vignette|droite|upright=1.2|Des apprentis carrossiers en 1951.

En France, de 1944 à 1959-1960, les centres d'apprentissage sont des écoles de formation professionnelle ouvrant aux emplois d'ouvriers ou d'employés qualifiés.

Les centres d'apprentissage sont ouverts aux garçons ou aux filles âgés d'au moins révolus et normalement titulaires du certificat d'études primaires élémentaires (CEPE) ou bien admis après un examen d'entrée. Ils forment les élèves aux métiers relevant de l'industrie, de l'agriculture ou des activités tertiaires

Les centres d'apprentissage forment en (trois ans auparavant) aux certificats d'aptitude professionnelle (CAP) industriels, agricoles ou tertiaires (dits commerciaux). Ces diplômes professionnels sont généralement reconnus dans les conventions collectives et ils permettent, en outre, à leurs titulaires salariés - ouvriers ou employés qualifiés - de devenir employés ou ouvriers hautement qualifiés (OHQ), chefs d'atelier, de chantier ou de rayon ou, pour ceux qui ont la fibre pédagogique, d'être recrutés alors comme professeurs techniques adjoints (PTA) de centre d'apprentissage, voire de réussir au concours du CAPET pour exercer comme professeurs techniques de lycée technique. Par ailleurs, les titulaires du CAP peuvent s'installer à leur compte comme artisans, commerçants ou exploitants agricoles et, éventuellement, devenir chefs d'entreprise de dix salariés ou plus. , il est possible d'obtenir une préparation en trois ans du CAP.

Historique en France métropolitaine vignette|droite|upright=1.2|Exemple de diplôme du CAP - ici d'ajusteur - délivré en 1950 en France.

Par décret du , le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), présidé par Charles de Gaulle, transformait les « centres de formation professionnelle » (CFP) existants en « centres d'apprentissage » (CA), transférant leur tutelle de l'ex-direction de la Jeunesse (sous le régime de Vichy) à la direction de l'enseignement technique, à la tête de laquelle est alors nommé Paul Le Rolland.

Le GPRF va ordonner une épuration clémente du personnel en place, transformer l'héritage des CFP vichyssois et manifester sa volonté de rupture en confiant à Paul Le Rolland le développement rapide de l'enseignement technique et professionnel au sein de l'Éducation nationale alors dirigée par le ministre René Capitant (non inscrit). Seront ainsi créés de nombreux centres d'apprentissage masculins et féminins formant en nombre croissant les jeunes ouvriers et employés qualifiés dont les entreprises et l'économie française ont alors un urgent besoin pour leur développement. Les directeurs et les professeurs - PEG et PTA - qui sont alors recrutés vont d'abord s'autoformer sur le terrain avant que les Écoles normales nationales d'apprentissage (ENNA), créées par l'ordonnance du , ne les forment par promotions successives.

En 1946 en France, six ENNA sont ainsi ouvertes : quatre masculines à Nantes, Paris, Lyon et Strasbourg (fermée en 1950 et rouverte vingt ans plus tard à Lille) et deux féminines à Paris et Toulouse avant qu'elles ne deviennent mixtes à partir des années 1960. La même année, les Certificats d'aptitude professionnelle (CAP) en 3 ans deviennent un critère reconnu d'évaluation de la qualification professionnelle et donc du salaire dans la grille de classification professionnelle (grille Parodi) définie en accord avec les employeurs.

En 1947, le contexte nouveau de la guerre froide qui s'impose dans le monde ne permet pas aux centres d'apprentissage de bénéficier de la réforme du système éducatif, appelée Plan Langevin-Wallon, qui prévoyait pour eux un recrutement de leurs élèves après la classe de troisième. Le recrutement n'interviendra que vingt ans plus tard, en 1967, avec la création des brevets d'études professionnelles (BEP).

Fin 1947 est créé dans le gouvernement Schuman I un sous-secrétariat d'État à l'Enseignement technique, avec pour titulaire le radical André Morice (entrepreneur de travaux publics de Nantes). Puis, à la Direction de l'enseignement technique, ayant autorité sur les centres d'apprentissage, Paul Le Rolland est limogé et remplacé par Albert Buisson.

Sur le plan syndical, la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) est faiblement représentée dans les centres d'apprentissage où domine la Confédération générale du travail (CGT) réunifiée depuis 1943 dans la Résistance. Mais la CGT va connaître en 1947-1948 une très importante scission avec, d'une part, la création de la confédération Force ouvrière (CGT-FO) et, d'autre part, la création d'une Fédération de l'Éducation nationale (FEN) autonome par rapport aux confédérations ouvrières. Le syndicat SNET-centres d'apprentissageSyndicat national de l'enseignement technique des centres d'apprentissage appartenant à la Fédération de l'Éducation nationale de la CGT. des personnels (très largement d'origine ouvrière) des centres d'apprentissage est un des seuls dans l'Éducation nationale à décider de rester à la CGT par 191 voix sur 193. En effet, presque tous les autres syndicats de la puissante Fédération de l'Éducation nationale, refusant de choisir entre maintien à la CGT et adhésion à la dissidente Force ouvrière (CGT-FO), décident eux de rester unis (communistes et leurs sympathisants inclus) dans une Fédération de l'Éducation nationale « autonome » (FEN). La FEN autonome, qui créera par la suite en 1949 son propre syndicat dans les centres d'apprentissageMaurice Moruan, pages 12 et suivantes, in Naissance et croissance d'un syndicat de chefs d'établissement de la Fédération de l'Éducation nationale (FEN), publié en 1989 par le Syndicat national des personnels de direction des lycées professionnels (FEN), Lille, 142 pages format 21x29,7., le Syndicat national de l'apprentissage autonome (SNAA) qui deviendra le Syndicat national de l'enseignement technique-apprentissage autonome (SNETAA) et aura notamment comme secrétaires généraux, en 1955, Pierre Mauroy, qui deviendra Premier ministre de 1981 à 1984, et Jacques Fournier.

En 1949 est adopté le statut des centres d'apprentissage et leur nombre comme leurs effectifs élèves vont continuer à augmenter. C'est ainsi que le nombre de leurs élèves (garçons et filles) passe de en 1945 à en 1960 soit une multiplication par 3,4 et donc une progression de 238,9 % en quinze ans pour les centres d'apprentissage publics. De ce fait, la proportion de jeunes français ayant bénéficié d'une scolarité professionnelle technique est passée de moins de 6 % en 1939 à 24 % en 1960 soit une progression remarquable tenant compte de tous les établissements scolaires relevant du technique.

En 1952, les centres d'apprentissage masculins publics sont toujours largement dominants puisqu'ils totalisent encore 70 % du total des élèves garçons et filles, les centres d'apprentissage féminins publics n'en totalisant que 30 %. Ces élèves garçons du public sont alors répartis à 41 % dans les sections préparant aux métiers de la métallurgie et de l'électricité industrielle, à 35,6 % dans celles formant aux métiers du bâtiment (construction) et seulement à 3,4 % dans celles de la réparation automobile. La répartition des élèves filles du public va fortement évoluer de 1952 à 1960. Leur proportion de 40 % en 1952 dans les sections préparant aux métiers de la confection et du textile va s'abaisser à 28 % huit ans plus tard alors que leur proportion de 42 % en 1952 dans les sections dites commerciales va devenir majoritaire à 54 % en 1960.

Sous la République, la réforme Berthoin de 1959 transformera en 1960 les centres d'apprentissage en collèges d'enseignement technique (CET). C'est dans le cadre des CET qu'à partir de 1967 sont créées les sections de Brevet d'études professionnelles (BEP) en deux ans qui, elles, recrutent leurs élèves venant de des collèges voire de seconde des lycées. Et sections de BEP ou de CAP en deux ans qui vont remplacer les anciennes sections de CAP en trois ans vouées ainsi à la disparition. Leur mixité intervenant, le cas échéant, à partir des années 1960.

Les CET deviennent en 1976 des lycées d'enseignement professionnel (LEP) dans lesquels sont créés à partir de 1985, pour les élèves titulaires d'un Brevet d'études professionnelles (BEP), des sections en deux ans préparant aux baccalauréats professionnels dits « bacs pro ».

Puis, en 1986, les LEP deviennent des lycées professionnels (LP) préparant en quatre ans aux baccalauréats professionnels (bacs pro) qui, à partir de 2009, peuvent être préparés directement en trois ans sans passer par la préparation préalable d'un BEP.

Exemple du centre d'apprentissage Georges Lamarque / Lycée des Eucalyptus Historique

vignette|gauche|upright=1|Plaquette de présentation de 1950 du centre d'apprentissage Georges Lamarque à Nice. vignette|droite|upright=1|Atelier des ajusteurs dans un préfabriqué US. vignette|droite|upright=1|Marcel Payan (1909-2006) en 1956.

En , conformément aux directives du GPRF et de la Direction de l'enseignement technique, le recteur d'académie d'Aix-en-Provence donne mission de créer un nouveau centre d'apprentissage public à Nice (Alpes-Maritimes) à un jeune enseignant de trente-six ans, Marcel César Rodolphe Payan (1909-2006), ayant une double compétence. Celui-ci, ancien de l'École normale primaire de Nice (1926-1929), titulaire du Brevet supérieur et ancien de l'École des officiers d'administration du service de santé des armées à Paris (1929-30), a donc reçu une double formation de pédagogue et de gestionnaire. Il a de plus acquis une grande expérience professionnelle, en France métropolitaine et dans ses territoires d'outre-mer (Nouvelle-Calédonie et Algérie). Il a en effet exercé en tant qu'instituteur, directeur d'école, surveillant général de collège et, en 1945-46, détaché dans l'enseignement technique, comme directeur-adjoint du centre d'apprentissage annexé à l'École des métiers de la Chambre de commerce et d'industrie de Nice. Pendant la guerre, en tant que lieutenant puis capitaine, il a assuré la gestion administrative d'hôpitaux militaires tant en 1939-40 qu'en 1945 après avoir été, à la Libération, résistant forces françaises de l'intérieur (FFI), organisateur les 3 et du rétablissement de la voie ayant permis aux troupes américaines de progresser vers Menton (libérée deux jours après) et membre du Comité de libération de Roquebrune-Cap-Martin (Alpes Maritimes).

Au printemps 1946, en longeant la voie ferrée dans le quartier ouest de Carras à Nice, Marcel César Rodolphe Payan découvre une belle propriété à l'abandon de près de deux hectares avec une grande villa de maître qui fut, sur la Côte d'Azur, la demeure du grand architecte Édouard-Jean Niermans (1859-1928). La propriété avec vue sur la mer sera réquisitionnée par les autorités et mise à la disposition de l'Enseignement technique en attendant d'être achetée par la Ville de Nice.

En quelques mois, le jeune directeur-fondateur réussit à disposer du personnel et des équipements suffisants et à réaliser les premiers aménagements nécessaires pour assurer tant bien que mal la première rentrée du , qui s'effectue avec une cinquantaine d'élèves. L'internat, au premier étage de la villa, accueille ceux d'entre eux qui viennent de la campagne ou de la montagne des Alpes Maritimes. Marcel Payan prend l'initiative de donner au centre d'apprentissage qu'il dirige le nom d'un héros de la Résistance - Georges Lamarque - professeur agrégé fusillé par les Allemands.

Scolarité de 1946 à 1960