La république populaire du Mozambique était le régime politique en vigueur au Mozambique de 1975 à 1990, à la suite de l'indépendance du pays à l'issue de la guerre d'indépendance du Mozambique. Le Front de libération du Mozambique, alors d'orientation marxiste-léniniste, gouvernait en tant que parti uniqueTaylor & Francis Group, Europa World Year Book 2, Europa Publications Ltd, 2004, page 2976. Ses présidents ont été Samora Machel, de 1975 à 1986, puis Joaquim Chissano, à partir de 1986.

À compter de 1977 et jusqu'aux accords de paix et au changement de nom du pays en 1990, son histoire a été marquée par la guerre civile du Mozambique, opposant le gouvernement aux rebelles de la RENAMO. Les graves difficultés sociales et économiques entraînées par le conflit, de même que le contexte international marqué par la chute de la majorité des régimes communistes, ont eu pour conséquences au Mozambique une évolution démocratique, suivie d'un processus de paix.

Historique

Accès à l'indépendance

Découvert par Vasco de Gama au nom du royaume de Portugal à la fin du , le Mozambique demeure durant cinq siècles sous influence, puis sous domination portugaise. Au cours du , la contestation de l'ordre colonial se développe dans la colonie mozambicaine, prenant des formes religieuses, ouvrières, paysannes, intellectuelles et politiques. De grandes grèves éclatent notamment durant l'entre-deux-guerres et après la Seconde Guerre mondiale. La lutte pour l'indépendance se matérialise après 1945 dans les milieux de l'émigration mozambicaine. En effet, divers mouvements indépendantistes apparaissent dans les milieux des militants mozambicains exilés à l'étranger, parmi lesquels l'UNAMI (União Africana de Moçambique Independente), l'UNDENAMO (Uniao Democratica Nacional de Moçambique Independante) et la MANU (Mozambique African National Union). Après l'indépendance de la Tanzanie, les trois groupes s'installent à Dar es Salam et fusionnent pour donner naissance au Front de libération du Mozambique (FRELIMO), présidé par Eduardo Mondlane. Le nouveau mouvement proclame son désir d'accéder à l'indépendance totale du Mozambique et de construire un État multiracial. Les liens sont renforcés avec les autres mouvements indépendantistes africains agissant dans l'empire colonial portugais, le Mouvement populaire de libération de l'Angola et le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert.

Le FRELIMO passe à la lutte armée en septembre 1964 et mène une guerre de guérilla contre les autorités coloniales portugaises, prenant le contrôle de plusieurs portions du territoire. Le mouvement tient son second congrès en 1968 et se structure sur le modèle des partis uniques des régimes communistes. Sans faire encore de référence explicite au marxisme-léninisme, le comité central du FRELIMO annonce sa volonté de parvenir à . En 1969, Eduardo Mondlane est tué à Dar-es-Salam par un colis piégé, le FRELIMO attribuant cet acte à la PIDE aidée par des agents doubles au sein du mouvement. Après la mort de son chef, le FRELIMO est divisé en deux courants antagonistes. La tendance qui l'emporte est celle de Samora Machel, qui devient président du parti en soutenant une ligne proche de celle suivie par le Parti communiste chinois au cours de la guerre civile chinoise. À partir de 1970, le FRELIMO se déclare officiellement ; en 1972, un mot d'ordre d'offensive généralisée est lancé. Progressivement, les rebelles reçoivent le soutien, sous forme d'armes et d'expertise technique, de l'URSS, de la Chine et de la Tchécoslovaquie. Les guerres coloniales portugaises, coûteuses et de plus en plus impopulaires dans l'opinion de la métropole, sont l'un des principaux facteurs de la révolution des Œillets qui, en avril 1974, met à bas le régime portugais de l'Estado Novo. En , le nouveau gouvernement portugais conclut avec le FRELIMO, des accords prévoyant un cessez-le-feu immédiat, l'indépendance du Mozambique en , ainsi que le transfert progressif du pouvoir au FRELIMO ; les ex-rebelles proclament un gouvernement provisoire du FRELIMO, dirigé par Joaquim Chissano. Les accords entraînent aussitôt une révolte de colons portugais et d'anciens militaires à Lourenço Marques ; l'armée portugaise et les forces du FRELIMO, agissant de concert, mettent vite fin à la rébellion.

Mise en place du régime

Alors que le FRELIMO accède au pouvoir, ses idées politiques officielles sont encore vagues, tout en comportant de nombreux éléments progressistes comme la construction d'une véritable nation mozambicaine sur la base de l'égalité raciale, l'alphabétisation des populations et l'émancipation des femmes. Dans les mois qui précèdent l'indépendance, le FRELIMO consolide sa présence dans le sud du pays et dans les zones urbaines, grâce notamment à l'action de groupes militants (les grupos dinamizadores, soit ) dont font souvent partie des sympathisants blancs. La période est également marquée par des règlements de comptes et des procès publics contre des membres du front s'étant écartés de la ligne du parti. Des , des et des agents réels ou présumés de la PIDE ou de la CIA sont incarcérés.

Le , le comité central du FRELIMO adopte la constitution de la république populaire du Mozambique, qui dispose que le pouvoir appartient aux ouvriers et aux paysans, ; l'indépendance du pays est officiellement proclamée cinq jours plus tard. Dans le nouveau régime, le FRELIMO est officiellement la , son président étant automatiquement président de la République, président de l'« Assemblée populaire » qui constitue le Parlement du pays et, jusqu'en 1986 où un poste de premier ministre est créé, chef du gouvernement. Le Mozambique adopte une économie planifiée : l'État reconnaît la propriété privée mais celle-ci . Le territoire est divisé en provinces dirigées par des gouverneurs nommés par le président de la République et répondant de leurs activités . Les gouverneurs ont autorité sur les administrateurs de district et les chefs de poste administratif. Les premiers mois de pouvoir du nouveau chef de l'État Samora Machel sont marqués par une série de mesures radicales : les terres, l'éducation et la santé sont nationalisées ; les trois stations de radio sont supprimées et remplacées par une radio d'État nationale ; la presse écrite tombe également sous le contrôle du gouvernement et du parti. Enfin, en octobre, est créé le Serviço Nacional de Segurança Popular (SNASP), police politique chargée de . Le Mozambique indépendant poursuit d'emblée une politique d'alliance avec les pays communistes, ses ; la Stasi, service secret de la République démocratique allemande, assure la formation du SNASP.

thumb|Samora Machel rencontrant Margot Honecker, ministre de l'Éducation de la République démocratique allemande, lors d'une visite en RDA, le 3 mars 1983.

Les colons portugais quittent rapidement le pays après la proclamation de l'indépendance : en quelques mois, seuls 20 000 résidents portugais, sur les 180 000 encore recensés au , demeurent encore au Mozambique. Ces départs ébranlent très sérieusement l'économie du pays ; avec l'exode des Portugais, le gouvernement mozambicain tente de remplacer ces derniers par des techniciens venus du Bloc de l'Est. La production industrielle et agricole chute rapidement, et le réseau des transports est désorganisé. Avec la Rhodésie voisine, les tensions sont immédiates, le Mozambique décrétant l'état de guerre dès le . La crise économique, aggravée par les heurts militaires récurrents à la frontière rhodésienne, entraîne un climat d'inquiétude et d'indiscipline, qui pousse le pouvoir à se réorganiser. En février 1977 se tient, après plusieurs mois de préparation, le III congrès du FRELIMO, qui marque officiellement le passage au marxisme-léninisme. Samora Machel présente lui-même par la suite cette évolution comme une conséquence naturelle de l'expérience révolutionnaire : . Le FRELIMO se constitue officiellement en parti politique, neuf membres de son comité politique permanent sur dix siégeant au gouvernement, et quinze ministres sur dix-huit au comité central.

Politiques du FRELIMO

Politique intérieure Le projet politique du FRELIMO est de construire, dans un Mozambique dont les frontières ont été dessinées par les puissances coloniales sans considération pour les particularités locales, un État-nation à l'européenne. Le portugais est retenu comme langue nationale et l'accent est mis sur l'unité des Mozambicains du, « Rovuva au Maputo », quelles que soient les ethnies. Le régime veut instituer une organisation sociale nouvelle et abolit les chefferies.

Le FRELIMO entreprend de renforcer son implantation à l'intérieur du pays en lançant une campagne de recrutement très active et en créant un grand nombre de cellules locales, ainsi que des organisations parallèles comme l'Organisation de la femme mozambicaine ou l'Organisation des jeunes, chargées de campagnes de propagande et d'éducation populaire : les militants sont notamment chargés de lutter contre les institutions et les coutumes traditionnelles, dont les rites d'initiation et la polygamie. Afin de mieux contrôler le pays, le FRELIMO met en place au niveau local des assemblées élues. Pour remplacer la première Assemblée populaire, nommée, une consultation est organisée à l'échelon national, les candidats étant proposés par les . Lors de l'élection de la première assemblée nationale, le vote a d'abord lieu au niveau des localités, puis sur la place publique : la population est incitée à récuser les candidats ayant collaboré avec le Portugal, les , les ou tout simplement ceux qui vont à l'église. Les chefs traditionnels sont écartés. Au échelons supérieurs (assemblées de district, assemblée de la province), les scrutins se déroulent de la même manière. Le droit de vote est donc essentiellement un droit de rejet : sur les 226 députés à l'Assemblée mise en place par le FRELIMO, ouvriers et paysans détiennent 60 % des sièges.

Une campagne est lancée pour développer l'alphabétisation de la population et améliorer l'éducation. Le gouvernement du FRELIMO mène une politique antireligieuse en interdisant l'enseignement confessionnel et en confisquant tous les biens de l'Église. De nombreuses associations religieuses, mais également culturelles et sportives, sont interdites. L'enseignement du marxisme devient obligatoire. La justice est réorganisée sur la base de composés de jurés élus, qui jugent sans codes, sur la base . Les peines de prison sont remplacées par des peines de travail dans des camps de réhabilitation ou de rééducation politique ; certains châtiments corporels coloniaux sont rétablis. Avant même le déclenchement de la guerre civile proprement dite, les prérogatives du SNASP sont largement étendues : dès , la Sécurité populaire est habilité à arrêter et détenir toute personne soupçonnée d', notion qui inclut les délinquants économiques. En 1979, la peine de mort, abolie au Portugal et dans ses colonies depuis 1867, est rétablie, mettant les pratiques du SNASP en accord avec le droit : même dans ces conditions, la peine capitale n'est pas toujours administrée dans les formes, notamment pour châtier les dissidents du FRELIMO.

Politique économique