vignette|Dessin explicatif du concept de paywall, issu de la bande dessinée Pepper&Carrot Sur Internet, un (anglicisme, « mur de péage »), péage de lecture numérique Commission d’enrichissement de la langue française, « Vocabulaire de la culture : édition, médias et mode (liste de termes, expressions et définitions adoptés) », Journal officiel de la République française du . ou verrou d'accès payant. est une méthode de restriction d'accès à un contenu numérique dans le but d'amener le lecteur à souscrire un abonnement payant.
Les péages de lecture numérique les plus connus sont ceux des publications périodiques, tels les journaux et les magazines . Le premier verrou serait celui mis en place par le Financial Times en 2002.
À partir du milieu des années 2010, plusieurs journaux ont mis en place des péages sur leurs sites Web pour augmenter leurs revenus après des années de déclin des revenus d'abonnement dans les versions papier et des revenus publicitaires dans les versions numériques (en partie en raison de l'utilisation de bloqueurs de publicité).
Dans le milieu universitaire, les documents de recherche sont souvent assujettis à un péage et sont disponibles par l'entremise des bibliothèques universitaires qui y sont abonnéesSample, Ian. "Harvard University says it can’t afford journal publishers’ prices." The Guardian 24 (2012): 2012.Skirting Around Paywalls: How Scientists Quickly Get the Articles They Need.
Histoire
En 1996, le Wall Street Journal a mis en place et maintient depuis un péage de lecture numérique dur. Le journal a continué à être largement lu, acquérant plus d'un million de lecteurs payants à la mi-2007, et 15 millions en .
En 2010, dans la foulée du Wall Street Journal, The Times de Londres a mis en place un péage dur ; une décision qui a été controversée, car, contrairement au Wall Street Journal, le Times est un site d'information générale et certains prétendaient que les lecteurs chercheraient de l'information gratuite ailleurs. Le péage, ayant recruté payants, n'a été ni un échec ni un succès. Par contraste, The Guardian a résisté à l'utilisation d'un péage, citant comme raisonnement « la croyance en un Internet ouvert » et « le souci de la communauté », une explication qui se trouve dans son article de bienvenue aux lecteurs de nouvelles en ligne qui, bloqués du site du Times, sont venus au Guardian pour obtenir gratuitement des nouvelles en ligne. D'autres journaux, notamment le New York Times, ont oscillé entre la mise en place et la suppression de divers mécanismes de péage. Comme les nouvelles en ligne demeurent un média relativement nouveau, certains maintiennent que l'expérimentation est la clé du succès pour maintenir les revenus tout en conservant la satisfaction des consommateurs de nouvelles.
Certaines mises en œuvre de péages se sont avérées infructueuses et ont été abandonnées. Parmi les experts qui sont sceptiques à l'égard du modèle de péage, mentionnons Arianna Huffington, qui a déclaré que « le péage est de l'histoire ancienne » dans un article paru en 2009 dans The GuardianHuffington, Arianna (11 May 2009), "The Paywall Is History", The Guardian (London). Retrieved 25 October 2011.. En 2010, le cofondateur de Wikipédia, Jimmy Wales, a qualifié le péage du Times d'« expérience stupide ». La préoccupation majeure était qu'avec un contenu aussi largement disponible gratuitement, les abonnés potentiels se tourneraient simplement vers d'autres sources pour leurs nouvelles. Les effets négatifs des mises en œuvre précédentes comprenaient la diminution du trafic et une mauvaise optimisation des moteurs de recherche.
Les péages sont devenus controversés, les protagonistes se disputant sur l'efficacité des péages à générer des revenus et sur leurs effets négatifs sur les médias. Parmi les critiques des péages, on compte de nombreux hommes d'affaires, des universitaires comme le professeur Jay Rosen, des journalistes comme et l'analyste des médias Matthew Ingram de Gigaom. Parmi ceux qui y voient un potentiel, on compte l'investisseur Warren Buffett, l'ancien éditeur du Wall Street Journal et le magnat des médias Rupert Murdoch. Certains ont changé d'avis sur les péages. , de Reuters, était au départ un sceptique, mais il a par la suite exprimé l'opinion que les péages pouvaient être efficaces. Un théoricien des médias de l'Université de New York, Clay Shirky, était au départ sceptique quant aux péages, mais en , il a écrit : « Les journaux devraient se tourner vers leurs lecteurs les plus fidèles pour obtenir des revenus, par le biais d'un service d'abonnement numérique comme le New York Times ». Les péages modifient rapidement le journalisme, avec un impact sur sa pratique et son modèle d'affaires, et sur l'accès à l'information sur Internet.
Types de péage
Trois modèles de péage ont émergé : les péages durs qui n'autorisent aucun contenu gratuit et incitent l'utilisateur à payer immédiatement pour lire, écouter ou regarder le contenu ; les péages souples ou péages mesurés qui autorisent un certain nombre d'articles gratuits auxquels un lecteur peut accéder sur une période de temps, permettant une plus grande flexibilité dans ce que les utilisateurs peuvent regarder sans s'abonner les péages combinés qui permettent un accès gratuit à certains contenus, tout en conservant les contenus de qualité derrière le péage.
Péages durs
Le péage dur, tel qu'utilisé par le Times, exige un abonnement payant avant de pouvoir accéder à son contenu en ligne. Un péage de ce type est considéré comme l'option la plus risquée pour le fournisseur de contenu. On estime qu'un site Web perdra 90 % de son lectorat en ligne et de ses revenus publicitaires pour les récupérer ensuite grâce à sa capacité à produire un contenu en ligne suffisamment attrayant pour attirer des abonnés. Les sites de nouvelles avec des péages durs peuvent réussir s'ils : fournissent une valeur ajoutée à leur contenu ; ciblent un public de niche ; dominent déjà leur propre marché.
De nombreux experts dénoncent le péage dur en raison de sa rigidité, estimant qu'il agit comme un élément dissuasif majeur pour les utilisateurs. Le blogueur financier a écrit que lorsqu'on rencontre un péage dur, on s'en va tout simplement et on est déçu de son expérience. Jimmy Wales, cofondateur de l'encyclopédie en ligne Wikipédia, a fait valoir que l'utilisation d'un péage dur diminue l'influence d'un site. Il a déclaré qu'en mettant en place un péage dur, le Times s'est rendu non pertinent. Bien que le Times ait potentiellement augmenté ses revenus, il a diminué son trafic de 60 %.
Péages souples
Le péage souple est mieux incarné par le modèle de comptage. Ce modèle permet aux utilisateurs de consulter un certain nombre d'articles avant de bloquer un utilisateur qui n'a pas un abonnement payant. Le Financial Times permet aux utilisateurs d'accéder à 10 articles.
En , le New York Times a mis en place un péage souple qui permettait aux utilisateurs de consulter 20 articles gratuitement par mois. En , le New York Times a réduit le nombre d'articles gratuits à 10 par mois. Le péage souple du journal a été défini comme étant non seulement souple, mais aussi poreux, car il permet également d'accéder à tout lien affiché sur un site de média social, et jusqu'à 25 articles gratuits par jour s'ils sont accédés au moyen d'un moteur de recherche. Cette façon de faire permet au journal de « retenir le trafic des utilisateurs légers », ce qui lui permet de maintenir un nombre élevé de visiteurs, tout en recevant des revenus d'abonnement des utilisateurs lourds. Ce modèle a permis au New York Times d'attirer abonnés au cours des trois premiers mois. Alors que certains ont proclamé le succès du New York Times après l'annonce d'un bénéfice au troisième trimestre de 2011, d'autres ont noté que l'augmentation du bénéfice est éphémère et largement basée sur une combinaison de coupures et de vente d'actifs. Bien que le péage souple permet de générer des revenus pour le journal tout en maintenant l'accès à l'information pour le public, la rentabilité du modèle n'a pas encore été prouvée.
Péages combinés
Une stratégie de péage combinée consiste à permettre un accès gratuit à certains contenus, tout en conservant les contenus de qualité derrière le péage. Une telle stratégie conduit souvent à la création de deux catégories d'information : une information générale disponible gratuitement (souvent créée par des journalistes moins expérimentés) et un contenu avec plus de valeur ajoutée (souvent créé par les journalistes le plus expérimentés). Ce type de péage remet en question l'égalitarisme du média d'information en ligne. Selon le théoricien de la politique et des médias , .
Le Boston Globe a mis en œuvre une version de cette stratégie en en lançant un deuxième site Web, BostonGlobe.com, pour offrir uniquement le contenu du journal derrière un péage dur, à l'exception de la plupart des contenus sportifs, qui sont restés ouverts pour faire concurrence aux autres sites Web sportifs locaux. BostonGlobe.com fonctionne parallèlement au site d'information préexistant, le Boston.com, qui contient désormais, avec un délai, une quantité limitée de contenu provenant du site payant, mais qui met davantage l'accent sur les actualités communautaires. Le rédacteur en chef du Boston Globe, Martin Baron, a décrit les sites comme En , le site comptait plus de payants. À ce moment-là, le Globe a annoncé qu'il remplacerait le péage dur par un péage souple permettant aux utilisateurs de lire sans frais sur une période de . Le rédacteur en chef du Boston Globe, , était d'avis que la possibilité d'échantillonner le contenu de qualité supérieure du site encouragerait un plus grand nombre de personnes à s'abonner au service. En même temps, M. McGrory a annoncé son intention de donner à Boston.com une orientation éditoriale distincte, avec une , tout en faisant migrer d'autres contenus des rédacteurs du Boston Globe, comme les blogues du Boston.com vers le site Web du journal, mais en les gardant en libre accès.
Contournement des péages
Certains péages peuvent être contournés en utilisant la navigation privée, en utilisant des sites pirates (Sci-Hub, Library Genesis), en installant des extensions sur certains navigateurs Web tels que Google Chrome
Réception
Industrie
L'accueil réservé par les professionnels de l'industrie à la mise en œuvre des péages a été mitigé. La plupart des discussions sur les péages sont axées sur leur succès ou leur échec en tant que modèles d'affaires et négligent leurs implications éthiques pour le maintien d'un public informé. Dans le débat sur les péages, certains considèrent la mise en œuvre d'un péage comme une stratégie à courte vue - une stratégie qui peut aider à augmenter les revenus à court terme, mais pas une stratégie qui favorisera la croissance future de l'industrie des journaux. Cependant, en ce qui concerne le péage dur en particulier, il semble y avoir un consensus dans l'industrie selon lequel les effets négatifs (perte de lectorat) l'emportent sur les revenus potentiels, à moins que le journal ne cible un public de niche.
Certains restent optimistes quant à l'utilisation de péages pour aider à augmenter les revenus des journaux en difficulté. Cependant, ceux qui croient que la mise en œuvre des péages réussira ne cessent de mentionner diverses conditions nécessaires à leur succès. affirme que pour qu'un péage apporte de nouveaux revenus et ne dissuade pas les lecteurs actuels, les journaux doivent « investir dans des systèmes souples, exploiter l'expertise de leurs journalistes dans des créneaux et, surtout, offrir aux lecteurs un contenu dont ils percevront la valeur.