église abbatiale d'Auchy-lès-Hesdin et en fait exhumer les restes. Transférés en 1945 sous le Monument national de la Gendarmerie à Versailles, ceux-ci font de lui la figure que l'institution présente depuis lors comme le premier gendarme mort au combat.

Contexte : la charge de prévôt des maréchaux Au début du , l'autorité militaire et judiciaire sur les gens de guerre est exercée, par délégation royale, par le connétable de France et les maréchaux de France. À partir de 1339, sous le règne de Philippe VI de Valois, les maréchaux sont autorisés à nommer un ou plusieurs « prévôts des maréchaux » chargés de les assister dans leurs missions de police militaire.

Également désigné comme « prévôt de la guerre », « lieutenant des maréchaux » ou « sergent d'armes », cet officier subalterne est chargé de passer les troupes en revue lors des montres d'armes, de surveiller les combattants, de statuer sur les exactions qu'ils commettent et de contrôler le ravitaillement. Il commande une troupe soldée de sergents à pied et à cheval dont les effectifs varient de cinq à cinquante hommes, levée en fonction des besoins et licenciée après emploi ; la charge elle-même est temporaire, le nombre de prévôts variant de plusieurs à aucun selon les périodes. Généralement confiée à un écuyer issu de la noblesse, elle suppose une certaine aisance financière, son titulaire devant avancer la solde de ses hommes ainsi que les frais de personnels spécialisés tels que clercs et bourreaux.

La charge demeurant avant tout un office militaire, il n'est pas rare que son titulaire, en marge de ses attributions judiciaires, redevienne combattant à l'occasion d'une bataille. Le prévôt Jean Montaigne, sous Philippe VI, périt ainsi en mer lors de la bataille de L'Écluse, le 24 juin 1340 ; Tristan l'Ermite est fait chevalier par le comte de Dunois sur la brèche de Fronsac, en Guyenne, le 29 juin 1451 ; et François , avant la bataille de Pavie, confie au prévôt Chandiou la garde des tranchées du château de Milan.

C'est cette filiation avec la maréchaussée qui fait du prévôt des maréchaux un ancêtre institutionnel du gendarme contemporain.

Biographie Origines Les origines de Le Gallois de Fougières demeurent incertaines, faute de sources. Christophe Gilliot, directeur du Centre historique médiéval d'Azincourt, avance des origines situées dans le Bourbonnais et le Berry et en fait un vassal du duc Jean de Bourbon, époux de Marie de Berry depuis 1400, ce qui expliquerait — en sus de sa fonction prévôtale — sa présence sur le champ de bataille au titre du service d'ost ; il précise toutefois que l'attribution des armoiries qui lui sont associées n'est pas assurée. Une autre hypothèse, relayée par la presse, le fait originaire de Fougères-sur-Bièvres, dans l'actuel Loir-et-Cher.

Son nom apparaît sous des graphies variables dans les sources médiévales et modernes : « Galois », « Galoys », « Galet de Fouchières », « Galot de Fougieres ». L'orthographe retenue aujourd'hui a été rétablie par le généalogiste Charles d'Hozier.

Au service de Regnier Pot Le Gallois de Fougières est écuyer au service de Régnier Pot (1362-1432), l'un des plus importants conseillers de la cour de Bourgogne, chambellan de Louis d'Orléans puis des ducs Philippe le Hardi, Jean sans Peur et Philippe le Bon, gouverneur du Dauphiné de 1409 à 1414 et futur deuxième chevalier nommé dans la première promotion de l'ordre de la Toison d'or.

Comme son maître, il appartient vraisemblablement au parti bourguignon. Les comptes de la chambre aux deniers de Jean, comte de Nevers, conservés aux Archives départementales de la Côte-d'Or, le mentionnent à plusieurs reprises : le 18 février 1402, il reçoit un don de vingt-deux francs pour rejoindre son maître en Hongrie après avoir rapporté au comte des nouvelles de l'ambassade qui y avait été envoyée ; le janvier 1403, il présente au comte des chevaux offerts par Regnier Pot à l'occasion des étrennes ; le 11 juin de la même année, il figure parmi treize personnages recevant un collier à la devise du comte.

Nicopolis et la captivité Le Gallois de Fougières et Regnier Pot sont probablement faits prisonniers par le sultan ottoman Bayezid et Étienne Lazarević de Serbie lors de la bataille de Nicopolis en 1396, qui met fin à la croisade menée par Sigismond de Luxembourg, roi de Hongrie. Selon Christophe Gilliot, c'est durant cette captivité qu'il a vraisemblablement fait la connaissance du maréchal de France Jean II le Meingre dit Boucicaut, lui-même capturé puis épargné grâce à l'intervention du comte de Nevers.

Regnier Pot ayant été chargé de négocier la rançon du futur duc de Bourgogne, il est plausible que son écuyer l'ait accompagné en France pour annoncer la défaite. En 1402, après la libération de la plupart des prisonniers, Le Gallois de Fougières est mentionné dans un « voyage de Hongrie » correspondant à une mission diplomatique auprès de Sigismond de Luxembourg au sujet du remboursement de cette rançon.

Les campagnes d'Italie (1409-1410) À l'été 1409, Boucicaut, alors lieutenant général du roi outre-monts et gouverneur de Gênes, se porte au secours de Jean Marie Visconti à Milan. Son absence permet aux Génois de se soulever, dans une révolte qui dure jusqu'en novembre 1410.

Le compte de cette campagne, conservé aux Archives nationales, mentionne plusieurs dons d'argent faits au « Galois de Fougières » et à ses compagnons d'armes entre juin et août 1410, destinés au rachat de chevaux et de harnois, à l'entretien de leur état ou à la solde de troupes et de guides. L'un des articles précise qu'il a servi le roi dans les pays de Gênes et du Piémont depuis le début de la rébellion et qu'il y a souffert « plusieurs peines, périls et travaux ». À la tête d'une troupe d'hommes d'armes, il est notamment envoyé le 16 août 1410 de Carignano à Monaco pour tenter de récupérer des galères dérobées au roi Louis par les Génois.

Azincourt La trace du prévôt des maréchaux se perd ensuite jusqu'à la bataille d'Azincourt, où le chroniqueur Enguerrand de Monstrelet le mentionne parmi les morts du 25 octobre 1415. Son corps est retrouvé auprès de ceux du connétable Charles d'Albret, de Jacques de Châtillon et des ducs de Brabant, d'Alençon et de Bar, ce qui laisse supposer qu'il a combattu dans la première ligne française.

Après la bataille, les quelque sept mille combattants français tués sont inhumés dans cinq fosses communes, mais les personnages de rang sont séparés du reste des morts pour être enterrés dans les églises avoisinantes. Le Gallois de Fougières est ainsi inhumé dans l'église abbatiale d'Auchy-les-Moines, aujourd'hui Auchy-lès-Hesdin, à environ neuf kilomètres du champ de bataille.

Redécouverte et transfert des restes Les recherches du capitaine Benoit-Guyod La recherche des origines médiévales de la gendarmerie est entreprise dès les années 1920 par quelques officiers de l'arme, parmi lesquels les généraux Larrieu et Plique. C'est dans ce sillage que le nom du prévôt des maréchaux tué à Azincourt est rétabli par le capitaine de gendarmerie Georges Benoit-Guyod (1886-1968), orthographié parfois Benoit-Guyot. Ancien dragon mobilisé en 1914, blessé en 1918 et admis dans la gendarmerie en 1920, il collabore régulièrement à partir de 1934 à la Revue de la gendarmerie et s'attache à l'histoire de son arme. Encouragé par sa hiérarchie, sa recherche s'inscrit dans le projet naissant d'ériger un monument national à la gloire de la gendarmerie.

Après avoir dépouillé les catalogues de manuscrits de la Bibliothèque nationale, il est orienté par les archives départementales du Pas-de-Calais vers un fonds conservé à la bibliothèque municipale de Besançon : le manuscrit 64 de la collection Chiflet, ensemble de 145 feuillets intitulé « épitaphes recueillies dans les églises des Flandres et de l'Artois ». Les folios 4 et 5 donnent la liste des seigneurs, chevaliers et écuyers tués à Azincourt et inhumés dans l'église d'Aucy-les-Moines ; il s'agit en fait d'un procès-verbal d'ensevelissement. Le prévôt figure dans la dernière notice, décrivant une fosse située au bout de la nef, devant la grande porte, où reposent « monseigneur du Liergue d'Auvergne, monseigneur Jehan des Quesnes, Le Galet de Fouchières, prévost des maressaulx, et le petit Hollandes, fils du bailly de Rouen ».

Les fouilles d'Auchy-lès-Hesdin (1936) Benoit-Guyod se rend une première fois à Auchy-lès-Hesdin et constate, avec la confirmation du curé-doyen Debriet-Florival, que l'église n'a vraisemblablement connu aucune modification importante depuis le . Il sollicite alors des Monuments historiques l'autorisation de fouiller le sol de l'édifice et fait adopter, par la société présidée par le colonel Georges Lélu (1872-1953) et chargée d'ériger le monument national, une motion de prise en charge des travaux.

Les fouilles commencent le 7 septembre 1936 dans l'église paroissiale, ancienne abbatiale d'Auchy-les-Moines, en l'absence du capitaine retenu par son service ; celui-ci fait sonder en priorité le secteur situé à l'entrée de la nef, à droite du portail, où il soupçonne l'existence de la fosse. Averti par télégramme du maréchal des logis-chef Lepage, commandant la brigade d'Auchy, que plusieurs squelettes en bon état ont été dégagés à l'endroit indiqué, il prend une permission de vingt-quatre heures et se rend sur place, où il décrit « un alignement de quatre squelettes couchés côte à côte », à environ de profondeur.

L'identification repose sur la position relative des corps, comptés de droite à gauche selon l'ordre de préséance habituel, qui est aussi celui du manuscrit : le quatrième, désigné par les ensevelisseurs comme le « petit Hollandes », est d'une taille notablement plus courte que ses compagnons, ce qui permet de reconnaître formellement la fosse décrite par le document. Le troisième corps, celui du prévôt selon le manuscrit, est de plus forte stature ; les examens pratiqués par un médecin dépêché sur place concluent à un homme d'une soixantaine d'années, ce qui conforte l'identification, les prévôts des maréchaux étant généralement d'anciens chefs de guerre.

Ses restes sont séparés des trois autres corps et exhumés le 12 septembre 1936, en présence de nombreuses autorités civiles et militaires : le colonel Lélu, le colonel Léguillette commandant la légion de Lille, le chef d'escadron Eloy commandant la compagnie du Pas-de-Calais, le capitaine Pruvôt commandant la section de Montreuil-sur-Mer et le chef Lepage. Benoit-Guyod, retenu par son service, n'y assiste pas. Les restes sont recueillis dans une urne de chêne, placée provisoirement dans le dépositoire de l'église, et il est décidé qu'elle constituera le cœur du monument en construction à Versailles.

Le transfert à Versailles (1938-1946) Les travaux du Monument national de la Gendarmerie, à Versailles, commencent en 1938 et s'achèvent en 1941, mais la guerre et l'Occupation retardent la cérémonie de transfert. Celle-ci se déroule le 24 septembre 1945 : l'urne contenant les restes du prévôt des maréchaux est placée dans l'hypogée aménagé à cet effet et scellée par un bouclier de bronze. Le monument est inauguré le 6 juillet 1946.

Postérité Le « premier gendarme mort au combat »