La plique polonaise, ou plie. (parfois assimilée au trichoma), encore dénommée ou (noms latins), en polonais ou en allemand, ou « tresse de la Vistule » en français, tous noms faisant référence à la Pologne, est une supposée maladie dont l'explication est encore de nos jours en partie mystérieuse voire énigmatique., si ce n'est controversée.
Elle a probablement des causes multifactorielles.. De nombreux auteurs la considéraient comme endémique de Pologne. Le mot plique désignait autrefois simplement l'entrelacement ou le feutrage des cheveux, que certains auteurs comme Jachius nommaient aussi tricoma (du grec « chevelure »). On disait d'une personne portant une plique qu'elle était « pliquée »..
Cela serait une maladie dans laquelle les pilosités (cheveux, barbe et poils) sont enchevêtrés et collés ensemble ; affection observée ou principalement autrefois décrite en Pologne.. Les Allemands l'appelaient aussi queue de la Vistule..
Mentionnée très fréquemment jusqu'au Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers : Plica polonica., cette supposée maladie semble avoir été la plus fréquente en Pologne et semble de nos jours avoir fortement régressé, mais est encore considérée comme un phénomène rare, périodiquement repéré et par exemple associé à une pédiculose et/ou à la gale., ou sous des formes neuropathiques, éventuellement associé à une hystérie (Simpson en 1969 note que sur sept femmes présentant une plique polonaise, cinq présentaient une hystérie) ou schizophrénieKumar P.S, Antony B, Chakravarthy A & Koyamu A.K (2001) Plica neuropathica (polonica) in schizophrenia-A case report and review of literature. Indian journal of psychiatry, 43(3), 281..
Une forme (dite ) en été décrite.
Le feutrage des cheveux semble pouvoir, chez certains patients prédisposés, être brutalement induit par : un simple shampoing selon P.V Graham. ; indirectement, la prise de certains médicaments, par exemple à la suite d'une pancytopénie induite par l'azathioprineJoshi R & Singh S (2010). Plica neuropathica (Plica polonica) following Azathioprine-induced pancytopenia. International journal of trichology, 2(2), 110..
Maladie vignette|upright|gauche|Personne affectée en 2012.
Symptômes Dominique Larrey (Premier chirurgien de la Garde Impériale) a profité de la campagne de Pologne pour employer les de soldat pour étudier cette maladieLarrey DJ (1812) Mémoires de chirurgie militaire et campagnes. Paris, chez J. Smith et chez F. Buisson, tome III, p. 21; 34..
Selon ses écrits publiés en 1810, les premiers signes en étaient d'après lui et les médecins de l'époque l'asthénie, une perte d'appétit, des douleurs articulaires, une fièvre accompagnée d'une sécheresse dermatologique diffuse. Puis à un moment pouvant varier dans l'évolution du mal, le patient disait sentir ses cheveux devenir douloureux, s’épaissir, se tuméfier, s’entrelacer, s’entortiller et former des mèches ou masses épaisses. Selon les dires de l'époque, couper ces cheveux s'accompagnait (pus ?), avec éventuellement exostoses crâniennes, tumeurs articulaires, ulcères sur les organes génitaux, les mains et la tête. Un tel tableau clinique évoquait à l'époque une forme de syphilis proche de celle observée au début des années 1500 quand les 3 stades de la maladie se succédaient en quelques semaines seulement, voire de manière simultanée. On soignait alors la maladie par des composés mercuriels hautement toxiquesTilles G, Wallach D (1996) Le traitement de la syphilis par le mercure : une histoire thérapeutique exemplaire. Hist Sci Med tome XXX ; 4 : 501- 10. D'ailleurs, le mercure était aussi utilisé pour traiter la plique. Une partie des symptômes renvoient aussi aux altérations microscopiques du cheveu liées à la trichorrexie noueuse et à ce que A. Dupré (en 1973) dénomme le syndrome des cheveux incoiffablesDupré A, Bonafé, Litoux F, Victor M (1978) Le syndrome des cheveux incoiffables. Pili trianguli et canaliculi. Ann Dermatol Venereol 105: 627–630.
Une partie des symptômes renvoient plus simplement au feutrage kératinique parfois aussi observé sur une partie du pelage de certains chiens (voir illustration), chevaux (au niveau de la crinière souvent), moutons, bison (au moment de la perte du pelage d'hiver) ou chez d'autres animaux...
On a ensuite supposé que la plique polonaise résulte habituellement d'une déficience de soins capillaires. Les cheveux longs, non lavés et non coiffés s'enchevêtraient de façon irréversible, formant une masse malodorante, incrustée ou collante. Elle peut être causée par ou accompagnée d'une infestation par les poux (pédiculose du cuir chevelu, phtiriase) et entraîner une inflammation du cuir chevelu. La plique polonaise est typiquement une masse (parfois importante) de cheveux, devenue dure et impénétrable, formée de fibres kératiniques cimentées de façon permanente avec du pus séché, du sang, des poux et des lentes et la saleté. Le phénomène peut être facilement évité par la pratique d'une hygiène standard, telle que le lavage et le coiffage des cheveux.
Forme neuropathique Une forme (dite Plica neuropathica) apparait dans le corpus médical en 1884 quand Le Page décrit un cas chez une jeune fille de 17 ans soudainement touchée par un changement de texture de cheveux les rendant incoiffables (le médecin y concluant à l'effet d'un dérèglement du système nerveux, alors que les parents y voyaient le signe que leur fille aurait été visitée par Dieu). À sa suite d'autres médecins tels DubreuilhDubreuilh (1923) Cité par Jackson G.T & McMurthy CW ; A Treatise on Diseases of the Hair, Philadelphia, Lea & Febiger Publishers, 186 en 1902, De AmisDe Amis (1923) Cited by Stelwagon and Gaskeill : Diseases of the Skin", édition, Philadelphia ; Saunders Company, 1018-1020 en 1923, Ohman & DumesnilOhmann & Dumesnil (1923), cités par Jackson G.T &Mc Murthy.C.W.: A Treatise on Diseases of the Hair, Philadelphia, Lea & Febiger, Publishers, 286. en 1923, Graham en 1952, KhareKhare A.K (1985) Plica neuropathica. Indian Journal of Dermatology, Venereology, and Leprology, 51, 178-179. en 1985 (jeune femme de victime de maladie mentale et ayant développé une plique après une période de six mois de stress intense).
Mozer. en 1995 ou encore Friedlietal en 2000 décrivent d'autres cas. Leur travail est analyséSimpson M.H & Mullins J.F (1969) Plica-neuropathica. Archives of Dermatology, 100, 457-458 en 1969 par Simpson et al. qui rapportent eux-mêmes un cas de Plica neuropathica chez un patient traité en psychiatrie pour des problèmes d'anxiété et de dépression.
Traitement Il consistait d'abord à couper les cheveux affectés et le chirurgien Gadowski note en 1814 que Si le bulbe est parfois affecté, c'est selon lui en raison du manque de soins qui a concerné la chevelure, Gadowski ajoutant que la douleur qu'éprouvent les tricoeuex quand .
Divers traitement ont autrefois été utilisés pour traiter les symptômes non-pilaires, dont mercuriels. .
Histoire du phénomène et de sa connaissance
En 1775 Vicat cite Stabel qui affirmait en 1724G. Frid Stabel, differt. de Plica, Halae 1724. 4° que la maladie (Erndtel fait de même selon Vicat).
La plique polonaise semble avoir été très fréquente autrefois en Pologne (et pas toujours pathologique) quand les soins des cheveux étaient négligés ; affectant principalement les paysans, mais sans être rare au sein des classes sociales supérieures.
Peut-être en raison de superstitions, la plique se serait développée en Pologne où la tresse était considérée comme une amulette supposée être bonne pour la santé, ce pourquoi on la laissait volontiers se développer, ou on encourageait son développement. Répandre de la graisse sur les cheveux et porter des bonnets de fourrure et des casquettes en laine, même en été, étaient des pratiques courantes. Au début du , une hypothèse est que la plique est le symptôme externe d'une maladie interne. Une plique en voie de croissance était censée sortir la maladie hors du corps, et donc elle était rarement coupée ; en outre, on croyait que si on la coupait, la plique pourrait se venger et causer une maladie encore plus grave. On croyait également que le fait de lancer un sort à quelqu'un pourrait provoquer chez lui l'apparition de plique polonaise . Ces superstitions ont été tellement répandues et fortes que beaucoup de gens ont vécu leur vie entière avec une plique polonaise. Une plique peut parfois devenir très longue - atteindre jusqu'à 80 cm, voire plus. La plique polonaise pouvait prendre diverses formes, d'une boule de cheveux à une longue queue. Les pliques ont même été classées d'une manière assez sophistiquée, il y avait des pliques "mâle" et "femelle", "interne" et "externe", "noble" et "quelconque", "saine" et "parasitaire" (Certains auteurs .
L'excision d'une plique. En Pologne, elle pouvait être associée à un rituel : on choisissait une belle journée ou raconte Gadowski. Une fois coupée .
Une femme de lettres britannique, Hester Thrale, amie de Samuel Johnson, livrant ses observations et réflexions faites au cours d'un voyage à travers la France, l'Italie et l'Allemagne, décrit une plique polonaise vue en 1786 dans la collection de l'électeur de Saxe à Dresde : .
Selon les observations de Larrey qui dit avoir examiné cette affection avec soin en prenant , c'est une maladie plutôt urbaine et plus rare . Selon lui il ne s'agit pas d' ; la Plique ne serait que le résultat d'un manque de soin des cheveux ou de soins inappropriés.
Diderot en tant que critique d'art y fait allusion dans le Salon de 1765, au moment de décrire une femme dont la chevelure emmêlée a été mal exécutée par le peintre :
Au en Galicie occidentale, le professeur Józef Dietl (autrichien) s'est particulièrement intéressé à cette maladie et à son traitement. Il a recensé les personnes souffrant de la maladie, en suscitant des rumeurs selon lesquelles les pliques seraient taxées. Ces rumeurs auraient contribué à l'éradication de la plique polonaise dans sa région. Dans la seconde moitié du , des intellectuels ont lutté contre la superstition et le manque d'hygiène de la paysannerie. Gustave Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues écrivit : . Balzac, pourtant, dans L'envers de l'histoire contemporaine semble vouloir contribuer à l' explication semi-fantastique de la maladie en faisant une description fantasque qui occupe une partie significative de l'intrigue.
Au les médecins sont plutôt confrontés à de simples conséquences de dreadlocks, généralement rapidement réglée par la coupe des cheveuxFriedli A, Pierriard-Wolfensberger J & Harms M (2000). Plica polonica in the 21st century. Der Hautarzt; Zeitschrift fur Dermatologie, Venerologie, und verwandte Gebiete, 51(3), 201-202.
Culture, archives, muséographie thumb|Gravure sur cuivre.
En 1775, Vicat note qu'on appelle aussi cette maladie tricae incuborum... . Il dit aussi qu'en Allemagne on dénommait parfois ce mal "Wichtelzopffe" (Wichteln) ou "Judenzopffe" .
En 1814, le chirurgien polonais Gadowski distinguait clairement en Pologne des gens dont la plique n'est due qu'à un défaut de propreté et d'autres qui au contraire la recherchent, la provoquent et l’entretiennent leur vie durant. De nombreux paysans polonais se rasaient la tête en ne conservant qu'une grosse mèche de cheveux devenant une plique, alors que leur femme ne se rasait pas et obtenait une plique plus en forme de boule. Selon lui comme il s'agissait d'une tradition familiale certains médecins ont estimé que la plique était une maladie héréditaire voire contagieuse.
Une longue et épaisse plique polonaise, de 1 mètre 50, est conservée au musée de la faculté de médecine de l'université Jagellonne à Cracovie. Le mot polonais pour la plique polonaise, , est maintenant utilisé au sens figuré en Pologne pour désigner une personne sans éducation avec un esprit vieux jeu.
Références
Voir aussi Articles connexes
Dreadlocks Atébas Teignes pédiculose du cuir chevelu Poudrage des cheveux