Ange-Marie Miniconi, connu sous le nom de commandant Jean-Marie, né à Ocana en Corse (actuelle Corse-du-Sud) le , mort le à Cannes, est un résistant français qui dirigea un important réseau durant la Seconde Guerre mondiale à Cannes (Alpes-Maritimes, France).

Biographie

Jeunesse

left|thumb|Maison natale d'Ange-Marie Miniconi, à Ocana.

Il fut admis à l’École Normale, à l’âge de seize ans, et y obtint son diplôme d’instituteur à vingt ans.

D’abord employé à effectuer des remplacements à Nice puis à Saint-André, il y gagne la réputation d’un homme autoritaire qui pouvait « tenir » les classes agitées. Il restaure l’ordre dans une classe d"élèves difficiles de Plan-du-Var, dans l’arrière pays niçois, où des fils d’émigrants d’Italie du sud avaient conduit trois enseignants au bord de la crise de nerfs.

thumb|Ocana, de nos jours (2007)

Quand il fut convoqué pour son service militaire de dix-huit mois, il montra une sorte d’inflexibilité, que ses supérieurs appelèrent de « l’entêtement ». Il fut volontaire pour s’enrôler car cela lui donnait le droit de choisir la formation qu’il allait suivre. Il choisit donc l’artillerie plutôt que l’infanterie basée à Nice. Tous les diplômés de l’École Normale étaient considérés comme des officiers potentiels, ils devaient, pour cela, passer un examen d’entrée, mais Miniconi ne souhaitait pas être officier.

À cette époque, avant la menace nazie, il était un ardent pacifiste, croyant que les guerres et leur préparation n’étaient que des occupations inutiles suivies seulement par des fous. Il détestait les rigidités de l’esprit martial. Et ainsi, de façon totalement délibérée, il rendit un devoir qui lui valut un zéro. Ce résultat était tellement en désaccord avec ses excellents résultats d’étudiant que cela ne passa pas inaperçu. Le commentaire « Pas enthousiaste » fut inscrit dans son dossier.

Il avait atteint son objectif. Mais une nouvelle réputation lui collait à la peau : « un peu bolchevik », « fauteur de trouble potentiel ». De ce fait, il passa trois mois d’hiver à aider à tenir un emplacement d’artillerie dans les montagnes près de la frontière italienne.

Mais grâce à l’aide d’une personne importante (dont le nom s'est perdu à ce jour), qui était de ses amis, il obtint sa réformePeter Leslie, The liberation of the Riviera / The resistance to the nazis in the south of France & the story of its heroic leader Ange-Marie Miniconi, 1979. Voir la référence suivante.« La riviera » désignait le littoral du sud-est de la France, jusqu’à ce que Stéphen Liégeard (Sous-préfet et écrivain) ne le rebaptise « Côte d’Azur » en 1888. Le terme Riviera est encore usité par les Anglais et les Italiens..

Instituteur De retour à la vie civile, il fut nommé à Spéracèdes, près de Grasse, puis à Toudon dans la vallée de l’Estéron ; c’est à cette époque, à l'âge de 21 ans, qu’il rencontra Claire Curnier, institutrice également. Ils se marient le à Saint-Vincent-sur-JabronCe village a vu naître Paul Touvier, Grand Collaborateur de l'occupant et mourir Ange-Marie Miniconi, grand Résistant., village près de Sisteron dans le département des Basses-Alpes (devenu depuis les Alpes-de-Haute-Provence), dont elle était originaire.

Ensuite ils furent mutés à Saint-Sauveur-sur-Tinée, un petit village dans la vallée de la Tinée reliant le bord de mer aux plus hauts sommets des Alpes. C’était un poste pour deux, prévu pour une équipe « mari - épouse » ; leur fils aîné, Félix-Henri, y naquit en 1934, juste avant qu’ils ne soient mutés à Peille où Guy est né un an plus tard.

Peu après la déclaration de la guerre, il fut convoqué pour être enrôlé ; mais son ami le fit à nouveau réformer, sans son accord cette fois-ci, car maintenant Miniconi voulait partir à la guerre. Alors il se porta volontaire et fut affecté à l’école d’officiers à Hyères. Il en sortit à l’armistice, complètement écœuré : en effet la vie aux casernes de Vassoigne.Voir photo d'époque., où l’école se situait, comportait plus de défilés et d’exercices que quand il était un conscrit débutant six ans auparavant et bien peu de préparation aux combats.

Il fut démobilisé à Cogolin et retrouva son école à Peille, le . Il y noua des liens avec un certain nombre de personnes partageant ses idées au « Cercle », il s’agissait de l’institution locale, pas exactement un café, bien que des boissons et des rafraîchissements pouvaient y être servis, pas précisément un club, un étranger ne s’y serait pas senti à son aise. Subventionné par la municipalité, qui payait son directeur, c’était aussi, du fait de sa totale intimité, un lieu idéal pour les complots et les comploteurs. C’est en ce lieu que l’idée du Groupe Jean-Marie germa.

Son engagement

Après l’armistice, sa position d’instituteur en faisant une élite, on lui proposa un poste spécifique à la Légion française des combattants (L.F.C). Il devrait se déplacer dans la région et devait donner des cours aux Chantiers de jeunesse et expliquer le mystère de la « Révolution nationale » (RN). Il aurait le grade de capitaine trois étoiles, un uniforme fourni, une voiture avec chauffeur et l’essence à volonté.

Pour un homme avec une femme et deux enfants, la proposition était alléchante. À cette époque, en plus de son logement de fonction, Miniconi recevait un salaire de francs mensuels. Sa femme recevait un peu moins. La paye qu’on lui offrait dans la Légion était de francs mensuels. Devant son premier refus, de nombreuses autres tentatives furent menées dans le même sens par divers personnages officiels y compris par son inspecteur d’académie.

Son opposition persistante aboutit à une perquisition musclée, en juillet 1942, de sa maison de Peille. À cette perquisition étaient présents le service du contre-espionnage, la gendarmerie et un détachement de chasseurs alpins. Cette perquisition fut un fiasco, rien de répréhensible ne fut trouvé mais elle fut cependant suivie de sa convocation au commissariat spécial à Nice, ce dernier traitant les affaires de contre-espionnage et les cas des contrevenants politiques.

Il y subit un interrogatoire en règle : « quelles étaient ses affiliations politiques ? » : il n’en avait pas. « Quelles personnes connaissait-il sur les photos qu’on lui présentait ? » : il n’en connaissait aucune. « Pourquoi avait-il dit cela ? Pourquoi avait-il fait cela ? Que pensait-il de ceci ou de cela ? », etc.

Fin août, il fut, finalement, convoqué à l’inspection académique de Nice où on lui annonça que lui et sa femme étaient relevés de leur poste à Peille et mutés à Cannes en résidence surveillée : cela signifiait qu’ils devraient désormais vivre sous une surveillance officielle de tous les instants, devraient rendre des comptes à la police et seraient obligés de signaler aux autorités chaque déplacement, même court, qu’ils auraient l’intention de faire à l’extérieur des limites de Cannes.

Ses amis de Peille et du « Cercle » les aidèrent à faire ce déménagement pour lequel ils ne disposaient que de quarante-huit heures en tout et pour tout.

Le Groupe Jean-Marie

Après quelques difficultés et diverses péripéties qui marquèrent leur arrivée à Cannes, ils se retrouvèrent, lui à l’école du Mont Chevalier, au Suquet, et son épouse à l’école Maurice-Alice, proche du boulevard Carnot. Là, avec l’aide de ses amis de Peille, il put prendre contact avec celui qui allait devenir son adjoint, André Émérini (nom de guerre « Curtel »), antiquaire de son état.

Au début, avec l’aide de quelques personnes de confiance, ils se sont cantonnés dans des actes de défi mineurs comme des distributions de tracts, la pose d’affichettes séditieuses et des sabotages occasionnels.

right|thumb| Le seul portrait existant de « Curtel ». Cette photo de passeport a été utilisée sur les faux papiers préparés pour le numéro deux du groupe du commandant Jean-Marie, la nuit où ils sauvèrent Cannes de la destruction.

Début 1943, il reçut des ordres, transmis par « Lass » (de son vrai nom Liso Albertini, qui fut plus tard (1957-1971) maire de Saint-Martin-du-Var, un village sur la rive gauche du Var au pied des montagnes (à une dizaine de kilomètres de l’actuel aéroport de Nice) afin de former une compagnie de résistance qui ferait partie des FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français) qui sera connue sous le nom de . Dans ce contexte il fut en contact avec les Français Libres de Londres et rencontra Peter Churchill, un agent du SOE. On lui fournit un émetteur-récepteur afin de communiquer avec Londres. Dans ces conditions, ce réseau put mener à bien des opérations de plus grande envergure : Sabotages de voie ferrée, exfiltrations de réfugiés de toutes natures (Juifs, Etrangers en rupture de ban, etc.) vers les maquis de l’Estérel, sabotages industriels, vols d’essence, vols d’armes aux Italiens puis aux Allemands, etc. Puis vint la création d’une autre compagnie ( de destruction). Ces compagnies, pour des raisons de sécurité étaient organisées en « triangles ».

Le Groupe Jean-Marie, qui était en contact avec les autres réseaux de résistance de la région, à savoir : les Mouvements unis de la résistance, dont le comité directeur était présidé par Jean Moulin (MUR) ; l’Organisation de résistance de l’armée (ORA) ; le Noyautage des Administrations Publiques (NAP) ; le Résistance-Fer, composé de cheminots, spécialisé dans le sabotage du réseau ferré (FER) ; l’Armée Secrète (AS), officiellement Résistance intérieure française ; la Main-d'œuvre immigrée (MOI), continuait à collecter puis transmettre des informations sur les mouvements de troupes, les fortifications, les horaires de train, les expéditions de munitions et l’emplacement des dépôts de matériel de l’ennemi. Mais ce ne fut pas avant mars 1944 que le groupe put mener quatre opérations de sabotage d’envergure contre le réseau ferré, des vols d’essence et un vol d’armes à un détachement allemand près de Pégomas.

Au début du mois d’avril 1944, la troisième compagnie qui venait d’être créée, constituée de résistants des villages d’Auribeau, Pégomas et La Roquette, était à la moitié de sa capacité. Cette croissance permit une augmentation significative des objectifs. Le Groupe Jean-Marie était en contact quasi permanent, par radio, avec le quartier général du général Marie-Pierre Kœnig à Alger qui demandait de plus en plus de sabotages en prévision d’un très prochain débarquement allié au sud. Un très gros sabotage eut lieu aux Aciéries du NordJoseph Girard : La résistance et la libération de Nice : la fin d'une légende. Cet ouvrage donne un éclairage nouveau sur la Libération de Nice mais il crée la polémique avec d'autres auteurs, bien que préfacé par Max Gallo. à La Bocca, en juin 1944, faisant suite à un bombardement américain catastrophiquePhilippe Castellano : Chronique d'un bombardement manqué aux conséquences tragiques : attaque de la gare de triage de Cannes La Bocca, fin de soirée du 11 novembre 1943., comme il y en a eu, bien, d'autres (Saint-Laurent-du-Var, par exemple, lors du Bombardement du 26 mai 1944), causant la mort de plusieurs centaines de civils, en raison d'une erreur de ciblage. Cette opération, réussie, mobilisa plusieurs dizaines de membres du Groupe qui sabotèrent le pylône et le transformateur d’alimentation électrique de l’usine ainsi que de très nombreuses machines dans les ateliers. De nombreux participants à cette opération étaient, en fait, employés par les Acièries du Nord et faisaient partie du réseau FER. Ils connaissaient, donc, bien les lieux. L'usine resta hors service trois semaines.

À ce moment-là, le Groupe Jean-Marie était fort de plus de 600 hommes.

La victoire