Le est une race de petits chevaux de selle rustiques à la robe grise, originaire de la région éponyme, formée par le delta du Rhône, dans le Sud de la France. Ce cheval vit traditionnellement en liberté dans cette région de marais. Il est souvent considéré comme l'une des plus anciennes races de chevaux au monde mais ses origines exactes restent à déterminer.

Mentionné dès l'Antiquité romaine, le Camargue est occasionnellement une monture de bât et de guerre. De tous temps, il sert comme animal utilitaire et de travail. Les habitants de la Camargue lui font dépiquer le grain, tirer des attelages, et le montent, entre autres, pour travailler avec le bétail, avant de le relâcher. Au contraire de nombreuses races de chevaux, le Camargue a très peu évolué dans sa morphologie, la sélection naturelle restant forte dans son biotope. Après une période de déclin durant la première moitié du , il gagne en popularité avec le développement touristique.

Le Camargue est officiellement reconnu comme race de chevaux de selle en 1978 en France. Désormais surtout monté pour le tourisme équestre, il est l'un des symboles de sa région d'origine, avec le taureau camarguais et le Flamant rose (). Il reste élevé en semi-liberté dans des manades, monture exclusive des gardians de la région qui l'utilisent pour le travail du bétail et de nombreuses fêtes populaires. Le Camargue bénéficie d'une grande notoriété grâce à l'équitation Camargue et à sa forte image de tradition et de liberté née de sa présence dans les arts et la littérature, notamment dans l'histoire de Crin-Blanc.

Terminologie et dénomination

La seule graphie juste du nom de cette race de chevaux fait appel à une initiale en lettre majuscule, dans la mesure où cette race est nommée d'après la région française de la Camargue.. « Camargue » est donc le nom officiel ; d'après différents auteurs dont la géographe Sylvie Brunel, seul ce nom de est utilisé pour désigner ce cheval dans la région originelle de son élevage, le nom n'étant jamais usité pour désigner les chevaux.

Cette race de chevaux est aussi nommée ou .

Un vocabulaire spécifique s'est développé en Camargue, historiquement en provençal, pour désigner le cheval et son élevage :

Caractéristique Dénomination Étalon de race camarguaise d'au moins 5 ans Grignon Cheval ou jument sauvage Rosso Poulain d'un an Court. Cheval ou taureau de deux ans Doublen Cheval ou taureau de trois ans Ternen Cheval ou taureau de quatre ans Quatren Tentatives d'un cheval pour jeter son cavalier à terre Desbrander Marquage des poulains au fer rouge Ferrade Cavalier surveillant les troupeaux Gardian, gardianou pour le jeune apprenti, baile gardian pour le chef ou le contremaître Troupeau de taureaux et/ou de chevaux camarguais Manade

Histoire L'histoire du Camargue est très longue, et son origine obscure. La race a historiquement peu de renommée et d'importance économique. Avant les travaux d'endiguement du , seul l'élevage du cheval et des bovins est possible dans le delta du Rhône. Eugène Gayot, hippologue et vétérinaire de la circonscription d'Arles, témoigne en 1850 et en 1861 que :

thumb|upright=1.6|center|Carte de la Camargue, région d'origine de la race.

Cet élevage répond aux besoins des habitants de la région, qui ne soignent généralement pas leurs chevaux et les estiment aptes à vivre dans l'eau. De nombreuses tentatives de croisement pour la taille des Camargues et les adapter à la guerre se soldent par des échecs.

Origines thumb|Chevaux de Camargue à Saint-Laurent-d'Aigouze. Le Camargue fait partie des plus anciennes races chevalines du monde. Comme tous les chevaux domestiques modernes, il provient de la lignée dite DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers selon une vaste étude génomique publiée dans Nature.. En 1981, une analyse de structure génétique conclut que le Camargue est un peu plus proche des poneys de race Haflinger et New Forest (mais présente moins d'hétérozygotie que ceux-ci), un peu plus éloigné génétiquement du Barbe et du Pur-sang, et très éloigné de la race Arabe.. Il est décrit comme intermédiaire entre les poneys rustiques et les races hautement sélectionnées. C'est également la conclusion d'une très vaste étude sur 34 races de chevaux françaises, publiée en 2009, selon laquelle le Camargue présente des caractéristiques génétiques communes avec les poneys du territoire français, dont il se révèle génétiquement plus proche que des « chevaux de sang »..

La rudesse de la vie en Camargue, sur de nombreuses générations, a probablement entraîné une forte sélection naturelle. En effet, les reproducteurs ne sont historiquement pas choisis par les éleveurs, c'est le mâle le mieux adapté à son milieu qui devient reproducteur. Il existe une longue controverse relative aux origines de la race Camargue et aux influences qu'elle a reçues. Eugène Gayot nie les influences arabe et berbère, estimant que le sol et les propriétés alimentaires des plantes ont forgé le cheval de Camargue, un aspect sur lequel René Musset insiste lui aussi, avec l'influence du climat. Au contraire, Marc du Lac, ingénieur à l'Institut national agronomique Paris-Grignon, estime en s'appuyant sur les archives municipales d'Arles que la moitié des influences reçues par la population Camargue actuelle proviennent d'étalons des haras royaux et nationaux mis à disposition des éleveurs. Martin Haller décrit des origines marquées par le Barbe ou le cheval ibérique.

Ce cheval est peut-être déjà connu des Phéniciens. Une légende attribue la création des premiers haras de la Camargue aux Phocéens, fondateurs de Marseille. Une correspondance romaine datée de 339 évoque la présence de chevaux fins et racés dans le delta du Rhône. Dès le Moyen Âge tardif, selon l'historien et archéologue Jérôme Carcopino, l'élevage du cheval et du taureau est pratiqué dans la région d'Arles.

Mythes et légendes De nombreux récits folkloriques font du Camargue un animal . Jean Claude Girard, conservateur des musées du Gard, rapporte la légende d'un homme poursuivi par un taureau noir sur la plage des Saintes-Maries-de-la-Mer. Il n'eut d'autre choix que de se jeter à la mer. Alors que les flots l'emportaient, il fut sauvé par un étalon qui sortit de l'écume et lui dit : . L'homme apprivoisa l'étalon durant trois jours et celui-ci devint à la fois son meilleur ami et le fondateur des chevaux camarguais. Il existe de légères variantes de cette légende.

Hypothèse de l'origine africaine thumb|Le cheval berbère présente des similitudes morphologiques avec le camarguais. Des croisements entre les deux races sont attestés. L'hypothèse faisant du Camargue un descendant de chevaux Barbes ou Arabes reste la plus communément admise jusque dans les années 1970. En 1807, l'académie des sciences de Marseille fait de l'introduction de chevaux d'une de ces deux races par le commandant romain Flavius Flaccus aux environs d'Arles la souche fondatrice de la race camarguaise.. Ce récit invérifiable est transmis par des érudits locaux. Le Camargue présente selon eux une forte ressemblance avec les chevaux de la cavalerie numide que les Romains affrontent durant les deux guerres de Carthage, après la conquête de l'Afrique du Nord. Les importations de chevaux orientaux ou africains auraient été accrues lors de l'établissement de la colonie de Julia. Jules César aurait ensuite créé deux haras, l'un à Arles et l'autre à Rhodanisia, pour croiser les chevaux numides à ceux des marais pontins. Les premiers haras sont donc censés dater des colonies romaines. Les croisements auraient été renouvelés pendant le séjour des Sarrasins en Provence, vers 730, et à l'époque des croisades.

L'étudiant vétérinaire F.-J. Delay publie en 1875 une thèse dans laquelle il affirme que les Sarrasins ont abandonné derrière eux des chevaux qui ont formé la souche de la race camarguaise, après leurs incursions dans le sud de la France au . Des croisements se sont bien produits entre la race Camargue et les chevaux africains, mais la présence de ces animaux dans les marais de Camargue est antérieure au . De plus, l'apparition de cette hypothèse coïncide avec une idée dominante à l'époque, selon laquelle .

Cette idée est reprise plusieurs fois au cours du ., et remise en cause dans la Revue de viticulture en 1900.. L'étude d'ethnologie de Jocelyne Bonnet la qualifie de . Amélie Tsaag Valren estime l'origine africaine défendable en raison de la couleur de robe grise du Camargue, le gène responsable de la robe grise provenant des chevaux barbes et arabes d'Afrique.

Divers croisements sont attestés entre la race Camargue et des chevaux africains au fil de l'histoire, notamment à l'époque romaine. Le harnachement traditionnel du Camargue a une parenté avec le harnachement traditionnel maure.

Hypothèses de l'origine asiatique ou germanique thumb|left|Le cheval mongol ressemble physiquement au camarguais. L'hypothèse d'une origine asiatique du cheval Camargue se fonde sur la ressemblance morphologique entre les chevaux asiatiques, notamment le cheval mongol ou , et le cheval Camargue. Sans preuve historique, elle s'appuie sur une particularité anatomique, la présence d'une sixième vertèbre lombaire qui rapproche le Camargue du Tarpan et du cheval de Przewalski. Plusieurs auteurs s'appuient sur les points communs entre les rudes steppes et les paluns, et sur la mention des Phéniciens qui auraient importé des chevaux mongols depuis les côtes de Syrie pour les introduire dans leurs différents comptoirs méditerranéens. Emmanuelle Hubrecht cite les montures des Ostrogoths .

Jocelyne Bonnet cite enfin l'hypothèse d'une origine germanique, les Germains ayant envahi l'Empire romain. Ces hypothèses, vues comme des mythes identitaires, sont remises en cause par plusieurs historiens. Des croisements ont pu se produire, mais le cheval mongol ne peut être l'ancêtre exclusif de la race camarguaise.

Hypothèses obsolètes de l'origine autochtone préhistorique (Solutré, Przewalski)

La race Camargue ne peut pas avoir d'origines préhistoriques, puisqu'elle descend génétiquement, comme tous les chevaux domestiques, de la lignée DOM2.

Jocelyne Bonnet rappelle que diverses comparaisons scientifiques entre squelettes préhistoriques reconstitués et chevaux Camargue ont établi cette hypothèse, mobilisée pour nier l'origine arabe alléguée de la race Camargue. Le professeur Nicolas a découvert un squelette de cheval sur la rive droite du Rhône, à deux kilomètres en amont d'Arles. Entouré de silex en forme de couteaux, il remonte à l'âge de la pierre taillée. En 1874, le professeur Toussaint étudie le cheval de Solutré et rédige un Traité sur le cheval dans la station préhistorique de Solutré. Il mentionne de nettes similitudes avec le cheval camarguais. Le squelette de cheval découvert en 1875 près d'Arles est alors analysé comme , et montré au muséum de Lyon. Par la suite, des études scientifiques de l'époque font du cheval Camargue un descendant direct du solutréen. Bon nombre d'ouvrages de vulgarisation reprennent cette idée, pourtant scientifiquement inexacte et obsolète. Selon Charles Naudot, , le Camargue aurait suivi le retrait de la mer devant la formation du delta du Rhône. Soutenue comme étant la plus probable par des hippologues du , dont Eugène Gayot, puis par l'étudiant en médecine vétérinaire Georges Mathieu en 1929, l'hypothèse d'une origine préhistorique et locale du Camargue est devenue dominante, et la plus communément admise à partir des années 1990 et 2000. L'écrivain britannique Elwyn Hartley Edwards compare en 1992 ce cheval aux peintures de la grotte de Lascaux et voit dans le cheval de Solutré l'un de ses lointains ancêtres, tandis que divers auteurs remarquent des caractéristiques primitives.

D'autres auteurs y ont vu un descendant du cheval de Przewalski, filiation elle aussi invalidée par les analyses génétiques récentes.

Sous l'Ancien Régime thumb|Le cheval de Camargue résiste à toutes les tentatives de croisements dits .