thumb|Lucien Bégule 1925 (G. L. Arlaud - Archives municipales)
Lucien Bégule (né le à Saint-Genis-Laval et mort le Archives municipales de Lyon, acte de décès 90, vue 13/126. à Lyon 2) est un peintre-verrier et archéologue français..
Formé par Jean-Baptiste Chatigny, Pierre Bossan et Pierre Miciol, cet entrepreneur a développé son activité de peinture sur verre à la fin du . Il crée notamment les « Ateliers de Choulans » spécialisés dans la réalisation de vitraux profanes et religieux. Il devient l'un des artistes majeurs de la région lyonnaise. Parmi les œuvres les plus marquantes, on peut citer les vitraux Saint Georges combattant le dragon et Louise Labbé respectivement primés lors des expositions universelles de Paris de 1889 et 1900.
À la suite de la loi de Séparation de 1905 la production des ateliers périclite. C'est alors que Bégule se recentre sur son activité d'archéologue, publiant de nombreux ouvrages sur l'architecture religieuse et profane. Photographe émérite, il parcourt la France et l'Italie pour illustrer ses nombreux ouvrages d'archéologie. C'est en tant que Conservateur des Antiquités et Objets d'Art du département du Rhône qu'il publiera son ouvrage sur les Richesses d'art du Département du Rhône en 1925. Il devient ensuite inspecteur général de la Société française d'archéologie en 1929.
Biographie Contexte familial
Lucien Bégule vient d'une famille bourgeoise au passé agité. Ce passé est déterminant pour expliquer la force et la puissance que montrera par la suite le personnage. Il faut remonter à la Révolution pour comprendre l'évolution de cette famille pour qui l'art est un moteur. Jean-Marie Joseph Bégule (1767 - 1850), le grand-père de Lucien, s'engage aux côtés des royalistes avec le comte de Précy et en , il est arrêté dans les bois de Charbonnières-les-Bains à côté de Lyon. Condamné à la guillotine, il est sauvé grâce à l'intervention de Georges Caminet, procureur, son beau-frère, le 20 pluviôse de l'An II ()..
Quelques années plus tard, fortune faite, Jean-Marie Joseph Bégule prête une importante somme d'argent à son ami Georges Peillon qui tente de faire fortune dans la culture du café à Saint Yago de Cuba. En 1828, il envoie son fils Georges (1805 - 1882), le futur père de Lucien, récupérer l'argent à Cuba..
Georges Bégule embarque sur le paquebot le Rhône en 1828 avec son carnet de croquis. Il commence avec un croquis du paquebot. Au terme d'une traversée où il fallait affronter les caprices d'un océan mal connu, exposé aux poursuites des corsaires, il débarque à New York et rejoint Cuba. Là, il découvre la vie de la plantation et se met à « croquer » les scènes d'une vie qui le dépasse : paysage, torture, salle de bal, cultures, l'infirmerie et il se transforme petit à petit en ethnologue et botaniste.. Au fil du temps, il tombe amoureux de la fille de Georges Peillon, Stéphanie, avec qui il reviendra sans un sou, car Peillon n'a pas fait fortune..
Jeunesse
En 1829, de retour à Lyon, Georges Bégule se marie avec Stéphanie cette même année. En 1842, Georges achète une partie du Château de La Tour à Saint-Genis-Laval. En 1848 Lucien y vient au monde. Jean-Marie Joseph meurt deux ans plus tard. En 1860 Georges achète une charge de commissaire-priseur 22 place Louis-le-Grand à Lyon (renommée place Bellecour).. Georges revend le Château de La Tour en 1862 et achète en 1863 la propriété de Choulans où son ami Jean-Baptiste Fusy, ingénieur civil, construit la demeure familiale « les Tourelles ». En 1879, Lucien obtiendra de ses parents l'autorisation d'y construire un atelier. Georges meurt en 1882.
La jeunesse de Lucien se déroule dans un strict environnement à la fois religieux et artistique, ce qui définit sa construction future. À huit ans, les volumes de l'histoire de France par Abel Hugo sont les livres de chevet du jeune Lucien qui recopie alors les gravures de la monarchie française, ce qui attise une prédilection précoce pour le Moyen Âge. À neuf ans, il entre au pensionnat Blanc à La Mulatière. À quinze ans, il intègre le collège jésuite Notre-Dame de Mongré réputé alors pour la formation d’individus de « haute valeur morale et intellectuelle ». C'est là qu'avec le professeur de chimie, Lucien fait ses premières armes comme photographe explorant les techniques nouvelles. Il devient un photographe averti, membre du Photo-Club de Lyon, et cultive des relations personnelles avec les frères Lumière. Il se tient à la pointe du progrès en matière photographique, révélant ainsi son goût pour les nouvelles techniques.
Sa formation professionnelle
vignette|Premier vitrail de Lucien Bégule : le vitrail des fonts baptismaux de Notre-Dame des Marais à Villefranche, 1874.
La formation de Lucien Bégule est ponctuée de plusieurs étapes. Il côtoie des artistes comme Jean-Baptiste ChatignyLucien Bégule (1848-1935), consulté le 26-03-2010., Pierre Miciol, Jacobé Razuret ou encore Pierre Bossan. Il rencontre également les frères Lumière qui lui font découvrir les techniques « modernes » de la photographie..
Par un condisciple de collège, il entre dans l'atelier du peintre Chatigny, rue Jarente à Lyon, et prépare le concours de la Société des amis des arts. Il obtient de travailler quelques semaines à Valence auprès de Pierre Bossan qui sera son maître en matière ornementale et décorative. Grâce à Chatigny et Bossan, il remporte une première distinction en 1869. Il a alors vingt ans. Il assiste Bossan lors de la construction de la basilique Notre-Dame de Fourvière de Lyon.
Le beau-frère de Chatigny, Pierre Miciol (1833-1905), second prix de Rome en gravure en 1858, exploite alors un atelier de peinture sur verre situé lui aussi rue de Jarente.. (verrière de l'église d'Ars). Séduit par la magie de cet art, il ne tarde pas à devenir son associé en 1873 et le restera pendant deux ans. Le vitrail des fonts baptismaux de Notre-Dame des Marais à Villefranche est l'une des œuvres de la collaboration avec Miciol..
À la suite de déboires financiers, Lucien se sépare de Pierre Miciol et installe un bureau/atelier à l'angle de la rue de l'Hôtel de Ville (maintenant Rue Édouard-Herriot) et de la rue Ferrandière qui lui permet surtout de lire des ouvrages d'art. Les trois années suivantes, de 1877 à 1880, il collabore avec Jacob Razuret dans l'atelier de la rue des Prêtres (aujourd'hui Rue Monseigneur-Lavarenne) à proximité de la cathédrale de Lyon.
L'admiration que porte Lucien Bégule à cet édifice le décide à entreprendre une étude très approfondie et d'en publier les caractéristiques sous le titre Monographie de la Cathédrale Saint-Jean. En 1879, Lucien donne lecture à la Sorbonne d'un mémoire exposant le plan de la Monographie de la cathédrale.. En , la Monographie sur Saint-Jean est publiée et devient le point de départ de la confiance accordée aux futurs ateliers..
Les ateliers de Choulans
Ayant étudié les verrières du des cathédrales de Chartres, Sens, Bourges ou encore de Troyes, Lucien Bégule prend la décision de se consacrer exclusivement à cet art. Après des essais effectués dans l'ancien atelier du peintre Joseph Guichard, montée du Chemin Neuf (dont les verrières de l'église Saint-Vincent), il obtient l'autorisation de ses parents de construire un atelier au fond de la propriété de Choulans sur les plans de Auguste Monvenoux. Lucien fait bâtir les ateliers au fond de la propriété en 1879...
En 1880, les ateliers de Lucien Bégule ouvrent leurs portes, Lucien a alors . Ces ateliers sont organisés de façon à pourvoir à l'ensemble des techniques de fabrication. Dès l'entrée, se trouve une grande salle d'accueil avec de part et d’autre les salles de montage et de peinture. L'atelier est installé sur les hauteurs de Saint-Just dominant la ville de Lyon.. C'est au cours de cette année que naît son fils, Émile, qui deviendra artiste peintre et dessinateur de vitraux.
Sur tous les documents de Lucien Bégule, en-tête, communication, il utilise le vocabulaire ancestral de « peintre sur verre ». Effectivement, au Moyen Âge dans les ateliers à l'ombre des cathédrales, se tiennent les loges de toutes les corporations dont des verriers itinérants, ..
Les tâches sont bien réparties : les apprentis coupent les calibres, préparent les plombs, les compagnons coupent les verres et assemblent le vitrail. En amont, le maître discute avec le donneur d’ordre sur ce que sera le thème du décor. Puis, il fait les maquettes, en général des aquarelles qu’il propose alors au financeur, l’Église en général. Puis, à partir des maquettes, Lucien Bégule conçoit les « cartons » c'est-à-dire le vitrail grandeur nature sur lequel sont reportés les emplacements des plombs ainsi que les couleurs à l'aide des numéros des échantillons. La plupart du temps ce sont ceux de la verrerie Saint-Just-Saint-Rambert dans le département de la Loire. Ce carton est ensuite décalqué pour fabriquer des calibres en tenant compte de l'épaisseur du plomb.. Ces calibres servent ensuite à découper les verres..
En aval, sur le vitrail provisoirement assemblé, le maître fait la « peinture » : visages, mains, etc. Après peinture, le vitrail est démonté et les verres sont cuits pour fixer les couleurs. À ce stade, le vitrail est prêt à être remonté si aucune retouche n'est nécessaire. Les « vraies » couleurs apparaissant à la cuisson, sans doute n'est-il pas rare d'avoir à reprendre des détails et à effectuer une seconde cuisson. Puis, le vitrail est monté en plombs définitifs et soudés. Parallèlement au changement profond de l’esthétique et du décor apparu avec l’Art nouveau, tous les verriers prendront le titre de « maîtres-verriers ». À partir de la fin des années 1930, de moins en moins de vitraux sont des peintures sur verre avec ces techniques complexes de verres plaqués décolorés à l’acide, d'émaillage, de grisaille au profit de décors conçus exclusivement avec des verres colorés.
Les vitraux sont exécutés, sous l'autorité de Lucien Bégule, par le personnel des ateliers avec toutes les variations que cela implique et toutes les possibilités de traitement de grisaille, d'émaillage et de travail sur le verre qui appartiennent à chacun. Cependant, les vitraux créés dans les ateliers Lucien Bégule, tout en suivant une véritable évolution entre 1881 et 1911, portent les signes d'une maturation dans la technique de l'art du vitrail vers une expression claire, lumineuse et de plus en plus décorative tout en restant en parfaite adéquation avec l'édifice, public ou privé, civil ou religieux, qu'ils éclairent..
Comme tous les ateliers, ceux de Lucien Bégule doivent être rentables. Aussi, lorsqu'il est possible de réutiliser un motif, une maquette ou un carton, il n'hésite pas à le faire. C'est ainsi qu'il existe des verrières, situées dans des bâtiments différents, qui comportent exactement le même dessin. On peut notamment retrouver ces motifs réemployés dans les vitraux consacrés à la vocation de Jeanne à la basilique Saint-Martin d'Ainay et l'église de la Rédemption de Lyon comme à l'église de Malaucène dans le Vaucluse. On retrouve aussi des éléments identiques sur les vitraux représentant Jésus dans l'atelier de Joseph à Boen, Liergues et Saint-Just-d'Avray. Les vitraux représentant les rois mages de Saint-Just-d'Avray, Saint-Bonnet-le-Château et Sury-le-Comtal sont dans le même cas.
La production des ateliers
La majorité de la production est réalisée dans la région de Lyon, mais également dans les départements de la Loire et de l'ArdècheBase Palissy -Lucien Bégule, consulté le avril 2010.. Plus loin se trouvent des vitraux en Bretagne (Pont-Scorff), dans le Midi de la France (Carpentras, Malaucène, Giens.), ainsi qu'à l'étranger : Nagasaki., Le Caire (palais de Tigrane Pacha.), Lausanne (cathédrale de Lausanne), Rio de Janeiro (église des Sœurs de Saint-Vincent de Paul).
L'œuvre religieuse : création et restauration