thumb|300px|Membres de la mission Dakar-Djibouti au musée d'ethnographie du Trocadéro, Paris 1931. De gauche à droite : André Schaeffner, Jean Mouchet, Georges Henri Rivière, Michel Leiris, le baron Outomsky, Marcel Griaule, Éric Lutten, Jean Moufle, Gaston-Louis Roux et Marcel Larget. Marcel Griaule, né à Aisy-sur-Armançon dans l'Yonne le et mort à Paris le , est un ethnologue et africaniste français connu pour ses travaux sur les Dogons.
Biographie Marcel Griaule est issu d'une famille auvergnate du côté de son père et briarde du côté de sa mère.
Première Guerre mondiale Il prépare le concours de l'École polytechnique en mathématiques spéciales au lycée Louis-le-Grand avant que la Première Guerre mondiale ne le pousse à interrompre ses études. Engagé volontaire à 17 ans dans l'artillerie, il poursuit une formation à l'école d'application d'artillerie de Fontainebleau et s'engage en 1917 dans l'aviation comme observateur aérien. Il reste au sein de l'armée de l'air jusqu'en 1921 ( d'aviation sur Breguet). Il rédige à cette époque deux livres connus dans le monde des pionniers de l'aviation : Le bréviaire du Captain B'Hool et L'abominable homme de Keurk.
Missions en Afrique En 1922, Marcel Griaule reprend des études de langues et d'ethnologie à l'École nationale des langues orientales vivantes (ENLOV) et à l'École pratique des hautes études (EPHE) notamment auprès de Marcel Mauss et de Marcel CohenNécrologie de Marcel Griaule par P Champion dans le Journal de la Société des Africanistes, 1956:vol. 26, numéro 26, pp. 267-271 . Après lui avoir délivré son diplôme d'amharique en 1927, ce dernier, qui a fait le voyage en 1910, l'envoie en Éthiopie pour plusieurs mois (1928-1929). Marcel Griaule publie Silhouettes et graffiti abyssins et l'année suivante Les Flambeurs d’Hommes qui reprend trois articles parus dans la revue Documents et relatant son expédition en Abyssinie. Marcel Griaule publie avec l'aide de l'abbé Jérôme Gabra Moussié la traduction du Livre de recettes d’un dabtara abyssin que son maître avait ramené de son voyage de 1910 puis organise la traversée de l'Afrique d'ouest en est : c'est la mission Dakar-Djibouti de à , dont il assume la direction, accompagné de Michel Leiris qui devait agir comme secrétaire-archiviste de la mission, André Schaeffner et d'autres ethnologues et hommes de terrain, inaugurant à cette occasion l'ethnologie française de terrainDossier de la Caisse nationale des sciences relatif à Griaule conservé aux Archives nationales sous la cote 20070296/244.. Cette expédition rapporte plus de objets, obtenus parfois dans des conditions discutées, qui enrichissent les collections du musée du Trocadéro. Griaule étudie alors pour la première fois les Dogons sur lesquels il effectue la grande majorité de ses recherches par la suite. De 1935 à 1939 au cours de cinq expéditions cumulant plus de km parcourus. La mission avait fait l'objet de la loi du . Au retour, des textes paraissent dans la revue Minotaure où se retrouvent côte à côte, Picasso, Masson, Dali, Lacan, Leiris, Éluard et Griaule. Il est fait officier de la Légion d'honneur.
thumb|Sculpture Dogon (Louvre). À l'été 1933, une première exposition du fruit de cette mission se tient au musée de l'Ethnographie. Marcel Griaule rompt alors avec Michel Leiris qui publie le journal qu'il a tenu durant la mission, Afrique fantôme, dans lequel Leiris découvre le non-dit de l'Occident, le racisme et l'inégalité. La même année, Marcel Griaule est fait chevalier de la Légion d'honneur en reconnaissance de la qualité de ses travaux. Il rejoint ainsi son frère ainé Lucien, promu lui en 1918 au rang de Chevalier pour ses faits d'armes lors de la Première Guerre mondiale et pour qui il avait une très grande affection. Leiris sur le versant idéologico-politique, Griaule sur l'autre pente avec Dieu d'Eau qui démontre qu'il y a un « univers mental chez les prétendus primitifs, de la culture dans une tête noire... une vraie culture, avec une pensée savante, une philosophie et même une cosmogonie aussi complexe que celle d'Hésiode » Introduction de Dieu d'Eau, Livre de poche.. Les deux livres vont révolutionner le mode de voir et de comprendre l'Autre, mais les deux hommes nourrissent alors l'un pour l'autre une haine féroce. Griaule reproche à Leiris l'absence de dimension scientifique à son travail de secrétaire-archiviste. Dès 1935, Griaule privilégie l'étude des Dogons. Il s'attache alors pour sa thèse de doctorat, publiée en 1938, à décrire les Jeux dogons et les Masques dogons.
Défenseur du Négus Marcel Griaule est appelé par le Négus d’Éthiopie à défendre son pays envahi par l'Italie fasciste en 1935. C'est ainsi que Griaule fait partie de la délégation éthiopienne à la Société des Nations où il écrit le contre-mémoire éthiopien au mémoire italien, qu'il rédige le discours du Négus à la SDN, qu'il l'accompagne dans son exil londonien et qu'il écrit avec ce dernier les premiers chapitres de ses mémoires.
En 1936, il publie La Peau de l’Ours, réponse au Manifeste des intellectuels pour la défense de l’Occident de Maulnier, Gaxotte, Baudrillart, Béraud, Brasillach, Maurras et quelques autres soutenant l’agression de l’Éthiopie par l’Italie mussolinienneG. Gaillard, «Griaule, Marcel, 2001, Silhouettes et graffiti abyssins», Paris, Maison-Neuve & Larose, Centre français des études éthiopiennes, 33 p., 44 pl. et ill., Journal des africanistes, Paris, 2004.. Griaule est alors qualifié d'anti-fasciste délirant et son livre est porté sur la liste Otto d'interdiction de livres et détruit. Il est un des rares Français et Occidentaux à avoir pris la défense d'un pays souverain africain envahi par la barbarie fasciste. Bob Marley a transformé ce fameux discours du négus en chanson (The war) qui sert toujours de support à la pédagogie des droits de l'homme dans bien des pays (cité au Conseil des Droits de l'Homme à Genève).
Marcel Griaule et sa femme Jeanne Troupel (1892-1973) de la Maisonade mettent leur maison de Haute-Savoie proche de Genève et de la SdN à la disposition du président espagnol Manuel Azana, afin qu'il tente une ultime mobilisation de la SDN à la cause républicaine. Le président signa sa lettre de démission le à Collonges-sous-Salève sur la même table sur laquelle Griaule avait défendu l’Éthiopie quelque temps auparavant. La table a été donnée à l'Espagne -où elle est devenue Trésor National- le 4 Juillet 2019.Une plaque avait été prélablement apposée en 2011 sur la place des Savoie à Collonges -sous-Salève pour rappeler ce fait. La lettre devant être communiquée d'abord aux Cortès espagnoles, elle n'a été communiquée qu'à partir du à la presse internationale. Avec l'avance allemande, le président Azana et sa suite partent pour Montauban où M. Azana meurt quelque temps après. Certains seront accueilli par le Mexique.
Il est important de rappeler que Griaule avait tenté d'organiser une résistance internationale à l'invasion italienne de l'Ethiopie. La République Espagnole avait alors promis à Griaule -qui en aurait pris la tête- une dizaine de parachutistes des Asturie spécialiste des explosifs. France et Angleterre s'opposèrent au projet pensant que Mussolini rejoindrait le camp des démocraties. La mise à la disposition de leur maison à la délégation présidentielle espagnole était une forme de retour d'appuiJe suis un des petits fils de Marcel Griaule. C'est moi qui ai organisé la pose de la plaque et le don de la table à l'Espagne. J'ai été élevé à la dignité de Commandeur de l'ordre du mérite civil par S.M Le Roi Felipe VI d'Espagne..
Lors des accords de Munich (1938), Marcel Griaule se met mis à la disposition de la république tchécoslovaque pour la défendre avec d'autres militaires français. Pour cela il est menacé de mort ainsi que ses trois enfants.
Seconde Guerre mondiale La Seconde Guerre mondiale l'oblige une nouvelle fois à interrompre son travail. Il intègre l'aviation comme capitaine, et il est décoré de la Croix de Guerre le . Démobilisé, il retourne à l'enseignement de l'ethnologie à l'Institut d'ethnologie de l'Université de Paris à partir de et devient secrétaire général de cet institut en , puis sous-directeur du musée de l'Homme. En 1941, il remplace à l'École des Langues orientales son ancien professeur d'amharique, Marcel Cohen, interdit d'enseigner par les lois antisémites. En 1942, il est nommé directeur du laboratoire d'ethnologie de l'EPHE et en octobre de la même année directeur de la première chaire de la discipline enseignée à la Sorbonne. Il remplace Paul Rivet - qui doit s'enfuir en Amérique du Sud en 1941 - à la tête du musée de l'Homme. Il empêche la nomination à la première chaire d'ethnologie de la Sorbonne d'un ethnologue raciste, Georges Montandon. Il fut la cible de la presse collaborationniste de Je suis Partout au Pilori ou l'Ethnie française ! De 1944 à 1946, il est remobilisé par le général de Gaulle comme commandant dans l'aviation (chef de la aérienne de Paris attaché au général Valin, puis chef du Bureau celui du renseignement) tout en continuant à dispenser ses cours. Il est accusé d'avoir été nommé titulaire de la chaire d'ethnologie durant la guerre. Suspendu deux mois, la commission d'enquête conclut à l'unanimité à la mise hors de cause de Griaule : pour actes de gaullisme, de résistance, d'aide morale et matérielle aux Juifs. Germaine Tillion reconnaissait le rôle très important de Griaule pour tenir l'honneur de l'université française durant cette période chaotique Isabelle Fiemeyer, Marcel Griaule, citoyen dogon, Actes Sud, Paris, 2005 et François Fouquet, Mon Cher Collègue et ami, Presses universitaires de Rennes, 2010.. Le , il est promu au rang d'officier de la Légion d'honneur pour ses actions durant la Seconde Guerre mondiale.
Après la Seconde Guerre mondiale Après la guerre, il s'investit dans l'étude des peuples de la boucle du Niger. Toujours très attaché au peuple dogon, il décrit alors leur richesse culturelle en particulier au niveau de leur cosmogonie spécifique qu'il qualifie d'« aussi riche que celle d'Hésiode, une métaphysique et une religion qui les met à la hauteur des peuples antiques ».
En 1947, il est également conseiller de l'Union française dont il préside la Commission des Affaires culturelle jusqu'à sa mort. Il se donne pour mission de « rendre la parole » aux peuples qui en sont privés. C'est ainsi qu'il plaide ardemment pour la défense et la promotion de ces civilisations bafouées, pour la diversité culturelle (notamment lors de la ratification par la France du traité créant l'Unesco auquel il reproche dès 1948 un dernier terme qu'il juge inadapté : « culture », « quel étrange singulier, quel étrange singulier occidental ». Il définit dès 1950, le concept de développement humain durable que les Nations-unies reprennent à leur compte en 1991 avec les premiers rapports sur DHD. Au Mali, il participe au développement de la région en construisant en particulier un barrage d'irrigation pour la culture de l'oignon et du piment dans la région de Sangha. Ce barrage, toujours opérationnel, porte aujourd'hui son nomMarcel Griaule, Conseiller de l'Union française, Nouvelles éditions latines, Paris, 1957, recueil de ses interventions et hommages de l'Assemblée et du peuple dogon..