La Saint-Barthélemy grenobloise (terme notamment utilisé par l'historien François Boulet dans son ouvrage Les Alpes françaises, 1940-1944Google livre "Les Alpes françaises, 1940-1944", page 298, page 300 et page 438) est une série d'assassinats et d'arrestations des principaux responsables de la résistance grenobloise à l'occupation allemande, qui a eu lieu entre les et . Elle a été perpétrée par une équipe de collaborationnistes aux ordres de Doriot et du PPF lyonnais dirigé par Francis André. Elle a été ainsi nommée en référence au massacre des protestants de .
Durant la Seconde Guerre mondiale, alors que le Nord de la France est occupé par les troupes allemandes depuis , la zone sud ou zone libre est à son tour envahie par ces dernières en , excepté pour la région des Alpes, qui se retrouve sous une occupation italienne beaucoup moins violente. Ce contexte attire alors à Grenoble de nombreux réfugiés persécutés ou des universitaires. La ville étant proche d'imposants massifs montagneux où il est facile de se cacher pour les maquisards, elle devient l'endroit idéal pour le développement d'une résistance à l'occupant. Mais le , à la suite du retrait des Italiens de la guerre après la signature de l'armistice de Cassibile, les Alpes françaises sont à leur tour envahies par les Allemands, qui décident très vite d'éliminer cette résistance dans une vaste opération.
Outre cinq personnes déportées mais revenues vivantes, le bilan de la Saint-Barthélemy grenobloise est de onze assassinats et de huit morts en déportation, le futur préfet de l'Isère, Albert Reynier, évitant de justesse sa capture.
Contexte vignette|alt=Carte de France en 1943 montrant la zone nord occupée par les Allemands, la zone sud encore libre et la zone des Alpes occupée par les Italiens.|Zones occupée et libre en 1943. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Grenoble est située en zone libre jusqu'en . À cette période, le débarquement des troupes alliées en Afrique du Nord provoque l'invasion de la majeure partie de la zone libre par les troupes allemandes et l'occupation par l'armée italienne d'une zone située à l'est de la vallée du Rhône.
La ville de Grenoble qui atteint alors la barre des . est donc occupée dès le par les de la dite sous le commandement du général resistance-en-isere.fr, Libertà ! Antifascistes et résistants italiens en Isère.. Leur zone de responsabilité s'étend du Léman à la Durance. Cette période d'occupation italienne reste cependant une période relativement sûre à Grenoble, notamment pour les juifs persécutés provenant de la zone occupée comme le futur historien Marc Ferro, mais aussi pour les milieux universitaire et scientifique comme le futur prix Nobel Louis Néel qui voient la ville comme une terre d'asile... Mais le , les territoires occupés par les Italiens sont à leur tour contrôlés par les Allemands à la suite de la signature de l'armistice de Cassibile entre l'Italie et les Alliés. L'arrivée des troupes allemandes à Grenoble en va alors provoquer une occupation beaucoup plus violente.
Parallèlement, dès 1940, des personnes appartenant à différents milieux sociaux, sans relation les unes avec les autres, entrent en résistance et s'organisent progressivementL'abbé Pierre, vicaire à Grenoble depuis 1939 s'affaire activement dans la Résistance, notamment dans la rédaction de faux papiers, selon .. Des hommes jeunes, réfractaires au service du travail obligatoire arrivent à Grenoble en nombre croissant et rejoignent les différents maquis des massifs montagneux environnants.. En , l'un des premiers maquis de France est installé dans le massif du Vercors surplombant la villeSelon le musée de la résistance et de la déportation en Isère (dernier étage).. Grenoble devient alors sur les ondes de la BBC la « capitale des maquis »Selon , et selon le musée de la résistance et de la déportation..
Occupation allemande vignette|alt=Photographie prise clandestinement depuis un balcon qui montre une section allemande défilant dans le boulevard Édouard-Rey à Grenoble.|Une section de l'armée allemande défile boulevard Édouard-Rey et se dirige vers la place Victor-Hugo. Au matin du , l'occupation allemande entraîne l'installation de la de réserve de la Wehrmacht commandée par le général Karl Pflaum. C'est donc sous son commandement que s'installent les de troupes dans les départements alpins., et en chassent les soldats italiens. Installé au siège de l'état-major de la Wehrmacht, place Pasteur dans la maison des Étudiants., sa première urgence consiste à héberger les organismes répressifs comme la police secrète d'État ou plus connue sous le nom de . Puis le , le SD (), service de sécurité chargé de l'espionnage à Lyon, détache à Grenoble son commando d'intervention (Einsatzkommando), placé sous les ordres du SS Paul Heimann. Heimann est arrêté en novembre 1948.. À cet effet, un grand immeuble de neuf étages est réquisitionné au . Dans ce contexte très tendu, la première victime de l'occupant allemand ne tarde pas à tomber, l'ingénieur André Abry âgé de est abattu le dans la rue de Palanka, alors qu'il venait de poser sa mallette sur le trottoir afin de pouvoir ouvrir la porte de son garageClaude Muller, Les sentiers de la liberté, page 30.placegrenet.fr du 14 février 2014, Automne 43, résistance et répression..
Vingt ans plus tard, Lucienne Gosse, épouse du doyen René Gosse, écrira au sujet de cette période :
À partir de , la garnison de Grenoble va prendre de l'importance et voir ses effectifs augmenter. Cette importance se manifesta par le déménagement du siège de la police de sécurité du Reich, la Sipo-SD () en dans un hôtel du boulevard Maréchal-PétainLe boulevard Gambetta est dénommé ainsi de 1940 à 1944. et par le remplacement du chef Heimann par le SS-Hauptsturmführer Hartungmuseedelaresistanceenligne.org Lettre du 25 juillet 1944 du préfet Philippe Frantz aux autorités allemandes à propos des représailles dans le Vercors. .
Actions de la résistance en novembre 1943 vignette|alt=Immense monument des diables bleus avec au centre la statue d'un chasseur alpin. Un grand drapeau français flotte à droite du monument.|250px|Monuments des diables bleus à Grenoble. La tension entre population et occupant devient de plus en plus forte en novembre. Quelques jours auparavant, en octobre, le siège de la Milice place Victor-Hugo vient de se faire mitraillerPar Paul Vallier selon . et les Allemands voient leurs collaborateurs immédiats tomber les uns après les autres sous les balles des résistants. Issus du mouvement de résistance Combat, l'action des groupes francs, groupes d'action armés, composés des hommes les plus dynamiques et mobiles, constituant la branche armée chargée d'une action immédiate, exerce un véritable travail de sape sur le moral des Allemands. À leur tête en Isère, le commandant Louis Nal.
vignette|left|alt=Place automobile avec un bâtiment art déco de couleur ocre de six étages.|upright=1.2|La Kommandatur allemande de Grenoble était située place Pasteur dans la maison des étudiants (centre). Les manifestants ont été regroupés à droite de celle-ci. La population dauphinoise est appelée à manifester lors de la commémoration du au monument aux morts de la porte de France sur la rive droite de l'Isère, mais à l'approche du pont de la porte de France permettant d'y accéder, les gardes mobiles empêchent les manifestants de le franchir et les repoussent. Entonnant La Marseillaise, les décident alors de se rendre au monument des Diables bleus du parc Paul-Mistral. Arrivés sur place, ils ont à peine le temps de déposer un bouquetLe coureur cycliste Bernard Gauthier alla, quant à lui, fixer un drapeau tricolore sur le monument aux Diables bleus (témoignage d'une manifestante, Éliane Plaussu née Hyvernaud (1923-2018)). qu'ils sont encerclés par les forces allemandes venues en nombre et 600 d'entre eux sont arrêtés. Parqués sur la place Pasteur, visibles depuis le bureau du général Karl Pflaum, les femmes et les enfants de moins de sont relâchés au bout de quelques heures. Mais, 369 vont être retenus à la caserne de Bonne, afin d'être déportés deux mois plus tard dans des camps de concentration.. Sur ces de moins de déportés à Buchenwald après deux mois à Compiègne, seuls 102 reviendront vivantsEn 2024, Vincent Malerba est le dernier survivant des déportés du . à la fin de la guerreEn hommage, une rue de Grenoble est baptisée rue des Déportés du 11 novembre 1943..
Un rapport en date du , du commandant de la gendarmerie de l'Isère, présent sur le lieu d'arrivée de la manifestation, fait état de , et précise : ..
Sans lien de causalité avec cette manifestation, un attentat spectaculaire a lieu à Grenoble dans la nuit du 13 au , détruisant par une énorme explosion le dépôt de munitions allemand situé dans le Nord de la ville sur le polygone d'artillerieSelon , c'est la deuxième fois que le dépôt de munitions du polygone sautait. La première fois, c'était accidentellement le 29 juin 1918.. Vers 23 heures, de munitions et de matériel partent en fumée, privant ainsi l'occupant allemand de précieuses ressources en explosifs. La déflagration est entendue à plus de cinquante kilomètres. et des nuées incandescentes montent plus haut que les montagnes environnantesLucienne Gosse, Chronique d'une vie française. René Gosse : 1883-1943.. Cet exploit est l'œuvre du résistant grenoblois Aimé Requet (1906-1997). L'opération est préparée depuis six mois déjà, grâce notamment à un adjudant lorrain du nom de Schumacher qui, travaillant dans cet arsenal, établit les plans d'exécution. Initialement fixée au , la mise à feu est reportée au 10, puis au 14 en raison d'allumages défectueux..
Semaine rouge Le , les services de la Gestapo se réunissent afin de supprimer ces mouvements de résistance par une opération coup de poing, en faisant appel à une équipe de miliciens lyonnais, dirigée par Francis André.. Placée sous la direction du SS August Moritz, ils sont renseignés par les époux Girousse . du Parti franciste et décident des détails de l'opération en représailles de la mort de collaborateurs grenobloisInterrogatoire de Francis André du 8 octobre 1945..
Le à , l'opération débute par les arrestations simultanées de Roger Guigue, membre du Parti communiste, dans le salon de coiffure tenu par sa femme rue BrocherieGrenoble-resistance.fr, Roger Guigue., du journaliste Jean Pain au café La Table ronde place Saint-AndréGrenoble-resistance.fr, Jean Pain. et de Georges Duron, vendeur de billets de loterie, dans le magasin de fleurs de sa femme sur la place Victor-HugoGrenoble-resistance.fr, Georges Duron.., marquant le début de cette série de meurtres. Après interrogatoire des trois résistants, ils sont exécutés chacun à un endroit différent de la ville. Un feuillet est retrouvé sur leurs corps avec l'inscription : .
Le se déroule l'arrestation du docteur Jacques Girard à 14 heures à son domicile du grenoble-resistance.fr, Jacques Girard, puis son interrogatoire dans une maison réquisitionnée par les tueurs et son exécution. À chaque heure une nouvelle arrestation suivie de l'exécution est effectuée par l'équipe de Francis André, aidée par la milice locale. Le docteur Henri Butterlin est arrêté à à son domicile du grenoble-resistance.fr, Henri Butterlin., Alphonse Audinos à au grenoble-resistance.fr, Alphonse Audinos., Joseph Bernard à au grenoble-resistance.fr, Joseph Bernard.. Tous les trois sont exécutés le jour même, et les corps pour deux d'entre eux sont retrouvés loin de leur lieu d'arrestation, à Vif pour Henri Butterlin et à Claix pour Jacques Girard.
vignette|alt=Portrait du docteur Gaston Valois.|150px|Gaston Valois.