Le parc national du Vatnajökull, en islandais , est un parc national d'Islande et le deuxième plus grand d'Europe, couvrant une superficie totale de , soit du pays. Il est créé le et le , il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Les qualités uniques du parc national de Vatnajökull sont principalement la grande variété de ses paysages, créés par les forces combinées des rivières, de la glace, des activités volcaniques et géothermiques.

Géographie Localisation et frontières Le parc national du Vatnajökull est situé au sud-est de l'Islande, avec un prolongement jusqu'au nord-est. Il est sur le territoire de huit municipalités du pays : Þingeyjarsveit, Skútustaðahreppur, Norðurþing, Fljótsdalshérað, Fljótsdalshreppur, Hornafjörður, Skaftárhreppur et Ásahreppur. Le cœur du parc est la calotte glaciaire du Vatnajökull, la plus vaste du pays et l'une des plus vastes d'Europe avec , mais le parc comprend aussi plusieurs zones contiguës, ainsi qu'une zone séparée plus au nord autour du Jökulsárgljúfur. Au total, le parc mesure , soit de la surface du pays, et le site du patrimoine mondial comprend aussi deux petites réserves naturelles (Herðubreiðarlindir et Lónsöræfi) pour un total de . Ainsi, le parc est le plus vaste d'Islande et le deuxième plus vaste d'Europe après celui de Yougyd Va en Russie.

Topographie vignette|Le Hvannadalshnjúkur, plus haut sommet d'Islande situé au sud de la calotte du Vatnajökull.

La vaste majorité du parc () est située dans les Hautes Terres d'Islande, le vaste plateau qui constitue la partie centrale de l'île, mais il s'étend jusqu'à la ligne de côte au sud et s'en approche aussi dans son prolongement nord. Il abrite la plupart des plus hauts sommets d'Islande, dont en particulier le Hvannadalshnjúkur, point culminant du pays du haut de ses , mais aussi le Bárðarbunga (), Kverkfjöll () et Snæfell (). En dehors de la calotte, le terrain est souvent plat, dominé par quelques sommets et crêtes isolés, souvent des tuyas ou autres formations volcaniques sous-glaciaires, tels que le fameux Herðubreið. D'autres modelés volcaniques incluent des caldeiras marquées, une des plus célèbres étant celle d'Askja, des volcans boucliers tels que le Trölladyngja et des longues fissures volcaniques telles que le Lakagígar qui parsèment le paysage du parc. Aux abords du glacier, le modelé glaciaire a donné lieu à un véritable paysage alpin, avec vallées et pics. Enfin, parmi les autres types de paysage caractéristiques du parc, on trouve souvent des sandur à proximité des côtes et des gorges dans certaines vallées, en particulier celle du Jökulsárgljúfur. Finalement, la majorité des types de paysages islandais sont représentés dans le parc, et plusieurs de ces paysages sont considérés rares à l'échelle mondiale.

vignette|centre|upright=1.8|Paysage montagneux des hauteurs de Kjós, près de Skaftafell.

Climat Le climat du parc a d'importantes variations, dues aux différences d'altitude et de longitude et la présence de la vaste calotte glaciaire. L'Islande jouit d'une relative douceur, considérant sa latitude, grâce à l'influence de la dérive nord atlantique et de sa branche le courant d'Irminger. Par exemple, à Skaftafell, au sud du parc, les températures moyennes mensuelles ne descendent jamais sous 0°C. Cependant, l'île est aussi exposée à l'influence du courant froid du Groenland oriental, et les fluctuations peuvent donc être importantes. De manière générale, l'influence océanique réduit les variations saisonnières et diurnes, mais cet effet est nettement moindre dans les Hautes Terres. Les températures estivales sont relativement similaires au nord et au sud (par exemple en comparant Skaftafell et Ásbyrgi), mais les hivers sont sensiblement plus frais au nord.

Outre son effet sur les températures, la dérive nord atlantique apporte aussi beaucoup d'humidité sur le sud de l'île, amplifié par le relief. Ainsi, l'Öræfajökull, au sud, reçoit plus de par an tandis que certaines zones au nord de la calotte sont parmi les plus sèches du pays, avec entre 300 et par an. Au cœur de la calotte, la quantité d'eau peut atteindre des valeurs énormes allant jusqu'à annuels. Les précipitations sont en général maximales en automne et hiver et minimales au printemps quoique la distribution dépend assez nettement de la région.

Les vents peuvent être assez important dans le parc, en particulier dans la section sud.

vignette|centre|upright=2.0|Dettifoss sous la neige en fin avril.

Hydrographie vignette|Tresses et anastomoses de la Tungnaá, une des rivières naissant dans le Vatnajökull, juste à l'extérieur du parc.

Le Vatnajökull est un important réservoir d'eau douce pour l'Islande, emmagasinant l'équivalent d'environ 17 ans de précipitations sur l'ensemble du pays. Il possède plusieurs langues dont la fonte constitue la source pour plusieurs importantes rivières d'Islande. En particulier la Jökulsá á Brú, la Jökulsá á Fjöllum, la Tungnaá, la Lagarfljót, la Skaftá et la Skeiðará, qui prennent toutes leurs sources dans la calotte, sont parmi les 10 plus importantes d'Islande en termes de débit, et plusieurs d'entre elles sont en partie incluses dans le parc. Des lacs proglaciaires se sont formés, en particulier au tournant du , sur un grand nombre des langues glaciaires du sud de la calotte. Le Jökulsárlón est le plus vaste de ces lacs proglaciaires, et est célèbre pour ses nombreux icebergs détachés du Breiðamerkurjökull.

Les quantités de sédiments apportées par les rivières glaciaires (ainsi que les Jökulhlaup) sont énormes, plus de de tonnes par an chacune pour les rivières de Jökulsá á fjöllum, Skeiðará, Skaftá, Jökulsá á Brú et Hverfisfljót. Ces sédiments conduisent à la formation de vastes sandur, où les rivières forment un vaste et complexe réseau de tresses. Le Skeiðarársandur par exemple, en partie inclus dans le parc, est l'un des plus vastes sandur actifs du monde.

vignette|centre|upright=2.0|La courte Jökulsá á Breiðamerkursandi, émissaire du lac Jökulsárlón alimenté par le glacier Breiðamerkurjökull, une langue du Vatnajökull.

Les régions volcaniques récentes ont des sols constitués principalement de laves poreuses parfois couvertes de ponces et de cendres, ce qui empêche le ruissellement et la formation de rivières. C'est en particulier le cas d'une grande partie du parc en dehors des glaciers, où l'eau s'infiltre parfois à de grandes profondeurs avant de resurgir plus loin sous forme de sources ou directement dans l'océan. Dans les zones au volcanisme plus ancien, au contraire, le sol est très peu perméable, et le ruissellement est alors important. Cette géologie particulière donne lieu à trois types de rivières : les rivières glaciaires, des rivières de ruissellement et des rivières de source, et ces trois types ont un régime différent. Les rivières glaciaires sont principalement influencées par la fonte des neiges et des glaciers, avec un débit qui augmente rapidement au printemps, tandis que les rivières de source ont un débit plus constant tout au long de l'année, et naturellement, les rivières de ruissellement ont un débit fluctuant au gré des précipitations. Ces différents régimes peuvent aussi se combiner dans les grands fleuves, tels que la Jökulsá á Fjöllum, un des principaux fleuves du parc, qui naît dans la calotte comme rivière glaciaire mais reçoit une grande quantité d'eau de source le long de son cours, si bien que son débit est nettement plus stable à son embouchure, bien que la majeure partie de l'eau de source provienne aussi initialement du Vatnajökull.

Géologie Contexte géologique

gauche|vignette|Carte des principales zones volcaniques d'Islande. La position approximative du point chaud est marquée par le cercle pointillé.

Le volcanisme en Islande est lié à l'interaction du magma de la dorsale médio-atlantique et celui du point chaud d'Islande, alimenté par un panache mantellique. Cependant, la dorsale, telle que définie par la ligne entre la dorsale de Reykjanes et la dorsale Kolbeinsey, migre vers le nord-ouest à un rythme de 1 à par rapport au panache mantellique, et le point chaud se trouve donc à à l'est de cette ligne, plus précisément sous la calotte du Vatnajökull. Ce mouvement est compensé par une migration épisodique vers l'est des rifts islandais, qui se maintiennent ainsi constamment à proximité du point chaud. Ainsi, l'Islande a trois zones de rifts principales, la zone ouest (WRZ, ) et la zone nord (NRZ), datant de et la zone est (ERZ) plus récente (), mais aussi du volcanisme périphérique dit , correspondant soit aux anciens rifts (Snæfellsnes) soit à des zones plus à l'est (zone de flanc est, EFZ, et sud, SFZ), indiquant possiblement une migration future de la zone de rift.

Chacune de ces zones est subdivisée en systèmes volcaniques, typiquement constitués d'un volcan central et/ou d'un ensemble de fissures volcaniques parallèles. Le volcan central est typiquement le plus actif en termes de fréquences éruptives, mais le volume de lave est typiquement plus important dans les fissures volcaniques. Le volcan central a aussi souvent des laves plus différenciées alors que les fissures émettent presque exclusivement des basaltes.

Volcanisme dans le parc national vignette|La fissure volcanique d'Eldgjá.

Les roches les plus anciennes du parc datent du Néogène, ce qui est relativement récent à l'échelle géologique. Plus précisément, il s'agit d'une bande orientée selon un axe sud-ouest nord-est, incluant toute la section orientale de la calotte, de Skaftafell aux fjords de l'est. Le paysage à l'époque était probablement similaire à celui des Hautes Terres actuelles, avec des vastes plaines de lave plates dominées par quelques édifices plus importants. Ceci est visible de nos jours principalement grâce à l'empilement régulier en pente légère des couches volcaniques.

Cependant la majeure partie du parc est constituée de roches encore plus récentes. En effet, le parc national inclut le site supposé du point chaud et plusieurs zones volcaniques actives, plus précisément la zone nord et est, mais aussi la zone de flanc est (aussi appelée ceinture volcanique de l'Öræfajökull). Au total, le parc inclut dix volcans centraux pour neuf systèmes volcaniques : Askja, Tungnafellsjökull, Bárðarbunga, Kverkfjöll, Snæfell, Hamarinn, Grímsvötn et Þórðarhyrna, Esjufjöll et Öræfajökull. Le parc comprend aussi la fissure éruptive de Eldgjá, du système volcanique de Katla, et les fissures de Fremrinámur. Les systèmes volcaniques les plus proches du site supposé du point chaud sur les rifts principaux, tels que Askja, Bárðarbunga et Grímsvötn, sont particulièrement actifs, avec parfois des centaines d'éruptions durant les dix derniers millénaires. De plus, certains de ces volcans sont responsables des éruptions les plus importantes sur Terre de cette période, avec parfois plusieurs dizaines de kilomètres cubes de lave en une seule éruption. Ceci inclut plusieurs éruptions majeures depuis la colonisation de l'Islande, dont en particulier celle d'Eldgjá (système volcanique de Katla) entre 934 et 939 qui déverse de lave ou celle de Lakagígar en 1783-1784 (système volcanique de Grimsvötn) avec . Ces deux éruptions ont eu des effets notables sur le climat de tout l'hémisphère nord.

vignette|gauche|L'Herðubreið, un des exemples les plus célèbres de tuyas, devant sa forme caractéristique à sa formation sous une calotte glaciaire.