Sylvain, en latin Flavius SilvanusSir George Francis Hill, A handbook of Greek and Roman coins, Macmillan and co., limited, 1899, 295 pages, p. 239.Le gentilice Flavius — celui de la dynastie constantinienne — se diffuse parmi les personnalités franques qui émergent à partir du règne de . Voir Lellia Cracco Ruggini, « Les généraux francs aux IV et V siècles et leurs groupes aristocratiques », in, Michel Rouche, Baptême de Clovis, son écho à travers l'histoire, vol. 1 de Clovis: histoire & mémoire, Presses Paris Sorbonne, 1997, 929 pages, p. 677 . ou plus vraisemblablement Claudius SilvanusVoir Pierre Hadot, Marius Victorinus, Études augustiniennes, 1971, 422 pages, p. 36 ; Robin George Collingwood, Sir Ian Archibald Richmon, The archaeology of Roman Britain, Methuen, 1969, 350 pages, p. 333 ; Lesley & Roy A. Adkins, Handbook to life in ancient Rome, p. 33 ; Samuel N. C. Lieu, The Emperor Julian: panegyric and polemic, Liverpool University Press, 1989, 146 pages, p. 24, note 43 , qui signale « claudius » comme hypothétique., né en GauleLellia Cracco Ruggini, « Les généraux francs aux IV et V siècles et leurs groupes aristocratiques », in, Michel Rouche, Baptême de Clovis, son écho à travers l'histoire, 1997, p. 673-688. dans les années 310 ou 320Jean-Pierre Joly, 2006, p. 118., assassiné à Colonia Claudia Ara Agrippinensium (Germanie inférieure) le David L. Vagi, Coinage and history of the Roman Empire, c. 82 B.C.--A.D. 480, vol. 1, Taylor & Francis, 2000, 1350 pages, p. 506 ., est un romain d'ascendance franque. Général de , il usurpa le pouvoir en Gaule pendant un mois en 355.

Origines et carrière vignette|droite|Monnaie frappée au nom de Magnence. Silvanus soutint l'usurpateur contre l'empereur légitime , avant de rallier ce dernier avant la bataille de Mursa, au cours de laquelle Magnence fut battu. Selon l'historien Ammien Marcellin, Silvanus était fils de Bonitus, chef franc qui servit Constantin I contre LiciniusTentant de reconstituer le parcours de sa famille, John F. Drinkwater — The Alamanni and Rome 213-496 (Caracalla to Clovis), Oxford University Press, 2007, 408 pages, p. 151-152 — suppose que le grand-père de Bonitus faisait partie des chefs barbares qui lancèrent des raids sur l'Empire romain après la capture de Valérien, que son père aurait été mis au pas sous la Tétrarchie, fournissant des troupes à l'Empire et laissant son fils en otage.. Il s'agirait donc d'un émigré germanique de seconde génération, semble-t-il d'éducation romaine. Sa mère était d'origine incertaineHéloïse Harmoy Durofil, 2005, p. 390-392., une devineresse franque selon Michel RoucheMichel Rouche, Clovis, Fayard, Paris, 1996, p. 82., une aristocrate romaine originaire de Campanie selon Jean-Pierre Poly, peut-être une parente de Marcus Ulpius Silvanus Gennadus. Pour Jean-Pierre Poly, qui l'appelle « Claudio Silvanus », son premier nom, germanique, était « hypocoristique d'un nom bâti avec un premier radical Hlud- ». Quant à « Silvanus », il lui venait peut-être du général qui commandait à Cologne sous le règne de Gallien en 258-260.

Tribun de la schola des armaturae (tribunus scholae armaturarum) en Gaule, une unité de la garde lourdement armée (celle des instructeurs), il abandonna l'armée de l'usurpateur Magnence avec ses cavaliers quelques jours avant la bataille de Mursa () pour prendre le parti de Constance II, contribuant ainsi à la victoire de ce dernier. Ce ralliement favorisa sa carrière et celle de son fils, qui apparaissait comme un fidèle soutien du trône impérial.

À partir de 352-353Curieusement, dans le Code théodosien est inscrite une loi adressée par lImp. Constantius A. ad Silvanum comitem et magistrum militum et datée du . Voir David G. Wigg, Münzumlauf in Nordgallien um die Mitte des 4. Jahrhunderts n. Chr: numismatische Zeugnisse für die Usurpation des Magnentius und die damit verbundenen Germaneneinfälle, volume 8 de Studien zu Fundmünzen der Antike, Akademie der Wissenschaften und der Literatur (Germany). Kommission für Geschichte des Altertums, Gebr. Mann Verlag, 1991, 544 pages, p. 26 ., Silvanus acquit la dignité de comes et remplit les fonctions de magister peditum et equitem per Gallias (maître de l'infanterie et de la cavalerie en Gaule). Incapable de rétablir l'ordre au nord de la Gaule, s'était résolu à le nommer maître de la milice en Gaule, alors qu'il n'avait guère dépassé la trentaine (il est qualifié dadulescentior — « encore assez jeune » — en 353). À la tête de auxiliairesIsabelle Crété-Protin, Église et vie chrétienne dans le diocèse de Troyes du IV au IX siècle, Presses universitaires du Septentrion, 2002, 446 pages, p. 44 ; John F. Drinkwater, 2007, p. 212-213 ; Walter Hamilton, Andrew Wallace-Hadrill, 1986, p. 89., il passa par Augustodunum en 354, dégagea Augusta Treverorum, menacée par les Alamans de Chnodomar et installa à Colonia Claudia Ara Agrippinensium (Cologne) son quartier généralAndré Piganiol, L'Empire chrétien (325-395), Presses universitaires de France, 1972, 501 pages, p. 104.Voir Alain Rebourg, Christian Goudineau, Autun antique, Éditions du patrimoine, 2002, 128 pages, p. 43 ; Matthieu Pinette, Alain Rebourg, Autun, Saône-et-Loire, ville gallo-romaine, Musée Rolin et Musée lapidaire, Ministère de la culture et de la communication, Direction du patrimoine, 1986, 118 pages, p. 20 .Émilienne Demougeot, La Formation de l'Europe et les invasions barbares, vol. 2, partie 1, n° 1, Collection historique, De l'avènement de Dioclétien au début du VI siècle, Aubier, 1979, 410 pages, p. 88 ..

Procès et usurpation vignette|droite|Médaille en or de . L'empereur ordonna la tenue d'un procès à l'encontre de Silvanus sur l'accusation de trahison, œuvre de ses courtisans. Craignant d'être condamné, Silvanus se fit proclamer empereur. En 355, alors qu'il combattait les Francs sur le Rhin, il fut victime d'une cabale d'officiers. À l'instigation de plusieurs personnalités, entre autres un collègue jaloux — le maître de cavalerie Flavius Arbitio (également d'origine franque) — et le préfet du prétoire des Gaules Caius Caeionius Volusianus Lampadius, Dynamius, un personnage de basse extraction (il s'occupait, selon Ammien Marcellin, des bêtes de somme de l'empereur), falsifia des lettres signées de Silvanus invitant à un complot pour usurper le trône impérial, et ils les présentèrent à Milan à l'empereur .

Un groupe d'aristocrates, composé majoritairement d'officiers de rang inférieur, francs ou d'origine franque, mais aussi de potentes originaires de Campanie prirent sa défense et réclamèrent l'ouverture d'une enquête. Parmi eux, deux officiers francs, Malarichus, tribun commandant une unité de la garde, les Tribaux (Gentiles Franci), et Mallobaud, successeur de Silvanus au poste de tribun des scholes palatines, se proposèrent d'établir l'innocence de Silvanus, l'un se constituant otage tandis que l'autre partait pour ramener Silvanus à Rome, afin qu'il puisse se défendre.

Après diverses machinations, les faussaires furent confondus, mais Silvanus, affolé et mal informé, craignant d'être condamné pour traîtrise, se fit proclamer Auguste (sous le nom dImperator Caesar Claudius Silvanus AugustusAlfredo Passerini, Nicola Criniti, Linee di storia romana in età imperiale, vol. 8 de Scienze umane, Celuc, 1972, 747 pages, p. 676.) à Colonia Claudia Ara Agrippinensium par ses soldats le (selon Ammien Marcellin), quatre jours après le paiement de leurs arriérésAnne Ducloux, Ad ecclesiam confugere: naissance du droit d'asile dans les églises (IV-milieu du V s.), De Boccard, 1994, 320 pages, p. 45 ..

Assassinat Une petite délégation partie de Milan, commandée par Ursicin et comprenant Ammien Marcellin, se rendit à Colonia Claudia Ara Agrippinensium, fit semblant de rendre hommage à Sylvain et suscita son assassinat en soudoyant quelques soldats — des Brachiati et des Cornuti appartenant aux troupes auxiliaires. Attaqué dans son palais, le matin, alors qu'il se rendait à la messe par une bande de rebelles qui massacrèrent sa garde du corps, Sylvain fut arraché de la chapelle chrétienne où il s'était réfugié en toute hâte et massacréAmmien Marcellin, Histoire de Rome, livre XV, 5..Victor Duruy, 1867, p. 557..

Parmi les fidèles de Sylvain, Ammien Marcellin signale Proculus, son assistant privé (domesticus Siluanus), Pœménius, vraisemblablement un ami Franc (qui avait été choisi par ses compatriotes pour défendre la plèbe quand les Trévires fermèrent les portes de leur cité au frère de Magnence, le César Magnus Decentius), et les comes Asclépiodote, Lutto et MaudioHélène Ménard, Maintenir l'ordre à Rome: ap. J.-C., Éditions Champ Vallon, 2004, 286 pages, p. 104 ., les deux derniers d'origine franqueAbbé Joseph E. Darras, Histoire générale de l'Église depuis la création jusqu'à nos jours, tome 9, Paris, Louis Vivès, 1866, 679 pages, p. 478-479.. Ils furent torturés et exécutés avec d'autres de ses partisansWalter Hamilton, Andrew Wallace-Hadrill, 1986, p. 78-79..

Né dans les années 340, son fils serait resté en disgrâce jusque dans les années 370, quand l'empereur, entreprenant de lutter contre les Alamans, accorda son pardon.

Postérité Le César Julien, qui reprit peu après l'administration de la Gaule, affirma dans le panégyrique qu'il dédia à l'empereur que celui-ci épargna les proches et le jeune fils de SylvainJulien, Premier panégyrique de Constance, 43.. Néanmoins, Ammien Marcellin rapporta la mise à la torture de l'appariteur de Sylvain, qui y résista et innocenta Sylvain de tout complot, et l'exécution de plusieurs personnages importantsAmmien Marcellin, Histoire de Rome, livre XV, 6..

L'historien Eutrope cite brièvement sa révolte en Gaule entre la chute de Magnence et la nomination de Julien comme César, sur moins de trente joursEutrope, Abrégé de l'Histoire romaine, livre X, 13..

Flavius Arbitio accéda au consulat en 355 (voir la liste des consuls romains du Bas-Empire) et accapara une partie des biens de Sylvain. De son côté, Volusianus Lampadius devint préfet de la ville de Rome en 365.

Paul Petit voit dans ce tragique épisode un indice des tensions entre les militaires occidentaux et les fonctionnaires civils de la cour impériale à Milan. De leur côté, Héloïse Harmoy Durofil et Lellia Cracco Ruggini y voient un exemple de solidarité et de jalousies ethniques : on compte un officier d'origine franque, Flavius Arbitio, jaloux de ses succès militaires qui lui valent la faveur impériale, et un aristocrate romain, Caius Caeionius Volusianus Lampadius, parmi ceux qui le dénoncent ; et, si un groupe d'officiers inférieurs francs ou d'origine franque le soutient, il trouve également un appui au sein de l'aristocratie romaine d'origine campanienne, liée peut-être à ses origines maternelles.

Notes et références

Annexes Articles connexes Bonitus. Fédérés francs. Magnence. .

Sources primaires Ammien Marcellin, Histoire de Rome (Res Gestae), livre XV, chapitres V et VI. Aurelius Victor, Livre des Césars (Liber de Caesaribus), livre XLII, 15-16. Eutrope, Abrégé de l'histoire romaine (Brevarium historiae romanae), livre X, chapitre XIII. Julien : Premier panégyrique de Constance, 43. Second panégyrique de Constance, 38-39. Lettre au Sénat et au peuple d'Athènes (Epistola ad senatum populumque Atheniensem), 273 D et 274 C. Libanios : Discours (Orationes), XVIII, 31. Panégyriques latins, XI, 13, 3. Paul Orose, Histoire contre les Païens (Historia adversum paganos), VII, chapitre 29, 14. Socrate, Histoire ecclésiastique, livre II, chapitre 32, 11. Sozomène, Histoire ecclésiastique, livre IV, chapitre 7, 4.

Sources secondaires Lesley & Roy A. Adkins, Handbook to life in ancient Rome, Oxford University Press US, 1998, 404 pages, p. 33. Louis-Pierre Anquetil, Léonard Gallois, Histoire de France d'Anquetil : continuée, depuis la révolution de 1789 jusqu'à celle de 1830, vol. 1, Bureau central de l'histoire de France, 1845, p. 67.