Lesterny []. (en wallon Lesterni) est une section de la commune belge de Nassogne située en Région wallonne dans la province de Luxembourg.

C'était une commune à part entière avant la fusion des communes de 1977.

Commune du département de Sambre-et-Meuse sous le régime français, Lesterny fusionne avec Forrières en 1823, pour redevenir une commune autonome le dans la province de Luxembourg.

Étymologie

Le nom de Lesterny trouve son origine dans le nom Lesternivis qui se transforma en Lesterneias. En langue celtique ster ou encore staer signifie rivière et le radical ny découle quant à lui de niacum qui signifie demeure. Il est donc fort probable que Lesterny veuille dire ou .

Le site actuel du village (en Ardenne, à la différence des villages proches de Forrières ou Wavreille qui sont en Famenne) n'est pourtant pas au bord de la rivière la plus proche, la Lomme. De Lesterny à la Lhomme, le dénivelé est de l'ordre de 50 mètres sur une distance d'environ 1 kilomètre. Ce fut longtemps la cause d'un problème d'alimentation en eau de cette petite communauté villageoise essentiellement rurale, autrefois pourvue d'un cheptel abondant. Tout au plus y a-t-il un petit ruisseau qui prend sa source au sud-ouest de Lesterny et se jette dans la Lhomme à proximité de l'ancienne saboterie de Forrières, le ri de V'ni. Mais il est difficile d'imaginer que ce ru minuscule puisse être à l'origine du toponyme Lesterny. De là, l'idée que cette étymologie pourrait désigner un site ancien du village de Lesterny en bord de Lhomme, un site abandonné après que la grande peste de 1636 a lourdement frappé la population du village.

Géographie

Un observateur des choses de Famenne et d’Ardenne a écrit à propos du site du village de LesternyBruno Marée, La zone de virgation de Lesterny, dans Le Courrier, 22 novembre 2001 : Le village de Lesterny […] occupe une situation géographique étonnante. Il se blottit au creux d’une sorte de cirque délimité au nord, à l’est et au sud, par une série de collines séparées par le Ruisseau de V'ni et le Trou Moré. Ces collines culminent entre 300 et 360 mètres d’altitude, alors que la localité se situe vers 260 mètres. À l’ouest, par contre, les terres s'étendent, plus ou moins à plat, jusqu’à Wavreille. Cette disposition particulière des collines enserrant partiellement le village représente ici le faciès visible de la zone de virgation. […] Nous sommes […] à la limite géologique entre l’Ardenne et la Calestienne. Cette succession de collines, disposées en courbe, à Lesterny, se prolonge de façon rectiligne vers le nord-est en marquant le relief au sud de Forrières, Ambly, Harsin-Chavanne, Charneux,… Au sud-ouest, on retrouve le même prolongement rectiligne avec les localités de Bure, Tellin, Resteigne, Halma… qui marquent le début du talus ardennais et du massif forestier qui le couvre. Au centre de ces deux alignements de collines et de villages, Lesterny présente une zone de décrochage ou de décalage. Les deux alignements se prolongent plus ou moins parallèlement, dans un même axe, mais avec un écartement de plus d’un kilomètre, juste à hauteur de Lesterny. Ce phénomène résulte de la zone de virgation provoquant la disposition en « S » des collines délimitant le sud de Forrières, Lesterny, puis Bure. […] A hauteur de Lesterny, passe un léger plissement des assises géologiques, une simple «ondulation» qui suffit à produire, en surface, un décalage dans l’alignement des affleurements rocheux [dont l’orientation générale du sud-ouest au nord-est est typique de toute la Wallonie] : C’est la zone de virgation ! En fait la Famenne et la bande calcaire qui en délimite le bord sud, la Calestienne, forment une zone rectiligne cassée, à hauteur de Lesterny. […] Cette situation crée aussi un relief particulier, un paysage original, un environnement fermé, un sentiment d’intimité dont bénéficient le village … et ses habitants !Les collines en cirque incomplet ainsi évoquées sont Hérimont (sommet à 360 mètres) au sud du village, Le Chènet (double sommet à 320 mètres et 290 mètres, le second étant aussi appelé Le Ronchi par les habitants) au nord-est et une troisième colline (sommet à 305 mètres) au nord-nord-ouest, entre Lesterny et Forrières, restée innommée (mais communément désignée à Lesterny par l’appellation colline de Forrières – encore que sur la carte de cabinet des Pays-Bas autrichiens au 1/11.520 levée de 1771 à 1778 par le comte Joseph de Ferraris, cette même colline porte la mention M[onta]gne Lafougère (tandis que Hérimont y est Dérimont et que Le Chènet y est innommé).

Récemment, dans le cadre du balisage de sentiers touristiques (en l’occurrence la promenade de St Martin), les autorités communales ont baptisé Sur le Faljau le sommet de cette dernière colline, par référence au lieu-dit de ce nom que les cartes localisent au haut de son flanc tourné vers Forrières. À propos de l'ouverture de ce cirque de collines vers l’ouest et Wavreille, il faut relever dans cette direction la particularité hydrographique que de part et d’autre du lieu-dit Champ Pagnol, à environ 500 mètres au nord-ouest de Lesterny, les eaux de surface se partagent : du côté de Lesterny, le ruisseau de V’ni (ou ruisseau de Lesterny, pour les habitants de Forrières) coule au nord-nord-est vers la Lhomme, tandis qu’un demi-kilomètre à l’ouest, le ruisseau d'Howisse coule à l’ouest-sud-ouest vers la Lesse.

Faut-il rattacher à ce relief particulier le tempérament singulier que leurs voisins reconnaissent aux habitants de Lesterny« On dit que les habitants de Lesterny se distinguent par leur entêtement et leur obstination »,. et qu'ils expriment sans doute aussi dans le surnom de mâkès (littéralement « frappés », donc sots, mais aussi caprices, lubies,…) qu’ils leur ont donné ? Ceux de Lesterny en tirent d’ailleurs une certaine fierté. Leurs ancêtres du ne faisaient-ils pas déjà montre d’un tel tempérament, eux qui, « agriculteurs besogneux », « n’hésitaient pas à poursuivre les communautés rurales voisines, qui se hasardaient à violer leurs droits de paisson ». ? Et leurs revendications obstinées de l'autonomie communale pour leur village au cours du , ne sont-elle pas la marque, dans le chef des habitants de Lesterny, d'un fort sentiment de communauté villageoise et d'une identité propre ?

C'est au demeurant avec une égale obstination que les anciens d'aujourd'hui se divisent à propos de ce qu'aurait été l'implantation initiale de Lesterny, avant la grande peste qui en 1636 aurait lourdement frappé la population du village. Se référant souvent à l’autorité de Monsieur le Maître Charon (Léon « Henri » Charon assura de 1925 à 1961 la fonction d’instituteur communal à Lesterny), les uns situent avec une grande assurance cette implantation au sommet de la colline Hérimont ou du moins sur le flanc est ou sud-est de celle-ci, juste en contrebas du sommet, alors que les autres la disent avec une absolue conviction en bord de Lhomme, du côté du pont qu’emprunte la route menant à Masbourg. Certains, parmi les premiers, invoquent la découverte autrefois de fondations sur la colline. Les seconds ont pour eux une certaine étymologie du nom du village (dont les formes les plus anciennes connues remontent au neuvième siècle), selon laquelle Lesterny viendrait de ster ou staer qui, en celtique, désignerait une rivière, et ny de niacum désignant une demeure ; Lesterny aurait ainsi pour signification originale habitation(s) près de la rivièreÉmile Tandel, op. cit., tome V, 1892, . Peut-être est-ce à cette étymologie qu’il faut rattacher l'orthographe l’Esterny parfois rencontrée, par exemple dans la carte levée par Philippe Vandermaelen vers le milieu du ou sur d’anciennes cartes postales (Forrières – Route de l’Esterny et Chapelle St-Roch).

Démographie et économie

Évolution démographique

Source : INS recensements population.

La commune de Lesterny avait une superficie de 584 hectares. Elle jouxtait les communes de Forrières au nord, Masbourg à l'est, Grupont au sud, Bure au sud-sud-ouest et Wavreille au nord-ouest.

Avec Masbourg, Lesterny était un des villages les moins peuplés du canton de Nassogne. Il comptait environ 260 habitants lorsqu'il devint commune du royaume de Belgique en 1907, 188 quand il cessa de l'être en 1976.

On ne peut qu’être frappé par la contraction que connut la population de Lesterny au cours de la période d'autonomie communale : après une hausse continue de quasiment 100 % en quelque 110 ans, Lesterny perdit près de 30 % de sa population en moins de 70 ans.

La cause en est connue. . On aurait presque pu tenir à son sujet ces propos, qui visaient un village du plateau central ardennais : « Tout y vit de la terre et pour la terre. Champs et prés; prés et champs, à l’ombre des bois d’épicéas ou des taillis de bouleaux et de chênes »Charles du Bus de Warnaffe, Un coin d’Ardenne - Roumont-sur-Ourthe, Essai d’histoire locale dans un cadre national, Bruxelles, Desclée De Brouwer, Edition universelle, 1943, . Or « le est essentiellement marqué par l’exode rural dans les petits villages comme Masbourg (377 habitants en 1910, 168 au creux de la vague en 1976), Lesterny (de 260 à 188 aux mêmes dates), Ambly (479 à 318), Harsin (454 à 351), Grune (417 à 229). Forrières s’est développé grâce au chemin de fer, en particulier les ateliers S.N.C.B. de Jemelle qui offrent de l’emploi à proximité. Bande passe de 759 habitants en 1910 à 592 au recensement de 1947 : la Seconde Guerre mondiale y fut tragique »Passé Présent du Luxembourg belge, op. cit., ..

C’est dans ce contexte que s’inscrivent les considérations suivantes publiées dans le quotidien L’Avenir du Luxembourg, début André Collard, op. cit. : Lesterny : 180 habitants. Les jeunes s’en vont, non pour répondre à des sirènes, mais pour se caler dans la vie, honnêtement et sans complexe. Le village perd chaque année une dizaine d’habitants. Où va-t-on s’arrêter ? C'est la question que se posent un bourgmestre et un conseil communal. Des collines et des plaines qui forment 220 hectares de terres agricoles que cultivent une dizaine d’agriculteurs. C’est cela aussi Lesterny. Une moyenne de 22 hectares par exploitant. On est sur le seuil de rentabilité. Tout au bord. C’est tout juste, disent certains. Mais à notre avis, c'est une bonne moyenne. […] Le village se découvre aussi une vocation touristique. Des centaines de jeunes vacanciers animent chaque année la localité. On loue quelques appartements et les vieilles maisons trouvent des acquéreurs très facilement.. vignette|Vieille ferme en ruine dans le haut du village, à côté du cimetière. Les auteurs du Dictionnaire d’histoire et de géographie administrative des communes de Belgique publié en 1983, ont résumé de façon frappante le déclin de Lesterny comme village voué à l'agriculture :