Saïf al-Islam KadhafiOrthographe choisie par le quotidien Le Monde, cf mercredi 23 février 2011, Nom également retranscrit Seif el-Islam Kadhafi ou Sayef el-Islam Kadhafi. (en ), né le à Tripoli dans le complexe fortifié de Bab al-Azizia et mort assassiné le à Zintan, est un homme politique libyen.
Président de la Fondation internationale Kadhafi pour la charité et le développement, il est dans les années 2000 l'un des principaux émissaires de la Jamahiriya au niveau international. Partisan déclaré d'une réforme du système politique libyen, il est souvent présenté comme un successeur potentiel de son père. Il anime un mouvement – « La Libye de demain » – autour de son projet de « changement » auxquels se joignent les plus modérés du régime, ainsi qu'une partie de l’opposition.
Dès le début de la guerre civile libyenne de 2011, Saïf al-Islam Kadhafi se fait l'avocat d'une ligne dure face aux contestations, contredisant l'image de réformateur dont il jouissait jusque-là. Après la prise de Tripoli par les forces du CNT, puis la chute des derniers bastions kadhafistes, il passe dans la clandestinité. Sous le coup d'un mandat d'arrêt émis par la Cour pénale internationale et Interpol pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, il est arrêté dans le Sud de la Libye, puis condamné à mort en 2015, et emprisonné à Zintan, dans le djebel Nefoussa.
Libéré en 2017, il annonce par la suite son intention de se présenter à l'élection présidentielle prévue en 2021, mais le scrutin est repoussé sine die. En , il est assassiné par un commando de quatre hommes à Zintan où il était réfugié.
Biographie vignette|redresse|gauche|Saïf al-Islam Kadhafi dans les bras de son père en 1976. Saïf al-Islam Kadhafi est le second fils de Mouammar Kadhafi, dirigeant de la Jamahiriya arabe libyenne, et le premier enfant issu du mariage de ce dernier avec sa seconde épouse Safia Farkash. Son prénom signifie, en arabe, ..
Activités politiques et diplomatiques En 1995, Saïf al-Islam Kadhafi obtient un diplôme d'architecte de l'université de Tripoli, ce qui lui vaut le surnom d'. Dans les années 1990, son pour les affaires d'État est Moussa Koussa, chef des services de renseignement de son pays . Parti en Europe compléter sa formation, il obtient à Vienne un diplôme d'économie et de management (MBA) de l'école autrichienne IMADECProfile: Colonel Gaddafi's son Saif al-Islam, The Daily Telegraph, 22 août 2009..
En parallèle, il prend la tête de la Fondation internationale Kadhafi pour la charité et le développement, créée en 1998 et gère à ce titre diverses situations diplomatiques. À l'été 2000, il montre la bonne volonté du régime libyen en versant la rançon de 25 millions de dollars demandée aux Philippines par le groupe Abou Sayyaf pour libérer six otages occidentaux. Saïf al-Islam Kadhafi offre alors un visage jugé , ou , au régime de la Jamahiriya arabe libyenne, éprouvé par des années d'embargo économique et d'isolement politiqueSaïf Al-Islam, glaive et bouclier de Kadhafi, Le Monde, 21 février 2011.Succession de Kadhafi : le combat des frères ennemis, Le Figaro, 22 février 2011.. Il multiplie les rencontres avec les milieux politiques, financiers et diplomatiques occidentauxSeif al Islam, réformateur contrarié ou despote-héritier?, Slate Afrique, 6 septembre 2011., où il est longtemps considéré comme un interlocuteur valable pour qui voudrait traiter avec la Libye, mais pas directement avec Mouammar KadhafiSaif Gaddafi: dictator's son who mingled with British high society, The Guardian, 16 mai 2011.. Il se montre progressivement critique envers le régime de son père, dont il préconise l'évolution vers la démocratieThe Good Bad Son, New York Magazine, 22 mai 2011.. Outre les activités caritatives de sa Fondation, Saïf al-Islam Kadhafi patronne également des initiatives culturelles : en 2002, la Fondation Kadhafi organise à Londres une exposition d'art libyen, comportant plusieurs de ses propres tableauxDad, you're in my painting!, The Guardian, 23 juillet 2002.Saif al-Islam Gaddafi's art showed the grotesque symptoms of dictatorship, The Guardian, 26 août 2011..
À la tête de sa Fondation, Saïf al-Islam Kadhafi mène des négociations délicates pour résoudre certaines des crises provoquées par son père. En 2004, il négocie avec plusieurs pays occidentaux l'accord d'indemnisation des victimes de deux attentats ayant impliqué la Libye, celui de Lockerbie contre un Boeing 747 de la Pan Am en 1988, et celui ayant conduit à l'explosion du vol 772 d'UTA au-dessus du Niger en 1989. En 2007, il est chargé du dossier de l'affaire des infirmières bulgares. À cette occasion, il déclare en que le règlement du dossier s'est fait en contrepartie d'un contrat d'armement avec la France et du retour en Libye de Abdelbaset al-Megrahi, détenu au Royaume-Uni pour l'attentat de LockerbieLe fils Khadafi révèle les dessous de la libération des infirmières bulgares, Libération, août 2007.
Anglophone, germanophone et parlant un peu français, Saïf al-Islam Kadhafi est reçu dans les chancelleries comme un Seïf Al-Islam Kadhafi, réformiste modéré et guide héritier, Les Afriques..
Un mois après le succès diplomatique remporté dans l'affaire des infirmières bulgares, Saïf al-Islam Kadhafi propose un programme de réformes de la Jamahiriya arabe libyenne, portant notamment sur la liberté de la presse et l'élaboration d'une Constitution.Seif el-Islam : « Nous n'avons commis aucun crime », Le Point, 18 avril 2011.. En , il prononce devant plusieurs milliers de jeunes partisans un discours présentant les grandes lignes d'un projet de nouvelle constitution, tout en soulignant que des sont à respecter : La nouvelle Constitution selon le fils Kadhafi, RFI, 21 août 2007.. Tout en continuant de juger pertinents les principes du Livre vert de son père, il déclare : « Le système de gouvernance en Libye doit être revu en profondeur, c’est la priorité numéro un ». Sous la houlette de sa Fondation, le gouvernement libyen entame un dialogue avec les islamistes du GICL. Une équipe de juristes étrangers est engagée pour plancher sur le projet. Menant campagne pour l'ouverture de la Libye aux médias privés, Saïf al-Islam Kadhafi lance à la même époque un groupe de médias, Al-Ghad, composé de la première chaîne de télévision privée, ainsi que des deux premiers journaux privés du pays.
En 2008, il obtient un doctorat (PhD) d'économie de la London School of Economics (LSE) pour une thèse intitulée Le rôle de la société civile dans la démocratisation de la gouvernance globale des institutions : du à la décision collective ? Il conserve ensuite des liens avec cette université, dont il finance le programme d'études sur l'Afrique du Nord à hauteur de 1,8 million d'euros sur 5 ans à partir de 2009..
La volonté réformatrice de Saïf al-Islam Kadhafi n'est cependant pas toujours couronnée de succès et, sur le plan économique notamment, doit faire face à l'opposition de la du régime, menée par le chef du gouvernement Baghdadi MahmoudiAlex Warren, Quels partis pour la Libye d'après Kadhafi?, Slate Afrique, 28 septembre 2011. En , il effectue une visite diplomatique à Washington, ce que son père n'avait jamais fait ; une partie de l'entourage de Mouammar Kadhafi lui reproche alors de se plier aux demandes des États-Unis.
Diverses informations évoquent une rivalité, dans le cadre de la future succession de Mouammar Kadhafi, entre Saïf al-Islam Kadhafi et son frère Moatassem, proche des services de sécurité. Saïf al-Islam Kadhafi lui-même dément toute rivalité familialeMonde RSS Monde Libye : le fils de Kadhafi nie une lutte de pouvoir avec ses frères, Le Point, 24 décembre 2010..
Apparemment tombé dans une certaine disgrâce auprès de son père du fait de sa liberté de ton, Saïf al-Islam Kadhafi annonce le son retrait de la vie politique pour se consacrer à des activités sociales ; il déclare avoir mis le , tout en appelant à la construction d'une société civile . Les médias privés qu'il avait lancés sont nationalisés la même année le Seïf Al-Islam Kadhafi réduit au silence, lesafriques.com..
Au début de l'année 2009, Saïf al-Islam Kadhafi revient pourtant sur le devant de la scène, ayant amélioré ses rapports avec la vieille garde du régime, principalement incarnée par les « Comités révolutionnaires ». Il paraît alors avoir pris l'avantage sur son frère Moatassem Kadhafi dans la future succession de son père, et ses réformes semblent pouvoir se concrétiser..
Le , c'est lui qui accueille l'ancien agent libyen Abdelbaset al-Megrahi, responsable de l'attentat de Lockerbie à son retour en Libye après sa libération pour raisons médicales..
En , il est nommé à un poste institutionnel permanent en devenant . Sa position, qui doit l'amener à chapeauter le Congrès général du peuple (parlement de la Libye) et le Comité populaire général (gouvernement) est analysée comme étant celle de de la Jamahiriya arabe libyenne et renforce son image de successeur potentiel.. Il signe alors un accord de réconciliation avec les djihadistes et annonce un vaste chantier de réformes politiques et économiques.. Néanmoins, il semble continuer de faire face à une opposition de la part des conservateurs du régime, et ne prend pas ses fonctions dans les mois qui suivent l'annonce de sa nominationLe fils de Mouammar Kadhafi se heurte aux conservateurs libyens, Le Point, février 2010.. Sa Fondation annonce en 2010 qu'elle ne s'impliquera plus dans la politique intérieure libyenne, pour se concentrer sur les actions de bienfaisance à l'étranger. Au moment du déclenchement de la révolte de 2011, il n'a toujours pas pris de poste officiel au sein du gouvernement de la Jamahiriya, tout en continuant d'être perçu comme la seconde personnalité la plus influente en LibyeProfile: Saif al-Islam Gaddafi, BBC, 23 août 2011.
Guerre civile de 2011 En , les manifestations contre le régime de Mouammar Kadhafi, durement réprimées, dégénèrent en émeutes, puis en véritable insurrection. Le , Saïf al-Islam Kadhafi intervient à la télévision pour s'adresser à la population : dénonçant un complot contre la Libye, il met en garde les insurgés, appelant la jeunesse libyenne à ne pas imiter la Tunisie et l'Égypte, et évoque le danger de de morts et de en cas de poursuite des émeutes. Déclarant que le pays est au bord de la , il ajoute que l'armée fera respecter l'ordre à n'importe quel prix et , affirmant : Le fils du colonel Kadhafi prédit « des rivières de sang », lepoint.fr, 21 février 2011.. Dans le même temps, il promet un dialogue sur les libertés politiques et une nouvelle constitutionLibye : répression sanglante des manifestations, première apparition de Kadhafi, lemonde.fr, 21 février 2011.Gaddafi's Son: Last Gasp of Libya's Dying Regime?, Time Magazine, 21 février 2011.Libye : Seïf Al-Islam Kadhafi brandit la menace d'une guerre civile, france-info.com, 21 février 2011.. Ce discours change alors radicalement l'image de Saïf al-Islam Kadhafi.. Jusqu'alors considéré comme un , il est désormais perçu comme incarnant la ligne dure du régime. Il déclare ensuite sur Al-Arabiya, le , que et que , alors que l'insurrection fait rageSource leparisien.fr, 26 février 2011..
La London School of Economics annonce la rupture de ses liens avec Saïf al-Islam Kadhafi; dans la foulée, les médias britanniques révèlent que sa fondation aurait promis un don de 1,5 million de livres sterling à la LSE (dont déjà versées). Il est publiquement révélé qu'une partie de sa thèse, pour laquelle il a fait appel à un cabinet de consultants, est plagiée sur d'autres travaux. L'ampleur des liens entre la LSE et le régime libyen, impliquant un vaste programme d'éducation pour former la future élite libyenne, est révélée. Le directeur de l'école est contraint à la démission par l'ampleur de la polémique.London Economics School to Investigate Dealings With Libya, The New York Times, 4 mars 2011.LSE head quits over Gaddafi scandal, The Guardian, 4 mars 2011..