(sous-titré ) est le premier album du groupe de rock progressif anglais King Crimson, paru le . Il s'est hissé à la des classements britanniques, à la du Billboard 200 américain et à la au Japon, y détrônant Abbey Road des Beatles.
Il est généralement considéré comme l'acte fondateur du rock progressif, repoussant les limites du rock en puisant dans le jazz et la musique classique. Dans son livre , le critique Edward Macan note que l'album . Pete Townshend, leader des Who, parle d'un « What Pete Townshend thinks about King Crimson », Rolling Stone, 27 décembre 1969, sur http://www.songsouponsea.com/Promenade/lyrics/gallery/RS122769.html..
Historique Prélude En 1967, les frères Michael (batterie) et Peter Giles (basse), deux musiciens originaires de Bournemouth, passent une petite annonce pour recruter un chanteur organiste. L'homme qui répond à leur annonce, Robert Fripp, également originaire du Dorset, est un guitariste qui ne chante pas.. Cela ne l'empêche pas d'être engagé, et le trio se baptise du simple nom de Giles, Giles & Fripp. En 1968, le groupe décroche un contrat avec le label Deram Records et sort en septembre The Cheerful Insanity of Giles, Giles and Fripp, un album mêlant une grande variété de styles à un humour surréaliste inspiré par les satiristes de l'époque.. C'est un échec commercial, qui ne s'écoule qu'à .. Le trio continue néanmoins à enregistrer des démos dans sa résidence londonienne de Brondesbury Road. Il est brièvement rejoint par Judy Dyble, l'ex-chanteuse du groupe folk Fairport Convention, et par son petit ami Ian McDonald, un multi-instrumentiste qui joue du saxophone, de la clarinette, de la flûte, de la guitare et des claviers. McDonald présente aux autres le parolier Peter Sinfield, avec qui il a déjà écrit plusieurs chansons, dont The Court of the Crimson King (« La Cour du roi cramoisi », en référence à Belzébuth). Dyble rompt peu après avec McDonald et quitte le groupe, tandis que Peter Giles décide d'abandonner la musique ; en décembre, Fripp fait donc appel à Greg Lake, un ami d'enfance, pour assurer la basse et le chant. Le quintette de Fripp, Giles, Lake, McDonald et Sinfield adopte le nom de King Crimson, d'après la chanson The Court of the Crimson King., et commence à répéter le au sous-sol du Fulham Palace Cafe de Londres ; en parallèle, Sinfield commence à travailler sur le du groupe..
King Crimson débute officiellement sur scène le , après trois mois de répétition quotidienne, au Speakeasy Club de Londres. Le groupe fait très forte impression, et acquiert rapidement une certaine notoriété. La BBC l'invite à enregistrer quatre titres, entre mai et août, pour l'émission Top Gear Chronique : King Crimson - "Epitaph" (Live 1969) + entretien avec Michael Giles, Big Bang Mag. Consulté le 3 juin 2011., le patron du Marquee Club lui offre un concert hebdomadaire et plusieurs musiciens célèbres comme Jimi Hendrix ou Pete Townshend viennent l'écouter. Au printemps, le groupe signe chez Island, en même temps que Mott the Hoople, après avoir été courtisé par le label des Moody Blues, Threshold Records. Le , King Crimson se produit lors du concert gratuit organisé par les Rolling Stones à Hyde Park pour commémorer la mort de Brian Jones ; plus de sont présents.. The Guardian le qualifie alors de , à l'instar de Rock & Folk qui le décrit comme .
Enregistrement Les premières sessions d'enregistrement de l'album se déroulent dès aux Morgan Studios avec le producteur , connu pour son travail avec les Moody Blues Tony Clarke : record producer, The Times, 23 janvier 2010. Consulté le 28 mai 2011.. Les résultats de ces sessions sont toutefois jugés insatisfaisants, et courant juillet, les membres de King Crimson décident de se lancer dans l'autoproduction.. L'album est ainsi enregistré sur un magnétophone 8 pistes Ampex aux studios Wessex de Londres, avec l'ingénieur du son Robin Thompson. Il ne faut que huit jours pour achever ces séances qualifiées de par Ian McDonald.
Peu après la fin des sessions d'enregistrement, on s'est rendu compte que certaines bandes stéréo étaient mal alignées. C'eut pour conséquence une perte de hautes fréquences et des craquements parasites affectant certaines parties de l'album. La sonorité de la batterie est, selon certains critiques, l'un des points faibles de l'enregistrement Critiques d'Albums : In the Court of the Crimson King (Réédition quarantième anniversaire), Albumrock.net, 9 janvier 2010. Consulté le 29 mai 2011..
Épilogue Le succès de l'album permet à King Crimson de partir en tournée aux États-Unis. Il se produit pour la première fois sur le sol américain le à Boston. Il apparaît également au Festival Pop de Palm Beach avec Janis Joplin, Johnny Winter, Iron Butterfly et, de nouveau, les Rolling Stones, puis joue au Fillmore East, à New York, et donne son dernier concert le au Fillmore West de San Francisco.. Épuisé par la vie sur la route, Ian McDonald annonce son départ du groupe le , quelques jours avant la fin de la tournée. Michael Giles souhaite l'imiter, mais accepte de différer son départ pour participer aux sessions d'enregistrement du deuxième album de King Crimson, In the Wake of Poseidon. En 1971, ils réalisent ensemble un album simplement intitulé McDonald and Giles, qui demeure leur seule collaboration.
Greg Lake quitte à son tour King Crimson pour fonder Emerson, Lake and Palmer avec Keith Emerson et Carl Palmer. Il participe lui aussi aux sessions de In the Wake of Poseidon, mais seulement comme chanteur et plus comme bassiste.. Le futur de King Crimson, réduit à la paire Fripp-Sinfield, semble alors compromis, au point que le groupe Yes tente de recruter Robert Fripp pour remplacer son guitariste, Peter Banks, qui vient de les quitter. L'intéressé décline l'offre. Déstabilisé par cette succession de crises inattendues, King Crimson met plus de à remonter sur scène..
En 1993, une réunion du groupe d'origine est envisagée pour une tournée japonaise et l'enregistrement d'une nouvelle version de . Cependant, Robert Fripp se trouve alors en plein procès avec E.G. Records et refuse d'y participer, proposant à sa place Steve Hackett, ancien guitariste de Genesis. Michael Giles n'est pas non plus particulièrement enthousiaste, et le projet est enterré.
Caractéristiques artistiques Aucun des morceaux de l'album n'a de durée équivalente ou comparable aux chansons de la pop contemporaine, chacun dépassant les six minutes. Pour autant, le style musical n'est pas totalement étranger à ce qui s'était fait auparavant et seul s'éloigne clairement des registres musicaux habituels.
Dans l'ensemble, et à travers des métaphores, les paroles de l'album se réfèrent à la guerre du Viêt Nam, aux lendemains désenchantés des de 1967 et 1969 au cours desquels se déroulent les meurtres de la famille Manson (et plus tard les actes de violence des Hells Angels d'Altamont), mais aussi à l'insouciance de Woodstock.. La tonalité de l'ensemble est cependant assez pessimiste.
Chansons
La philosophie ambitieuse de Fripp prend corps dès les premières mesures de où la succession de bruitages, puis d'un riff musclé puis de passages plus improvisés semble construire une sorte de passerelle entre musique contemporaine, rock et jazz ..
L'une des caractéristiques les plus notables de ce morceau d'ouverture est le traitement appliqué à la voix hurlante de Greg Lake, fortement distordue. Sa section centrale, totalement instrumentale, est sous-titrée Mirrors.
Les paroles sont constituées d'une succession de métaphores écrites par Peter Sinfield. On y remarque une violente critique des États-Unis, représentés par le personnage de l'homme schizoïde du , et de la guerre du Viêt Nam avec des vers comme (« des innocents violés au napalm ») ou (« le bûcher des politiciens »). Lors d'un concert au Fillmore West de San Francisco, le (illustré sur le second disque du coffret Epitaph), Robert Fripp dédie la chanson à « une personnalité politique américaine que nous connaissons et aimons tous. Son nom est Spiro Agnew »Citation originale : (alors vice-président du pays). Mais on peut également y déceler une critique de la torture, de l'assassinat politique, de la famine et de la consommation à outrance, avec (« Il n'a besoin de rien de ce qu'il possède ») 21st Century Schizoid Man/Mirrors : Song Review sur AllMusic. Consulté le 28 mai 2011..
Musicalement parlant, une véritable apocalypse se déchaîne lors de l'introduction, après une trentaine de secondes, silencieuses, de mise en condition. La musique, mélange de jazz et de hard rock, est sauvage mais irréprochablement maîtrisée, entre riffs de guitare et breaks impressionnants.
est sans conteste la chanson la plus connue du groupe. Elle a depuis été reprise par de nombreux groupes et artistes dont Ozzy Osbourne (sur l'album Under Cover), Noir Désir (sur l'album Noir Désir en public), Emerson, Lake & Palmer, Forbidden, Voivod et April WineKing Crimson Cover Versions, et a été samplé par Kanye West dans son titre Power. Elle est également présente sur le jeu vidéo Guitar Hero 5 et constitue l'une des chansons les plus dures du jeu.
I Talk to the Wind
Débutant immédiatement après la cacophonie qui clôt le morceau précédent, I Talk to the Wind marque un contraste fort ; c'est une chanson douce, paisible, s'apparentant au folk rock et dominée par la flûte de Ian McDonald I Talk to the Wind : Song Review sur AllMusic. Consulté le 28 mai 2011.. Les paroles correspondent vraisemblablement, en tenant compte de l'époque, au discours d'un jeune hippie envers la straight society : , (« Je ne vous appartiens pas », « vous ne pouvez pas m'éduquer »).
Avant King Crimson, la chanson avait déjà été enregistrée deux fois par Giles, Giles & Fripp : la première chantée par Judy Dyble et l'autre par Ian McDonald et Peter Giles. Ces deux versions ont vu le jour en 2001 avec la parution de l'album de démos The Brondesbury Tapes "The Brondesbury Tapes", Big Bang Mag. Consulté le 28 mai 2011..
Epitaph
Le troisième morceau de l'album, Epitaph (« Épitaphe ») se distingue par l'usage plus poussé du mellotron. Les paroles prennent un accent prophétique et dystopique : (« Le destin de toute l'humanité que je vois / Est entre les mains des idiots »).
Il occupe la face A d'un single sorti en 1976, avec en face B, accompagnant la sortie de la compilation A Young Person's Guide to King Crimson Record Details : Epitaph / 21st Century Schizoid Man, 45cat.com. Consulté le 10 juin 2011..
Moonchild
La première section de Moonchild, The Dream, est une ballade menée par le mellotron qui dure deux minutes et demie. Elle laisse place à une improvisation minimaliste à la guitare, au vibraphone et aux percussions de Robert Fripp, Ian McDonald et Michael Giles intitulée The Illusion. Parfois considérée comme étant trop longue et ennuyeuse, The Illusion a été coupée de la version de Moonchild incluse sur la compilation A Young Person's Guide to King Crimson. Fripp y joue un extrait de The Surrey with the Fringe on Top, tirée de la comédie musicale Oklahoma ! de Rodgers et Hammerstein.
La chanson est utilisée à la fin des années 1990 dans le film-culte Buffalo '66 de Vincent Gallo Moonchild : Song Review sur AllMusic. Consulté le 28 mai 2011..
The Court of the Crimson King