Nazareth (en hébreu : , ; en arabe : , ) est une ville du nord d'Israël, en Galilée, située à environ 400 mètres d'altitude en surplomb de la plaine d'Esdrelon. Avec en 2022, c'est la plus grande ville arabe du pays, à population majoritairement musulmane et chrétienne. L'étymologie du nom reste débattue, plusieurs hypothèses la rattachant à des racines hébraïques ou araméennes évoquant tour à tour l'idée de « guetteur », de « rameau » messianique ou de « vœu » religieux.

Occupé depuis le Paléolithique, le site connaît une continuité d'habitat attestée archéologiquement du de notre ère. Au , Nazareth est un modeste village sans fortifications, de 200 à 400 habitants, à l'économie agricole et artisanale, gravitant dans l'orbite de la cité voisine de Sepphoris

Nazareth doit sa large renommée à la tradition chrétienne qui en fait la ville de Joseph et de Marie ainsi que le lieu où Jésus de Nazareth passe son enfance. Elle abrite la basilique de l'Annonciation, la plus grande église du Moyen-Orient — bâtie sur une grotte identifiée comme celle de l’Annonciation —, ainsi que plusieurs autres sanctuaires majeurs liés à la vie de la Sainte Famille. Lieu de pèlerinages chrétiens depuis le , la ville a connu une histoire mouvementée qui voit se succéder croisades, domination mamelouke puis ottomane, avant de retrouver au une implantation chrétienne pérenne sous l'égide de moines franciscains.

En 1956, l'État d'Israël a créé à ses côtés une ville nouvelle, d'abord appelée Nazareth Illit puis Nof HaGalil en 2019, dans le but de judaïser une région alors entièrement peuplée d'Arabes, dont près des deux tiers étaient chrétiens à la création de l'État en 1948. En 2009, la population arabe de Nazareth était à 69 % musulmane et à 31 % chrétienne. La région métropolitaine compte aujourd'hui environ 210 000 habitants, dont 85 000 juifs.

Toponymie En dehors des indications néo-testamentaires, la première mention épigraphique en hébreu de Nazareth se trouve dans une liste gravée entre la fin du . et le de notre ère, retrouvée dans une synagogue antique à Césarée maritime. L'étymologie du lieu, qui a donné lieu à des théories diverses, reste actuellement débattue.

Nazareth — qui s'écrit « נצרת » (Natzareth) en hébreu — pourrait dériver de la racine nāșar qui signifie en hébreu « celui qui observe », « celui qui garde », un hypothétique témoignage de la situation du village établi à une altitude de 400 m, surplombant la plaine d'Esdrelon et les routes commerciales qui la traversent. Une origine araméenne dérivant du mot naserat qui désigne une « tour de garde » pourrait aller dans le même sens. L'hébreu nāșar pourrait également, dans sa forme passive, signifier « protégée », « préservée », en référence à l'implantation isolée du site. Une interprétation de la même racine est parfois proposée comme « celui qui observe [la Loi] ».

Une autre approche propose la racine netzer, le « rameau » ou le « surgeon », dans le sens de « la Branche [qui portera le fruit] » ou encore le « rejeton » (d'Israël), en référence une prophétie d'Isaïe (11:1)voir notamment ; affirmant « qu'un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines ». Cette référence témoignerait de l'espérance des fondateurs de Nazareth — des colons de retour d'exil babylonien et se réclamant de la lignée de « David » — d'y voir naître ce « rejeton » messianique promis à un avenir glorieux.

Une troisième hypothèse relie Nazareth à la racine araméenne nzr qui signifie « vœu ». Elle pourrait témoigner des vœux caractérisant les pratiques d'une communauté appelée les Nazirs — des ascètes « qui se vouent [à Dieu] » — et qui aurait fondé la localité.

Histoire Archéologie Aux alentours du village, on note la présence de restes humains du Paléolithique (entre et av. J.-C.). À l'emplacement du village, des restes de la fin du subsistent. Un matériel abondant du consiste en vases d'argile, scarabées, albâtre.

Le site est occupé au Bronze moyen II, puis à l'âge du fer jusqu'au . À l'âge du fer, des sépultures sont déplacées en dehors de la zone de la colline, preuve que le flanc méridional de la colline sert désormais de lieu d'habitation. Dans les limites du village, des céramiques de l'âge du fer ont été trouvées dans des zones diverses.

Il faut ensuite attendre la période hellénistique, au plus tôt au , pour retrouver des restes archéologiquesJacques Brien (dir.), Terre sainte, cinquante ans d'archéologie, éd. Bayard, 2003, . Les campagnes de fouilles menées depuis les années 1960 et poursuivies dans les années 2000 attestent d'une occupation continue du site entre le début du et la première moitié du .

On ignore le nom du lieu à ce moment, qui n'est jamais cité dans l'Ancien Testament, ni dans le Talmud, ni chez Flavius Josèphe. Cette absence peut traduire la taille modeste de l'agglomération, qui semble trouver un écho dans un passage de l'Évangile selon Jean interrogeant : « Que peut-il venir de bon de Nazareth ? ».

Premier siècle après J.-C. Les fouilles menées à Nazareth depuis la fin du font apparaître un village sans fortifications, comptant de 200 à 400 âmes. Il est constitué de maisons rustiques standards, proches les unes des autres, où cohabitent les hommes et les animaux, et qui comprennent une cour et s'articulent généralement de manière multifonctionnelle . Ces constructions semblent attester d'un corps social connaissant peu de stratifications, laissant entrevoir une vie villageoise qui, au-delà de la sphère familiale ou clanique, est marquée par les travaux saisonniers communs et l'entraide, dans une gestion ayant peu d'interactions avec l'extérieur.

Contrairement à des théories longtemps entretenues qui présentent les villages galiléens comme « les refuges d'un traditionalisme ennuyeux », les sources locales attestent au contraire pour Nazareth, située à un peu moins de de la ville de Sepphoris, d'une activité flexible et compétitive, réunissant vignes, oliveraies, agriculture et bétail et possédant des ateliers d'artisanat.

La population, caractérisée par un fort taux d'analphabétisme, compensé par la présence d'experts ou de fonctionnaires, parlait essentiellement l'araméen et développait une culture orale. Les fouilles archéologiques n'ont pas décelé de trace de routes pavées, de bâtiments publics, d'objets d'art ou de fresques, pas plus que de synagogue datant du . Cette lacune ne confirme pas la mention dans le Nouveau Testament d'un tel sanctuaire où Jésus aurait prêché. Cette citation a néanmoins permis à quelques exégètes d'avancer l'existence d'une petite synagogue contemporaine de Jésus.

Si aucune synagogue n'a encore été trouvée dans des villages galiléens de Nazareth et de Bethsaïde, des fouilles archéologiques menées depuis le tournant du ont mis au jour de tels lieux de cultes datant du , voire plus tôt, notamment à Qiryat Sefer, à , et à Magdala.

En 2015, l'archéologue britannique Ken Dark découvre une maison taillée dans un flanc de colline calcaire. Il affirme, dans une annonce médiatique qui laisse les chercheurs sceptiques, que si aucun élément archéologique ne permet d'affirmer qu'il s'agit de la maison d'enfance de Jésus, rien ne l'infirme non plus.

Période romaine Le village grandit surtout à partir de la fin du et au . C'est probablement une conséquence du départ de Judée de populations visées par la répression à la suite des révoltes de 66-70 et de 135. Une inscription découverte à Césarée et datée du liste une série de vingt-quatre ordres sacerdotaux. Le dix-huitième ordre, celui des « Hapsitets », se serait réfugié à Nazareth après la destruction du Temple. Au , Nazareth est sans doute un village entièrement juif, complété d'une présence sacerdotale d'origine judéenne.

Le Midrash Qohelet (Qohelet Rabba 2, 8), rédigé au , la décrit comme une ville sacerdotale juive dès le . Au tournant du , Eusèbe de Césarée et Épiphane de Salamine décrivent une agglomération qui ne compte « ni païens, ni samaritains, ni chrétiens » au sein de sa population. La littérature rabbinique ne parle pas de Nazareth. La première occurrence du nom dans les écrits juifs apparait dans un hymne attribué au lettré Eléazar Hakalir, et daté des environs du , bien qu'il repose peut-être sur une tradition remontant au . On trouve également le nom dans le Talmud de Babylone, associé à celui de Jésus : Yeshu ha-Notzri, pour « Jésus de Nazareth ».

Jésus et Nazareth

Absente de la Bible hébraïque et de tout texte antérieur au de notre ère, Nazareth apparaît à travers le Nouveau Testament. Celui-ci associe le nom du village au personnage de « Jésus » et en fait sa « patrie », son berceau familial, et le situe en Galilée. Les évangiles s'accordent pour faire de Nazareth le lieu de résidence de la famille de Jésus — ses parents Joseph et Marie, et les « frères de Jésus » — ainsi que le lieu d'où Jésus est originaire et où il a grandi jusqu'à son ministère public. Les évangiles font naître Jésus à Bethléem en Judée, sans qu'il soit possible de le prouver.

Cette dernière question reste débattue au . Elle partage les chercheurs entre ceux qui optent pour une naissance à Nazarethpar ex. , ceux qui l'excluent sans proposer un lieu particulierpar ex. et encore ceux qui optent pour une naissance à Bethléempar ex. . Cette dernière est parfois écartée sans solution de substitutionpar ex. . D'autres lieux ont été suggérésLes propositions en ce sens sont rares mais existent, qui ont proposé Capharaüm ou encore Chorazeïn ; par ex. J. Spencer Kennard (1946) cité par , sans compter quelques théories isoléespar ex. , pour lequel « Jésus le Nazôréen » signifierait « fils de David » et non « habitant de Nazareth », faisant de Nazara/Nazareth le lieu de résidence d'un clan davidique, revenu de Babylone à la fin du ; cf. .

Dans le Nouveau Testament, le nom de Nazareth (Ναζαρέθ, Ναζαρέτ ou Ναζαρά) apparaît neuf fois comme toponyme, , , , , ; cf. , et trois fois pour préciser l'origine de Jésus, , ; cf. . Le qualificatif de « nazaréen », parfois traduit « nazôréen » ou « nazarénien », se retrouve dix-neuf fois sous la double orthographe « nazôraios » (Ναζωραῖος)à six reprises : , , , ; cf. et « nazarènos » (Ναζαρηνός) à treize reprises : , , , , , , , , , , , , ; cf. , essentiellement pour préciser le nom de Jésus. Les chercheurs ne voient pas d'obstacle philologique pour faire dériver ces deux qualificatifs du nom du village de Nazareth. Toutefois, si un large consensus chez les spécialistes fait dériver la seconde orthographe du toponyme — à rendre alors par « Jésus de Nazareth » ou « le Nazaréen » — c'est loin d'être le cas pour la forme « nazôraios ». Celle-ci a fait l'objet de multiples travaux et débats : le terme Ναζωραῖος comporterait une connotation plus religieuseà l'instar de , voire se rapporte à une secte pré-chrétiennepour les tenants de cette hypothèse, voir , peut-être baptiste, à laquelle Jésus aurait pu appartenirvoir les travaux de Charles Perrot cités par .

Période arabo-musulmane

Empire ottoman

Mandat britannique

En 1917-1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. Nazareth est conquise fin novembre 1918 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

Lors de la grande révolte arabe (1936-1939), l'assassinat par les Qassamiyoun de , fonctionnaire du Mandat, le 26 septembre 1937, provoque un redémarrage de l'insurrectionCharles W. Anderson, « The Suppression of the Great Revolt and the Destruction of Everyday Life in Palestine », Jerusalem Quaterly, automne 2019, 79..

Guerre de 1948

Période israélienne

Importance pour les chrétiens

Pèlerinages